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CS/12848
30 mai 2017
7955e séance – après-midi 

Syrie: le Coordonnateur des secours d’urgence appelle les membres du Conseil de sécurité à user de leur influence pour améliorer l’accès humanitaire

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence, M. Stephen O’Brien, a dressé devant le Conseil de sécurité, cet après-midi, un tableau inquiétant de la situation humanitaire en Syrie, où « le conflit continue de dévaster la population civile ».  M. O’Brien a appelé les membres du Conseil de sécurité à user de leur influence pour améliorer l’accès humanitaire et empêcher que la situation ne se dégrade davantage.

Si le nombre de personnes vivant dans les zones assiégées a diminué d’environ 20 000 pour s’établir aujourd’hui à 624 000 personnes réparties dans 13 zones, les civils ne bénéficient pas pour autant d’une protection accrue, indique le Secrétaire général dans son rapport mensuel sur l’application des résolutions du Conseil de sécurité par toutes les parties en Syrie.

En réalité, a averti M. O’Brien, « l’espace de protection se réduit » en Syrie.  Les conditions humanitaires empirent et le désespoir augmente, non pas du fait de l’insécurité ou des infrastructures défaillantes, mais à cause des restrictions de plus en plus strictes que le Gouvernement syrien, mais aussi les groupes armés non étatiques, les organisations terroristes et certains pays voisins, imposent à l’acheminement des secours.

Il a appelé le Conseil de sécurité à « prendre toutes les mesures nécessaires pour restaurer la volonté de placer l’acheminement de l’aide humanitaire en dehors de tout calcul politique et militaire ».  Selon lui, l’acheminement de l’aide doit être « une ligne rouge à ne pas franchir ».  Tout refus ou tout retard est contraire au droit international humanitaire, a-t-il rappelé.  Je ne viens pas ici demander des faveurs, a dit M. O’Brien.  « Des médicaments pour les malades et de la nourriture pour les affamés ne sont pas des faveurs. »

L’accord conclu le 4 mai dernier à Astana, au Kazakhstan, entre les trois États garants, l’Iran, la Russie et la Turquie, sur la création de quatre zones de désescalade des tensions doit réussir, a-t-il insisté.  « Nous le devons aux 2,6 millions de personnes environ qui se trouvent dans les quatre zones de désescalade. »  Ces zones comprennent tous les lieux assiégés sauf ceux de Damas et de Deïr el-Zor.

Jusqu’ici, a estimé le représentant du Royaume-Uni, l’Accord d’Astana a surtout aidé le régime et ses alliés.  S’il y a, dans certains cas, une réduction de la violence, c’est uniquement lorsque cela convient au régime.  Il a en effet observé que, la semaine dernière, les frappes aériennes se sont succédé contre les forces de l’opposition.  « C’est cela la désescalade? »

Le Gouvernement syrien continue à tuer et à jeter en prison des dizaines de milliers de Syriens, a renchéri la représentante des États-Unis, de retour de Jordanie et de Turquie où elle a rencontré des réfugiés.  Amnesty International a parlé d’abattoirs humains, a-t-elle noté.  « Le régime syrien aurait même un crematorium pour se débarrasser des dépouilles. »  Même si la Russie et l’Iran n’ont pas de rôle direct à ce sujet, ils sont liés aux mesures prises par le régime, a-t-elle estimé.  Elle a demandé à la Russie d’user de son influence pour inciter le régime à mettre fin à ces horreurs.

À ce propos, la représentante de la France a indiqué que son pays avait transmis au Conseil de sécurité son analyse des circonstances liées à l’attaque aux armes chimiques perpétrée, le 4 avril dernier, à Khan Cheikhoun.  « Cette analyse, menée par nos experts, est sans appel et conclut sans doute possible à l’implication des forces armées syriennes », a-t-elle dit.  Devant la persistance de la violence, elle a appelé les États garants du processus d’Astana, en particulier les soutiens du régime, la Russie et l’Iran, à imposer à ce dernier l’arrêt complet des hostilités.

Son homologue russe a justement déploré que certains essayent d’amoindrir les résultats du processus d’Astana.  Notant que l’on demande à la Fédération de Russie ce qu’elle fait pour la Syrie, il a affirmé que sa délégation en informe constamment la communauté internationale.  « Mais que font vos pays? » a-t-il lancé en retournant la question et en exigeant la fin des « rhétoriques déplacées ».

