RDC: seule la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre mettra fin à l’« impasse » politique, affirme le Représentant spécial

CS/12757
21 mars 2017
7903e séance – matin

RDC: seule la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre mettra fin à l’« impasse » politique, affirme le Représentant spécial

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la République démocratique du Congo (RDC) a, ce matin devant le Conseil de sécurité, rappelé que la mise en œuvre de l’Accord politique du 31 décembre 2016, « qui ouvre de la façon la plus claire la voie à la tenue des élections », incombait en premier lieu à ses signataires.  « Aussi longtemps que le dialogue politique demeurera dans l’impasse, les tensions risquent de monter » dans le pays, a déclaré M. Maman Sidikou.

« En février, des séminaires et paroisses de l’Église catholique à Kananga, Kinshasa et Lubumbashi ont été attaqués, vraisemblablement à cause des frustrations accrues au sein de certains segments de la population qui voient le processus politique s’enliser », a expliqué M. Sidikou, qui présentait au Conseil le rapport* du Secrétaire général sur la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO).

L’Archevêque de Kisangani, M. Marcel Utembi Tapa, a estimé que l’« Accord de la Saint-Sylvestre », négocié sous les auspices de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qu’il préside, constituait « la seule feuille de route » pouvant sortir le pays de la crise institutionnelle.  Pour la « première » fois depuis son indépendance, la RDC est en effet confrontée à une situation où l’ensemble des institutions élues ont « épuisé » leur mandat, a-t-il constaté.

M. Sidikou, qui dirige la MONUSCO, a donné l’assurance aux membres du Conseil que celle-ci continuerait de soutenir la mise en œuvre de l’Accord, même si les « profonds changements » survenus au cours des derniers mois sur le plan politique et sécuritaire en RDC nécessitaient « un ajustement des priorités et de la posture » de la Mission.

« J’ai demandé que la stratégie de la MONUSCO sur la protection des civils soit révisée pour faire face à la menace des groupes armés de l’est de la RDC qui pèse sur la population civile, à la propagation de la violence ethnique et des milices d’autodéfense », a affirmé le Représentant spécial, qui a incriminé les Forces démocratiques alliées (ADF), les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI), ainsi que des éléments de l’ex-mouvement rebelle M23, qui ont « refait surface ».

Qualifiant de « mitigés » les résultats de la coopération entre les forces gouvernementales congolaises et celles de la MONUSCO dans l’est du pays, le Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de la RDC, M. Léonard She Okitundu, a jugé « inadmissible » que la « mission de paix de l’ONU la plus importante », déployée « depuis environ deux décennies », « n’ait pas encore mis un terme à la crise ».

S’il a appuyé le renouvellement du mandat de la Mission, M. She Okitundu a souligné la nécessité pour elle de renforcer sa brigade spéciale d’intervention pour parvenir à l’éradication des « forces négatives », en la dotant d’une deuxième unité. 

Plaidant elle aussi en ce sens, Mme Marie-Madeleine Kalala, qui s’exprimait au nom de la Plateforme Cause Commune, a assuré que les Congolais, « traumatisés par l’inaction de la MONUSCO », voyaient en elle « une force de comptage des morts ».

Dans son rapport, le Secrétaire général recommande la prorogation du mandat de la Mission pour une période d’un an, avec une augmentation de 1 050 à 1 370 hommes de l’effectif autorisé de la composante de police pour prévenir les risques de violence électorale et de violence politique dans les principaux centres urbains.

Cette résurgence de la violence a été exacerbée par les incertitudes actuelles, la manipulation des griefs à des fins politiques et le soutien apporté par certains acteurs politiques aux milices armées, a expliqué le Représentant spécial.  Le principal objectif stratégique de la Mission au cours des prochains mois est de « favoriser la création d’un environnement propice à la tenue en temps opportun d’élections pacifiques, crédibles et inclusives, conformément aux dispositions de l’Accord », a-t-il résumé.

Mais pour que la MONUSCO puisse s’acquitter de ce mandat, « certains blocages doivent être levés », selon lui.  La majorité au pouvoir et le Rassemblement des forces politiques et sociales de la République démocratique du Congo acquises au changement ont en effet des points de vue divergents sur les modalités de désignation du premier ministre et de répartition des portefeuilles clefs du gouvernement de transition qui sera formé », a observé le haut fonctionnaire, en notant également que le rôle que pourrait jouer la CENCO à l’issue de la finalisation de l’« Arrangement particulier », destiné à assurer la mise en œuvre de l’Accord, était « source de discorde ».

En outre, la mort d’Étienne Tshisekedi, figure de l’opposition congolaise, avait eu un impact significatif sur le processus politique congolais, retardant la finalisation de cet arrangement, a relaté M. Sidikou.  Assurant qu’il n’existait aucune manœuvre « dilatoire » de la part de son gouvernement dans l’application de l’Accord, le Vice-Premier Ministre a mis ce retard sur le compte de « circonstances objectives », appelant l’opposition à s’entendre sur le choix du successeur de Tshisekedi. 

Le Représentant spécial a toutefois exprimé sa satisfaction à l’annonce de nominations récentes allant selon lui « dans le bon sens », comme la désignation du Secrétaire général adjoint de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), M. Felix Tshisekedi, comme Président du Rassemblement, et d’un représentant du Groupe des sept (G7), M. Pierre Lumbi, à la tête du Conseil des sages du Rassemblement. 

Leur arrivée à en effet permis la reprise, le 16 mars, des négociations autour de l’« Arrangement particulier ».  De plus, les présidents des deux chambres du Parlement ont appelé à un processus électoral irréversible et crédible, exprimant leur soutien aux efforts de la CENCO.

Autre avancée significative, selon M. Sidikou: la mise à jour du fichier électoral, qui compte désormais plus de 19 millions d’électeurs inscrits au moment où le processus est sur le point de débuter dans les deux « zones opérationnelles d’enrôlement restantes ».  

« Si le Conseil de sécurité l’autorise, la MONUSCO est disposée à apporter un soutien technique et logistique au processus électoral qui irait au-delà de la mise à jour du fichier », a offert le Chef de la Mission.

« Aujourd’hui, près de 20 millions d’électeurs sont déjà enrôlés sur un peu plus des 41 millions attendus pour l’ensemble du territoire national », s’est enorgueilli le Vice-Premier Ministre, en estimant que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) aura achevé la refonte totale du fichier électoral au 31 juillet 2017.

Conscient des difficultés posées par l’organisation d’élections dans un pays marqué par l’expansion de la violence dans plusieurs régions, le Représentant spécial s’est également dit préoccupé par ses conséquences les plus graves, au premier chef les déplacements massifs de population et les violations des droits de l’homme, en hausse de 30% par rapport à 2015.  

Le représentant de l’Uruguay a lui aussi exprimé sa consternation devant ces chiffres.

Alors que la MONUSCO a attribué les deux tiers de ces violations à des « agents de l’État », le Ministre a contesté la « fiabilité » des rapports du Bureau conjoint de l’ONU aux droits de l’homme en RDC, affirmant qu’il n’y avait « aucune politique délibérée de violations » en cours. 

La justice congolaise aurait même abouti à une « baisse sensible » de ces violences, a-t-il dit, avant de demander un retrait de son pays « de la liste des pays indexés pour viols », mais aussi de celle « des pays dont les armées recrutent et utilisent des enfants ».

* S/2017/206

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