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CS/12747
10 mars 2017
7896e séance – matin

Le Représentant spécial se dit confiant dans la disposition des pays voisins à mettre fin à la « violence insensée » en Afghanistan

Deux jours après l’attaque perpétrée contre un hôpital militaire à Kaboul qui a tué 49 personnes, auxquelles le Conseil a rendu hommage, ce matin, en observant une minute de silence, le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan, M. Tadamichi Yamamoto, a indiqué que les pays voisins étaient davantage prêts à appuyer les efforts de paix.  Après avoir salué quelques progrès accomplis dans la lutte anticorruption, le processus électoral et l’autonomisation économique des femmes, M. Yamamoto a observé que les pays de la région étaient conscients de la nécessité d’établir un environnement propice à la paix et à la stabilité régionale en Afghanistan.

Un point de vue aux antipodes de celui du délégué de l’Afghanistan en ce qui concerne le Pakistan, qu’il a accusé de « saigner » son pays, tandis que le représentant pakistanais a rejeté la position consistant à « blâmer » le Pakistan pour la nette détérioration de la situation en Afghanistan. Le nombre de victimes civiles en 2016 est en effet le plus élevé de ces 10 dernières années, comme l’ont souligné la vingtaine d’intervenants, parmi lesquels la Présidente de la Commission afghane indépendante des droits de l’homme, Mme Sima Samar. 

Venu présenter le dernier rapport* du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan, M. Yamamoto, qui est également le Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), a tout d’abord dénoncé la « violence insensée » qui émaille la vie quotidienne des Afghans.  Le principal défi, pour le Gouvernement, est à la fois de poursuivre un processus de paix inclusif et de mettre en œuvre une stratégie de croissance économique, dans un contexte marqué par une insurrection qui va en s’intensifiant, a-t-il noté.

Prônant le dialogue, le Représentant spécial a exhorté les Taliban à s’engager dans des pourparlers de paix sans conditions préalables.  « Le Gouvernement, les pays voisins et autres puissances clefs doivent appuyer le message que les Taliban peuvent faire partie de l’avenir de l’Afghanistan et de son tissu social et politique », a-t-il affirmé.  Un point de vue là encore très éloigné de celui de Mme Samar, qui a indiqué que les Taliban étaient des terroristes.  « Nous devons les traiter de la même façon que Daech et les autres groupes », a-t-elle insisté.  La Présidente de la Commission a indiqué notamment que les femmes afghanes, qui ne sont toujours pas traitées de façon égale aux hommes dans la société, étaient souvent « tuées, mutilées et lapidées » par les Taliban.

M. Yamamoto a exhorté les pays voisins à appuyer les efforts du Gouvernement afghan en faveur d’efforts de paix renforcés.  Il s’est dit « profondément troublé » par les tensions accrues entre l’Afghanistan et le Pakistan, qui se sont récemment matérialisées par la fermeture de la frontière entre les deux pays.

Ces tensions étaient perceptibles dans les interventions des délégués afghan et pakistanais, le premier accusant le Pakistan de mener « une guerre non déclarée » contre l’Afghanistan, par l’intermédiaire de groupes armés agissant « par procuration » et d’une « vingtaine » de réseaux terroristes.  Pointant le « gigantesque déficit de confiance » entre les deux pays, il a estimé que le Pakistan voulait faire dérailler le processus politique, « en espérant conférer une légitimité à des groupes tels que les Taliban tout en blâmant l’Afghanistan pour cette situation ».

Le Pakistan rejette ces allégations qui sont sans fondement, a réagi son délégué.  Il a dénoncé les « provocations » des éléments terroristes réfugiés en Afghanistan, qui compromettent la stabilité du Pakistan, tout en réaffirmant l’engagement de son pays en faveur du dialogue.  « Nous devons nous rappeler qui a sapé ce processus négocié à deux reprises.  S’il faut accuser un acteur de manque de sincérité, ce n’est pas le Pakistan », a martelé le délégué.

Certaines délégations, dont celles de la France et des États-Unis, ont appelé les pays de la région, en particulier le Pakistan, à user de leur influence pour la reprise des négociations de paix.  « La reprise d’un dialogue avec les Taliban demeure une perspective indispensable », a affirmé le délégué de la France, appuyé par son homologue de la Suède.  Le représentant de la Fédération de Russie a, lui, rappelé les trois principes auxquels doivent adhérer les Taliban: « reconnaissance de la Constitution afghane, désarmement et rupture avec les organisations terroristes, en particulier Daech et Al-Qaida ».

Le délégué russe a également plaidé pour un assouplissement des sanctions applicables aux Taliban, dont son homologue indien a tenu à souligner l’inefficacité.  Ce dernier a fait entendre un son de cloche différent puisqu’il a affirmé que le Réseau Haqqani, Al-Qaida, Daech, Lashkar-e-Toiba et Jaish-e-Mohammad étaient tous des organisations terroristes.  « Il n’est nullement besoin de distinguer les bons terroristes des mauvais », a affirmé le représentant de l’Inde, en soulignant « l’ampleur sans précédent » du terrorisme en Afghanistan.

Enfin, les délégations ont souligné l’importance du développement de long terme de l’Afghanistan pour répondre aux causes profondes du conflit et éradiquer l’extrémisme violent. Les Conférences sur l’Afghanistan organisées en 2016, à Varsovie et à Bruxelles, ont montré l’ampleur de l’engagement international vis-à-vis de l’Afghanistan, s’est, à ce titre, félicité le délégué de l’Union européenne. Enfin, le délégué du Japon a assuré que son pays, en tant chef de file sur ce dossier au sein du Conseil, veillerait à ce que le Conseil soutienne au mieux l’Afghanistan sur les plans de la sécurité et du développement.

* A/71/826-S/2017/189

LA SITUATION EN AFGHANISTAN

Rapport du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales (S/2017/189)

Déclarations

M. TADAMICHI YAMAMOTO, Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), a présenté ses condoléances au Gouvernement et au peuple afghans pour l’attaque odieuse qui a frappé, il y a deux jours, un hôpital militaire à Kaboul, faisant 49 victimes.  Ces atrocités nous rappellent la violence insensée qui est la vie quotidienne des Afghans, a-t-il dit.  Le principal défi du Gouvernement est de poursuivre à la fois un processus de paix inclusif et une stratégie de croissance économique, dans un contexte marqué par une insurrection qui va en s’intensifiant et une situation sécuritaire qui se détériore, a-t-il poursuivi.  Le Représentant spécial a détaillé les progrès accomplis par le Gouvernement dans trois domaines, citant en premier lieu la lutte contre la corruption.  Le Gouvernement a rompu avec les pratiques du passé en prenant plusieurs mesures pour lutter contre ce fléau, en vue de restaurer l’intégrité des services publics, a-t-il constaté.  Le centre judiciaire chargé de lutter contre la corruption s’est également saisi d’affaires.  Il a néanmoins déclaré que beaucoup restait encore à faire.