« La rhétorique partiale et subjective des États-Unis », a accusé le représentant de la Syrie, a été reprise par le rapport du Secrétaire général.  « Nous n’avons pas utilisé d’armes dans notre guerre contre le terrorisme », a-t-il dit, en dénonçant « le crime contre l’humanité » que constitue l’utilisation d’armes chimiques à Khan Cheikhoun.  Le représentant a pointé le doigt sur ces États et parties qui feignent d’ignorer les causes de la crise humanitaire syrienne, à savoir l’émergence des groupes terroriste armés avec l’appui et le financement de quelques gouvernements. 

Le représentant du Kazakhstan a exhorté les parties au conflit ainsi que les États garants à respecter les dispositions de l’Accord d’Astana.  La cessation des hostilités est tangible dans les zones de désescalade mais aucune initiative de paix ne peut réussir sans l’appui du Conseil de sécurité, a-t-il insisté, lançant un appel à ce dernier pour qu’il mette fin au bain de sang en Syrie. 

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Rapport du Secrétaire général sur l’application des résolutions 2139 (2014), 2165 (2014), 2191 (2014), 2258 (2015) et 2332 (2016) du Conseil de sécurité (S/2017/445)

Déclarations

Le conflit cruel en Syrie continue de dévaster la population civile, a déclaré M. STEPHEN O’BRIEN, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence

Rien que la semaine dernière, 30 enfants et femmes ont été gravement blessés lors d’une attaque menée par Daech contre des quartiers assiégés de Deïr el-Zor alors qu’ils faisaient la queue pour de l’eau.  Plus d’une centaine de civils ont été victimes, ces dernières semaines, des contre-attaques contre Daech. 

Des millions de personnes sont sur la ligne de feu, face à la misère et au danger, a poursuivi M. O’Brien.  Des dizaines de milliers d’enfants ont été tués.  Des enfants ont été emprisonnés, torturés, victimes de violences sexuelles, recrutés et, dans certains cas, exécutés.

Près de sept millions d’enfants vivent dans la pauvreté en Syrie, a-t-il précisé.  Près de 1,75 million d’entre eux ne sont pas scolarisés et 7 400 écoles ont été endommagées, détruites ou rendues inaccessibles.  À l’extérieur de la Syrie, des centaines de milliers d’enfants syriens font face à un avenir incertain; ils sont devenus apatrides, abandonnés par le monde, sauf par le Liban, la Jordanie, l’Iraq, la Turquie et l’Égypte.  Que vont-ils devenir? s’est-il inquiété.

L’accord conclu à Astana entre les trois États garants, l’Iran, la Russie et la Turquie, sur la création de quatre zones de désescalade des tensions a représenté « un pas en avant », a reconnu le Secrétaire général adjoint.  Cela étant dit, trop d’accords qui auraient pu sauver des vies et atténuer les souffrances ont échoué par le passé.  

L’accord d’Astana doit réussir, a-t-il insisté.  « Nous le devons aux 2,6 millions de personnes environ qui se trouvent dans les quatre zones de désescalade. »  Ces zones comprennent tous les lieux assiégés sauf celles de Damas et de Deïr el-Zor.

L’ONU se tient prête à s’assoir avec toutes les parties concernées pour en faire un accord viable, un accord qui fera une différence pour les civils sur le terrain, qui permettra notamment la fourniture d’une aide vitale, a assuré M. O’Brien.

Ces derniers mois, a-t-il rappelé, un accès restreint et des attaques intensifiées ont abouti à un certain nombre d’accords dits « de reddition » ou « d’évacuation ».  Les tactiques ne sont que trop évidentes, a-t-il dénoncé: rendre la vie intolérable, pousser les gens à choisir entre la famine et la mort ou à fuir à bord de bus verts vers des lieux tout aussi dangereux.  

Il faut que les auteurs de ces actes, à Homs, Moademiyeh, Al Waer, Darayya et Zabadani et ailleurs, rendent des comptes, a-t-il lancé. 

Dans beaucoup d’endroits du pays, « l’espace de protection se réduit », a averti le Secrétaire général adjoint.  Les conditions humanitaires empirent et le désespoir augmente, non pas du fait de l’insécurité ou des infrastructures défaillantes, mais à cause des limites de plus en plus strictes qu’imposent les autorités locales, les groupes armés non étatiques, les organisations terroristes et certains pays voisins.   

