Haïti: le Conseil de sécurité proroge, une dernière fois jusqu’au 15 octobre 2017, la MINUSTAH et crée son successeur, la MINUJUSTH

CS/12794
13 avril 2017
7924e séance – matin

Haïti: le Conseil de sécurité proroge, une dernière fois jusqu’au 15 octobre 2017, la MINUSTAH et crée son successeur, la MINUJUSTH

Plus de 13 ans après son déploiement, le Conseil de sécurité a, ce matin, prorogé, pour une période « finale » de six mois, le mandat de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et créé la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), appelée à lui succéder à compter du 16 octobre 2017.

En adoptant, à l’unanimité de ses 15 membres, la résolution 2350 (2017), présentée par les États-Unis, le Conseil de sécurité a décidé que cette nouvelle mission de maintien de la paix sera chargée d’aider le Gouvernement haïtien à renforcer les institutions de l’état de droit, d’appuyer et de développer encore la police nationale, et de suivre la situation en matière de droits de l’homme dans le pays.

La MINUJUSTH devra compter jusqu’à sept unités de police constituées –soit 980 personnes– et 295 policiers hors unités constituées, pour une période initiale de six mois allant du 16 octobre 2017 au 15 avril 2018, précise la résolution.  Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil autorise en outre la MINUJUSTH à « protéger les civils menacés de violences physiques imminentes, dans la limite de ses moyens et de ses zones de déploiement ».

Au cours des six prochains mois, la composante militaire de la MINUSTAH devra progressivement se retirer d’Haïti, « le retrait devant être terminé intégralement au 15 octobre 2017 », date de la « clôture » de la Mission, indique encore le texte.

Le Secrétaire général de l’ONU, prié de mener à bien une transition responsable entre les deux missions, devra présenter au Conseil de sécurité, « 30 jours avant l’expiration du mandat initial de la MINUJUSTH », un rapport d’évaluation qui prévoie une « stratégie de sortie sur deux ans bien établie et assortie d’objectifs clairs », pour laisser place à une présence des Nations Unies autre qu’une opération de maintien de la paix.

Si dans l’ensemble, les membres du Conseil se sont félicités de la création de la MINUJUSTH, des voix dissonantes se sont fait entendre, notamment celle de la Fédération de Russie, dont le représentant a estimé que le mandat de cette Mission n’avait rien de la « clarté » et du « réalisme » auxquels appelaient les États-Unis lors du débat qu’ils avaient organisé le 6 avril sur l’efficacité des opérations de paix.

« D’un côté, la nouvelle mission doit veiller au respect des droits de l’homme, de l’autre, elle doit agir en vertu du Chapitre VII qui prévoit l’usage de la force.  « Comment ces deux éléments peuvent-ils être compatibles? » s’est-il interrogé, appuyé par ses homologues de la Bolivie et de la Chine, avant d’affirmer que cette résolution n’est pas le fruit des travaux du Groupe des Amis d’Haïti, « manifestement tenu à l’écart des discussions » .

Les représentants de l’Uruguay, de la Bolivie et du Brésil se sont en effet étonnés du paragraphe 18 de la résolution « inclus à l’insu du Groupe, à la dernière minute ».  Dans cette disposition, le Conseil, tout en saluant la détermination des pays fournisseurs de contingents et d’effectifs de police dans l’exécution des mandats des missions, dans des environnements difficiles, souligne toutefois « combien il importe de régler des questions telles que les restrictions nationales non déclarées, l’absence de direction et de commandement efficaces, le refus d’obéir aux ordres, l’inaction face aux attaques perpétrées contre des civils et l’insuffisance des équipements, qui risquent de compromettre l’exécution efficace des mandats ».

Ce paragraphe n’était pas nécessaire car il ne reflète en aucun cas la réalité sur le terrain et la bonne performance des troupes de la MINUSTAH, s’est opposé le représentant brésilien dont le pays commande la force de la Mission.  Les Casques bleus, a rétorqué la représentante des États-Unis, ont-ils vraiment assuré la sécurité de ces enfants qui, pour quelques biscuits, ont été abusés sexuellement par des soldats de la paix, déployés pour protéger des innocents et non pour les exploiter ou les violer?  Les pays qui refusent de tenir leurs soldats pour responsables de leurs actes doivent comprendre que soit ces abus prennent fin, soit leurs contingents seront renvoyés chez eux et leurs compensations financières, terminées, a prévenu Mme Haley qui a décrit la MINUSTAH comme une « success story » certes mais aussi comme « un cauchemar ».