S’agissant du deuxième domaine, le processus électoral, M. Yamamoto a insisté sur l’engagement du Gouvernement, au plus haut niveau, en faveur de l’organisation d’élections législatives impartiales, inclusives et transparentes.  Les commissaires de la Commission électorale indépendante et de la Commission du contentieux électoral ont été nommés, a-t-il indiqué, ajoutant que les préparatifs étaient encourageants.  Il a néanmoins convenu que la restauration de la confiance dans le processus électoral serait difficile.  Au titre du troisième domaine, l’autonomisation économique des femmes, il a mentionné le programme national prioritaire lancé par le Gouvernement.  Les femmes doivent être pleinement associées aux processus de prise de décisions, a-t-il souhaité.  Rappelant que neuf millions de personnes vivaient en-dessous du seuil de pauvreté, soit un tiers de la population, il a insisté sur l’importance des engagements pris à Bruxelles et d’un appui international coordonné.

La détérioration de la situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante, a poursuivi le Représentant spécial.  Les combats se sont poursuivis au début de 2017 malgré le froid de l’hiver.  Il a prôné la vigilance face à la présence de combattants étrangers, en particulier ceux de Daech.  L’année dernière, la MANUA a enregistré le nombre le plus élevé de victimes civiles depuis près d’une décennie, a-t-il souligné.  M. Yamamoto a voulu que cette tendance soit inversée.  « Bien que les parties au conflit aient fait part de leur engagement à protéger les civils, des efforts concrets doivent être consentis afin que de telles déclarations se traduisent par une protection véritable des Afghans et une réduction du nombre de victimes. »  M. Yamamoto a dit attendre avec intérêt l’adoption et la mise en œuvre d’un programme national afin de parvenir à cet objectif et encouragé le Gouvernement à lutter contre la culture de l’impunité.  « Les pertes civiles sont évitables », a-t-il assuré.

Rappelant qu’il ne saurait y avoir de solution militaire en Afghanistan, il a fait part de son sentiment, formé au cours de ses nombreux déplacements dans la région, que les pays voisins étaient davantage prêts à restaurer la paix en Afghanistan.  Ces pays reconnaissent la nécessité d’établir un environnement propice à la paix et à la stabilité régionale, a continué M. Yamamoto.  « J’exhorte les pays concernés, en particulier dans le voisinage de l’Afghanistan, à appuyer l’intérêt du Gouvernement afghan en faveur d’efforts de paix renforcés ».  Se disant profondément troublé par les tensions accrues entre l’Afghanistan et le Pakistan, il a appelé à réduire les tensions par la voie du dialogue.

Insistant sur l’importance de négociations, le Représentant spécial a indiqué que les Taliban devaient s’engager dans des pourparlers de paix sans conditions préalables.  « Le Gouvernement, les pays voisins et autres puissances clefs doivent appuyer le message que les Taliban peuvent faire partie de l’avenir de l’Afghanistan et de son tissu social et politique. »  Enfin, M. Yamamoto a rappelé que la paix devait être l’impératif de tous et dit attendre avec intérêt le renouvellement du mandat de la Mission par le Conseil.

Mme SIMA SAMAR, Présidente de la Commission afghane indépendante des droits de l’homme, a rappelé que depuis la fin du règne des Taliban il y a 16 ans, la liberté, les droits de l’homme, ainsi que l’égalité des hommes et des femmes sont garantis par la Constitution afghane.  À l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, un rapport a été publié qui fait état des progrès accomplis pour permettre aux femmes d’accéder à des postes de haut niveau, a-t-elle dit.  Toutefois, Mme Samar a constaté avec tristesse que les femmes afghanes n’étaient toujours pas traitées de façon égale et qu’elles étaient victimes de violences dans leur foyer, dans la société, et lorsqu’elles sont aux mains de groupes terroristes barbares, comme les Taliban qui tuent, mutilent ou lapident. 

Plus de huit millions d’enfants sont aujourd’hui scolarisés en Afghanistan, dont 30% de filles, s’est félicitée Mme Samar.  Néanmoins, les groupes terroristes continuent de fermer les écoles de filles et d’empêcher les garçons de recevoir une éducation moderne.  Attaquant villes et villages, ils coupent l’accès des enfants à l’éducation.  Mme Samar a jugé crucial que l’ONU appuie la justice, l’état de droit et la bonne gouvernance dans son pays.  Le processus électoral a toujours été chaotique en Afghanistan, a-t-elle reconnu.  « Nous aimerions voir le Gouvernement et la communauté internationale appuyer et garantir des élections transparentes, libres et justes », a-t-elle dit.

La Communauté internationale et les Afghans n’ont pas été capables de sécuriser l’Afghanistan, a regretté Mme Samar, en souhaitant que l’ONU et les forces internationales de sécurité maintiennent leur présence sur le terrain.  Par ailleurs, elle a demandé au Conseil de sécurité d’envisager l’adoption d’une résolution pour souligner l’importance de la société civile et des défenseurs des droits de l’homme, et de leur protection.

Abordant la question du développement économique d’un pays où 40% des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté, elle a estimé que le Conseil pourrait appeler les pays voisins à ouvrir leurs frontières et à ne pas limiter le commerce pour des raisons politiques.  Ainsi, la fermeture de la frontière par le Pakistan a-t-elle eu un impact immense sur la population et les besoins humanitaires, a-t-elle remarqué.

« Le peuple afghan a besoin et mérite de vivre en paix », a poursuivi Mme Samar.  Elle a salué les efforts entrepris pour atteindre la paix, mais s’est demandé pourquoi certains pays parlaient aux Taliban alors qu’il est interdit de négocier avec Daech et d’autres groupes terroristes.  « Les Taliban sont des terroristes et nous devons les traiter de la même façon que Daech et les autres groupes », a-t-elle insisté.  De même, elle a dénoncé « le manque de responsabilité et de respect pour la justice et les droits de l’homme dans le processus de paix ».

