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CS/12856
6 juin 2017
7959e séance – après-midi

Débat au Conseil de sécurité sur la diplomatie préventive et les eaux transfrontières: l’eau doit être un motif de coopération et non de conflit

Sous la présidence du Chef de l’État de la Bolivie, M. Evo Morales, et en présence du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, le Conseil de sécurité a organisé, cet après-midi, un débat de haut niveau sur le thème « La diplomatie préventive et les eaux transfrontières ».

« L’eau, la paix et la sécurité sont inextricablement liées », a posé comme principe le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, voulant que ce débat souligne « comment l’eau est, et devrait, rester un motif de coopération et non de conflit ». 

« Là où coule l’eau doit couler la paix », a dit en écho M. Morales.

La Bolivie, qui préside le Conseil au mois de juin, souhaitait, par ce débat, approfondir celui organisé le 22 novembre 2016 par le Sénégal sur le thème « Eau, paix et sécurité ». 

Pour donner la mesure de la gravité de la question, le Secrétaire général a prévenu que, d’ici à 2050, au moins une personne sur quatre vivrait dans un pays souffrant d’un manque d’eau douce chronique ou récurrent.  D’ailleurs, les tensions autour de l’accès à l’eau augmentent déjà dans toutes les régions, ce qui fait que « sans une gestion efficace de nos ressources en eau, nous risquons de voir s’intensifier les différends entre les communautés et les secteurs, et même les tensions entre les nations ».

Ce débat concerne tout le monde quand on sait que les trois quarts des États Membres de l’ONU partagent des rivières ou des bassins fluviaux avec leurs voisins.  Des bassins comme ceux du Nil, de l’Indus, du Gange, de l’Euphrate-Tigre et du Mékong sont d’une importance vitale pour l’économie, le commerce, la culture et les moyens de subsistance des communautés environnantes.

Alors qu’il existe plus de 270 bassins fluviaux partagés au niveau international, qui constituent la principale source d’eau douce pour environ 40% de la population mondiale, « il est essentiel que les nations coopèrent pour s’assurer que l’eau est partagée de façon équitable et utilisée de manière durable », a insisté le Secrétaire général.

Sur une note optimiste, il a relevé que l’eau s’était avérée être un catalyseur de la coopération entre les nations, « même celles qui ne sont pas en bons termes ».  Ainsi, au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, quelque 287 accords internationaux sur l’eau ont été signés.  M. Guterres a tenu à cet égard à souligner le rôle des Nations Unies qui favorisent activement la médiation et le dialogue pour prévenir et résoudre les différends relatifs à l’eau.

« Nous n’avons d’autre choix que de gérer l’eau de façon raisonnable », a renchéri le Président bolivien, arguant que, contrairement aux autres ressources qui peuvent être remplacées, l’eau douce ne connaît aucun substitut.

Le Conseil de sécurité a déjà reconnu la complexité de cette question, a souligné M. Morales avant de citer l’évolution du droit international de l’eau qui a permis d’élaborer de nouvelles modalités de gestion plus efficaces.  Selon lui, il faut commencer par reconnaître que l’eau est un « patrimoine universel partagé et vulnérable ».

Le Ministre de la pêche et de l’économie maritime du Sénégal n’a pas dit autre chose en relevant la raréfaction des ressources en eau, conjuguée à leur inégale répartition sur la planète.  Citant « un accroissement démographique fulgurant, une urbanisation galopante et un réchauffement climatique préoccupant », il a insisté sur l’accès à l’eau, dans un monde où 60% des ressources en eau restent entre les mains de seulement neuf pays. 

La Sous-Secrétaire d’État à l’environnement, l’eau et la protection de la mer de l’Italie a rappelé que le débat du Conseil en novembre dernier avait montré le rôle de multiplicateur d’instabilité et de vecteur de migration que le manque d’eau pouvait contribuer à jouer. 

D’après le Ministre adjoint des affaires étrangères du Kazakhstan, pays qui a fait de la sécurité de l’eau l’une de ses priorités, « la diplomatie de l’eau et du développement peut sauver des millions de vies ».

Cette séance coïncidait avec la tenue parallèle de la Conférence de haut niveau des Nations Unies sur les océans, coprésidée par la Suède et les Fidji.  Cette conférence est une autre façon de provoquer un changement, au bénéfice des peuples, de la planète et de la prospérité, a souhaité la Ministre du développement international, de la coopération et du climat et Vice-Premier Ministre de la Suède.

En matière de gestion des ressources en eau, le représentant de la France a cité deux grandes conventions multilatérales, complémentaires et non rivales, qui doivent, selon lui, guider toute l’action de la communauté internationale: la Convention de New York sur l’utilisation des cours d’eau transfrontaliers à des fins autres que la navigation; et la Convention d’Helsinki sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontaliers et des lacs internationaux.

Cela n’a pas empêché le représentant de la Fédération de Russie de s’inquiéter du manque de capacités pour faire jouer les mécanismes existants, estimant que ces capacités étaient « sous-évaluées et sous-utilisées de façon injustifiée », au détriment de l’intérêt des États concernés.