M. O’Brien a appelé les membres du Conseil de sécurité à user de leur influence pour faire en sorte que ces acteurs respectent les principes humanitaires et permettent le passage de l’aide.

Il a demandé un changement radical dans l’accès au nord-est de la Syrie.  Plutôt que des restrictions, il faut ouvrir l’espace à l’aide humanitaire, a-t-il plaidé, en évoquant le sort de quelque 100 000 personnes déplacées par les combats autour de Raqqa depuis avril.   

En avril et en mai, a expliqué le chef des affaires humanitaires, nous n’avons obtenu de lettres de facilitation du Gouvernement syrien que pour sept convois, n’atteignant que 266 750 personnes sur un million.  Depuis le début de 2017, seuls 17 convois sont passés, contre 50 à la même période l’année dernière.  De plus, ce sont près de 100 000 fournitures médicales qui ont été refusées ou retirées des convois.  Comme l’a souligné le Secrétaire général lors du débat public du Conseil de sécurité sur la protection des civils dans les conflits armés, jeudi dernier, les attaques contre les hôpitaux et les installations sanitaires sont devenues monnaie courante en Syrie.

Une fois de plus, M. O’Brien a vilipendé « le calcul politique et la tactique militaire » derrière les refus et les retards de l’accès humanitaire de la part du Gouvernement syrien.  Il a appelé le Conseil de sécurité à « prendre toutes les mesures nécessaires pour restaurer la volonté de placer l’acheminement de l’aide humanitaire en dehors de tout calcul politique et militaire ».  Selon lui, l’acheminement de l’aide doit être « une ligne rouge à ne pas franchir ».  Tout refus ou tout retard est contraire au droit international humanitaire, a-t-il ajouté, en demandant au Conseil d’agir pour que ses résolutions soient respectées.

Je ne viens pas ici demander des faveurs, a conclu le Secrétaire général adjoint.  « Demander que les acteurs humanitaires puissent accéder à tous ceux qui sont dans le besoin dans toute la Syrie n’est pas une faveur. »  « Des médicaments pour les malades et de la nourriture pour les affamés ne sont pas des faveurs », a-t-il martelé.  

M. OLOF SKOOG (Suède) a déploré la situation que vivent les enfants syriens, affirmant que toute une génération d’enfants a vu son enfance volée.  Il a salué les efforts consentis par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et ses partenaires.  Il a plaidé pour un soutien fort à ces enfants et pour leur accès à l’éducation et aux services psychosociaux, pour éviter d’en faire une génération perdue.  Le représentant a salué la réduction récente des violences en Syrie, notamment dans les quatre zones de désescalade qui ont été identifiées au cours des réunions d’Astana.  Il a néanmoins fait part de sa préoccupation face aux offensives militaires menées par le régime syrien en dehors desdites zones.  Il a rappelé que l’une des causes de la souffrance des populations dans des localités assiégées résulte de leur incapacité à répondre à leurs besoins les plus élémentaires comme l’alimentation.  En avril et en mai, l’accès humanitaire aux zones assiégées aura été déplorable, un seul convoi ayant atteint Douma. 

Le représentant a exigé de Damas un accès humanitaire sûr, sans entrave et constant.  Il a également appelé les autorités syriennes à autoriser les agences humanitaires à emprunter la route entre Alep et Qamishly, ouverte au trafic commercial.  Il a lancé un appel au Groupe de travail des États garants du processus d’Astana pour qu’ils accordent la priorité à la mise en œuvre des aspects humanitaires de leur mémorandum.  Le représentant s’est en outre dit préoccupé par l’augmentation des restrictions imposées par les groupes armés d’opposition, les groupes terroristes à Edleb et par les administrations kurdes.  Il a appelé ceux qui ont une influence sur ces groupes à obtenir d’eux qu’ils lèvent ces restrictions. 

L’amélioration de l’accès humanitaire, y compris dans les zones de désescalade, est cruciale pour assurer la viabilité du processus d’Astana et faciliter des résultats à Genève, a insisté le représentant.  La seule manière de mettre fin à cette crise humanitaire est de trouver une solution politique, a-t-il estimé, en appelant toutes les parties prenantes à intensifier leurs efforts pour soutenir la prochaine phase des pourparlers de Genève sous l’égide des Nations Unies.  Il a aussi souligné que toute évacuation de civils doit se faire dans la sécurité, de manière volontaire et vers un lieu de leur choix.  Il a invité le Conseil de sécurité à faire plus pour mettre un terme aux attaques contre les civils et à tirer parti du consensus dégagé jeudi dernier sur la protection des civils dans les conflits armés.