L’intervenante a reconnu que le Gouvernement afghan devait faire plus pour protéger la communauté Hazara contre les menaces de Daech et des Taliban.  Le pays, a-t-elle enchaîné, n’est pas un endroit sûr pour les rapatriés.  D’après elle, la communauté mondiale doit s’intéresser au sort des réfugiés afghans.  La déportation forcée et la discrimination contre des réfugiés en fonction de leur origine ne seraient pas conformes au droit international.

Mme Samar a demandé au Conseil d’élargir le mandat de la MANUA pour inclure la justice transitionnelle et faciliter l’intervention de la Cour pénale internationale (CPI) en Afghanistan.  Évoquant l’attentat perpétré, il y a deux jours, contre un hôpital de Kaboul, elle a noté que la poursuite des activités terroristes mettait le pays en danger et infligeait des souffrances quotidiennes au peuple afghan.  Enfin, elle a voulu que le pays combatte les violations des droits de l’homme qui se produisent tous les jours et sont commises par « des personnes influentes ».  Les droits de l’homme, le développement, la paix et la sécurité sont interconnectés.  Ils requièrent des institutions fortes, transparentes et responsables, avec la participation inclusive des citoyens, a-t-elle conclu.

« Compte tenu de la gravité de la situation sécuritaire dans son pays », M. MAHMOUD SAIKAL (Afghanistan) a souhaité consacrer son intervention aux défis qui se posent en ce domaine, aux « ordres du jour cachés », au processus de paix, ainsi qu’à la coopération régionale et internationale « plus que jamais nécessaire ».  Il a rappelé qu’au cours des mois écoulés, des dizaines d’attentats terroristes commis en Afghanistan avaient causé de très nombreux morts, le dernier en date il y a deux jours, lorsque l’hôpital le plus important de Kaboul a été la cible d’une opération qui a fait plus de 140 morts et blessés, dont une majorité de médecins, d’infirmières et de patients.  Si les Taliban, a précisé le représentant, ont revendiqué la plupart de ces actes, « nos propres enquêtes ont clairement établi que la plupart de ces attaques ont été préparées à l’extérieur du pays, de l’autre côté de la ligne Durand ».  Selon lui, il s’agit là d’un « élément fondamental qui doit être pris en compte ».  Saluant les déclarations du Conseil de sécurité condamnant ces actes odieux, M. Saikal s’est demandé pourquoi, après tant d’atrocités, « nous sommes toujours les témoins de l’impunité dont jouissent les auteurs et les commanditaires de cette violence sans fin ». 

« Permettez-moi d’être clair.  Le conflit qui sévit dans notre pays n’a pas été cultivé à domicile, comme certains tentent désespérément et hypocritement de le faire croire.  Au contraire, il est le fruit du trafic illicite de stupéfiants, de l’extrémisme violent et du terrorisme d’État », a accusé le délégué.  Il a affirmé que ce conflit équivalait à une forme de « guerre non déclarée » par un pays voisin qui continue, après tant d’années, de coordonner, de faciliter et d’orchestrer la violence par l’intermédiaire de groupes armés agissant « par procuration » et d’une « vingtaine » de réseaux terroristes.  Fustigeant le Pakistan, M. Saikal a cité un certain nombre d’articles de presse dans lesquels les dirigeants de ce pays auraient reconnu avoir diligenté les Taliban en Afghanistan.  Il s’est ensuite élevé contre les accusations portées par le Pakistan contre son pays, considéré par Islamabad comme responsable des attaques terroristes meurtrières commises en février dernier au Pakistan.  Par ailleurs, le représentant a dénoncé les 59 incursions illégales « au moins », entre janvier dernier et mars, de forces pakistanaises dans le territoire afghan, y compris trois violations de son espace aérien, sans compter plus de 1 375 tirs d’artillerie transfrontaliers ayant fait, selon lui, des dizaines de victimes et déplacé 450 familles vivant dans les provinces orientales « en plein hiver ». 

En « saignant » l’Afghanistan, a poursuivi M. Saikal, le Pakistan n’œuvre pas seulement à un « enlisement » du conflit dans son pays, il cherche aussi à faire dérailler le processus politique, espérant conférer une « légitimité » à des groupes tels que les Taliban tout en blâmant l’Afghanistan pour cette situation.  Il a regretté le manque de dialogue véritable entre Kaboul et Islamabad pour atténuer les tensions, à l’origine d’un gigantesque « déficit de confiance ».  Pour le représentant, le succès du processus de paix afghan dépendra des éléments suivants.  Tout d’abord, tout différend intergouvernemental exige, pour être résolu, une volonté politique ferme de part et d’autre, sous les auspices d’un « arbitre » agréé au niveau international.  En outre, a relevé M. Saikal, il faudra définir et s’entendre sur la portée du dialogue et des négociations, qui doivent être assortis d’objectifs réalisables en mesure d’attirer le soutien des parties prenantes régionales.  De plus, toutes les parties doivent s’attaquer aux causes profondes du conflit, plutôt qu’à ses manifestations, en le replaçant dans une architecture régionale et internationale de paix et de sécurité en perpétuelle évolution.  Enfin, a préconisé le délégué, l’Afghanistan doit devenir le symbole d’une coopération internationale, dans le cadre de laquelle les puissances régionales doivent renoncer à leurs rivalités et à leurs intérêts de court terme, en faisant preuve de confiance mutuelle pour leur bien respectif. 

M. KORO BESSHO (Japon), faisant le constat d’une situation qui s’améliore peu en Afghanistan, a déploré le gâchis en vies humaines et en potentiel.  Rappelant que le Conseil de sécurité avait déjà publié quatre déclarations à la presse cette année pour condamner des attentats terroristes dans ce pays, il a prévenu que 2017 resterait un défi en matière de sécurité et a appelé à prendre des mesures concrètes pour y faire face.  Le représentant s’est intéressé particulièrement à ce qui doit être fait sur le plan de l’emploi, de la lutte anticorruption et du programme de réforme du pays, tout en souhaitant qu’on explore les façons de s’engager dans un développement socioéconomique sur le long terme.  L’emploi est crucial, a-t-il insisté.

