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CS/12847
30 mai 2017
7954e séance – matin

Le Conseil de sécurité s’informe de « l’effondrement social, économique et institutionnel » au Yémen où « un accord global est encore loin »

L’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, M. Ismail Ould Cheikh Ahmed, et le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Stephen O’Brien, ont alerté le Conseil de sécurité, ce matin, sur l’effondrement social, économique et institutionnel du Yémen, au cours d’une séance d’information durant laquelle une ONG a décrit les violations quotidiennes des droits de l’homme par toutes les parties au conflit.

L’urgence d’un accord pour mettre fin au conflit a été soulignée par tous, ce qui nécessite les efforts des parties mais aussi ceux du Conseil de sécurité qui doit contribuer à la relance des négociations de paix.  Mais, de l’avis de l’Envoyé spécial, on est encore loin d’un accord global, du fait de la réticence des parties à faire les concessions nécessaires ou même à en discuter. 

Alors que les combats se poursuivent dans plusieurs provinces, « nous avons réussi à éviter une action militaire à Hodeïda », a dit l’Envoyé spécial en insistant sur la nécessité d’atteindre un compromis pour ne pas voir un scénario épouvantable se réaliser.  Il a détaillé la proposition qu’il a faite pour éviter des incidents militaires dans cette ville qui est le seul point d’entrée maritime de l’aide humanitaire et le port par lequel arrivent 80 à 90% des importations des produits alimentaires de base.

L’Envoyé spécial a aussi prévu un accord parallèle pour la reprise du versement des salaires aux fonctionnaires, avec un mécanisme garantissant que ces versements soient bien affectés aux services essentiels à toute la population.

Les perspectives de redressement économique et de stabilité sont encore lointaines, a-t-il prédit avant de prévenir que tant que les groupes terroristes seront présents dans le pays, la population souffrira de l’absence de stabilité, des rares opportunités économiques et de l’absence d’état de droit.

Le Secrétaire général adjoint O’Brien s’est lui aussi inquiété de l’insécurité alimentaire, la crise la plus grave au monde avec plus de 17 millions de personnes affectées, dont 6,8 millions au bord de la famine.

Il a fait le point sur le fonctionnement des services en indiquant, par exemple, que le système de santé n’est plus qu’un squelette et que la Banque centrale est dans l’incapacité de fonctionner.  Huit millions de personnes sont privées d’accès à l’eau potable et à l’assainissement et les ordures s’entassent dans les rues des grandes villes, a-t-il ajouté en craignant le risque de choléra.

L’Envoyé spécial a tenu à préciser que la crise humanitaire et la menace de la famine étaient entièrement dues aux hommes, ce qui fait que si le conflit s’arrête, les Yéménites et la communauté internationale seront en mesure de reconstruire le pays.

En faisant le diagnostic de la situation, les intervenants ont en effet pointé du doigt l’absence d’état de droit dans les zones contrôlées par chacune des deux parties, un problème « qui favorise l’enracinement des groupes extrémistes à travers le pays », a expliqué Mme Radhya Almutawakel, Présidente de l’organisation des droits de l’homme « Mwatana ».

Cette organisation a documenté des violations graves des droits de l’homme ayant causé la mort de milliers de civils, des violations commises aussi bien par la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis que par le groupe armé Ansar Allah et les forces fidèles à l’ex-Président du pays, M. Ali Abdallah Saleh. 

S’agissant de la coalition, Mme Almutawakel a dénoncé les frappes aériennes lancées contre des zones résidentielles, des marchés, des hôpitaux, des ponts, des écoles et des usines.  Quant à Ansar Allah et les forces du Président Saleh, elle les a accusés de se livrer à des exécutions sommaires.

Les deux parties, a-t-elle ajouté, ont de plus pratiqué la torture, le recrutement d’enfants, les détentions arbitraires, le harcèlement de groupes minoritaires et les disparitions forcées.

Le représentant du Yémen est intervenu en fin de séance pour demander aux membres du Conseil de sécurité de condamner les violences commises par les milices houthistes et celles de l’ancien Président Saleh, en posant la question suivante: « Combien de victimes, de détenus et de déplacements forcés vous faut-il pour dénoncer ces massacres? »

Il a cependant salué les résultats de la Conférence de Genève du 25 avril qui a promis de lever 1,1 milliard de dollars pour soutenir le plan d’intervention humanitaire au Yémen.  Il a aussi assuré que son gouvernement faisait son possible pour verser les traitements des fonctionnaires. 