De façon plus générale, plusieurs délégations ont estimé qu’un des meilleurs moyens de prévenir les conflits liés à l’eau était de relever le défi des changements climatiques et, pour cela, mettre en œuvre l’Accord de Paris.  

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

La diplomatie préventive et les eaux transfrontières

Déclarations

L’eau, la paix et la sécurité sont inextricablement liées, a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, M. ANTÓNIO GUTERRES.  La demande en eau douce devant augmenter de plus de 40% d’ici au milieu du siècle, et les changements climatiques ayant un impact croissant, il a jugé la pénurie d’eau de plus en plus préoccupante.

D’ici à 2050, au moins une personne sur quatre vivra dans un pays où le manque d’eau douce est chronique ou récurrent, s’est alarmé le Secrétaire général en relevant qu’on observe déjà, dans toutes les régions, une augmentation des tensions autour de l’accès à l’eau.

« Sans une gestion efficace de nos ressources en eau, nous risquons de voir s’intensifier les différends entre les communautés et les secteurs, et même les tensions entre les nations », a-t-il averti.

M. Guterres a expliqué que les trois quarts des États Membres de l’ONU partagent des rivières ou des bassins fluviaux avec leurs voisins.  Des bassins importants, comme ceux du Nil, de l’Indus, du Gange, de l’Euphrate-Tigre et du Mékong, sont d’une importance vitale pour l’économie, le commerce, la culture et les moyens de subsistance des communautés environnantes.

À l’heure actuelle, plus de 270 bassins fluviaux sont partagés au niveau international.  Ils constituent la principale source d’eau douce pour environ 40% de la population mondiale.  C’est pourquoi « il est essentiel que les nations coopèrent pour s’assurer que l’eau soit partagée de façon équitable et utilisée de manière durable », a insisté M. Guterres.

Le Secrétaire général a en outre fait remarquer que l’eau s’était avérée être un catalyseur de la coopération entre les nations, « même celles qui ne sont pas en bons termes ».  Il a cité à cet égard quelque 287 accords internationaux sur l’eau signés au cours de la deuxième moitié du XXe siècle.

Par exemple, en Amérique du Sud, le lac Titicaca, le plus grand lac d’eau douce du continent, a longtemps été une source de coopération entre la Bolivie et le Pérou.  De même, le Traité sur les eaux de l’Indus de 1960 entre l’Inde et le Pakistan a survécu à trois guerres entre les deux pays.

Le Secrétaire général a également mentionné la Convention d’Albufeira, signée pendant qu’il était Premier Ministre du Portugal, qui continue de promouvoir de bonnes relations sur la gestion de l’eau entre le Portugal et l’Espagne.  Il a pu témoigner des difficultés rencontrées dans ces négociations, qui avaient finalement abouti grâce aux efforts de deux équipes restreintes arrivées à un compromis raisonnable.  Il en a tiré la leçon qu’avec la volonté politique nécessaire, on peut arriver à des résultats qui bénéficient à tous.

En Europe, la Convention sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontières et des lacs internationaux a favorisé la collaboration et la résolution des conflits depuis 1992.  En mars 2016, la Convention a été ouverte à tous les États Membres de l’ONU, « ce qui offre la possibilité de créer un cadre mondial pour la diplomatie préventive s’agissant des questions des eaux transfrontières », a ajouté M. Guterres.

Le Secrétaire général a assuré que « les Nations Unies favorisent activement la médiation et le dialogue comme outils efficaces pour prévenir et résoudre les différends relatifs à l’eau et à d’autres ressources naturelles ».

Ainsi, le Centre régional des Nations Unies pour la diplomatie préventive en Asie centrale collabore étroitement avec le Fonds international pour le sauvetage de la mer d’Aral et d’autres partenaires pour renforcer les capacités en matière de diplomatie de l’eau et moderniser le cadre juridique régional sur la gestion des ressources en eaux transfrontalières.  M. Guterres a d’ailleurs annoncé son déplacement en mer d’Aral dans les prochains jours.

Il a rappelé qu’un plan d’action avait été élaboré l’an dernier par le Groupe de haut niveau sur l’eau, convoqué par l’ancien Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, et le Président de la Banque mondiale.  Ce plan promeut une façon de développer et de gérer les ressources en eau qui soit globale, collaborative et accessible à tous, tout en améliorant les services liés à l’eau et à l’assainissement.

« Alors que nous travaillons à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, nous élargirons ces initiatives », a promis le Secrétaire général. 

Cette réunion du Conseil de sécurité aura permis de souligner « comment l’eau est et devrait rester un motif de coopération et non de conflit », s’est-il félicité, avant d’appeler à s’engager et à investir dans la sécurité de l’eau pour assurer une paix et une sécurité durables pour toutes les communautés et les nations.

« Aujourd’hui, plus que jamais, il nous faut tenter de construire des ponts au lieu d’ériger des murs, en encourageant le dialogue et la diplomatie pour résoudre les conflits, au nom de la vie », a déclaré M. EVO MORALES, Président de la Bolivie, à l’entame de son intervention. 