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a souligné les millions de Syriens qui continuent de souffrir en Syrie, du fait de la guerre et des déplacements dans les camps.  Les enfants nés dans ces camps n’ont jamais connu d’autre maison, a-t-il remarqué.  Il a lancé un appel à toutes les parties, syriennes et internationales, pour qu’elles facilitent l’acheminement de l’aide internationale.  Les parties garantes du mémorandum d’Astana doivent tout faire pour faciliter la livraison des articles médicaux et autres prévus dans ce texte, a-t-il précisé. 

La guerre par procuration en Syrie, où les groupes terroristes sont florissants, pose une menace qu’il ne faut pas sous-estimer, a poursuivi le représentant égyptien.  Il a affirmé que ce conflit est soutenu, facilité et financé par des parties qui ont un intérêt direct dans la propagation de l’extrémisme.  Il faut réexaminer cette question, a-t-il estimé car « on peut continuer à demander la cessation des combats et l’accès humanitaire, mais si nous en restons là, nous ne réglerons pas la crise ».  La solution est politique, a-t-il dit, en demandant un dialogue franc sur le processus de paix.

Le mois écoulé a été marqué par une évolution positive concernant le conflit syrien, s’est réjoui M. KORO BESSHO (Japon), tout en s’empressant de rappeler que la situation sur le terrain restait tout de même désastreuse.  Au nombre des avancées, il a cité le sixième cycle de pourparlers intersyriens à Genève, sous l’égide de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, l’accord conclu début mai pour faire avancer la question du cessez-le-feu, dans le cadre du processus d’Astana, entre la Russie, l’Iran et la Turquie, et, enfin, l’acheminement récent d’un convoi humanitaire interagences dans la banlieue est de Damas.

En parallèle, a poursuivi le délégué, le Japon s’est employé, en tant que membre du Groupe international de soutien pour la Syrie, à convaincre le Gouvernement syrien d’améliorer l’accès des convois humanitaires interagences de l’ONU aux différentes zones du pays.  « Ces efforts individuels ne doivent cependant pas masquer le fait que l’accès humanitaire n’est toujours pas systématique ou régulier », a déploré M. Bessho, tout en appelant le Conseil de sécurité et le Groupe international de soutien pour la Syrie à déployer davantage d’efforts concertés pour que les négociations sur l’accès humanitaire se traduisent par des avancées sur le terrain.  Le représentant a en outre espéré que le processus d’Astana se solderait par une diminution des combats dans les zones assiégées et difficiles d’accès, car ces dernières, a-t-il affirmé, sont les principales zones affectées par la crise humanitaire.

M. MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni) a salué l’accord d’Astana et s’est dit prêt à appuyer tout effort visant à mettre fin au bain de sang.  Mais le mémorandum d’Astana a surtout aidé le régime et ses alliés, a-t-il fait observer.  S’il y a donc, dans certains cas, une réduction de la violence, c’est uniquement lorsque cela convient au régime.  Le représentant a en effet observé que, la semaine dernière, les frappes aériennes se sont succédé contre les forces de l’opposition.  « C’est cela la désescalade? » a-t-il demandé en notant que les attaques se poursuivent.

Plaidant, à son tour, pour l’accès humanitaire, notamment pour les Nations Unies, il a souligné que l’ONU sait quelles sont les routes à emprunter et là où sont les besoins.  Le manque d’accès humanitaire découle de mesures délibérées du régime qui cherche à faire céder les opposants.  Le représentant a exigé la fin de la violence et le respect d’un cessez-le-feu certifié par le mécanisme de vérification.  Les Nations Unies doivent pouvoir examiner les zones de désescalade et y avoir accès, a-t-il insisté.

Mme ANNE GUEGUEN (France) a indiqué que son pays a transmis au Conseil de sécurité son analyse des circonstances liées à l’attaque aux armes chimiques perpétrée, le 4 avril dernier, à Khan Cheikhoun.  « Cette analyse, menée par nos experts est sans appel et conclut sans doute possible à l’implication des forces armées syriennes », a dit la représentante.  Devant la persistance de la violence, elle a appelé les États garants du processus d’Astana, en particulier les soutiens de la région, la Russie et l’Iran, à imposer à ce dernier l’arrêt complet des hostilités.  L’amélioration de la situation sur le terrain est indispensable au succès des négociations en vue d’une transition politique à Genève sous l’égide des Nations Unies, a souligné la représentante. 