LA QUESTION CONCERNANT HAÏTI

Rapport du Secrétaire général sur la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (S/2017/223)

Texte du projet de résolution (S/2017/313)

Réaffirmant ses résolutions antérieures sur Haïti, en particulier ses résolutions 2313 (2016), 2243 (2015), 2180 (2014), 2119 (2013), 2070 (2012), 2012 (2011), 1944 (2010), 1927 (2010), 1908 (2010), 1892 (2009), 1840 (2008), 1780 (2007), 1743 (2007), 1702 (2006), 1658 (2006), 1608 (2005), 1576 (2004) et 1542 (2004),

Saluant l’avancée majeure accomplie sur la voie de la stabilisation avec le déroulement pacifique des élections et le retour à l’ordre constitutionnel, le 7 février 2017, et félicitant les autorités haïtiennes, en particulier le Conseil électoral provisoire d’Haïti et la Police nationale d’Haïti, qui ont fait en sorte que les élections se déroulent de manière crédible, sans exclusive et dans un climat largement pacifique,

Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité d’Haïti,

Saluant également l’action qu’a menée le Représentant spécial du Secrétaire général et le rôle joué par la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) pour ce qui est d’appuyer le processus politique en Haïti et la professionnalisation de la police et de concourir au maintien d’un climat sûr et stable,

Exprimant sa profonde gratitude et ses remerciements au personnel de la MINUSTAH et à tous les États Membres qui y ont contribué, et rendant hommage à ceux qui ont été blessés ou tués dans l’exercice de leurs fonctions; saluant le travail accompli par la MINUSTAH et, notamment, toutes les activités de reconstruction menées après le séisme de 2010,

Se félicitant de l’action menée pour renforcer, professionnaliser et réformer la Police nationale d’Haïti mais notant que la communauté internationale doit continuer de l’appuyer afin qu’elle puisse s’acquitter de son mandat constitutionnel, notamment en élargissant son champ d’action géographique et en renforçant ses capacités techniques, ainsi que ses programmes de proximité, selon qu’il conviendra; soulignant l’importance du Plan stratégique 2017-2021 de la Police nationale d’Haïti, élaboré sur la base d’une évaluation commune de ses capacités et besoins et de ceux de la police des Nations Unies,

Soulignant qu’il importe que les Nations Unies et la communauté internationale continuent d’appuyer la sécurité et le développement d’Haïti à long terme, en particulier en renforçant les capacités du Gouvernement haïtien, en faisant fond sur les réalisations des 13 dernières années et en les consolidant, et encourageant les autorités haïtiennes à parer aux risques d’instabilité qui persistent de longue date,

Rappelant ses résolutions 1645 (2005) et 2282 (2016) et réaffirmant que c’est au Gouvernement national qu’il incombe au premier chef d’appliquer ses stratégies de consolidation et pérennisation de la paix pour faire face aux difficultés étroitement liées que connaît le pays, faisant valoir que le développement durable contribue à la consolidation et à la pérennisation de la paix et soulignant à cet égard l’importance de la prise en main par le pays et du principe d’inclusion ainsi que le rôle que la société civile peut jouer pour ce qui est de faire progresser les processus et les objectifs nationaux de consolidation de la paix afin de veiller à ce que les besoins de tous les segments de la société soient pris en compte,

Constatant qu’en dépit des progrès considérables accomplis, Haïti reste en proie à de graves problèmes humanitaires, en particulier après le passage de l’ouragan Matthew, et affirmant que pour asseoir durablement la stabilité en Haïti, il est essentiel de faire progresser la reconstruction et le développement social et économique du pays, notamment en y associant les femmes et les jeunes, grâce à une aide internationale au développement efficace, coordonnée et digne de ce nom, et de renforcer les moyens dont disposent ses institutions pour tirer parti de cette aide, et réaffirmant que la sécurité doit aller de pair avec un développement durable sur les plans économique, social et environnemental, y compris des initiatives en matière de réduction des risques et de préparation aux catastrophes naturelles dans un pays qui y est extrêmement vulnérable, et que le Gouvernement haïtien joue un rôle de premier plan à cet égard, avec l’aide de l’équipe de pays des Nations Unies,

