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CS/12775
4 avril 2017
7912e séance – matin

Darfour: appels au Conseil de sécurité pour un accord de paix inclusif et une reconfiguration de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies

Le Représentant spécial conjoint pour le Darfour et Chef de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), M. Jeremiah Nyamane Kingsley Mamabolo, a exhorté, ce matin, le Conseil de sécurité à exercer des pressions sur la faction Abdul Wahid de l’Armée de libération du Soudan (ALS-AW) afin qu’elle rejoigne le processus de paix, en vue de la négociation d’un « accord inclusif » au Darfour; un appel relayé par la plupart des délégations, qui ont pris note de l’accalmie actuelle et plaidé pour une reconfiguration de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), créée il y a 10 ans.

« Le Darfour d’aujourd’hui est très différent de ce qu’il était en 2003, date à laquelle le conflit armé a commencé, et il y a un an », a affirmé au début de son intervention, M. Mamabolo, venu présenter le dernier rapport du Secrétaire général sur la MINUAD.  

Dans ce rapport, le Secrétaire général indique que les affrontements armés continuent de baisser en intensité et que les conditions de sécurité et la situation humanitaire se sont donc améliorées dans la majeure partie du Darfour.

M. Mamabolo, qui est également Chef de la MINUAD, a déclaré que l’ALS-AW n’était plus capable de monter et de maintenir des opérations militaires importantes et avait connu une série de défections.  L’ALS-AW refuse systématiquement d’observer le cessez-le-feu, alors la faction Minni Minawi de l’Armée de libération du Soudan (ALS-MM) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), deux autres factions non signataires du Document de Doha pour la paix au Darfour, ont déclaré un cessez-le-feu, a-t-il noté.

À cette aune, M. Mamabolo a souligné la nécessité d’obtenir des parties au Darfour la signature d’un accord de cessation des hostilités et l’entame de négociations directes en vue d’un accord de paix inclusif.  Ce conseil et les parties ayant de l’influence doivent persuader l’ALS-AW, « qui semble vouloir continuer à se battre », de l’importance d’un règlement politique et de ne plus prolonger les souffrances des personnes qu’elle prétend représenter, a poursuivi le Chef de la Mission.  

Cet appel a été relayé par les délégations de l’Ukraine, de la Suède ou bien encore du Soudan, le délégué de ce pays regrettant les appuis que l’ALS-AW continue de recevoir, ce qui empêche « la négociation d’une paix durable ».

« La prolongation par mon gouvernement des cessez-le-feu unilatéraux souligne sa détermination à instaurer la paix », a-t-il assuré.  Même son de cloche du côté du représentant de la Fédération de Russie qui a indiqué que le Gouvernement soudanais ne pouvait pas être à blâmer pour l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix.

Cela n’a pas empêché les délégations du Royaume-Uni et des États-Unis d’exhorter Khartoum à en faire davantage.  « Nous devons envoyer un message au Gouvernement soudanais: engagez-vous dans la bonne voie, prenez la voie de la paix durable », a déclaré le représentant britannique.  « Nous voulons voir les preuves de l’engagement de Khartoum », a appuyé son homologue des États-Unis, en soulignant la nécessité que le Gouvernement soudanais rende des comptes.

L’avenir de la MINUAD a également été au cœur des interventions, dans un contexte marqué par l’examen stratégique de cette Mission par l’ONU et l’Union africaine (UA).  « Une reconfiguration pragmatique de la Mission sera nécessaire et l’UA et l’ONU devront se concentrer sur la meilleure façon de progresser sans compromettre les gains déjà réalisés », a plaidé M. Mamabolo.  Comme l’indique le rapport précité, la MINUAD continue de transférer des tâches à l’équipe de pays de l’ONU. 

Le délégué de l’Égypte a appelé la Mission à mettre l’accent sur la consolidation de la paix et le développement.