M. Bessho a également plaidé en faveur d’une société plus résiliente, ce qui nécessite le soutien des secteurs de base comme l’agriculture, en donnant accès aux marchés et en soutenant le programme national de développement de l’agriculture.  En outre, il a appelé à faire face aux menaces imminentes sur le plan de la sécurité, saluant à cet égard le rôle que joue la mission « Soutien résolu » et soulignant l’importance de la coopération régionale dans ce domaine.  En ce qui concerne la MANUA, il lui a demandé de coordonner les différents efforts afin qu’ils portent le plus de fruits possible.  Enfin, il a souhaité que l’on suive une approche axée sur les résultats, car l’Afghanistan mérite des efforts sur le court terme comme sur le long terme.  Comme chef de file sur ce dossier au sein du Conseil de sécurité, le Japon, a-t-il dit, fera tout son possible pour augmenter les chances de mieux comprendre la situation sur le terrain et pour examiner comment le Conseil peut soutenir au mieux le pays sur les plans de la sécurité et du développement.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a, après avoir passé en revue la situation en Afghanistan, estimé que la sécurité et la stabilité ne pourront être assurées que par un processus politique inclusif mené et dirigé par les Afghans eux-mêmes.  Il a, à son tour, noté les progrès dans la mise en œuvre de l’accord de paix avec Hezb-i Islami, dont la levée des sanctions contre Gulbuddin Hekmatyar, tout en notant que les pourparlers entre le Gouvernement et les Taliban sont toujours dans l’impasse.  Le rôle des pays de la région est cruciale, a estimé le représentant, tout en soulignant aussi l’importance qu’il y a à relever les défis économiques et du développement pour assoir la stabilité politique et la sécurité.  Il est impératif, a-t-il insisté, que la communauté internationale fournisse un appui coordonné aux efforts de développement et de reconstruction à travers la mise en œuvre du cadre national pour la paix et le développement en Afghanistan.  Le représentant a dit espérer que les engagements pris en octobre dernier à la Conférence de Bruxelles seront respectés. 

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) a réitéré le soutien de son pays aux efforts de lutte antiterroriste menés par le Gouvernement d’unité nationale de l’Afghanistan.  Dans le cadre de la mission dirigée par l’OTAN, il a déclaré que l’Italie était prête à fournir une aide, en particulier pour améliorer encore les capacités des forces de sécurité afghanes.  Alarmé par la situation des rapatriés et des réfugiés, il a estimé qu’il était temps de jeter les bases d’une paix durable en Afghanistan, dans le cadre d’un processus dirigé par les Afghans eux-mêmes. 

Afin de renforcer les possibilités de dialogue, le représentant italien a souhaité voir prévaloir un environnement propice à la coopération entre les pays de la région, sur la base d’une mobilisation commune contre le terrorisme.  Après avoir souligné que la lutte contre la corruption doit se poursuivre, la délégation a également attiré l’attention sur l’importance de promouvoir les droits des femmes.  Il a, enfin, salué la MANUA pour le rôle essentiel qu’elle joue dans la coordination des efforts de la communauté internationale.

M. CARL SKAU (Suède) a indiqué que la communauté internationale ne pouvait pas se permettre de se détourner du développement socioéconomique de l’Afghanistan.  Il a encouragé le Gouvernement afghan à prendre les mesures nécessaires en vue de la tenue d’élections libres, inclusives, transparentes et crédibles.  Le délégué a ensuite plaidé pour la participation des femmes dans les processus de paix, y compris celui conduit avec Hezb-i Islami, afin d’assurer leur succès.  Rappelant qu’une victime sur quatre du conflit dans ce pays était un enfant, il a exhorté les parties à cesser leurs attaques délibérées contre les civils et à les protéger.  Les parties doivent également mettre en œuvre la résolution 2286 (2016) relative à la protection des centres de soins en période de conflit.  Le délégué s’est déclaré en faveur d’efforts menés par les Afghans eux-mêmes en vue de l’unité et de la coopération, dans le droit fil de ceux ayant abouti à l’accord négocié avec Hezb-i Islami.  « Un dialogue politique accru avec les autres groupes rebelles, y compris les Taliban, est maintenant nécessaire ».  Soulignant que les tensions régionales continuaient de saper la stabilité à long terme du pays, le délégué a, en conclusion, appelé les pays voisins de la région à agir de manière responsable et constructive.

M. ALEXIS LAMEK (France) a salué l’engagement du Gouvernement d’unité nationale, ainsi que ses efforts accomplis en direction d’un Afghanistan démocratique, stable et prospère.  Toutefois, il a jugé « extrêmement préoccupante » la détérioration constante de la situation sécuritaire, comme en atteste le record de victimes civiles en 2016.  « Il est d’autant plus urgent de relancer les efforts en faveur d’un processus de paix dirigé par et pour les Afghans », a-t-il estimé.  Selon lui, la reprise d’un dialogue avec les Taliban demeure « une perspective indispensable ».  La France appelle à ce titre tous les acteurs régionaux, et en particulier le Pakistan, à user de leur influence pour permettre la fin des combats et la reprise des négociations de paix.

Le représentant a estimé que le défi du trafic de stupéfiants, qui alimente l’insurrection talibane et menace la santé de la population afghane, devait continuer de mobiliser le Gouvernement.  Il a considéré que le fort accroissement en 2016 du nombre de déplacés et de réfugiés constituait aussi un défi majeur.  Il a donc encouragé la coordination esquissée avec la MANUA pour répondre à cette crise migratoire, en particulier pour apporter une aide aux « réfugiés sans statut ».  Enfin, selon M. Lamek, le chemin de la « Décennie de la transformation » est encore long, mais la direction suivie par le Gouvernement afghan est la bonne, comme le montre la préparation de la réforme électorale et des élections parlementaires.

M. WU HAITAO (Chine) a appelé la communauté internationale à renforcer les capacités des forces de sécurité afghanes afin de faire face au terrorisme, à la contrebande et à la criminalité transnationale organisée.  La négociation est la seule voie possible, a-t-il dit.  Il a invité toutes les parties à participer activement au processus de réconciliation.  Pour ce qui concerne la communauté internationale, il lui a demandé de respecter le droit des Afghans de choisir leur système politique et leur voie de développement.  Le délégué de la Chine a ensuite insisté sur l’importance d’un appui international en faveur d’une bonne intégration régionale de l’Afghanistan.  Enfin, le représentant a souligné les liens amicaux qui unissent la Chine et l’Afghanistan, assurant que son pays continuerait d’appuyer le processus de paix et de réconciliation de l’Afghanistan.