Saluant la résolution 71/161 de l’Assemblée générale sur la nouvelle stratégie de lutte contre le choléra en Haïti de l’Organisation des Nations Unies; notant que la mise en œuvre de cette nouvelle stratégie relèvera de l’équipe de pays des Nations Unies sous la coordination d’un représentant spécial adjoint du Secrétaire général, coordonnateur résident et coordonnateur de l’action humanitaire,

Conscient que le renforcement des institutions nationales de défense des droits de l’homme et le respect de ces droits, y compris ceux des femmes et des enfants, le droit à une procédure régulière, la lutte contre la criminalité, la violence sexuelle et sexiste et l’impunité, et l’obligation de rendre des comptes, sont essentiels pour assurer l’état de droit et la sécurité en Haïti, notamment l’accès à la justice,

Considérant qu’après l’achèvement du plan de consolidation de la MINUSTAH et l’exécution du plan de transition, il pourrait être opportun de définir un cadre de responsabilité mutuelle plus large associant le Gouvernement haïtien, l’ONU et la communauté internationale qui s’inscrive dans une stratégie nationale, pour rendre plus efficace l’appui à la présence future de l’Organisation dans le pays,

Accueillant avec satisfaction le rapport du Secrétaire général en date du 16 mars 2017 (S/2017/223), qui contient les observations et recommandations de la mission d’évaluation stratégique demandées par le Conseil dans sa résolution 2313 (2016), ainsi que sa recommandation tendant à ce qu’une nouvelle mission de maintien de la paix des Nations Unies soit créée en Haïti après la fin de la MINUSTAH au 15 octobre 2017, afin de continuer à aider le Gouvernement haïtien à consolider les acquis en renforçant les institutions publiques et les capacités nationales en matière d’état de droit, de développement de la police et de droits de l’homme,

Conscient que la Charte des Nations Unies lui confie la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales,

Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, selon les modalités décrites à la section 1 du paragraphe 7 de la résolution 1542 (2004), et eu égard aux paragraphes 5 à 14, qui ont trait à la nouvelle mission,

1.    Décide de proroger le mandat de la MINUSTAH établi dans ses résolutions 2313 (2016), 2243 (2015), 2180 (2014), 2119 (2013), 2070 (2012), 2012 (2011), 1944 (2010), 1927 (2010), 1908 (2010), 1892 (2009), 1840 (2008), 1780 (2007), 1743 (2007), 1702 (2006), 1658 (2006), 1608 (2005), 1576 (2004) et 1542 (2004) pour une période finale de six mois et de procéder à sa clôture d’ici au 15 octobre 2017;

2.    Décide que la composante militaire de la MINUSTAH se retirera progressivement d’Haïti au cours de cette période finale de six mois, le retrait devant être terminé intégralement au 15 octobre 2017;

3.    Réaffirme que, dans le contexte de l’amélioration de l’état de droit en Haïti, il est primordial d’étoffer les moyens de la Police nationale d’Haïti, notamment aux fins de l’action qu’elle mène pour renforcer la gestion de la Direction de l’administration pénitentiaire, pour que le Gouvernement haïtien puisse rapidement assumer la pleine responsabilité de la sécurité nationale;

4.    Prie le Secrétaire général de commencer immédiatement à réduire progressivement les tâches de la MINUSTAH tout en veillant à définir les fonctions essentielles et à maintenir une capacité d’appui suffisante, et demande à la MINUSTAH de hiérarchiser ses priorités, de mener à bien une transition responsable vers la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), comme il est établi au paragraphe 5, et de renforcer encore les capacités institutionnelles et opérationnelles de la Police nationale d’Haïti;

5.    Décide de créer une nouvelle mission de maintien de la paix en Haïti, la MINUJUSTH, qui comptera jusqu’à sept unités de police constituées (soit 980 personnes) et 295 policiers hors unités constituées, pour une période initiale de six mois allant du 16 octobre 2017 au 15 avril 2018, et souligne qu’il importe d’atteindre ces niveaux;