De son côté, le délégué de la Chine a souhaité que l’ONU continue d’écouter le Gouvernement soudanais dans la préparation du retrait de la MINUAD.  « Il est inacceptable que la MINUAD soit utilisée comme un moyen de pression sur Khartoum », a estimé le délégué russe.

« La MINUAD n’est plus le cadre adéquat pour l’intervention de la communauté internationale au Darfour », a tranché le délégué soudanais, en se disant en faveur de son « retrait progressif ». « Avons-nous besoin de 17 000 personnes en uniforme », a demandé la représentante des États-Unis.

Enfin plusieurs délégations, dont celles de l’Italie et de la France, ont insisté sur l’importance de remédier aux causes profondes de l’instabilité.  

Parmi celles-ci, le représentant de la France, qui revenait d’une visite au Soudan, a cité la prolifération des armes, la question foncière et le partage des ressources naturelles, le nécessaire renforcement de l’état de droit et en particulier de la lutte contre l’impunité, ainsi que le sort des déplacés.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD

Rapport du Secrétaire général sur l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (S/2017/250)

Déclarations

M. JEREMIAH NYAMANE KINGSLEY MAMABOLO, Représentant spécial conjoint pour le Darfour et Chef de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), qui s’exprimait pour la première fois devant le Conseil de sécurité depuis sa nomination à la tête de la MINUAD, a rappelé les trois priorités stratégiques établies par la résolution 2148 (2014) qui continuent de fournir un cadre dans lequel la MINUAD met en œuvre son mandat dans le domaine de la protection des civils, de l’atténuation des conflits intercommunautaires et de la médiation entre le Gouvernement du Soudan et les mouvements armés non signataires du Document de Doha pour la paix au Darfour.

La MINUAD, a-t-il dit, poursuit son travail avec le Gouvernement du Soudan à tous les niveaux dans le cadre de ce mandat, en veillant à ce que la responsabilité principale de la protection des civils soudanais lui incombe.

Pour M. Mamabolo, le Darfour d’aujourd’hui est très différent de ce qu’il était en 2003, date à laquelle le conflit armé a commencé, et il y a un an.  Les combats entre les forces du Gouvernement du Soudan et les trois principaux mouvements armés non signataires ont considérablement diminué.

En effet, l’Armée de libération du Soudan - faction Abdul Wahid (ALS-AW) n’est plus capable de monter et de maintenir des opérations militaires importantes et a connu une série de défections qui l’ont affaiblie.  À la suite de la campagne militaire des trois dernières années, le Gouvernement a pu prendre le contrôle des zones précédemment occupées par le mouvement dans et autour du Jebel Marra, laissant à l’ALS-AW quelques poches de résistance.

Le cessez-le-feu unilatéral qui a été prolongé de six mois supplémentaires en janvier 2017 tient en grande partie.  La faction Minni Minawi de l’Armée de libération du Soudan (ALS-MM) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) ont également déclaré un cessez-le-feu, l’ALS-AW ayant systématiquement refusé de l’observer.

Cependant, dans le contexte des difficultés économiques et de la dépression sociale, le banditisme et la criminalité continuent d’être répandus.  La prolifération des armes légères et de petit calibre nourrit ces phénomènes négatifs, ainsi que la violence intercommunautaire généralement déclenchée par la compétition au sujet principalement des terres, de l’eau, des pâturages et des ressources minérales.

Par ailleurs, a souligné le Représentant spécial conjoint, les efforts du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine, avec le soutien de la MINUAD, pour obtenir des parties au conflit au Darfour qu’elles signent un accord de cessation des hostilités et commencent des négociations directes en vue d’un accord de paix inclusif sont restés peu concluants.  Le statu quo actuel nuit à toutes les parties et, surtout, n’est pas durable et ne peut qu’aboutir à davantage d’effusion de sang.

L’ALS-AW continue de refuser de participer au processus de paix et semble vouloir continuer à se battre.  M. Mamabolo a lancé un appel au Conseil et à ceux qui ont de l’influence sur cette faction pour la persuader de reconnaître l’importance d’un règlement politique et de ne plus prolonger les souffrances des personnes qu’elle prétend représenter.