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Déclarations

M. ISMAIL OULD CHEIKH AHMED, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, a recensé les violences qui se poursuivent dans plusieurs parties du pays avec des conséquences dévastatrices pour la population, leurs maisons et leurs moyens de subsistance.  La violence est concentrée dans la région côtière occidentale, dans la province de Taëz, a-t-il indiqué, là où les forces progouvernementales tentent d’avancer vers le port d’Hodeïda et vers la ville de Taëz.  Les destructions sont telles que la ville d’Al-Dhubab est pratiquement vide, tandis que celle d’Al-Mokha a subi des dégâts sur 40% de son étendue.

La violence se poursuit également dans la province d’Hajjah et dans la zone frontalière entre le Yémen et l’Arabie saoudite, avec notamment des bombardements, du 21 au 23 mai, commis en violation du droit international par les forces alliées d’Ansar Allah et d’Ali Abdullah Saleh.  D’autres régions du pays ont été visées par des tirs aériens, a aussi indiqué l’Envoyé spécial en citant les frappes du 29 mars sur la province de Saada qui ont fait 12 morts parmi les civils.

Il a appelé les parties à se rapprocher de toute urgence pour ne pas arriver à une situation catastrophique.  Nous ne sommes pas près d’un accord complet, a-t-il mis en garde en soulignant la réticence des parties à faire les concessions nécessaires à la paix ou même à en discuter.

Au moment où commence le mois du ramadan, il a voulu que l’on se souvienne des sept millions de Yéménites qui risquent la famine si le conflit continue.  Un quart des Yéménites n’ont pas les moyens d’acheter des aliments sur les marchés et la moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable et aux services d’assainissement et d’hygiène, ce qui augmente les risques de contamination à des maladies infectieuses. 

À cet égard, l’Envoyé spécial a signalé les 500 morts au moins qu’a fait l’épidémie de choléra, sachant qu’on suspecte 60 000 cas dans tout le pays, une situation qui ne fait que s’aggraver à cause du système de santé défaillant.  Les Yéménites ne meurent donc pas seulement de la violence mais aussi des conséquences de la violence et du manque de revenus.

« Jusqu’à présent, nous avons réussi à éviter une action militaire à Hodeïda », a dit l’Envoyé spécial en insistant sur la nécessité d’atteindre un compromis pour ne pas voir un scénario épouvantable.  Il a dès lors regretté que les Ansar Allah –le Congrès populaire général- ne l’aient pas rencontré pour discuter du cadre d’un tel accord.

Détaillant sa proposition, il a expliqué que l’objectif était d’éviter des incidents militaires dans cette ville, avec des éléments sécuritaires, économiques et humanitaires.  En parallèle, il y aurait un accord pour la reprise du versement des salaires aux fonctionnaires, avec un mécanisme pour garantir que ces versements soient bien affectés aux services essentiels à toute la population.

L’Envoyé spécial a donc exhorté les parties à s’engager immédiatement dans les discussions en se basant sur ces propositions, ce qui nécessite une bonne coopération et des négociations sur l’utilisation des ressources du pays, au lieu de faire des Nations Unies un bouc émissaire.  Il a d’ailleurs salué le travail effectué par la Banque mondiale, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et les institutions locales yéménites pour relancer l’aide versée aux familles les plus pauvres par le biais de mécanismes de distribution.

Il a ensuite averti que le manque de financement était un problème pour les importateurs et s’est félicité des efforts menés pour pallier cette situation, notamment grâce à une collaboration sans précédent entre la Banque mondiale et les Nations Unies.

Les perspectives de redressement économique et de stabilité sont cependant encore lointaines, a-t-il prédit avant de prévenir que tant que les groupes terroristes seront présents dans le pays, la population souffrira de l’absence de stabilité, des rares opportunités économiques et de l’absence d’état de droit.