La famille humaine et la vie sur Terre traversent une crise de l’eau qui s’aggravera lors des prochaines décennies, a averti le Président en lançant un avertissement: si les modes de consommation actuels se poursuivent, les deux tiers de la population mondiale souffriront d’une pénurie d’eau en 2025.  La situation est très grave: plus de 800 millions de personnes manquent d’accès à l’eau potable et plus de 2,5 millions de personnes n’ont pas accès aux services essentiels d’assainissement.

D’après l’ONU, s’est lamenté M. Morales, entre 800 et 1 000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque jour de maladies liées au manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement.  Depuis 1947, a-t-il relevé, 37 conflits ont opposé des États sur des questions relatives à l’eau.

Après avoir rappelé que l’Assemblée générale avait décrété, en 2010, que l’accès à l’eau potable était un droit de l’homme, le Président bolivien a proposé que l’accès à tous les services de base soit aussi considéré comme tel.

Contrairement aux autres ressources qui peuvent être remplacées, l’eau douce ne connaît aucun substitut, a-t-il fait remarquer en prévenant que « sans l’eau, pas de vie ».  « Nous n’avons d’autre choix que de la gérer de façon raisonnable », a-t-il insisté.

En Bolivie, l’eau est synonyme de bien commun.  Elle nourrit la Terre et doit être préservée et respectée.  Par le passé, a regretté M. Morales, nous n’avons pas été consultés sur l’utilisation des ressources naturelles.  « À l’époque néolibérale, les services d’eau potable ont été privatisés et l’on a donné la priorité à l’argent. »  Aujourd’hui, s’est-il enorgueilli, la Constitution bolivienne prévoit que les ressources naturelles appartiennent au peuple.

Le Président a recommandé aux États Membres de consacrer davantage de fonds à l’infrastructure de l’eau face au déficit actuel de financement au niveau mondial, en opposition aux « dépenses militaires disproportionnées ».  

La plupart des aquifères les plus importants du monde sont exposés à la pollution, a-t-il aussi constaté en signalant que 92,7% des bassins sont partagés par deux, trois ou quatre pays.  Il a estimé que les politiques classiques de gestion de l’eau et les effets des changements climatiques étaient responsables des tensions qui menacent la paix et la sécurité des nations.

Le Conseil de sécurité a déjà reconnu la complexité de cette question, a souligné M. Morales avant de citer l’évolution du droit international de l’eau qui a contribué à déterminer de nouvelles modalités de gestion plus efficaces.

Il a préconisé une nouvelle forme de diplomatie préventive de gestion des eaux transfrontières.  Selon lui, « la crise de l’eau est l’une des plus grandes menaces pour la vie sur Terre » et les organes des Nations Unies doivent redoubler d’efforts pour qu’ensemble nous y fassions face.

À cette fin, a recommandé le Président, il faut reconnaître que l’eau est un patrimoine universel partagé et vulnérable; que l’eau douce est une ressource finie qu’il convient de préserver; que l’eau douce disponible se trouve dans de nombreux bassins partagés; et que son utilisation doit dépendre de la coopération et de la fraternité entre les peuples.

De même, a-t-il poursuivi, l’eau doit rapprocher tous les États, les peuples et les mouvements sociaux.  Les États doivent envisager d’adopter des accords de gouvernance mettant l’accent sur la durabilité des ressources hydriques transfrontières et coopérer entre eux.  Ils doivent éviter de prendre des mesures unilatérales.  Les États, a-t-il ajouté, doivent chercher à régler leurs différends par la voie de la médiation, de l’arbitrage, de la négociation et du dialogue.

« Là où coule l’eau doit couler la paix », a conclu M. Morales.

Mme ISABELLA LÖVIN, Ministre du développement international, de la coopération et du climat et Vice-Premier Ministre de la Suède, a remercié le Secrétaire général pour avoir mis en avant tant les défis que les opportunités que présentent les eaux transfrontières, et pour avoir insisté sur le rôle de la diplomatie préventive pour éviter les conflits et renforcer la coopération par la gestion des ressources en eau.  Rappelant que la réunion du Conseil de sécurité coïncide avec la tenue parallèle de la Conférence de haut niveau des Nations Unies sur les océans, coprésidée par la Suède et les Fidji, elle a souhaité que celle-ci aboutisse à un véritable changement, au bénéfice des peuples, de la planète et de la prospérité.