M. FODÉ SECK (Sénégal) a déclaré que la situation sécuritaire en Afghanistan était plus que jamais préoccupante, comme en témoigne la récente attaque qui a pris pour cible un hôpital militaire à Kaboul.  Ces tragédies rappellent que le pays fait toujours face à des défis majeurs, sur les plans sécuritaire, politique et humanitaire.  Le représentant s’est toutefois félicité de l’amélioration récente des relations entre le Gouvernement et l’opposition politique, ainsi que du démarrage des réformes électorales, sans oublier la poursuite des efforts de lutte contre le trafic de stupéfiants, qu’illustre l’adoption récente d’une loi en ce domaine.

Relayant les préoccupations d’autres intervenants concernant les actions des Taliban et de Daech, M. Seck a expliqué que la situation humanitaire en Afghanistan en ressortait aggravée.  De toute évidence selon lui, l’Afghanistan a besoin d’un soutien renforcé de la part de la communauté internationale.  S’agissant de la coopération régionale, il a pris acte des progrès accomplis dans les relations extérieures qu’entretient Kaboul avec, notamment, le Pakistan, la Fédération de Russie et l’Arabie saoudite.  M. Seck a, en conclusion, appuyé la recommandation du Secrétaire général de renouveler le mandat de la MANUA pour une période supplémentaire de 12 mois.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (État plurinational de Bolivie) a exprimé son appréciation pour la minute de silence observée par le Conseil, qu’il a trouvée plus éloquente que bien des mots.  Il a affirmé que le Gouvernement afghan luttait « en notre nom à tous » contre le terrorisme, celui-ci étant un fléau international.  La situation sécuritaire continue de se détériorer dans le pays, a-t-il noté, en rappelant qu’en 2016, 65 incidents sécuritaires étaient à déplorer chaque jour en moyenne, « des chiffres alarmants ».  Environ 63% de ces incidents résultent d’affrontements entre les forces de sécurité afghanes et les Taliban, a-t-il précisé, en réaffirmant l’appui de son pays aux forces de sécurité afghanes.  Il a ensuite souligné l’acuité de la menace posée par les groupes affiliés à Daech. Il faut que le monde se rende compte des sacrifices consentis par le peuple afghan dans la lutte contre le terrorisme, a-t-il dit.  Enfin, le délégué bolivien a souhaité que la lutte internationale contre le trafic de stupéfiants soit plus décisive.

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a exhorté la communauté internationale à faire davantage d’efforts pour rompre le cycle de violences déclenché par les Taliban.  Au nombre des mesures prises récemment par les autorités afghanes, il a salué la mise en place d’un mécanisme consultatif sur le partage des postes à responsabilité au sein du Gouvernement, ainsi que la création d’un centre pour la justice et contre la corruption.  Le représentant a ensuite condamné les attaques terroristes perpétrées ces derniers mois, y compris celle dirigée il y a deux jours contre un hôpital militaire.

Préoccupé en outre par la hausse « exponentielle » de la culture de pavot à opium et du trafic de drogues synthétiques en provenance de l’Afghanistan, M. Aboulatta a apporté le soutien de la délégation égyptienne aux efforts de lutte antiterroriste déployés par Kaboul.  Il a estimé, en conclusion, qu’il fallait continuer à renforcer les capacités de l’Afghanistan, pour que ce pays parvienne à rétablir la paix et la sécurité et pour qu’il puisse mener à bien son processus de développement durable.

Préoccupé par la détérioration de la situation sécuritaire en Afghanistan, M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay) a condamné tous les attentats terroristes commis dans ce pays, notamment ceux qui ont visé des établissement médicaux.  À ce sujet, il a lancé un appel pour le plein respect de la résolution 2286 (2016) du Conseil de sécurité sur les attaques et les menaces visant les civils et les établissements de santé en période de conflit.  Il s’est ensuite inquiété du manque de progrès en direction de la paix entre le Gouvernement afghan et les Taliban. 

L’Afghanistan continue de faire face à de grands défis politiques, économiques et sécuritaires, pour lesquels l’appui de l’ONU et de la communauté internationale est nécessaire, a résumé le représentant.  La consolidation des institutions démocratiques est prioritaire, a-t-il ajouté, avant de saluer les progrès accomplis dans le processus électoral et la lutte contre la corruption.  Par ailleurs, il s’est félicité du fait que la pratique de la servitude sexuelle des enfants ait récemment fait l’objet d’une loi pour l’ériger en infraction pénale.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a salué le leadership afghan pour ses efforts constants en vue d’assurer une coordination plus efficace avec les partis d’opposition politique, au sein du pays, en vue de trouver un terrain d’entente face aux défis qui se posent.  Il s’est également félicité de la création récente d’une Commission électorale indépendante, chargée de présenter de nouvelles réformes pour garantir des scrutins impartiaux aux niveaux parlementaire et régional.  Mais le représentant s’est dit préoccupé par la détérioration, ces derniers mois, de la situation sécuritaire en Afghanistan, cible d’attaques répétées de la part d’organisations terroristes internationales « bien connues », qui posent des menaces sérieuses à l’ensemble des pays d’Asie centrale.

Autre motif de préoccupation sécuritaire pour sa délégation: l’augmentation de la culture de pavot à opium, qui exige une action coordonnée de la part du Gouvernement afghan, ainsi que de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et d’Interpol.  Le représentant a également fait remarquer que le Centre régional d’information et de coordination pour l’Asie centrale, basé dans son pays, à Almaty, jouait un rôle important dans le cadre de ces efforts.  En outre, a-t-il expliqué, son gouvernement fournit une aide bilatérale à l’Afghanistan, notamment en parrainant l’éducation d’un millier d’étudiants afghans et en prêtant une assistance humanitaire à des Afghans en situation vulnérable.

Mme MICHELE J. SISON (États-Unis) a insisté sur les progrès accomplis dans le processus électoral en Afghanistan, comme en atteste la récente nomination des commissaires au sein de la Commission électorale indépendante.  Elle a affirmé que l’accord négocié avec Hezb-i Islami pouvait laisser espérer la négociation d’un accord similaire avec les Taliban.  Elle a appelé les Taliban à s’engager dans des négociations.  La représentante a également exhorté les pays voisins à faire davantage pression pour que les Taliban s’assoient à la table des négociations.

Sur le plan de la sécurité, la représentante a observé que les Taliban et le Réseau Haqqani menaient toujours plus d’attaques et sapaient ainsi les efforts du Gouvernement.  Elle a insisté sur le rôle vital joué par la MANUA, en particulier grâce à ses 12 bureaux régionaux.  Ces bureaux, a-t-elle remarqué, sont parfois la seule présence internationale en dehors de Kaboul.  À cette aune, la représentante des États-Unis a exprimé l’appui ferme de son pays en faveur du renouvellement du mandat de la Mission. 