Le Chef de la MINUAD a également indiqué que, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA), 97 400 personnes ont été déplacées en 2016, et, parmi celles-ci, environ 39 600 personnes sont retournées chez elles, dont environ 25 500 à Golo, le centre du Jebel Marra. 

Les informations concernant 99 400 autres personnes demeurent non vérifiées.  Aucun nouveau déplacement n’a été constaté en 2017, a-t-il dit.  Les personnes déplacées continuent d’avoir besoin de la protection de la MINUAD et de l’aide humanitaire au quotidien.  Des solutions durables pour permettre leur retour dans leur lieu d’origine ou leur réinsertion doivent être identifiées et devraient être la principale priorité des efforts collectifs déployés.

Le Représentant spécial conjoint a également fait état d’une certaine amélioration dans la délivrance des visas et l’autorisation des équipements essentiels.  Cependant, des retards dans l’élimination des produits et équipements de la MINUAD restent une préoccupation.

L’Union africaine, l’ONU et le Gouvernement discutent activement de la meilleure manière d’établir une stratégie pour que la MINUAD finisse par sortir du Darfour dans le cadre de discussions constructives au sein du groupe de travail mixte, a expliqué M. Mamabolo. 

Le 26 février, le groupe de travail mixte s’est réuni à Khartoum et a envoyé ses conclusions au mécanisme stratégique tripartite, qui se tiendra plus tard ce mois-ci.  Du 5 au 17 mars, la MINUAD a reçu une équipe d’examen stratégique Union africaine-ONU, qui a rencontré le Gouvernement soudanais à Khartoum et au Darfour.  La MINUAD attend le résultat de toutes ces délibérations.

Pour le Chef de la MINUAD, sans préjuger de l’issue de l’examen stratégique, en ce qui concerne la situation actuelle au Darfour, une reconfiguration pragmatique de la Mission sera nécessaire et l’Union africaine et l’ONU devront se concentrer sur la meilleure façon de progresser sans compromettre les gains déjà réalisés.

M. MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni) a affirmé que le Darfour était à la croisée des chemins.  « Nous devons engager un message au Gouvernement: Engagez-vous dans la bonne voie, prenez la voie de la paix durable », a-t-il dit, en demandant au Gouvernement de renoncer aux armes légères.  En vérité, le Darfour restera instable tant que les causes du conflit ne seront pas traitées, a-t-il poursuivi.  

Il a estimé que le pays aurait besoin de l’appui du Conseil.  Il faut un accord politique entre les parties, afin de pouvoir se pencher sur les éléments moteurs de la violence communautaire, a-t-il dit.  Enfin, le délégué a souligné l’importance du prochain examen stratégique de la Mission, avant de demander au Gouvernement soudanais d’augmenter ses capacités de protection des civils.

M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay) a indiqué que la situation sécuritaire dans la plupart des zones au Darfour était restée calme.  Il a espéré que les cessez-le-feu signés entre le Gouvernement soudanais et les mouvements non signataires du Document de Doha seront prolongés.  Il a demandé à la Mission de se concentrer sur la protection des personnes déplacées et d’appuyer les efforts de réconciliation intercommunautaire.

Enfin, le délégué uruguayen a appelé le Gouvernement soudanais à lever toutes les entraves bureaucratiques qui empêchent la bonne exécution du mandat de la MINUAD.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a souligné les progrès enregistrés au Darfour, avec une amélioration nette de la situation sécuritaire.  Il a salué la prolongation des cessez-le-feu unilatéraux par le Gouvernement et a exhorté l’ALS-AW à rejoindre les pourparlers de paix.  Il a indiqué que le dialogue national était un pas dans la bonne direction et s’est félicité de la nomination d’un nouveau Premier Ministre.  Le Gouvernement doit veiller à assurer l’inclusion des efforts de paix, a-t-il dit.