Ce sont là des questions urgentes, a insisté Mme Lövin, qui a rappelé que les effets des changements climatiques sont bien réels et même ressentis quotidiennement, en particulier par ceux dont les conditions de vie dépendent des cours d’eau, des lacs, des mers et des océans.  Ainsi, a-t-elle expliqué, la Suède est-elle confrontée à une faiblesse sans précédent du niveau de ses eaux souterraines dans certaines parties du pays, ce qui pourrait affecter à terme l’approvisionnement en eau.  « Il faut donc nous montrer plus ambitieux pour assumer notre responsabilité mondiale. »

La Suède est profondément impliquée dans le programme de prévention présenté par le Secrétaire général et discuté par le Conseil de sécurité en janvier dernier, a poursuivi Mme Lövin.  C’est une vaste approche préventive qui tient compte des vecteurs potentiels de conflits, dont les cours d’eau transfrontières, a rappelé la Ministre.  Étant donné l’importance de ces eaux, il n’est pas étonnant qu’elles soient sources de tensions et de menaces pour la paix, a-t-elle remarqué, en soulignant en outre que les changements climatiques peuvent avoir pour effet d’exacerber de telles tensions.  « Nous devons donc appuyer les efforts déployés par les États pour faire face aux changements climatiques, y compris dans le domaine des cours d’eau transfrontières. »  Soulignant que l’ONU dispose de compétences dans ce domaine, la Ministre a espéré que son travail permette les alertes précoces nécessaires pour que le Conseil de sécurité prenne des mesures de prévention des conflits, comme cela a été fait récemment pour le lac Tchad.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de gérer l’eau autrement que de façon responsable et durable », a poursuivi la Ministre en conseillant de s’appuyer sur les outils existants, qu’il s’agisse du droit international relatif à l’eau ou encore de la reconnaissance des droits des peuples autochtones.  En outre, les acteurs régionaux ont un rôle central à jouer, comme c’est le cas depuis fort longtemps en Europe.  L’Union européenne peut faire part de ses enseignements dans ce domaine, a affirmé Mme Lövin, qui a également rappelé l’expérience de son propre pays, avant de conclure en rappelant qu’aucun pays ne pouvait répondre seul à de tels défis et que les États devaient donc coopérer.

M. OUMAR GUÈYE, Ministre de la pêche et de l’économie maritime du Sénégal, s’est inquiété de la raréfaction continue des ressources en eau conjuguée à leur inégale répartition sur la planète.  Citant « un accroissement démographique fulgurant, une urbanisation galopante et un réchauffement climatique préoccupant », il a dit que la question de l’accès à l’eau se posait plus que jamais dans un monde où 60% des ressources en eau restent entre les mains de seulement neuf pays.  Face à ce « constat terrifiant », il a dit l’urgence d’une approche préventive fondée sur deux piliers majeurs: la coopération pour assurer l’accès aux ressources en eau et la médiation pour résoudre les différends entre États. 

Le Ministre a indiqué que l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) constituait un exemple en matière de gestion concertée des eaux transfrontalières.  Il a rappelé que c’est face aux graves conséquences des sécheresses aiguës des années 1970 que le Sénégal, le Mali et la Mauritanie avaient créé cette organisation en 1972.  Rejoints par la Guinée en 2005, ils ont créé la « Charte des eaux » qui part du postulat qu’« un bien rare et par conséquent objet de conflits » devrait être réparti entre « usages » et non entre « pays membres », pour un aménagement conjoint et solidaire du bassin.

Cette « répartition entre usages » repose sur les cinq principes suivants: l’obligation de garantir la gestion équilibrée de la ressource en eau; l’utilisation raisonnable des eaux du fleuve; l’obligation de préserver l’environnement; l’obligation de négocier en cas de conflit; et l’obligation de tout État d’informer ses voisins préalablement à toute action ayant un impact sur l’eau.

Par ailleurs, notant que les fleuves ont été le berceau des plus grandes civilisations, le Ministre a estimé que l’eau ne saurait avoir d’autre finalité que celle d’affermir les relations humaines, à condition que l’humanité en fasse bon usage.  Il s’est inquiété des risques de conflits liés à l’eau en rappelant le rôle du Conseil de sécurité en matière de prévention.

Face à ce risque, il a exhorté la communauté internationale à accompagner les cadres de coopération existants et à contribuer à la création de nouveaux.  Citant les propos de M. Danilo Turk, Président du Groupe mondial de haut niveau sur l’eau et la paix, devant le Conseil de sécurité en novembre 2016, il a indiqué que sur les 263 cours d’eau internationaux, seuls 84 disposent d’institutions de gestion commune.  Face à l’urgence de la coopération et à la réalité des menaces, M. Guèye a appelé à l’avènement d’un véritable « multilatéralisme préventif ».

M. YERZHAN ASHIKBAYEV, Ministre adjoint des affaires étrangères du Kazakhstan, a rappelé que, en faisant campagne pour un siège non permanent au Conseil de sécurité, son pays avait défini la sécurité de l’eau comme l’une de ses priorités.  D’après lui, « la diplomatie de l’eau et du développement peut sauver des millions de vies ».  L’objectif 6 de développement durable est donc nécessaire pour la paix et la sécurité.

L’eau est notamment indispensable à la paix et au progrès en Asie centrale, a fait valoir le Ministre adjoint en expliquant que « tous les ans, nous perdons des kilomètres carrés de ressources en eau ».  Le Kazakhstan, le plus grand pays enclavé au monde, a toujours accordé une grande importance à la gestion des ressources en eau.  Il pourrait faire face à 50% de pénurie en eau d’ici à 2040, a-t-il averti.  C’est pourquoi le pays doit prendre, avec ses voisins, des actions immédiates pour s’assurer que les ressources en eau potable ne soient pas affectées négativement par les changements climatiques, l’urbanisation, la croissance démographique et la pollution.