Venant à la situation humanitaire, elle a appelé à la levée immédiate des sièges imposés aux localités tenues par l’opposition.  Elle a dénoncé les blocages du régime pour l’accès des convois, les accords locaux d’évacuation imposés par la force et la situation des détenus.  « Le régime de Damas doit se conformer à ses obligations internationales et autoriser un accès complet, sûr, inconditionnel et sans entrave des Nations Unies et de leurs partenaires humanitaires aux personnes dans le besoin sur l’ensemble du territoire syrien.  Ses soutiens doivent faire pression sur lui en ce sens », a insisté la représentante.  Face au bilan dramatique, il est plus que jamais urgent, a-t-elle conclu, de mettre en œuvre une transition politique, dans le cadre des négociations de Genève.

La semaine dernière, j’ai rendu visite à de nombreux réfugiés en Jordanie et en Turquie, a témoigné Mme NICKY R. HALEY (États-Unis).  J’ai vu des centaines de personnes leur apporter leur soutien, j’ai discuté avec tous ceux qui essaient d’aider les enfants et de soigner leurs traumatismes, a-t-elle ajouté.  « La violence et la brutalité qui les ont obligés à fuir n’ont pas cessé.  Il n’y a pas de paix en Syrie. »

Le Gouvernement syrien continue à tuer et à jeter en prison des dizaines de milliers de Syriens, a dénoncé la représentante.  D’après elle, l’indicateur qui révèle le plus l’enfer que connaît la Syrie, c’est ce que nous avons vu des derniers mois avec les prisons.  Amnesty International a parlé d’abattoirs humains, a-t-elle noté.  « Le régime syrien aurait même un crematorium pour se débarrasser des dépouilles. »  Même si la Russie et l’Iran n’ont pas de rôle direct à ce sujet, ils sont liés aux mesures prises par le régime, a-t-elle estimé.  Elle a demandé à la Russie d’user de son influence pour inciter le régime à mettre fin à ces horreurs.

Mme Haley a salué le travail remarquable des ONG et de l’ONU, mais, a-t-elle souligné, la structure d’assistance sur le terrain s’érode peu à peu.  Une école sur trois et plus de la moitié des hôpitaux ont fermé.  Il y a toute une génération de gens qui risque d’être perdue si nous n’agissons pas, a-t-elle averti.  Le Conseil de sécurité pourrait faire pression pour donner aux enfants l’avenir qu’ils méritent, a insisté la représentante.  Hélas, la fourniture de l’aide humanitaire reste bloquée par le Gouvernement.  Outre la recherche d’une solution politique, nous devons commencer à mettre l’accent sur les besoins du pays en matière de développement et sur la transition, a-t-elle conclu.  

M. WU HAITAO (Chine) a salué l’avancée des pourparlers de Genève et les résultats obtenus à Astana, remerciant les pays qui ont promu ce dialogue.  Nonobstant les difficultés sur le terrain, les institutions spécialisées des Nations Unies continuent d’envoyer des convois, a-t-il aussi souligné.  Il a demandé aux parties de respecter les accords de cessez-le-feu et de permettre un accès humanitaire sans entrave.  Les résultats de la Conférence de Bruxelles sur la Syrie doivent aussi être mis en œuvre par les pays qui se sont engagés à aider la Syrie, a-t-il demandé.  En prévision des pourparlers du mois de juin, il a invité les parties à maintenir leurs efforts en vue d’une solution acceptable pour tous, en respectant le principe d’appropriation nationale.  La communauté internationale doit lutter contre le terrorisme, a-t-il ajouté, avant d’exprimer son soutien aux efforts en cours pour régler le dossier syrien et la situation humanitaire.

M. SEBASTIANO CARDI (Italie) a expliqué que l’aide humanitaire en Syrie passe par l’aide transfrontière.  Là où les besoins sont les plus importants, dans les zones assiégées par le régime syrien, nous ne voyons aucune amélioration, bien au contraire, s’est-il plaint.  Notant que le nombre de convois diminue, il a aussi remarqué que lorsqu’ils arrivent à passer, les trousses d’équipement humanitaire sont confisquées par le régime.  Le siège de la Ghouta orientale reste une grande préoccupation, a-t-il poursuivi.  Il a demandé au Gouvernement syrien de permettre un suivi et une évaluation de ce qui peut constituer des transferts forcés de population.