6.    Décide également que la MINUJUSTH sera chargée d’aider le Gouvernement haïtien à renforcer les institutions de l’état de droit en Haïti; d’appuyer et de développer encore la Police nationale d’Haïti, et de suivre la situation en matière de droits de l’homme, d’en rendre compte et de l’analyser;

7.    Décide en outre que la MINUJUSTH sera dirigée par un représentant spécial du Secrétaire général, qui jouera également un rôle de bons offices et de sensibilisation politique aux fins de la bonne exécution du mandat;

8.    Souligne que la MINUJUSTH conservera sept des 11 unités de police constituées actuelles de la MINUSTAH, déployées dans cinq départements régionaux afin de préserver les progrès accomplis ces dernières années dans le domaine de la sécurité grâce à l’appui opérationnel fourni à la police nationale et que le nombre d’unités de police constituées sera réduit en fonction du renforcement progressif de la police nationale sur une période de deux ans;

9.    Souligne également que les policiers hors unités constituées, dont le nombre en poste à la MINUSTAH passera de 1 001 à 295, joueront un rôle clef dans la mise en œuvre des priorités énoncées dans le plan stratégique de développement de la Police nationale haïtienne pour la période 2017-2021;

10.   Souligne en outre que les agents pénitentiaires fournis par le Gouvernement, dont le nombre passera de 50 à 38, joueront un rôle clef en faisant participer davantage la Police nationale haïtienne au travail entrepris pour renforcer la gestion de la Direction de l’administration pénitentiaire;

11.   Décide que l’action de la MINUJUSTH en matière d’état de droit, notamment, selon le cas, la lutte contre la violence au sein de la collectivité ou les projets à effet rapide, s’inscrira dans une stratégie de transfert progressif et continu des activités aux acteurs du développement;

12.   Autorise la MINUJUSTH à user de tous les moyens nécessaires pour accomplir son mandat pour ce qui est d’appuyer et de développer la Police nationale d’Haïti et d’accomplir les tâches visées au paragraphe 13;

13.   Autorise en outre la Mission à protéger les civils menacés de violences physiques imminentes, dans la limite de ses moyens et de ses zones de déploiement, s’il y a lieu;

14.   Prie le Secrétaire général de prévoir des moyens médicaux ainsi que les moyens aériens nécessaires pour déployer rapidement les forces de sécurité dans tout le pays à l’appui de la Police nationale d’Haïti;

15.   Réaffirme combien il importe que la MINUJUSTH tienne pleinement compte, dans tous les aspects de son mandat, de la question transversale que constitue la problématique hommes-femmes et aide le Gouvernement haïtien à garantir la contribution, la participation et la représentation des femmes à tous les niveaux;

16.   Considère que c’est au Gouvernement et au peuple haïtiens qu’incombe au premier chef la responsabilité de tous les aspects touchant au développement du pays, et encourage la MINUJUSTH à poursuivre ses efforts en vue de fournir un soutien logistique et une assistance technique, dans la limite des moyens disponibles et conformément à son mandat;

17.   Rappelle sa résolution 2272 (2016) et toutes les autres résolutions des Nations Unies pertinentes, et prie le Secrétaire général de continuer de prendre les mesures nécessaires pour que l’ensemble du personnel de la MINUSTAH et de la MINUJUSTH observe scrupuleusement la politique de tolérance zéro de l’Organisation des Nations Unies à l’égard de l’exploitation et des atteintes sexuelles et de continuer de le tenir informé à ce sujet, et exhorte les pays qui fournissent des contingents et du personnel de police à redoubler d’efforts pour prévenir les comportements répréhensibles et à veiller à ce que tous les cas dans lesquels leur personnel serait impliqué soient dûment constatés et sanctionnés;

18.   Salue la détermination dont font preuve les pays fournisseurs de contingents et d’effectifs de police dans l’exécution des mandats des missions des Nations Unies dans des environnements difficiles, et, à cet égard, souligne combien il importe de régler des questions telles que les restrictions nationales non déclarées, l’absence de direction et de commandement efficaces, le refus d’obéir aux ordres, l’inaction face aux attaques perpétrées contre des civils et l’insuffisance des équipements, qui risquent de compromettre l’exécution efficace des mandats;

19.   Affirme qu’il importe de mener à bien une transition responsable entre la MINUSTAH et la MINUJUSTH, souligne l’importance de la coordination entre la MINUJUSTH et l’équipe de pays des Nations Unies et prie le Secrétaire général de créer dès que possible une équipe de planification préalable de la MINUJUSTH;