M. Ashikbayev a indiqué que son pays avait été à l’origine de la création du fonds d’investissement d’Asie centrale sur des projets liés à l’eau.  Le Kazakhstan a aussi proposé la création d’un centre régional sur la sécurité de l’eau et signé un pacte sur la sécurité de l’eau et de l’environnement en Asie centrale. 

Le Ministre adjoint a prôné des approches équilibrées en ce qui concerne l’utilisation des ressources hydriques, de façon à éviter les conflits.  Il a suggéré que les négociations en la matière se concentrent sur la substance, de façon juste, libre, ouverte et inclusive.  Il a aussi souhaité que les capacités d’ONU-Eau soient renforcées pour qu’elle soit mieux à même de conseiller les États Membres lorsqu’ils mettent en œuvre les recommandations du Groupe de haut niveau sur l’eau.  

Mme SILVIA VELO, Sous-Secrétaire d’État à l’environnement, l’eau et la protection de la mer de l’Italie, a rappelé que le premier débat du Conseil de sécurité sur le thème de l’eau, la paix et la sécurité, tenu en novembre 2016, avait montré le rôle de multiplicateur d’instabilité et de vecteur de migration que le manque d’eau pouvait contribuer à jouer.  Elle a tenu à rappeler le rôle essentiel que doit jouer l’Accord de Paris sur les changements climatiques en matière de coopération.

Elle a estimé que la coopération en matière de cours d’eau transfrontières était un outil puissant de prévention à long terme des conflits.  Mme Velo a rappelé à cet égard le soutien de son pays à la politique de diplomatie préventive mise en avant par le Secrétaire général.  Elle a également rappelé le rôle essentiel des questions liées à l’eau dans la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Jugeant fondamental le développement de la coopération en matière d’eau et de la protection des ressources internationales en eau, Mme Velo a estimé que la communauté internationale disposait des outils nécessaires pour y parvenir.  Elle a cité, par exemple, la Convention de 1997 sur le droit de l’utilisation des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation, qui codifie pour l’essentiel le droit coutumier en la matière.  Elle a par ailleurs rappelé que la Convention d’Helsinki sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontières et des lacs internationaux, mise au point dans le cadre de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe, avait l’an dernier été ouverte à la ratification de tous les États Membres des Nations Unies.  Elle a enfin signalé l’existence de plus de 400 instruments juridiques liés à la gestion des ressources, en vantant leur utilité comme alternatives à la confrontation.

Mme Velo a ensuite insisté sur la longue expérience du continent européen en la matière, citant notamment la Commission centrale sur la navigation du Rhin et la Commission internationale pour la protection du Danube.  Elle a rappelé que le Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne avait adopté en 2013 une diplomatie européenne de l’eau.

La Sous-Secrétaire d’État a enfin rappelé l’engagement de son propre pays qui, comme pays hôte de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a participé activement à la mise en place du cadre mondial sur la pénurie en eau.  L’objectif était de mobiliser, dans un seul cadre intégré, toutes les parties prenantes travaillant sur les différentes dimensions de la pénurie en eau.  A ainsi été adoptée, l’an dernier, la Déclaration de Rome sur la pénurie en eau en agriculture.  Mme Velo a aussi détaillé l’approche de coopération adoptée par l’Italie au plan interne.

Avant de conclure son discours, Mme Velo a tenu à rappeler que la résolution 2349 (2017) du Conseil de sécurité relative à la région du lac Tchad avait reconnu les « effets néfastes des changements climatiques et écologiques, entre autres facteurs, sur la stabilité de la région, notamment de la rareté de l’eau, la sécheresse ».

Selon M. KORO BESSHO (Japon), un développement pacifique et une gestion efficace des ressources en eau sont essentiels pour garantir la paix et la prospérité.  « Cela a été vrai pour mon pays », a-t-il souligné en remarquant que divers facteurs, comme les changements climatiques, peuvent exercer une pression sur les ressources en eau.  D’un autre côté, il a reconnu que, dans beaucoup de situations, le partage des ressources en eau avait permis d’obtenir la paix et la prospérité.  La coopération entre les parties prenantes permet de prévenir les conflits, a-t-il ajouté en soulignant le rôle de la communauté internationale pour renforcer la confiance par le dialogue et l’aide au développement des projets.

Le Japon est ainsi fier d’être un partenaire des nations d’Asie centrale pour garantir une gestion durable et efficace des ressources en eau dans la région, notamment à travers des systèmes d’irrigation au Kazakhstan, a précisé le représentant.  Dans l’est de l’Afrique, comme au Darfour, au Soudan, le Japon a également contribué au renforcement des capacités en termes de gouvernance rurale.  Le représentant a conclu son intervention en insistant sur la nécessité impérieuse de rechercher des solutions pacifiques lorsque des différends surgissent sur les ressources en eau.  

