Israël n’a pris « aucune mesure » pour cesser ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, affirme le Coordonnateur spécial

CS/12765
24 mars 2017
7908e séance – après-midi

Israël n’a pris « aucune mesure » pour cesser ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, affirme le Coordonnateur spécial

Le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, M. Nickolay Mladenov, a affirmé, cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, qu’Israël n’avait pris « aucune mesure » pour « cesser toutes les activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est », comme l’exige la résolution 2334 (2016) adoptée le 23 décembre 2016.

« Cette résolution n’a eu aucune incidence sur le terrain », a appuyé le délégué de la Bolivie qui s’est étonné de ne pas avoir reçu le rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de ladite résolution.  Le Secrétaire général, qui doit faire rapport tous les trois mois, aurait dû remettre son rapport ces derniers jours, a noté son homologue de l’Uruguay.

Le Coordonnateur spécial a consacré son intervention à la mise en œuvre de la résolution 2334 (2016), qui réaffirme notamment que la création par Israël de colonies de peuplement « constitue une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à l’instauration d’une paix globale, juste et durable ».

Dans cette résolution, le Conseil souligne, en outre, qu’il ne reconnaîtra aucune modification aux frontières du 4 juin 1967, « autres que celles convenues par les parties par la voie de négociations ».  À cette aune, M. Mladenov a rappelé l’annonce en janvier par Israël de la construction de 5 500 unités de logement dans les colonies situées en zone C de la Cisjordanie occupée.

« En trois semaines, la planification de près de 3 000 unités de logement a été avancée et 240 unités ont fait l’objet d’une approbation définitive », a-t-il dit.  Le Coordonnateur spécial a noté l’intention du Gouvernement israélien d’établir une nouvelle colonie de peuplement pour les résidents du poste avancé Amona, dont la démolition avait été ordonnée par la justice israélienne.

Des permis de construire ont en outre été délivrés pour plus de 900 unités de logement dans quatre colonies situées à Jérusalem-Est.  Le Coordonnateur spécial a ensuite dénoncé les démolitions à grande échelle de structures appartenant aux communautés palestinienne et bédouine en Cisjordanie et à Jérusalem-Est – 48 de ces structures ont été détruites à Jérusalem-Est, déplaçant 80 personnes.

La loi israélienne dite « de régularisation », votée le 6 février, est « extrêmement préoccupante » car elle pourrait légaliser rétroactivement des milliers d’unités de logement et conduire à une « légalisation graduelle » de dizaines de postes avancés, a-t-il regretté.

Sur le plan sécuritaire, M. Mladenov a indiqué que la situation était restée relativement calme.  Onze Palestiniens ont néanmoins été tués et 273 autres blessés par les forces israéliennes, tandis que quatre soldats israéliens ont été tués et 70 autres Israéliens blessés, a-t-il dit.

À Gaza, après trois mois de calme, les extrémistes palestiniens ont, entre le 6 février et le 19 mars, lancé 10 roquettes visant Israël.  Il a précisé qu’Israël avait intensifié sa réponse à ces attaques en conduisant 18 frappes contre des militants à Gaza.  Depuis septembre 2015, plus de 260 Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes, 170 d’entre eux alors qu’ils auraient été en train de mener une attaque.

Rappelant que la résolution précitée demandait aux parties de s’abstenir « de tout acte de provocation et d’incitation à la violence et de toute déclaration incendiaire », M. Mladenov a souligné que de telles actions s’étaient néanmoins poursuivies.

« Les réactions de responsables du Hamas aux attaques de terreur menées ont été particulièrement répréhensibles et doivent être condamnées », a martelé le Coordonnateur spécial.  Il a dénoncé les déclarations du Hamas et de certaines autres factions palestiniennes célébrant les attaques à Jérusalem et à Petah Tikva comme étant « héroïques ».

« Malheureusement, les responsables de l’Autorité palestinienne n’ont pas condamné ces attaques, alors que le Fatah continue de célébrer sur les réseaux sociaux les auteurs d’attaques antérieures contre des civils israéliens. » 

Le Coordonnateur spécial a dénoncé dans le même temps les provocations émanant du côté israélien, un responsable politique ayant qualifié la notion d’État palestinien de « désastre historique ».

Rappelant que la résolution 2334 (2016) appelait à des « mesures énergiques afin de corriger les tendances négatives sur le terrain, qui mettent en péril la solution des deux États », M. Mladenov a mentionné l’accord, le 15 janvier, entre l’Autorité palestinienne et Israël pour réactiver la Commission mixte de l’eau établie en vertu des Accords d’Oslo afin d’améliorer l’approvisionnement en eau de Gaza et de la Cisjordanie.

Comme autre développement positif, le Coordonnateur spécial a noté qu’Israël et l’Autorité palestinienne demeuraient déterminés à maintenir leur coordination aux fins de sécurité, « alors que les pressions exercées sur cette dernière pour qu’elle y mette un terme se font plus fortes ». 

Des progrès ont été enregistrés dans la reconstruction de Gaza, avec l’acheminement de plus de 225 000 tonnes de ciment ces trois derniers mois.

Néanmoins, M. Mladenov n’a pas caché son pessimisme face au « nombre des projets annoncés au cours du trimestre écoulé » qui, selon lui, « compromettront encore davantage la contiguïté territoriale d’un futur État palestinien et accélèreront la fragmentation de la Cisjordanie ».

Pour promouvoir un climat propice à de réelles négociations, Israël doit en faire davantage pour améliorer la vie quotidienne des Palestiniens, a estimé le Coordonnateur spécial.  « Introduire des changements politiques significatifs qui renforceront l’Autorité civile palestinienne, soutiendront le développement palestinien et préserveront la perspective d’une solution des deux États, demeure essentiel. » 

Enfin, rappelant que la résolution 2334 (2016) demandait à toutes les parties de « condamner clairement les actes de terrorisme », le haut fonctionnaire a déclaré que l’incitation constante à la violence contre les juifs par des extrémistes du Hamas et par certains groupes palestiniens était « inacceptable » et sapait les perspectives de paix.

Le délégué de l’Uruguay a, à l’issue de cet exposé, exhorté les deux parties à respecter les résolutions du Conseil et à sortir de la confrontation.  La solution des deux États est la seule voie possible pour la paix, a-t-il dit, en rejetant les constructions de nouvelles unités de logement en Cisjordanie et toute « glorification » de la violence.  « Les silences complices n’ont pas leur place ici. »

De son côté, son homologue de la Bolivie a demandé à M. Mladenov de prévoir, lors de son prochain exposé, des cartes afin d’aider les membres du Conseil à mieux comprendre la manière dont les colonies de peuplement s’étendent et menacent la solution des deux États.

Il a expliqué « l’obsession » de son pays pour la libération du peuple palestinien par cette citation de Nelson Mandela: « Nous savons que trop bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens. »

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