Le représentant a également exprimé ses préoccupations face aux obstacles à l’aide à Edleb et dans d’autres régions, ainsi que face à l’utilisation d’armes chimiques, une question qui doit rester une des priorités du Conseil.  Il a espéré que la mise en œuvre de l’accord d’Astana donnerait des résultats probants sur le volet humanitaire.  Les Nations Unies doivent jouer un rôle important dans la mise en œuvre de cet accord, a-t-il souhaité, avant de demander que la priorité soit donnée à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu sans condition et à l’accès humanitaire.

Préoccupé par la situation humanitaire en Syrie, M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a constaté que depuis la signature de l’accord d’Astana, le niveau de violence a diminué dans les zones de désescalade.  Tout effort à cet égard devrait être loué, a-t-il dit, en félicitant les États garants, l’Iran, la Russie et la Turquie, pour le cessez-le-feu.  Il faut mettre en œuvre une procédure de facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire.

D’après lui, la solution au conflit dépend du processus politique mu par les Syriens eux-mêmes sous l’égide de l’ONU.  « Il ne fait aucun doute qu’une solution politique ne sera peut-être pas facile à atteindre, mais c’est la seule solution possible », a insisté le représentant.  Il revient à tous les acteurs syriens de s’engager à mettre fin à la guerre et aux souffrances de leur peuple.  Le succès du volet politique en Syrie dépend également des efforts concertés des pays de la région et des grandes puissances qui ont une influence sur les parties.

M. ABDOULAYE BARRO (Sénégal) est revenu sur l’impact dévastateur de ce conflit sur le sort des enfants syriens.  En dépit des efforts en cours, la cessation des hostilités prévue dans l’accord d’Astana qui avait suscité des espoirs reste fragile, a-t-il constaté.  Les attaques contre les institutions sanitaires et scolaires continuent.  Il a rappelé l’obligation des parties en vertu du droit international humanitaire et des droits de l’homme de permettre l’accès direct de l’aide à la population, et a réitéré son appel aux autorités syriennes en ce sens.

Il faut redynamiser la cessation des hostilités en Syrie et le retour à des conditions favorables au processus de paix, a poursuivi le représentant.  Il a salué les efforts des États garants du processus d’Astana.  Il faut également que la lumière soit faite sur les dernières attaques chimiques et que puissent être traduits en justice leurs auteurs.  Enfin, il a redonné la priorité à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, dans le cadre d’une stratégie globale.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a salué les efforts consentis par les Nations Unies pour acheminer l’eau potable et l’aide humanitaire, ainsi que ceux du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Croissant-Rouge syrien et des organismes onusiens d’aide humanitaire.  Mais cette aide ne devrait pas être politisée, a-t-il prévenu.  Il a demandé aux États garants du cessez-le-feu de continuer leur travail pour réconcilier les parties.  Il a aussi relayé l’appel de la Russie pour que soit créée une coalition internationale chargée de déminer le territoire syrien.  Il faudrait un fonds spécial pour financer ce travail, a-t-il précisé, avant d’appeler les belligérants à respecter le droit international humanitaire et à éviter toute mesure visant à détruire des infrastructures civiles.

Le représentant a noté la tendance à la réinstallation forcée des civils en fonction de leur religion, ce qui ne fait qu’aggraver les tensions.  Il s’est aussi inquiété du destin des prisonniers et des violences qu’ils subissent.  Réaffirmant qu’il n’y a pas de solution militaire, il a exhorté les parties au conflit ainsi que les « garants » à respecter les dispositions du mémorandum sur les zones de désescalade.  La cessation des hostilités est tangible dans ces zones mais aucune initiative de paix ne peut réussir dans ces zones sans l’appui du Conseil de sécurité, a-t-il insisté, lançant un appel à ce dernier pour qu’il mette fin au bain de sang en Syrie.  Après l’échec qu’il subit depuis six ans, le Conseil de sécurité doit faire preuve d’unité, a conclu le représentant.