S’agissant de la MINUAD, le délégué a noté les progrès enregistrés dans la délivrance des visas et a salué l’implication du Secrétaire général dans l’élaboration d’une stratégie de retrait de la MINUAD.  L’Union africaine attend avec intérêt le rapport découlant de l’examen stratégique de la Mission, a-t-il dit.

Enfin, il a salué l’amélioration des relations du Soudan avec le Soudan du Sud, mais aussi avec l’Ouganda et le Tchad.

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a appelé le Conseil à changer son approche sur le Darfour en prenant en compte les évolutions positives de la situation sécuritaire et en veillant à remédier aux causes profondes du conflit.  La MINUAD ne peut rester indéfiniment et un plan de retrait clair doit être adopté, a-t-il dit.

Il a appelé la Mission à se concentrer sur la consolidation de la paix et sur le développement de la région, en coopération avec l’équipe de pays de l’ONU.  L’intransigeance de certaines factions armées, telles que l’Armée de libération du Soudan - faction Abdul Wahid (ALS-AW), ne doit pas être sous-estimée, a-t-il dit, en appelant le Conseil à agir face à ces factions.

Enfin, le délégué égyptien a apporté le soutien de son pays à M. Mamabolo.

M. YASUHISA KAWAMURA (Japon) s’est dit encouragé de constater qu’il n’y avait pas eu de combats majeurs au Darfour au cours de la période considérée.  Pour éviter toute rechute et éliminer complètement les conflits, toutes les parties doivent parvenir à un accord de paix permanent basé sur la feuille de route du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine.  

Il a pris note du fait qu’un nouveau gouvernement de réconciliation nationale sera bientôt formé avec la participation d’un éventail plus large de parties.  Le Japon espère vivement que ce gouvernement continuera à jouer un rôle actif en vue d’une participation politique plus inclusive.

Le représentant japonais a mis l’accent sur la nécessité d’appuyer les efforts déployés par les gouvernements nationaux et locaux pour résoudre les problèmes liés aux causes profondes de la violence et des conflits, concernant notamment la terre, l’eau ou les ressources naturelles, et d’apprécier les efforts dédiés à la médiation et à la facilitation de la MINUAD.

Il s’est félicité du rapport du Secrétaire général selon lequel la situation humanitaire s’est améliorée dans la majeure partie du Darfour et du fait que certains progrès ont été observés dans le retour des personnes déplacées.  Selon lui, le soutien au retour sûr et volontaire des personnes déplacées devrait être une priorité.

Le Japon estime que l’aide au développement pour consolider la paix au Darfour joue un rôle majeur dans la prévention de la rechute dans les conflits et le soutien du retour des personnes déplacées.  De même, il est particulièrement important que le peuple du Darfour puisse bénéficier des dividendes de la paix directement.

Il est temps, selon lui, que le Conseil examine la façon dont la MINUAD peut entreprendre des tâches essentielles comme la protection des civils, le retour sûr et volontaire des personnes déplacées, la réduction de la violence intercommunautaire et le renforcement des institutions et de la capacité de la police, en étroite coordination avec l’équipe des Nations Unies.

M. LIU JIEYI (Chine) a plaidé pour une approche holistique au Darfour et a estimé que la recherche d’une solution politique devrait être à la base de tous les efforts.  Il a appelé les bailleurs de fonds à respecter leurs promesses vis-à-vis du Gouvernement soudanais aux fins de développement du Darfour. 

S’agissant de la MINUAD, le délégué a souhaité que l’ONU continue d’écouter le Gouvernement soudanais dans la préparation du rapport sur le retrait de la MINUAD.  Le Conseil doit aider l’Union africaine à apporter des solutions africaines à des défis africains, a-t-il dit.

Enfin, le délégué de la Chine a appuyé le processus de paix au Darfour et a rappelé que les troupes chinoises de la MINUAD avaient été les premières à arriver au Darfour.