Venant à la situation des droits de l’homme dans le pays, l’Envoyé spécial a dénoncé les violations alléguées telles que le harcèlement, les coups et blessures, les détentions arbitraires et les procès irréguliers.  Il s’est inquiété en particulier de la condamnation à mort d’Yahya Al Jubayhi, un journaliste yéménite connu, par un tribunal aux mains des houthistes et du Congrès populaire général, ainsi que des menaces à l’égard de la communauté bahaïe.

En ce qui concerne les femmes, il a souhaité qu’elles continuent à jouer un rôle dans la résolution du conflit et contribuent à l’instauration d’une paix durable.  Il a dit apprécier les réunions des représentants du Pacte des femmes yéménites pour la paix et la sécurité, organisées par ONU-Femmes.  En outre, des réunions se sont tenues régulièrement, grâce aux efforts de l’Allemagne et de la Berghof Foundation, avec des femmes, des représentants de la société civile et des leaders politiques.

Au cours des deux derniers mois, les demandes d’autonomie des provinces du sud se sont fait davantage entendre, a poursuivi l’Envoyé spécial, en soulignant l’urgence d’un accord de paix.  Les Yéménites sont tous épuisés, alors qu’ils avaient de grands espoirs avant cette guerre, comme le lui ont rappelé les jeunes militants qu’il a rencontrés à Sanaa la semaine dernière.  Ces discussions ont d’ailleurs fait émerger quelques idées pragmatiques, comme l’ouverture de l’aéroport de Sanaa pour l’aviation civile et les demandes urgentes de milliers de Yéménites qui ont besoin d’un traitement médical.

M. Ould Cheikh Ahmed a regretté que les appels en faveur de la paix lancés par les femmes et la société civile, ainsi que par la communauté internationale, soient tombés dans l’oreille d’un sourd.  Un accord sur Hodeïda et les salaires n’est qu’une première étape vers la cessation des hostilités au niveau national et vers des discussions sur un accord complet.  Mais les négociations mettent du temps à commencer, a-t-il observé.

Il a exprimé ses vives inquiétudes à propos de l’attaque qui a pris pour cible le convoi dont il faisait partie, le 22 mai, entre l’aéroport et les locaux de l’ONU.  Il a dit attendre des autorités locales qu’elles mènent une enquête transparente et traduisent en justice les auteurs.

S’adressant au Conseil de sécurité, il l’a exhorté à faire comprendre aux parties qu’elles doivent s’engager immédiatement avec les Nations Unies pour trouver un accord sur les mesures permettant d’éviter un autre bain de sang et la famine, un accord qui soit un engagement à mettre fin à la guerre de manière pacifique.  Il a rappelé que la crise humanitaire et la menace de la famine étaient entièrement dues aux hommes, ce qui fait que si le conflit s’arrête, les Yéménites et la communauté internationale seront en mesure de reconstruire le pays.  Il a enfin demandé aux parties de cesser les combats et de faire leur possible pour reconstruire un pays qui respecte les droits de tous les citoyens, un pays prospère économiquement et doté d’institutions solides.

« Pendant que le monde regarde, le peuple du Yémen est soumis à la privation, à la maladie et à la mort », a déclaré M. STEPHEN O’BRIEN, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence.

« Cette situation est la conséquence directe de l’action des parties au conflit et de ceux qui les soutiennent, et aussi, tristement, le résultat de la passivité de la communauté internationale, du fait soit de son incapacité, soit de son indifférence », a-t-il déploré.  Il est urgent d’agir pour enrayer les souffrances des Yéménites.

La situation sur le terrain a continué de sombrer dans un effondrement social, économique et institutionnel total.  Le Yémen connaît maintenant la plus grave crise d’insécurité alimentaire au monde avec plus de 17 millions de personnes affectées, dont 6,8 millions au bord de la famine.  Pire, la menace de la famine est exacerbée par le conflit, a poursuivi M. O’Brien, car le Yémen ne fait pas face à une sécheresse. 

« Nous savons tous qu’il n’y aura pas de solution militaire. »  Dans l’attente d’une solution politique, les agents humanitaires font tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter la famine.  Le Mécanisme de vérification et d’inspection des Nations Unies a facilité l’acheminement de plus de 7,6 millions de tonnes de produits, dont 3,8 millions de tonnes de nourriture, via les ports yéménites de la mer Rouge.  Mais la faculté des gens d’acheter des produits alimentaires diminue.