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) s’est dit extrêmement préoccupé par les attaques menées contre les missions diplomatiques et les infrastructures humanitaires et médicales qui compromettent les efforts internationaux pour venir en aide au peuple afghan.  Il s’est dit tout aussi alarmé par les violations flagrantes des droits de l’homme, les mauvais traitements des politiques civiles, les exécutions sommaires et autres abus contre les femmes et les filles dans les territoires contrôlés par les Taliban et les autres groupes terroristes.  Le représentant s’est dit convaincu que les sanctions peuvent être un outil efficace pour convaincre les terroristes de renoncer à leurs agressions et pour obtenir d’eux qu’ils participent aux négociations de paix.  Il en a voulu pour preuve l’accord de paix signé avec Hezb-i Islami qui a largement contribué à la normalisation dans les territoires que ce groupe contrôle.  Le représentant s’est félicité des progrès réels enregistrés par le Gouvernement afghan même s’ils sont assombris par les allégations de violations des droits de l’homme portées à l’encontre du Premier Vice-Président.  Cette affaire, a-t-il prévenu, a valeur de test pour la capacité du Gouvernement afghan de briser les vieilles habitudes et de tenir les hauts responsables comptables de leurs actes.  Il a appelé le Gouvernement afghan à renforcer ses efforts contre l’impunité et la corruption.

M. VLADIMIR K. SAFRONKOV (Fédération de Russie) s’est déclaré prêt à apporter son soutien à la prorogation du mandat de la MANUA pour une nouvelle période d’un an.  Il a reconnu que l’Afghanistan, « pays ami », traversait une période difficile.  Le représentant s’est dit en effet préoccupé par la détérioration de la situation sécuritaire dans le pays sous l’effet du terrorisme, qui a fait, en dépit d’une présence internationale, 11 500 victimes en 2016, un chiffre « terrifiant ».  Ce n’est selon lui que par une action concertée de la communauté internationale que l’on pourra aider l’Afghanistan à se relever.  M. Safronkov a pris note avec inquiétude de la montée en puissance de Daech, qui disposerait d’environ 3 500 combattants dans le pays, un problème auquel il a demandé d’accorder l’attention qu’il mérite.  La Fédération de Russie a également constaté que le trafic de stupéfiants avait connu un essor énorme l’an dernier, ce qui ne peut qu’encourager le terrorisme.

Le représentant russe a assuré que son pays était prêt à contribuer au processus de paix.  Il a plaidé pour un assouplissement des sanctions applicables aux Taliban, ces derniers devant participer aux négociations, même si Kaboul a un rôle directeur.  La délégation a rappelé les trois principes auxquels doivent adhérer, sans réserves, les Taliban: reconnaissance de la Constitution afghane, désarmement et rupture avec les organisations terroristes, en particulier Daech et Al-Qaida.  M. Safronkov a déclaré qu’à l’initiative de son pays, une « approche régionale unique » avait été privilégiée pour promouvoir le « processus de réconciliation nationale », approche qui a fait l’objet, mi-février, d’une réunion internationale à Moscou avec plusieurs pays d’Asie centrale. 

« C’est la première fois qu’une femme issue de la société civile prend la parole devant le Conseil de sécurité », s’est félicité M MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni).  Il a rappelé que la situation en Afghanistan était inscrite à l’ordre du jour du Conseil depuis 37 ans.  « Nous devons travailler tous ensemble pour mettre fin à la violence, laquelle, comme nous le savons tous, ne pourra que s’intensifier avec la fin de l’hiver », a continué le délégué.  Il a insisté sur l’importance de s’attaquer aux sanctuaires et aux appuis financiers dont bénéficient les groupes terroristes.

Le représentant a ensuite mentionné les avancées indéniables enregistrées en Afghanistan, notamment le fait que 28% de femmes siègent désormais au Parlement.  En comparaison, ce chiffre est de 29% au Royaume-Uni, a-t-il précisé.  Il a également salué les efforts du Gouvernement dans la lutte contre la corruption.  « Les progrès ne sont néanmoins pas suffisants », a-t-il concédé.  En conclusion, M. Rycroft a demandé une participation accrue des femmes aux processus de prise de décisions et une plus grande transparence du système électoral afghan.

Encouragé par les progrès réalisés dans le processus électoral, M. HARALD BRAUN (Allemagne) a dit qu’il fallait maintenant établir un calendrier crédible pour les prochaines élections en Afghanistan.  Passant à la situation sécuritaire fragile, « le plus grand défi », il a déploré le nombre croissant de victimes civiles et estimé que le Gouvernement pouvait faire plus pour protéger les enfants. 

L’attentat du 8 mars contre un hôpital militaire de Kaboul illustre tristement le rapport de l’organisation non gouvernementale Watchlist, intitulé « Les cliniques sont maintenant en première ligne », publié le 6 mars lors d’un évènement coparrainé par l’Allemagne, a noté le représentant.  Présidente du Groupe des amis sur les enfants dans les conflits armés, l’Allemagne continuera de sensibiliser le public à ces questions, a-t-il assuré.  Par ailleurs, l’Allemagne s’est engagée à appuyer les efforts du Gouvernement afghan pour la réintégration durable des réfugiés qui rentrent dans leur pays.

M. NABEEL MUNIR (Pakistan) a rejeté les allégations formulées ce matin par le délégué afghan contre le Pakistan, les jugeant « infondées ».  L’Afghanistan devrait répondre à ses immenses défis plutôt que de chercher à les « externaliser », a-t-il dit.  Il n’y a eu aucune amélioration de la situation dans ce pays, puisque les attaques se sont intensifiées et que le processus de réconciliation est dans l’impasse, a poursuivi le délégué.  Il a jugé que la situation en Afghanistan compromettait la stabilité de son propre pays.  Blâmer le Pakistan pour se dédouaner des échecs en Afghanistan n’est pas de nature à contribuer au règlement des problèmes que le pays doit résoudre, a-t-il déclaré.  Il a affirmé que le Conseil ne devait pas être le lieu de « sermons gratuits », mais le lieu de la recherche de solutions.  Alors que le Pakistan cible tous les groupes terroristes, le délégué a affirmé que des éléments terroristes s’abritaient en Afghanistan, profitant « d’une situation favorable » et de la porosité des frontières.