M. BARLYBAY SADYKOV (Kazakhstan) a estimé que le rapport du Secrétaire général sur la MINUAD était équilibré et reflétait la situation réelle sur le terrain, démontrant une amélioration considérable de la situation sécuritaire et humanitaire.  Il a accueilli avec satisfaction le fait que le nombre de conflits armés entre les forces gouvernementales et les insurgés avait diminué avec moins d’affrontements intercommunautaires par rapport à l’année précédente.

Le Kazakhstan soutient le processus politique inclusif sous la direction du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine et encourage tous les efforts visant à mettre pleinement en œuvre l’accord sur la feuille de route par toutes les parties.  La formation du gouvernement de réconciliation nationale et l’établissement du poste de premier ministre, ainsi que la reconstitution de la composition de l’Assemblée nationale, pour la rendre plus représentative, sont des mesures positives dans la bonne direction, a-t-il dit

Le respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale du Soudan, ainsi que l’appropriation du processus politique par le Gouvernement sont des éléments essentiels pour la paix et la réconciliation à long terme au Darfour.

Le Kazakhstan souligne l’importance du travail du groupe de travail mixte sur le retrait progressif de la MINUAD, avec le transfert de fonctions pertinentes à l’équipe de pays de l’ONU.  Le représentant s’est félicité du consensus général sur cette question et a dit espérer que les problèmes en suspens seront résolus lors de sa prochaine réunion.

M. OLOF SKOOG (Suède) a appelé les dirigeants de l’ALS-AW à rejoindre les pourparlers de paix et a salué les préparatifs en vue de la formation d’un gouvernement de réconciliation nationale.  Ce dernier processus doit rester suffisamment flexible pour prendre en compte les avancées dans l’élaboration d’un accord global, a-t-il dit.

Il a demandé que les évolutions sur le terrain soient reflétées dans le prochain mandat de la MINUAD, soulignant la nécessité d’une approche holistique au Darfour.  Il est crucial que le mandat renouvelé de la Mission contribue à une paix durable au Darfour, a-t-il dit, avant de souligner l’importance de remédier aux causes profondes de l’instabilité.

Le délégué a salué l’engagement du Gouvernement soudanais afin de cesser l’enrôlement d’enfants dans les rangs des forces de sécurité.  Enfin, M. Skoog s’est félicité de l’ouverture par le Soudan d’un second corridor humanitaire avec les zones du Soudan du Sud touchées par la famine.

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) a salué l’engagement du Gouvernement soudanais en vue d’apporter une solution politique au Darfour.  Il a appelé les dirigeants de l’ALS-AW à cesser toute activité militaire et à rejoindre les pourparlers de paix.  Le moment est venu d’évaluer la crédibilité de ceux qui veulent vraiment la paix, a-t-il dit.  Il a estimé que les causes profondes de l’instabilité n’avaient pas été réglées, en particulier le sous-développement.
 

Enfin, le délégué de l’Italie a dit attendre avec intérêt les recommandations formulées dans le cadre de l’examen stratégique de la Mission en vue d’un retrait de la MINUAD.

M. PETR V. ILIICHEV (Fédération de Russie) a souligné l’accalmie actuelle qui prévaut au Darfour et a salué les progrès accomplis dans le processus de désarmement, démobilisation et réintégration.  Il a appelé les mouvements non signataires du Document de Doha à respecter le cessez-le-feu.  Le processus de paix est dans l’impasse mais le Gouvernement soudanais n’est pas à blâmer, a-t-il estimé.  « Nous savons tous que la faction Abdul Wahid refuse tout dialogue. »

Le représentant a affirmé qu’il était impossible de régler la situation au Darfour sans régler la question des camps de personnes déplacées au Darfour, où se trouvent des opposants armés.  La police soudanaise n’a pas accès à ces camps et la MINUAD ne dispose pas des pouvoirs nécessaires, a-t-il insisté.   Il a noté les améliorations dans le dédouanement des livraisons pour la Mission, avant de se féliciter de l’ouverture d’un second corridor humanitaire avec le Soudan du Sud. La dynamique du retrait de la MINUAD déterminera l’évolution des relations avec le pays hôte, a-t-il déclaré.