Les provinces où les combats se poursuivent, comme Taëz, Hajjah, Saada, al Jawaf et Marib, sont toujours caractérisés par les prix élevés des produits de base, dont le carburant.

      En outre, la capacité institutionnelle du Yémen à satisfaire les besoins fondamentaux de la population s’effrite, la Banque centrale étant dans l’incapacité de fonctionner, a expliqué le Secrétaire général adjoint. Plus d’un million de fonctionnaires n’ont pas été rémunérés depuis des mois. 

Le système de santé n’est plus qu’un squelette et la moitié des infrastructures de santé est fermée.  « Avant la fin de mon exposé, un enfant yéménite sera mort des suites d’une maladie évitable », s’est lamenté le Coordonnateur des secours d’urgence.

Plus la situation se prolonge, plus la pression sur les ressources humanitaires déjà rares s’alourdira et plus il sera dur pour les Yéménites de survivre, a-t-il averti.  Cette tension n’est devenue que trop évidente le mois dernier avec la flambée du choléra.  Huit millions de personnes sont privées d’accès à l’eau potable et à l’assainissement et les ordures s’entassent dans les rues des grandes villes.  La malnutrition et le choléra sont interdépendants, a insisté M. O’Brien, car les personnes affaiblies et affamées risquent davantage de contracter le choléra et d’y succomber.

L’échelle de cette épidémie qui menace 150 000 personnes dans les six prochains mois, en plus des 55 206 cas déjà suspects, est une conséquence directe du conflit, a-t-il répété. 

L’ONU et ses partenaires œuvrent inlassablement à lutter contre le choléra, a-t-il assuré, et 1,6 million de personnes ont déjà bénéficié d’une intervention humanitaire.  Cette intervention face à l’épidémie de choléra n’est qu’un élément d’une réponse plus large qui a apporté cette année une aide alimentaire à 5,8 millions de personnes.

Le 25 avril dernier, a rappelé M. O’Brien, le Secrétaire général a organisé avec les Ministres des affaires étrangères de la Suède et de la Suisse, une Conférence d’annonces de contributions de haut niveau pour le Yémen.  À ce jour, 54% des promesses ont été honorées, soit 612 millions de dollars.  Il a engagé les bailleurs de fonds à fournir le financement nécessaire à la stratégie humanitaire.

Pour ce qui est de la question de l’accès, « le port d’Hodeïda est essentiel pour le Yémen », a affirmé le Secrétaire général adjoint, car le pays dépend à 80 ou 90% des importations des produits alimentaires de base.  C’est aussi le seul port du Yémen qui peut accueillir du carburant et de la marchandise en gros.  Or son fonctionnement est constamment interrompu par la coalition, a-t-il regretté.  Il faut cinq fois plus de temps aujourd’hui pour accéder au port d’Hodeïda. 

M. O’Brien a lancé un appel aux États Membres pour qu’ils gardent le port d’Hodeïda ouvert et opérationnel.  Il a appuyé les efforts de l’Envoyé spécial visant à élaborer une solution durable pour la protection du port en tant qu’infrastructure civile essentielle.

Les parties doivent également veiller à ce que les autres ports et les routes restent ouverts aux importations humanitaires et commerciales.  Il est tout aussi impératif que les vols commerciaux reprennent vers Sana pour permettre aux civils de se soigner et aux familles de se retrouver. 

Le temps presse, a mis en garde M. O’Brien.  Le peuple yéménite est face à « une tripe menace » -conflit armé, famine et maladie mortelle- qui a déjà tué, blessé, déplacé ou affecté des millions de personnes.

Un accord politique durable est la seule solution à long terme, a réitéré le Secrétaire général adjoint.  En conclusion, il a appelé la communauté internationale à prendre des mesures immédiates pour éviter « des conséquences irréversibles qui auraient un impact sur toute une génération de Yéménites et sur la région en général ».

Ces mesures sont les suivantes: assurer la protection du peuple yéménite; garantir l’accès des importations humanitaires et commerciales à tous les ports et les routes; préserver les institutions yéménites et faire en sorte que les fonctionnaires soient payés.