20.   Prie le Secrétaire général d’achever le plan de transition conjoint de la MINUSTAH et de l’équipe de pays des Nations Unies dans le délai de six mois visé au paragraphe 1, afin que la MINUJUSTH soit opérationnelle dès la clôture de la MINUSTAH, en y précisant quelles tâches seront transférées et en y indiquant quels seront les besoins résiduels du pays en matière de stabilisation;

21.   Prie le Secrétaire général de lui rendre compte de l’application de la présente résolution, y compris des éventuels cas de non-exécution du mandat, dans les 90 jours et dans les 180 jours suivant son adoption, et de lui présenter aussi un rapport d’évaluation 30 jours avant l’expiration du mandat initial de la MINUJUSTH;

22.   Demande que le rapport initial à soumettre dans les 90 jours contienne des informations détaillées sur le plan de transition conjoint de la MINUSTAH et de l’équipe de pays des Nations Unies visé au paragraphe 20, et demande en outre que le rapport d’évaluation visé au paragraphe 21 prévoie une stratégie de sortie sur deux ans bien établie et assortie d’objectifs clairs afin de permettre à une présence des Nations Unies autre qu’une opération de maintien de la paix de continuer à appuyer les efforts du Gouvernement haïtien en matière de pérennisation et de consolidation de la paix;

23.   Entend continuer à examiner la situation en Haïti et envisager d’adapter le mandat de la MINUJUSTH et ses effectifs de police, s’il y a lieu, pour préserver les progrès accomplis par Haïti dans l’instauration d’une sécurité et d’une stabilité durables;

24.   Décide de rester activement saisi de la question.

Déclarations

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a salué l’adoption de cette résolution, qui proroge le mandat de la MINUSTAH pour une ultime période de six mois et assure une transition vers une nouvelle mission axée sur le renforcement de l’état de droit, l’appui à la Police nationale haïtienne et le suivi de la situation des droits de l’homme.  Sur ce dernier point, il a toutefois souhaité que ce mandat n’empiète pas sur celui des agences de l’ONU ou l’affecte négativement.  Il a par ailleurs jugé nécessaire de renforcer les capacités des troupes déployées dans le cadre d’une coopération tripartite entre le Secrétariat de l’ONU, le Conseil de sécurité et les pays contributeurs de troupes, une question qui doit également être examinée par le Comité spécial des opérations de maintien de la paix.

M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay) a décidé d’appuyer cette résolution, qui porte création de la MINUJUSTH et renouvelle, une dernière fois, le mandat de la MINUSTAH qui, pendant 13 ans, a travaillé de manière soutenue auprès du Gouvernement et du peuple haïtiens, notamment après le séisme de 2010.  Il s’est à son tour opposé au libellé du paragraphe 18 qui non seulement ignore le travail louable de la MINUSTAH mais a été, en outre, inclus sans consultation préalable du Groupe des Amis d’Haïti.

M. PETR V. ILIICHEV (Fédération de Russie) a appuyé la résolution en raison du rôle positif joué par la Mission.  Mais il a tenu à pointer la non-conformité de ce texte avec la teneur des discussions.  Le 6 avril, le Conseil s’est réuni pour discuter de l’efficacité des opérations de paix, au cours d’une séance qui a vu la déléguée des États-Unis exprimer son souhait de revenir aux principes fondamentaux du maintien de la paix.  Lors de cette séance, la nécessité de mandats clairs et réalistes a également été soulignée.  Or, a constaté le représentant, il n’y a rien de cela dans ce texte: le mandat visé dans la résolution n’est pas clair.

D’un côté, la nouvelle mission doit veiller au respect des droits de l’homme, de l’autre, elle doit agir en vertu du Chapitre VII qui prévoit l’usage de la force.  Comment ces deux éléments peuvent-ils être compatibles? s’est-il interrogé, rejetant l’argument selon lequel la MINUSTAH agissait déjà en vertu du Chapitre VII.  Oui, a-t-il rétorqué, mais la MINUSTAH était chargée du maintien de la sécurité, ce qui n’est pas le cas de la nouvelle mission.  Les Casques bleus ne sont pas en Haïti pour des questions des droits de l’homme, a-t-il rappelé, se demandant en quoi les bons offices du Secrétaire général sont de véritables bons offices puisque la nouvelle mission est placée sous le Chapitre VII.