M. YURIY VITRENKO (Ukraine) a rappelé qu’il y a 600 000 personnes assiégées en Syrie, dont 82% par les forces du régime.  Il s’est interrogé sur les progrès dont parlent certains.  Le régime a une tactique de guerre qui consiste à faire souffrir les civils, a-t-il noté en reprenant les propos du Secrétaire général adjoint O’Brien.  Il s’est inquiété en particulier du sort des enfants: « laisser ces jeunes sans espoir équivaut à créer des havres de paix pour les terroristes de la région ».  Le représentant s’est aussi préoccupé des déplacements forcés qui ont des conséquences humanitaires terribles et qui portent, eux, le risque de modifier la démographie du pays.

M. PEDRO LUIS INCHAUSTE JORDÁN (Bolivie) a constaté la situation humanitaire désastreuse en Syrie, où le conflit a déplacé environ 13,5 millions de personnes au total entre 2011 et 2017, dont 5 millions à l’extérieur du pays.  Il a une nouvelle fois appelé les parties à respecter leur obligation, en vertu du droit international humanitaire, de protéger les civils syriens et de fournir un accès humanitaire sans entrave aux civils dans toutes les zones du pays.  Tant que les tactiques militaires prendront le pas sur le processus politique, a estimé le représentant, les civils continueront d’en payer le prix.  Il a par conséquent renouvelé son appui aux négociations de paix dans le cadre du processus d’Astana et des pourparlers intersyriens de Genève.

M. VLADIMIR K. SAFRONKOV (Fédération de Russie) a constaté qu’avec l’instauration des zones de désescalade, l’intensité des combats avait beaucoup diminué.  Il a regretté que certains essayent cependant d’amoindrir les résultats du processus d’Astana.  Il a dénoncé les tirs d’artillerie contre l’ambassade de Russie à Damas, notant que les partenaires occidentaux n’ont rien dit à ce sujet aujourd’hui.  Il a demandé que l’on arrête de cibler les diplomates russes.  Commentant les rapports du Secrétaire général sur la Syrie, le représentant a estimé que le caractère humanitaire ne faisait que s’estomper, vu les avis exprimés en faveur de la saisine de la CPI et d’un mécanisme d’enquête « douteux ».  Il a souhaité une vision plus globale de la situation, voulant que l’on parle du déminage et des efforts consentis dans les pays.  Il a cité le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui évalue les besoins du pays pour sa reconstruction.  La Fédération de Russie est l’un des principaux donateurs des projets du PNUD en Syrie, a-t-il fait remarquer.

Pour expliquer l’approche humanitaire en Syrie, il a souligné que c’est grâce aux efforts locaux de cessez-le-feu qu’on a pu sauver la vie de centaines de personnes.  Il a indiqué que les zones libérées envisagent maintenant un déminage et la reconstruction des infrastructures essentielles.  Pour aider au mieux le pays, il a jugé indispensable d’avoir des contacts normaux avec les autorités syriennes et invité d’autres pays que le sien à établir de tels contacts. 

Le représentant a regretté que ni l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ni le Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU n’aient pris les mesures indispensables à la conduite de leur mandat, notamment en dépêchant des experts à Khan Cheikhoun.  Il a aussi noté que le rapport mentionne un certain accès à la Ghouta occidentale, alors qu’on avait auparavant présenté la région comme complètement bloquée.  Après avoir critiqué les activités des Casques blancs, il a mis sur le compte des disputes entre les formations humanitaires le caractère « difficile » de l’accès humanitaire.

Il a ensuite dénoncé les victimes civiles que font les opérations menées par les États-Unis, rappelant avoir déjà dénoncé l’illégalité de ces opérations.  Il a aussi regretté qu’on accuse injustement son pays dans des réunions comme celle d’aujourd’hui et notant que l’on demande à la Fédération de Russie ce qu’elle fait pour la Syrie, il a affirmé que sa délégation en informe constamment la communauté internationale.  « Mais que font vos pays? » a-t-il lancé en retournant la question et en exigeant la fin des « rhétoriques déplacées ».

Soulignant l’importance du processus d’Astana pour parvenir à diminuer le niveau de violence actuel et consolider le cessez-le-feu en Syrie, M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay) s’est toutefois inquiété de l’absence des Nations Unies à ce processus, estimant que l’Organisation, si elle était présente, garantirait la prise en compte du droit international humanitaire dans les négociations, s’agissant notamment du respect de la liberté de mouvement des civils dans les zones dites « de sécurité ».