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a estimé que les effets adverses des changements climatiques risquaient d’aggraver les tensions dans diverses régions à cause de la rareté de l’eau, comme cela est déjà arrivé, a-t-il prévenu en citant des conflits dont le Conseil de sécurité a eu à connaître.  L’Égypte dépend pour sa part totalement du Nil, qui lui procure plus de 90% de son eau douce.  Il a indiqué que son pays souffrait d’un déficit en eau et se trouvait même en dessous du « seuil de pauvreté en eau », une situation qui ne pourra que s’aggraver dans les années à venir.

C’est dans ce contexte que l’Égypte a lancé un programme de coopération entre l’ensemble des États du bassin du Nil qui a permis d’importants progrès, a-t-il indiqué en souhaitant que ceux-ci soient préservés.  L’Égypte estime que la création d’une commission du bassin du Nil devrait reposer sur des principes permettant de satisfaire les intérêts de tous les États Membres.  Mais elle a des préoccupations quant au projet d’accord-cadre, car ce dernier va à l’encontre du principe du consensus.  C’est pourquoi, a-t-il expliqué, l’Égypte a suspendu en 2010 sa participation aux discussions techniques.  Toutefois, a affirmé le représentant, l’Égypte se félicite de la décision d’organiser en juin un sommet des États du bassin du Nil.

Le représentant a également insisté sur l’importance de la pleine mise en œuvre de la Déclaration concernant le barrage d’Anada, et notamment le principe de notification de risque de dommage aux pays situés en aval en cas d’activités sur le fleuve.  Il a en outre dénoncé les actes unilatéraux d’un État menés sur un cours d’eau partagé sans consultation d’autres États concernés.  Il a aussi estimé que les Nations Unies devraient jouer un rôle plus clair et aider les États à renforcer leurs capacités pour une meilleure utilisation de l’eau.  Le Conseil de sécurité devrait adopter un document qui reflète ces différents principes, a conclu le représentant.

« Ces derniers temps, la thématique de l’eau est évoquée avec une régularité impressionnante », s’est étonné M. PETR V. ILIICHEV (Fédération de Russie).  Selon lui, l’heure est venue de passer des paroles aux actes et de se tourner vers les organes spécialisés des Nations Unies.  Il a souhaité à cet égard que l’on se base sur les objectifs de la Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement, à côté des moyens déployés pour la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et du Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement.

Au cœur de la gestion des ressources en eau, on retrouve les mécanismes juridiques internationaux et régionaux, a fait valoir le représentant.  Mais il a estimé que les capacités nécessaires pour faire jouer les mécanismes existants étaient « sous-évaluées et sous-utilisées de façon injustifiée », au détriment de l’intérêt des États concernés.

L’eau et les ressources nationales relèvent de la souveraineté des États, a-t-il par ailleurs souligné.  Reconnaissant que la diplomatie préventive avait fait ses preuves dans le passé, il a rappelé que, comme le veut « sa caractéristique essentielle », on ne doit y avoir recours qu’à la demande des États concernés et conformément à la stratégie nationale de ceux-ci.  « Toute tentative d’établir des diktats peut discréditer le concept même de diplomatie préventive », a-t-il mis en garde.

M. CHRISTOPHER KLEIN (États-Unis) a constaté que l’eau était devenue un facteur de migrations et de troubles civils, ainsi qu’une source d’échecs de la part de l’État.  Il a fait observer qu’il existait dans le monde diverses modalités de gestion de l’eau.  Il a cité en exemple celle qui concerne le fleuve Slava, entre la Serbie, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine, qui résulte d’un des premiers accords régionaux conclus après la fin de la guerre dans les Balkans.

Les États-Unis ont pour leur part travaillé depuis plus d’un siècle en étroite coopération avec leurs deux voisins concernant la gestion des eaux partagées, a poursuivi le représentant.  M. Klein a par ailleurs rappelé l’importance des partenariats dans ce domaine, avant d’inviter les États qui en ont besoin à y faire appel et les bailleurs à y répondre.  Il a enfin mis l’accent sur la nécessité de disposer de données de qualité sur l’eau et sur l’importance de la volonté politique de bien gérer cette ressource.

La question des cours d’eau transfrontières concerne les intérêts communs des pays, a reconnu  M. LIU JIEYI (Chine).  Il a remarqué que la coopération liée à l’eau permet de promouvoir la stabilité, de faire avancer le développement durable et de préserver l’environnement.  Selon lui, un dialogue renforcé et des consultations entre les États partageant des cours d’eau sont essentiels.  Quant à l’ONU et à la communauté internationale, elles doivent respecter les intérêts des pays concernés et jouer un rôle constructif en aidant les pays à parvenir aux consensus nécessaires.