Le représentant a insisté sur le fait que, lors du débat d’il y a deux jours, les orateurs avaient noté les avancées positives en Haïti qui permettaient de revoir le mandat de la Mission.  Cette résolution, a-t-il conclu, n’est pas le fruit des travaux du Groupe des Amis d’Haïti qui manifestement n’a pas été officiellement associé aux discussions.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a insisté sur le fait que les efforts de la communauté internationale en Haïti doivent se poursuivre, en coopération avec le Gouvernement haïtien.  Il a appuyé un retrait échelonné et ordonné de la MINUSTAH, souhaitant que cette dernière permette de cimenter l’état de droit.  À cet égard, il a jugé important que le Conseil évalue constamment la situation dans le pays.  C’est la raison pour laquelle la Bolivie a décidé d’organiser en juin, pendant sa présidence du Conseil de sécurité, une visite en Haïti.  Le représentant a ensuite souscrit aux propos de son collègue de l’Uruguay au sujet du paragraphe 18 de la résolution qui fait référence à « une réalité tout à fait différente de la situation actuelle sur le terrain ».  De même, la Bolivie considère que le Chapitre VII ne correspond pas à la réalité. 

M. ALEXIS LAMEK (France) a salué l’adoption de la résolution qui acte la fermeture de la MINUSTAH dans un horizon de six mois et établit une nouvelle mission centrée sur les questions de police, d’état de droit et de droits de l’homme, conformément aux recommandations du Secrétaire général.  « Plus de 13 ans après l’établissement de la MINUSTAH, il était temps d’acter les succès enregistrés et d’évoluer vers une nouvelle forme de présence onusienne, davantage adaptée aux besoins du pays et aux conditions sur le terrain, qui ont évolué de manière considérable et dans un sens favorable. »  Le représentant a ajouté que le travail mené par la MINUSTAH, ces dernières années, nous aura permis de faire sortir Haïti de la situation d’urgence dans laquelle se trouvait encore récemment le pays, en y rétablissant un climat général de relative sécurité, en participant aux efforts de reconstruction après le tremblement de terre de 2010 ou encore en contribuant au renforcement significatif de la police nationale, dont la montée en puissance est un gage de stabilité.

La nouvelle opération qui débutera ses activités en octobre devra consolider les avancées obtenues, en faisant notamment de la police nationale un acteur autonome.  Elle devra aussi engager de nouveaux grands chantiers dans le domaine de l’état de droit.  Le représentant a mis l’accent sur la lutte contre l’impunité, le renforcement du professionnalisme et de l’indépendance du pouvoir judiciaire et sur la mise en place d’un système carcéral compatible avec les besoins du pays et les exigences des droits des détenus.

S’agissant de la situation des droits de l’homme, « qui continue de faire l’objet de préoccupations », le représentant a souligné la nécessité d’un suivi attentif, assorti de recommandations régulières.  La France, a-t-il rappelé, a longtemps appelé le Conseil de sécurité à assumer ses responsabilités sur le dossier haïtien, en prenant les décisions nécessaires pour que les modalités d’engagement des Nations Unies sur place demeurent au fil du temps aussi adaptées et efficaces que possible.  « C’est aujourd’hui chose faite, et nous nous en réjouissons vivement », a-t-il confié, en estimant que cette nouvelle étape ne signifie pas la fin de l’engagement des Nations Unies aux côtés d’Haïti, mais démontre la capacité du Conseil à faire évoluer continuellement les modalités d’action des Nations Unies sur le terrain pour mieux répondre aux besoins des populations. 

M. MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni) a rappelé qu’Haïti, aujourd’hui, ne ressemble guère au pays qu’il était il y a 13 ans.  Il faut préserver les acquis et appuyer le renforcement des capacités nationales en matière de sécurité.  C’est l’état de droit qui permet la stabilité à long terme, a-t-il souligné.  Il a insisté sur le fait que l’objectif de la Mission est de renforcer la responsabilité des autorités haïtiennes, en s’appuyant sur l’équipe de pays des Nations Unies, car Haïti reste fragile et a toujours besoin d’un appui de l’ONU.  Le délégué britannique a rappelé qu’il n’y a aucun moyen de garantir « de manière absolue » la stabilité de long terme d’un pays.