Enfin, le délégué russe a jugé inacceptable le fait que la MINUAD soit utilisée comme un moyen de pression sur Khartoum.

M. ALEXIS LAMEK (France) a rappelé qu’en juillet prochain, cela fera 10 ans que le Conseil de sécurité a créé la MINUAD, dont les résultats doivent constamment être évalués par le Conseil.  C’est dans cet esprit que le représentant s’est rendu au Soudan la semaine dernière, où il a visité le camp de Sortony, ce qui lui a permis de mieux cerner les enjeux de protection des civils au Darfour.   

Si la baisse d’intensité des combats entre groupes rebelles et forces gouvernementales est une bonne nouvelle, les 21 850 personnes déplacées ayant trouvé refuge à Sortony sont sous la menace d’un autre type de violence, celle que posent milices et groupes armés qui continuent de commettre des exactions contre les civils qui s’éloignent du camp, en particulier les femmes qui collectent du bois.   

Pour M. Lamek, ce défi de la sécurité et de la protection des civils face à ces groupes armés et milices est certainement l’un des principaux auxquels doivent faire face le Gouvernement du Soudan comme la MINUAD.  Le retour de ces populations dans les villages ne pourra en effet se faire que lorsque leur sécurité sera assurée dans ces zones, a assuré le délégué.   

Au cours de sa visite, il lui est clairement apparu que la stabilité du Darfour, et plus largement de la région, passait par le traitement des causes profondes de l’instabilité, qu’il a identifiées comme étant la prolifération des armes, la question foncière et le partage des ressources naturelles, le nécessaire renforcement de l’état de droit et en particulier de la lutte contre l’impunité, ainsi que le sort des déplacés.  

Dans ce contexte, la France a offert son soutien à l’initiative du Secrétariat des Nations Unies et de la Commission de l’Union africaine de conduire une revue stratégique de la MINUAD.

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) a indiqué que la situation sécuritaire dans la plupart des zones au Darfour était restée calme.  Il a espéré que les cessez-le-feu signés entre le Gouvernement soudanais et les mouvements non signataires du Document de Doha seront prolongés.  Il a appelé les dirigeants de l’ALS-AW à cesser toute activité militaire et à rejoindre les pourparlers de paix, avant d’insister sur les progrès tangibles du processus politique.

L’approbation des amendements à la Constitution, la formation d’un gouvernement de réconciliation nationale et un poste de premier ministre sont autant de pas dans la bonne direction, a-t-il dit.  

Enfin, le délégué a estimé que le mandat de la MINUAD méritait d’être examiné attentivement, dans l’optique d’assurer une transition graduelle des tâches assumées par la Mission vers l’équipe de pays de l’ONU.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a souligné l’évolution favorable de la situation au Soudan, notamment la préservation des cessez-le-feu unilatéraux.  Il a appelé les dirigeants de l’ALS-AW à cesser toute activité militaire et à rejoindre les pourparlers de paix.  Il a estimé que la coopération régionale était essentielle pour appuyer le processus politique.  La situation des déplacés internes reste en revanche très préoccupante, a-t-il déclaré.

Il a appuyé le plan du Gouvernement soudanais en vue de la réinstallation des personnes déplacées, ainsi que le transfert progressif des tâches de la Mission vers l’équipe de pays de l’ONU, avant de saluer l’ouverture d’un second corridor humanitaire avec des zones de conflit au Soudan du Sud.

M. FODÉ SECK (Sénégal) a rendu un hommage appuyé à la MINUAD, présente sur tous les fronts au Darfour.  Le Sénégal a déployé au Darfour 1 096 personnes, a-t-il dit.  Il a salué le respect des accords de cessez-le-feu par le Gouvernement et les factions, à l’exception notable de l’ALS-AW.  Il a déploré les nombreuses violations des droits des personnes déplacées au Darfour, notamment des enfants et des femmes.  