Le représentant a par ailleurs déploré l’absence de progrès dans la situation humanitaire du pays, un problème d’autant plus grave à ses yeux que les millions de Syriens réfugiés dans le monde finiront tôt ou tard par rentrer chez eux.  M. Rosselli a donc appelé à un « accès immédiat et sans entrave » à toutes les zones assiégées et difficiles d’accès en Syrie, estimant que l’existence de telles zones était « injustifiable au XXIe siècle ».

Le représentant a en outre affirmé qu’à moins de mettre un terme à l’impunité pour les violations graves du droit international humanitaire en Syrie, les auteurs continueraient à commettre ces crimes.  Il a rappelé que son pays avait soutenu pour cela la création par l’Assemblée générale, en décembre dernier, d’un mécanisme d’enquête international, impartial et indépendant sur les crimes les plus graves commis dans le pays.

Le représentant a condamné l’emploi récent d’armes chimiques contre des civils à Khan Cheikhoun, près d’Edleb, et l’attentat contre des civils alors même qu’ils étaient en train d’être évacués, dans le cadre de l’Accord de cessez-le-feu portant sur quatre localités –Zabadani, Madaya, Fouaa et Kafraya– et leurs environs.  Il a également condamné les fréquentes destructions d’hôpitaux et d’établissements de santé en Syrie, ainsi que les attaques contre des marchés ou des écoles.

M. MOUNZER MOUNZER (République arabe syrienne) a déploré le fait que les auteurs du rapport du Secrétaire général reflètent la position de certains États et parties qui feignent d’ignorer les causes de la crise humanitaire syrienne, à savoir l’émergence des groupes terroriste armés avec l’appui et le financement de certains gouvernements.  Il a dit avoir adressé deux lettres identiques au Secrétaire général et au Président du Conseil de sécurité en réponse à ce rapport.

Les auteurs du rapport, a-t-il accusé, introduisent des questions qui ne rentrent pas dans le cadre humanitaire.  Ils insistent sur des messages politiques alors que tout le peuple syrien est assiégé par les mesures économiques unilatérales imposées par certains États Membres « qui font semblant de pleurer ici », notamment les États-Unis et l’Union européenne.  

Le rapport, s’est insurgé le représentant, parle de « déplacements forcés » pour décrire les mesures de réconciliation nationale qui ont permis à des habitants de retrouver la stabilité et une vie normale dans beaucoup de villes et de villages syriens.  Les auteurs du rapport, a-t-il continué, adoptent « la rhétorique partiale et subjective des États-Unis sur la prétendue utilisation d’armes chimiques à Khan Cheikhoun, le 4 avril dernier ».  Il s’agit d’un crime contre l’humanité, a-t-il affirmé.  « Nous n’avons pas utilisé ces armes dans notre guerre contre le terrorisme. »

Le représentant a encore reproché aux auteurs du rapport de passer sous silence « les conséquences catastrophiques des attaques illégales lancées par la coalition internationale ».  L’opinion publique n’est pas sans savoir qu’elles ont fait des milliers de victimes civiles dans le nord et l’est de la Syrie.  Or, le Secrétariat ferme délibérément les yeux sur le caractère illégal, contraire à la Charte des Nations Unies, de cette coalition.

De plus, les auteurs du rapport essaient de justifier l’agression militaire turque contre la souveraineté de la Syrie, s’est inquiété le représentant.  Il a réaffirmé que le Gouvernement de son pays respecte tous les accords relatifs à l’acheminement de l’aide humanitaire aux civils qui en ont besoin.  Il a ainsi reçu positivement les propositions de l’ONU et du Gouvernement japonais pour favoriser les convois.  Il a jugé important que l’ONU coordonne avec la Syrie tous les aspects de l’intervention humanitaire.

Le représentant a souligné la responsabilité des groupes terroristes dans le blocage de l’aide humanitaire et rappelé que son gouvernement a facilité l’acheminement de plus de 15 convois en avril et en mai 2017.  La plupart de l’aide tombe entre les mains des terroristes, a-t-il noté, avant d’accuser le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de retarder délibérément l’acheminement des convois et de ne pas présenter les chiffres exacts des personnes qui reçoivent une aide pour pouvoir minimiser les efforts du Gouvernement.

À la représentante des États-Unis, il a dit qu’il parlait « au nom des millions de Syriens qui demandent aux Gouvernements de la France, des États-Unis et du Royaume-Uni, et à d’autres, de mettre un terme à l’exploitation politique de la crise syrienne, aux raids et au blocus économique ».

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