Le représentant chinois a appelé à intensifier la coopération internationale pour permettre aux pays de renforcer leurs capacités de gestion des ressources en eau.  Il faut aussi appuyer les travaux menés par l’ONU et par le Groupe de haut niveau sur l’eau, a-t-il ajouté avant de plaider en faveur de synergies dans ce domaine.  Il a aussi recommandé de se pencher davantage sur les questions de pénurie en eau dans les pays

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) a rappelé que le rapport 2017 sur les risques mondiaux, publié par le Forum économique mondial, plaçait les événements liés aux risques environnementaux parmi les 10 plus importants.  Il a aussi fait remarquer que près d’un milliard de personnes étaient aujourd’hui confrontées à des pénuries alimentaires ou en eau.  Il a donc estimé essentielle la coopération en matière de ressources en eau transfrontières pour la stabilité internationale.

L’Ukraine est pleinement consciente de la nécessité d’une telle coopération entre plusieurs acteurs, à savoir les gouvernements, le système des Nations Unies, la société civile, le secteur privé et les pouvoirs locaux, pour adopter des approches globales et réduire les risques.  À cette fin, l’Ukraine soutient le renforcement de la coopération entre États d’un même bassin versant et les partenariats internationaux, ainsi que le transfert de technologies abordables en matière d’eau et d’énergie.  Elle est favorable à une approche de développement consistant à acquérir les compétences et capacités techniques par le biais de l’éducation et de la recherche, notamment dans les pays en développement.

Pour le représentant, il est essentiel de mettre en place des cadres politiques et juridiques visant à prévenir les conflits en renforçant la coopération sur les questions liées aux eaux transfrontières.  Partie à la Convention sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontières et des lacs internationaux adoptée en 1992, l’Ukraine soutient et promeut le partage des connaissances et des expériences.

Le représentant ukrainien a fait valoir que son pays coopère également activement avec 13 États membres de l’Union européenne à une gestion durable et équitable du Danube, par le biais de la Commission internationale pour la protection du Danube.  Il a présenté cette commission comme un des organes internationaux les plus actifs et expérimentés en matière de gestion des bassins.  Il a également cité en exemple les travaux de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Asie centrale, y voyant là aussi un exemple de diplomatie préventive.

M. MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni) a reconnu que la question des eaux transfrontières méritait toute notre attention.  En Somalie, par exemple, la sécheresse entraîne des pénuries alimentaires qui risquent de faire sombrer la population dans la famine.  Dans le nord-est du Nigéria, les pénuries en eau renforcent certaines crises entropiques.  « Nous nous sommes engagés à renforcer la sécurité de l’approvisionnement en eau et, malgré tout, les prévisions pour 2030 sont fragiles », a-t-il constaté en en déduisant que « nous n’allons pas dans la bonne direction ».

Pour atteindre le sixième objectif de développement durable, il faudra réduire de 40% notre demande dans les pays développés, a averti le représentant. « Chacun d’entre nous dans cette salle a son rôle à jouer. »  Pour sa part, le Royaume-Uni a appuyé une approche régionale pour faire face aux enjeux du développement et des changements climatiques.  Au niveau international, a-t-il ajouté, nous devrons agir dans cette institution et dans d’autres.  « Nous ne pouvons pas nous contenter d’une réunion par an » au Conseil de sécurité, a-t-il lancé.

Le G20 a également un rôle à jouer pour faire face à l’insécurité liée à l’eau, a-t-il ajouté.  De l’avis du représentant, « améliorer la gouvernance est aussi essentiel que créer des infrastructures ».  Pour progresser sur cette question avant 2030, il a recommandé de s’atteler aux changements climatiques qui hypothèquent l’approvisionnement en eau.  Le Royaume-Uni est pleinement engagé à mette en œuvre l’Accord de Paris, a-t-il assuré à cet égard.

M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay) a rappelé que les cours d’eau transfrontières avaient souvent servi au développement des nations, en tant que routes pour la navigation des personnes et des biens, et comme moyens de production d’énergie et d’extraction de ressources naturelles, dont celles issues de la pêche.  Mais, a-t-il ajouté, ils ont parfois aussi été sources de frictions.  L’eau ne relève pas de ce que l’on définit comme un bien public mondial, mais c’est une ressource naturelle rare.  Le stress hydrique est une réalité qui peut s’aggraver encore plus et accroître les tensions existantes, au lieu de générer une coopération, si des politiques adéquates ne sont pas adoptées par les parties intéressées.  Une partie importante de la population mondiale n’a pas accès à l’eau potable ni à des systèmes d’assainissement adaptés, a-t-il rappelé.

Il faut donc que les gouvernements coopèrent en vue d’une gestion pacifique des cours d’eau transfrontières.  L’Uruguay, qui croit profondément à la négociation, est ainsi partie à des traités de gestion coopérative de certains cours d’eau, a expliqué M. Rosselli.  Il a ainsi conclu avec le Brésil un traité, dès le 12 octobre 1851, et d’autres ont suivi.  Ces textes établissent des commissions bilatérales pour gérer les ressources fluviales et lacustres.  De même, l’Uruguay a signé en 1961 et 1973 des traités bilatéraux avec l’Argentine.  Ces instruments juridiques sont le produit d’approches pragmatiques, dans la recherche de solutions originales et innovantes, et dans le respect des intérêts des différentes parties concernées.