Mon pays a proposé de nouvelles procédures douanières pour remédier à cette porosité mais l’Afghanistan s’est montré indifférent, alors même que le territoire afghan est utilisé pour mener des attaques, a-t-il déploré.  Le délégué a indiqué que son pays continuait de prôner le dialogue, en dépit des provocations des éléments terroristes réfugiés en Afghanistan.  Si le Pakistan a dû fermer temporairement sa frontière pour faire face à la réorganisation des éléments terroristes en Afghanistan, il l’a rouverte pour des raisons humanitaires, malgré les risques encours pour sa sécurité, a-t-il dit.  Il a souligné la « générosité » du Pakistan, qui a accueilli près de trois millions de réfugiés afghans, et rappelé qu’un règlement négocié en Afghanistan était du ressort des parties.  « Nous devons nous rappeler qui a sapé ce processus négocié à deux reprises », a-t-il dit.  « S’il faut accuser un acteur de manque de sincérité, ce n’est pas le Pakistan. »  En conclusion, le représentant a réitéré l’engagement de son pays en faveur de la stabilité régionale et de la lutte contre le terrorisme.

M. GÜVEN BEGEÇ (Turquie) a souhaité que les progrès accomplis au cours des 15 dernières années en Afghanistan continuent à être soutenus, se félicitant à cet égard de la mobilisation récente de la communauté internationale lors du Sommet de Varsovie et de la Conférence de Bruxelles.  Pour sa part, la Turquie, a dit le représentant, a maintenu son niveau de contributions en faveur de Kaboul en s’engageant à verser 150 millions de dollars pour la période 2018-2020, ainsi que 60 millions pour épauler les forces de sécurité et l’armée afghanes pour le même exercice.  Il a félicité ces dernières pour leurs efforts de lutte antiterroriste, avant d’affirmer qu’une paix durable dans le pays ne pourrait être atteinte qu’au travers de la conclusion d’un processus de paix et de réconciliation.  C’est la raison pour laquelle la Turquie a souhaité que l’accord trouvé entre le Gouvernement et Hezb-i Islami serve d’exemple à l’avenir. 

Mme LISE H.J. GREGOIRE-VAN-HAAREN (Pays-Bas) a commencé par mettre l’accent sur la réconciliation et la coopération régionale, indispensables pour stabiliser l’Afghanistan.  Toutefois, a-t-elle souligné, le processus de paix doit être dirigé par et pour les Afghans, avec la participation des femmes.  À ce sujet, elle a salué l’accord de paix entre le Gouvernement afghan et Hezb-i Islami.

Les Pays-Bas, a assuré la représentante, continueront d’appuyer les Forces nationales de défense et de sécurité afghanes à travers la mission « Soutien résolu ».  Elle s’est dite particulièrement préoccupée par la souffrance disproportionnée des enfants et par l’augmentation du nombre de personnes déplacées du fait de la détérioration de la situation sécuritaire.  En 2016, a-t-elle précisé, les Pays-Bas ont déboursé 4,5 millions d’euros pour l’assistance humanitaire aux groupes les plus vulnérables en Afghanistan.  Appuyant la poursuite du mandat de la MANUA, qui doit opérer dans l’ensemble du pays et pas seulement à Kaboul, elle a applaudi en particulier ses efforts visant à renforcer le rôle des femmes.

« La poursuite d’attaques terroristes toujours plus brutales, les avancées territoriales des groupes terroristes grâce à un appui venant de l’extérieur du pays, et la grave crise humanitaire annoncent des jours sombres », a déclaré M. SYED AKBARUDDIN (Inde).  Il a souligné l’ampleur considérable prise ces derniers mois par le terrorisme en Afghanistan.  Les Taliban ont essayé d’accroître leur influence dans le nord, le nord-est et le sud-ouest, où ils sont traditionnellement faibles, a-t-il remarqué.  Il faut, a-t-il souligné, que les forces du terrorisme et de l’extrémisme ne trouvent aucun sanctuaire.  Il n’est nullement besoin de distinguer les bons terroristes des mauvais, a-t-il déclaré, ajoutant que les Taliban, le Réseau Haqqani, Al-Qaida, Daech, Lashkar-e-Toiba et Jaish-e-Mohammad étaient tous des organisations terroristes.

Le délégué a pointé du doigt l’inefficacité du régime de sanctions mis en place par le Conseil de sécurité.  « L’organe subsidiaire de ce Conseil a mis quatre mois pour confirmer la mort du chef des Taliban », a-t-il déploré, ajoutant que le gel des avoirs de ce dernier se faisait toujours attendre.  Enfin, M. Akbaruddin a mis en garde contre toute inaction sur le dossier afghan, sous peine de compromettre les gains enregistrés dans ce pays.  « Nous ne devons pas oublier les conséquences de l’inaction de la communauté internationale en 2001 », a-t-il conclu.

M. GHOLAMALI KHOSHROO (République islamique d’Iran) a demandé à la communauté internationale de soutenir davantage le Gouvernement afghan dans ses efforts de lutte antiterroriste et pour l’aider à répondre aux autres défis qui se posent à lui sur les plans sécuritaire, politique, économique et de développement.  Il a affirmé que le renforcement de la coopération régionale était une priorité pour Téhéran et l’un des moyens de consolider la paix et d’assurer le développement économique régional.  Le représentant en a voulu pour exemple l’accord trilatéral conclu entre l’Iran, l’Inde et l’Afghanistan pour développer le port de Chabahar, qui permet à Kaboul d’avoir accès aux marchés internationaux, ainsi que le projet de réseau ferroviaire entre Khaf et Herat.

Après avoir souligné l’engagement de l’Iran contre le trafic de stupéfiants, notamment par la promotion de l’agriculture de substitution en Afghanistan, M. Khoshroo a rappelé que son pays accueillait, depuis 37 ans, pas moins de trois millions de réfugiés afghans, qui bénéficient de nombreux services.  Si l’Iran continue de participer au travail de la Commission tripartite en vue de planifier le rapatriement « volontaire, sûr, digne et progressif » de ces réfugiés, il a toutefois constaté que ce rapatriement était à son niveau le plus bas depuis 2002, plaidant pour un soutien renouvelé de la communauté internationale auprès de Kaboul.

M. JOÃO PEDRO VALE DE ALMEIDA, de l’Union européenne, a rappelé que la Conférence de Varsovie tenue en juillet et la Conférence de Bruxelles sur l’Afghanistan d’octobre 2016 avaient montré l’ampleur de l’engagement international vis-à-vis de l’Afghanistan.  À cet égard, l’Union européenne appuie un processus de paix conduit par et pour les Afghans.  Le délégué a considéré que l’accord de paix signé avec Hezb-i Islami devait maintenant être mis en œuvre et ouvrir la voie à de futurs accords de paix.  Il a salué la décision du Conseil de sécurité de radier de la liste le dirigeant de Hezb-i Islami, M. Gulbuddin Hekmatyar.