Mme RADHYA ALMUTAWAKEL, Présidente de l’organisation des droits de l’homme « Mwatana », a dit opérer au Yémen dans des conditions très difficiles pour donner une voix aux victimes et survivants des violations des droits de l’homme perpétrées quotidiennement par toutes les parties au conflit. 

Mme Almutawakel a rejeté la responsabilité de la guerre sur les nombreuses erreurs commises par les parties au cours des dernières années.  « À quoi la guerre a-t-elle servi, à part, tuer et blesser des milliers de civils, pour beaucoup d’entre eux, des femmes et des enfants? », a-t-elle déploré, pointant également du doigt la destruction des infrastructures du pays, y compris son système de santé, la crise humanitaire, les millions de déplacés et l’épidémie de choléra en cours.

L’absence d’institutions publiques dans les zones contrôlées par chacune des deux parties est palpable, a poursuivi Mme Almutawakel, ajoutant que l’absence d’état de droit dans ces zones favorise l’enracinement des groupes extrémistes à travers le pays.

Mme Almutawakel a affirmé que son organisation avait documenté des violations graves des droits de l’homme ayant causé la mort de milliers de civils.  Ces violations ont été commises aussi bien par la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis que par le groupe armé Ansar Allah et les forces fidèles à l’ex-Président du pays, M. Ali Abdallah Saleh. 

S’agissant de la coalition, elle a dénoncé les frappes aériennes lancées contre des zones résidentielles, des marchés, des hôpitaux, des ponts, des écoles et des usines.  Quant à Ansar Allah et les forces du Président Saleh, elle les a accusés de se livrer à des exécutions sommaires.

Les deux parties, a-t-elle ajouté, ont de plus pratiqué la torture, le recrutement d’enfants, les détentions arbitraires, le harcèlement de groupes minoritaires et les disparitions forcées.

Face à cette situation, Mme Almutawakel a appelé le Conseil de sécurité à ranimer les négociations de paix, tout en faisant en sorte que ces négociations incluent toutes les composantes du Yémen, y compris la société civile, les femmes et les jeunes.  Elle a aussi exhorté le Conseil à cesser tout soutien à l’une ou l’autre des parties et à couper leur approvisionnement en armes.

Par ailleurs, Mme Almutawakel, a appelé le Conseil à établir une commission d’enquête indépendante sur les violations des droits de l’homme commises par l’ensemble des parties; à exiger la fin des attaques terrestres et aériennes contre les civils; à demander la libération des personnes détenues arbitrairement; à obtenir un accès humanitaire sans entrave à l’ensemble du pays; à faire rouvrir l’aéroport international de Sanaa; à insister pour que les parties concluent immédiatement un accord visant à créer un mécanisme de paiement des salaires de la fonction publique; à faire lever les restrictions pesant sur les organisations de la société civile; et à obtenir la libération des journalistes en détention.

« Les chiffres sont alarmants », s’est inquiété M. SACHA SERGIO LLORENTY SOLÍZ (Bolivie) en citant la famine et le risque d’épidémie de choléra.  Il a aussi regretté que la fourniture de l’aide humanitaire soit entravée par les violences et les attaques aériennes.  Il a dénoncé en particulier une attaque contre Sanaa, rappelant l’obligation de protéger les convois humanitaires.  Il a appelé les parties à s’engager dans des négociations pour arriver à une solution qui respecte l’indépendance et la souveraineté du Yémen.  Il a aussi demandé que l’on évite d’attaquer le port d’Hodeïda.  Le Conseil de sécurité, a-t-il rappelé, doit émettre un message très clair sur ce port, « le seul par lequel peut arriver l’aide humanitaire ».