Cette volonté se traduit par une ingénierie juridique faite d’équilibres précis et de concessions réciproques, a expliqué le représentant, qui a donné quelques exemples concernant la gestion du Rio de la Plata et du Rio Uruguay.  M. Rosselli a rappelé que les commissions concernées adoptent leurs décisions par consensus et sont toujours parvenues à des accords, à l’exception d’un seul cas qui a dû être soumis à la Cour internationale de Justice.  Le représentant a également fait état de l’adhésion, en 2010, de son pays à l’Accord sur l’aquifère Guarani, auquel sont également parties l’Argentine, le Paraguay et le Brésil, un outil qui doit promouvoir  sa conservation et la protection de son environnement.

La meilleure diplomatie préventive en matière de cours d’eau  transfrontières est celle qui œuvre à la consolidation des instruments juridiques qui les régulent et à la création d’institutions qui les gèrent par le biais du dialogue et de la coopération entre les États, a conclu M. Rosselli.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a dit qu’il existait davantage de cas de coopération que de conflits autour des questions de l’eau.  Il a indiqué que l’Éthiopie croyait fortement au principe de gestion transfrontalière des ressources en eau.  Pour l’Éthiopie, a-t-il dit, le bassin du Nil est une source naturelle de coopération entre tous les États riverains.  Il a précisé que ceux-ci avaient négocié, il y a 13 ans, l’Accord-cadre de coopération du bassin du Nil (CFA) qui est aujourd’hui signé par six pays et ratifié par trois d’entre eux.

M. Alemu a ajouté que la coopération entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan, ainsi que la signature de la Déclaration des principes par les dirigeants de ces trois pays, étaient une autre manifestation du niveau et de la qualité de la coopération régionale.  Malgré les différends, a-t-il dit, l’important est de disposer d’un mécanisme de dialogue basé sur les principes de compréhension et de respect mutuel.  Il a jugé indispensable de renforcer la coopération internationale pour mettre en œuvre l’objectif de développement durable no 6, ainsi que toutes les cibles relatives à l’eau, particulièrement dans les pays les moins avancés.    

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a déclaré que l’eau était une ressource vitale au cœur des enjeux de développement et de droits de l’homme, mais aussi des enjeux de sécurité et de maintien de la paix.  Il a jugé urgent et légitime que le Conseil de sécurité se saisisse de la question de la gestion transfrontalière des eaux.  Il a rappelé que l’accès à l’eau et à l’assainissement avait été reconnu comme un droit de l’homme par les Nations Unies en 2010, à la faveur d’une résolution de compromis qui doit beaucoup aux efforts de la présidence bolivienne.

Le représentant a averti des risques si les pressions exercées sur les ressources en eau s’accroissent.  Selon une étude de la Banque mondiale, les besoins en eau pour l’agriculture devraient augmenter de 50% d’ici à 2050, tandis que ceux nécessaires à la production d’énergie augmenteraient de 85% en raison de l’accroissement démographique.  En outre, selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), 40% des conflits qui ont éclaté au cours des 60 dernières années sont, d’une façon ou d’une autre, liés aux ressources naturelles telles que l’or, le pétrole, les minéraux et les terres fertiles en eau.  Tout cela a fait dire à M. Delattre que l’eau était un enjeu réel de stabilité méritant toute notre attention.

En outre, le représentant de la France a jugé pertinent de faire la promotion des outils internationaux efficaces en matière de gestion de l’eau.  À cet égard, il a cité deux grandes conventions multilatérales, complémentaires et non rivales, qui doivent guider toute l’action de la communauté internationale: la Convention de New York sur l’utilisation des cours d’eau transfrontaliers à des fins autres que la navigation; et la Convention d’Helsinki sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontaliers et des lacs internationaux.  Ces deux conventions offrent « une boîte à outils très fournie », des recommandations détaillées et adaptées, ainsi que des bonnes pratiques fondées sur une longue expérience.

Par ailleurs, notant que les changements climatiques exacerbent la plupart des problématiques environnementales, dont celle liée à l’eau, le représentant a estimé qu’un des meilleurs moyens de prévenir les conflits liés à l’eau était de relever le défi des changements climatiques et, pour cela, mettre en œuvre l’Accord de Paris.  

En fin de séance, le Président de la Bolivie, M. MORALES, a repris la parole pour rappeler que tous, ici, étaient les enfants de la Terre et « donc, des frères ».  Il s’est dit « un peu surpris » par les différentes interventions.  Soulignant le rôle du Conseil de sécurité, il a insisté sur la nécessité de travailler avec les gouvernements démocratiquement élus et sur la nécessité des États à s’associer.  « Nous sommes tellement différents », a-t-il rappelé, mais, malgré cette diversité, « nous devons travailler ensemble au nom des oubliés de l’histoire », a conclu M. Morales, après avoir rappelé ses modestes origines.

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