Il a salué les progrès accomplis dans la délivrance des visas et dans le dévouement des livraisons alimentaires, même si des conteneurs de la MINUAD restent bloqués à Port-Soudan.  Le Gouvernement doit agir pour mettre fin à ces blocages, a-t-il dit.

Enfin, M. Seck a souligné l’importance d’une reconfiguration de la MINUAD prenant en compte l’évolution favorable de la situation sur le terrain.

Mme NIKKI HALEY (États-Unis) a rappelé que le Darfour, il y a 10 ans, était l’une des zones les plus dangereuses.  Le monde a demandé au Conseil de sauver des vies et la Mission a été créée, a-t-elle dit, rappelant que 63 Casques bleus et policiers avaient péri depuis au Darfour.

Elle a estimé que le Gouvernement soudanais devait en faire davantage dans son appui au processus de paix et sa protection des civils.  « Nous voulons voir les preuves de l’engagement de Khartoum », a affirmé Mme Haley.  Elle a souhaité une amélioration dans le dédouanement des containers de la Mission.

« Notre objectif de long terme est une paix durable négociée au Darfour », a-t-elle dit.  La déléguée a appelé les dirigeants de l’Armée de libération du Soudan - faction Abdul Wahid (ALS-AW) à cesser toute activité militaire et à rejoindre les pourparlers de paix.

S’agissant de l’avenir de la MINUAD, elle a discuté de la pertinence de la Mission dans sa configuration actuelle.  « Avons-nous besoin de 17 000 personnes en uniforme? »  Elle a également demandé au Gouvernement soudanais de coopérer davantage avec l’ONU et a souligné la nécessité d’évaluer les progrès de Khartoum en matière de gouvernance et de sécurité au Darfour.  « Ce dernier doit nous monter qu’il peut gouverner », a insisté Mme Haley.

Elle a souhaité que le rapport du Secrétaire général montre les zones dans lesquelles le Gouvernement avait prouvé sa capacité à gouverner et celles où cela n’était pas le cas.  Le Conseil doit être prêt à critiquer Khartoum, a-t-elle dit.  Si la déléguée a appelé de ses vœux une reconfiguration de la Mission, elle a insisté sur l’importance de demander des comptes à Khartoum.

« Le Darfour n’est plus ce qu’il était en 2003 », a affirmé M. OMER DAHAB FADL MOHAMED (Soudan).  Il a insisté sur le haut niveau de coopération entre la Mission et son gouvernement.  Le Jebel Marra est sécurisé à l’exception de quelques poches, où l’Armée de libération du Soudan - faction Abdul Wahid (ALS-AW) est présente, a-t-il dit.  Il a estimé que la prolongation par le Gouvernement des cessez-le-feu unilatéraux soulignait sa détermination à instaurer la paix.  

Le délégué a appelé la communauté internationale à exercer des pressions sur les factions qui refusent de rejoindre l’accord de paix.  L’ALS-AW continue de recevoir des appuis, empêchant la négociation d’une paix durable, a-t-il déploré.  Il a rappelé qu’en 2016 les déplacements étaient dus à l’ALS-AW et en 2017 il n’y avait pas eu de déplacements.  

Jugeant que l’existence de camps de personnes déplacées au Darfour ne se justifiait plus, le délégué a présenté trois options, la première étant le retour volontaire dans les villages.  La deuxième option est l’intégration des camps de déplacés dans les villes avoisinantes, tandis que la troisième option laisserait la liberté aux personnes déplacées de choisir leur région de réinstallation, a-t-il dit, ajoutant que ces trois options exigeraient des ressources financières.

Il a appelé à la pleine mise en œuvre du Document de Doha, jugeant que les échecs dans cette mise en œuvre ne devaient pas être laissés sans suite.  La MINUAD n’est plus le cadre adéquat pour l’intervention de la communauté internationale au Darfour, a-t-il dit, ajoutant qu’il fallait désormais se concentrer sur son développement.

Enfin, le délégué a demandé un retrait progressif de la MINUAD et affirmé que son pays était un partenaire fiable de la communauté internationale.

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