Cette séance d’information du Conseil de sécurité vise à rendre plus visible la réalité que subit le Yémen, a estimé M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay).  L’Uruguay regrette que le processus de paix soit aujourd’hui dans l’impasse, du fait du manque de volonté des parties, a-t-il dit.  Il a engagé les parties à reprendre le dialogue et à cesser les hostilités et les acteurs de la région à faire leur part. Le Yémen a été le témoin de violations généralisées du droit international humanitaire et des droits de l’homme commises par toutes les parties, a rappelé le représentant.  D’après lui, c’est au Conseil de sécurité d’établir des mécanismes d’enquête impartiaux.  De plus, a-t-il insisté, le trafic d’armes doit cesser car il contribue directement au massacre de civils. Alarmé du fait que les groupes terroristes profitent activement du vide de pouvoir et préoccupé par la crise humanitaire actuelle et par la situation des femmes et des enfants, le représentant a jugé essentiel que le port d’Hodeïda reste accessible.  

M. KHALED HUSSEIN MOHAMED ALYEMANY (Yémen) a condamné la tentative d’assassinat contre l’Envoyé spécial lors de sa visite à Sanaa, comme l’a exprimé le Gouvernement le 22 mai, souhaitant qu’une enquête et un procès soit menés.  Le Gouvernement, a-t-il rappelé, avait d’abord accepté les proposions de l’Envoyé Spécial, mais la dernière visite de ce dernier s’est heurtée à une intransigeance.  Au quatrième jour du ramadan, nous sommes face à une occasion manquée, alors que le peuple continue de souffrir des milices de la mort, a déploré le représentant.

Le Yémen vit une des crises humanitaires les plus graves, a-t-il dit en dénonçant les déplacements des Yéménites dans tous les coins du pays, ainsi que les épidémies et les maladies qui se propagent.  Le Yémen est aujourd’hui un terrain terrible où il y a de grandes souffrances car les ressources sont détournées de leur fin.

Il a dénoncé le coup d’État criminel d’il y a deux ans, en précisant qu’il avait pour origine l’alliance houthiste et les terroristes appelés « État islamique », sur incitation de l’Iran.  Ce coup d’État a transformé la vie de la population en cauchemar, a-t-il dit.  Cette guerre n’a jamais été le choix du Gouvernement sous le Président Hadi, a-t-il assuré en rappelant qu’elle avait au contraire été imposée, et ce, « malgré les nombreux compromis que nous avons faits ».

M. Alyemany a salué les résultats de la Conférence de Genève du 25 avril dont le but est de soutenir le plan d’intervention humanitaire au Yémen et qui a ainsi promis de lever 1,1 milliard de dollars.  Il a appelé les pays qui ont fait des annonces de contributions à décaisser les fonds, car seulement 65% des promesses de dons ont été versées à ce jour.

Le représentant s’est félicité des services du Centre de secours d’urgence mis sur pied grâce à l’Arabie saoudite pour contrôler l’épidémie de choléra.  Il s’est en revanche élevé contre les violences perpétrées notamment contre les journalistes.  Il a appelé à traduire en justice les coupables des violences du 23 mai en brandissant une photo d’un enfant victime de l’attaque à Taëz.  Cette ville connaît des scènes effrayantes, après deux années de violences et d’un blocus qui ont conduit à des déplacements de plus en plus nombreux.

Il a demandé au Conseil de sécurité de condamner les violences commises par les milices houthistes et celles de l’ancien Président Saleh.  « Combien de victimes, de détenus et de déplacements forcés vous faut-il pour dénoncer ces massacres? » a-t-il demandé aux membres du Conseil de sécurité.  Il a dit avoir interpelé en vain le Secrétaire général de l’ONU à ce sujet, « comme si le droit international humanitaire ne s’appliquait pas au Yémen ».

Il a exprimé les souhaits suivants: la mise en place d’une période de transition, ainsi qu’une aide au Gouvernement pour qu’il mène à bien son plan de redressement économique dans les zones qu’il contrôle, soit 80% du pays.  Le Roi d’Arabie saoudite a annoncé un grand soutien financier pour des projets de construction dans les zones libérées et la Banque mondiale va faire son possible pour éviter une dévaluation de la devise, a-t-il indiqué.  De son côté, le Gouvernement essaye de verser les traitements des fonctionnaires.  Cela a été possible dans certaines zones, mais la milice refuse de payer ces salaires dans les zones qu’elle contrôle.

Enfin, il a appelé le Conseil de sécurité à adopter une position ferme contre les auteurs du coup d’État, pour qu’ils respectent le droit international et le droit international humanitaire.

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