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) a salué l’adoption unanime de cette résolution, en apportant le soutien de son pays à la stabilisation durable d’Haïti.

M. YASUHISA KAWAMURA (Japon) s’est aussi félicité de l’adoption unanime de la résolution, soulignant qu’il incombe au Conseil d’ajuster le maintien de la paix en fonction de la situation sur le terrain.  Il a en outre salué le fait qu’Haïti se soit approprié les priorités au fil des années, avant d’affirmer que la nouvelle mission devrait permettre de « préciser les acquis ».

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a convenu que la participation active de la communauté internationale restait une nécessité en Haïti.  C’est indiscutable: le pays a besoin de notre appui pour lutter contre la criminalité organisée.  Le représentant a donc invité le Conseil à suivre la situation de près et de mettre l’accent sur le renforcement des institutions haïtiennes, notamment la police nationale.

M. WU HAITAO (Chine) a loué le consensus du Conseil qui devrait permettre d’aider les autorités du pays à préserver la stabilité.  Il a tout de même tenu à rappeler que les droits de l’homme n’entrent pas dans le champ d’application du Chapitre VII de la Charte. 

M. FODÉ SECK (Sénégal) a rappelé que le Sénégal avait déployé 173 effectifs de police en Haïti et s’est félicité de la création d’une nouvelle mission à compter du 16 octobre avec pour mandat l’état de droit, le renforcement de la police nationale et des droits de l’homme, alors qu’Haïti, a-t-il affirmé, « se trouve à la croisée des chemins ».

Bien qu’elle soit considérée à bien des égards comme une « success story », la MINUSTAH, a déclaré Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis), reste aussi synonyme de « cauchemar » pour de nombreux habitants en Haïti, qui ne pourront jamais oublier et vivront le reste de leurs vies avec des « cicatrices profondes ».  Selon elle, des « enfants haïtiens abandonnés » et affamés, âgés de 12 ans à 15 ans, ont été attirés par des Casques bleus qui leur offraient des biscuits et des snacks.  « Le prix élevé de cette nourriture, c’était des abus sexuels », a-t-elle accusé.  Selon Paisley Dodds, de l’agence AP, les enfants ont été « repassés de soldat à soldat ».  « Que disons-nous à ces enfants?  Ces Casques bleus les ont-ils gardés en sécurité?  Nous devons reconnaître ces réalités.  Que pouvons-nous apprendre de ces actes? » s’est interrogée la représentante.  Ces Casques bleus sont déployés dans des communautés vulnérables pour protéger les innocents, pas pour les exploiter ou les violer, a-t-elle tranché.  Les États-Unis ont demandé aux Nations Unies et à tous les pays qui fournissent des contingents de mettre fin à ces abus.  Les pays qui refusent de tenir leurs soldats pour responsables de leurs actes doivent comprendre que soit ces abus prennent fin, soit leurs contingents seront renvoyés chez eux et leurs compensations financières, terminées, a prévenu Mme Haley.  Les États-Unis continueront de faire pression sur la redevabilité des troupes en Haïti et des pays qui fournissent des contingents, a-t-elle ajouté.

M. MAURO VIEIRA (Brésil) a rappelé qu’il avait appuyé, il y a deux jours, l’idée de créer une mission de suivi centrée sur le renforcement de l’état de droit, le développement de la police et la surveillance des droits de l’homme, pour succéder à la MINUSTAH.  Il s’est donc dit surpris par l’introduction, à la dernière minute, du paragraphe 18 dans le projet de résolution, qui n’a jamais été discuté par le Groupe des Amis d’Haïti.  Ce paragraphe n’est pas nécessaire car il ne reflète en aucun cas la réalité sur le terrain et la bonne performance des troupes de la MINUSTAH.

À un moment où sont réévaluées les opérations de maintien de la paix, il faut souligner l’importance d’avoir des approches taillées sur mesure, a insisté M. Vieira.  Ce serait une mauvaise idée, a-t-il prévenu, de standardiser et de reproduire les mêmes paragraphes dans toutes les résolutions du Conseil.  « Il n’y a pas de solution toute faite », a insisté le représentant.  

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.