L’Union européenne appuie la volonté du Gouvernement afghan de s’engager dans un processus politique avec les Taliban et les autres groupes d’opposition afghans pour parvenir à un règlement politique durable, a précisé M. Vale de Almeida.  Par ailleurs, il a dit qu’il fallait continuer de mettre l’accent sur l’autonomisation et les droits des femmes afghanes, et intensifier les efforts dans la lutte contre la corruption.  Il a également encouragé la réforme du secteur de la sécurité, qui fait fond sur les réalisations de la mission de police de l'Union européenne en Afghanistan (EUPOL).  De plus, l’Union européenne appuie le rôle de coordination de la MANUA en matière électorale. 

La signature, le 18 février dernier, de l’Accord de coopération sur le partenariat et le développement entre l’Union européenne et l’Afghanistan a envoyé « un signal politique fort » quant à l’appui constant de l’Union européenne à ce pays dans le cadre de sa « Décennie de la transformation » (2015-2024) et au-delà, a déclaré le délégué.  Il a estimé que la coopération régionale était également indispensable pour arriver à une paix et une stabilité durables.  À cet égard, il a cité le rôle d’un forum tel que le « Cœur de l’Asie » ou la Conférence sur la coopération économique régionale concernant l’Afghanistan. 

Par ailleurs, a expliqué M. Vale de Almeida, l’Union européenne et l’Afghanistan continuent d’appliquer leur accord « Joint Way Forward » sur les questions de migration et les memoranda d’accord bilatéraux avec les États membres.  L’Union européenne fournit un appui substantiel au Gouvernement afghan pour faciliter le retour et la réintégration.  Elle encourage la MANUA à continuer de dialoguer avec le Gouvernement afghan pour l’inclusion des personnes déplacées et rapatriées.

Mme CAITLIN WILSON (Australie) a salué le Gouvernement afghan pour son engagement à lutter contre la corruption, avant de l’inviter à continuer de progresser dans l’organisation des prochaines élections.  Déclarant que l’extrémisme violent se joue des frontières nationales, elle a appelé tous les pays de la région à s’engager dans la voie de la coopération et du dialogue afin de promouvoir la paix et la stabilité.  Elle a rappelé que l’Australie avait déployé 270 hommes au sein de la mission de l’OTAN « Soutien résolu », étant aussi l’un des cinq principaux pays donateurs pour le renforcement des forces de sécurité afghanes.  Mme Bird s’est ensuite dite encouragée par les progrès enregistrés dans la mise en œuvre de l’accord négocié avec Hezb-i Islami en 2016.  L’assistance humanitaire de l’Australie en faveur de l’Afghanistan s’est élevée à près de 19 millions de dollars en 2016, a-t-elle aussi indiqué.   Enfin, la déléguée australienne a appelé le Gouvernement afghan à s’appuyer sur les succès enregistrés en 2016.

M. PASCAL BUFFIN (Belgique) a déclaré qu’en dépit des graves problèmes de sécurité rencontrés par l’Afghanistan, la paix dans ce pays n’est pas une utopie.  Pour lui donner une chance de se réaliser, le Gouvernement d’unité nationale doit continuer de gagner la confiance de son peuple en mettant en œuvre des politiques destinées à assurer la sécurité, éliminer la corruption, promouvoir les droits de l’homme et s’attaquer à la carence de justice et de bonne gouvernance.  Ensuite, a poursuivi le représentant, le processus de paix et de réconciliation doit regrouper toutes les composantes de la société afghane, notamment les femmes.

Pour la Belgique en outre, les partenaires régionaux doivent jouer un rôle en relançant les pourparlers de paix dans le cadre d’un processus pris en charge par les Afghans eux-mêmes.  Selon la délégation, le développement économique constitue une autre priorité car il permet de rendre le pays moins tributaire de l’aide internationale d’une part, et des commerces illicites de l’autre.  Enfin, si le conflit a des conséquences sur les possibilités de croissance, des réformes sont toutefois nécessaires pour créer un environnement favorable au retour des investissements et à la réappropriation de leur avenir par les Afghans, a estimé le représentant.

M. JUAN MANUEL GONZÁLEZ DE LINARES PALOU (Espagne) s’est déclaré convaincu que le Conseil de sécurité devait cultiver l’« esprit de compromis et de consensus » lorsqu’il s’agit de la MANUA et de l’Afghanistan, un pays qui doit avancer dans son processus de paix et de réconciliation nationale.  S’il s’est félicité des progrès accomplis ces derniers mois, notamment dans la lutte contre la corruption et la promotion des droits des femmes, le représentant a regretté l’intensification des violences meurtrières.  Il a lancé un appel à tous les acteurs politiques et sociaux en faveur de la démocratie à l’approche des échéances électorales, ainsi qu’aux pays voisins et à la communauté internationale pour qu’ils continuent d’accompagner l’Afghanistan vers la restauration de la paix et de la sécurité.

M. MARC-ANDRÉ BLANCHARD (Canada) a exprimé son soutien en faveur d’un processus de paix dirigé et pris en charge par les Afghans, en reconnaissant les efforts déployés jusqu’à présent par le Gouvernement, notamment pour parvenir à la réforme électorale et pour lutter contre la corruption. Cependant, il s’est dit très préoccupé par la détérioration constante de la sécurité dans le pays.  Il a fait écho à la déclaration de la MANUA appelant toutes les parties au conflit à prendre des mesures urgentes pour mettre fin aux meurtres et aux mutilations de civils.  « Nous attendons des voisins de l’Afghanistan qu’ils poursuivent leur collaboration avec le Gouvernement afghan afin de mieux coordonner et gérer le retour des réfugiés afghans, dans le but d’accroître la stabilité régionale et de réduire la violence qui sévit dans le pays », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, M. Grant a salué le Gouvernement afghan pour le lancement, en décembre, de la stratégie et du plan d’action visant à éliminer la violence envers les femmes pour la période  2016-2020.  Il a fait part de programmes canadiens qui appuient la mise en œuvre de la loi afghane sur l’élimination de la violence faite aux femmes et la participation des femmes au développement socioéconomique de l’Afghanistan. 

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