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CS/12718
15 février 2017
7884e séance – matin 

Optimisme prudent du Chef des Casques bleus sur l’évolution de la situation en République centrafricaine, revenue « du bord de l’abîme »

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Hervé Ladsous, a déclaré, ce matin, devant le Conseil de sécurité, que la République centrafricaine, qui se tenait « au bord de l’abîme » il y a encore trois ans, était « en train d’aller de l’avant sous la direction du Président, M. Faustin-Archange Touadéra », malgré les nombreux défis, telle la persistance de la violence.  Un optimisme prudent que les présidents de deux organes onusiens chargés de la situation dans ce pays ont partagé, tandis que la représentante centrafricaine a appelé à préserver les « progrès chèrement acquis ».

« La situation sécuritaire à Bangui, dans son ensemble, s’est progressivement stabilisée au cours de ces derniers mois », a déclaré, à l’entame de son intervention, M. Ladsous, qui présentait le dernier rapport* du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine.  Il a indiqué que les violences associées à la transhumance dans le nord-ouest du pays continuaient, contrastant avec le calme relatif qui régnait dans la capitale.

« Les affrontements en cours entre des factions rivales ex-Séléka, à savoir le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) et l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), minent la région centrale, notamment en portant une connotation ethnique inquiétante », a-t-il dit. 

Le Secrétaire général adjoint a averti que ces combats, principalement alimentés par des luttes de pouvoir et des conflits sur le contrôle des ressources, menaçaient de mettre à mal le processus de paix dans le pays et aggravaient une situation humanitaire déjà « alarmante ».

« La violence qui persiste et la réticence de certains groupes à rejoindre le cadre proposé par le Président Touadéra est une source de grave préoccupation », a poursuivi M. Ladsous.  Afin d’y remédier, le Secrétaire général adjoint a appuyé l’Initiative africaine pour la paix et la réconciliation entre le Gouvernement et tous les groupes armés dans le pays, lancée notamment par l’Union africaine, qui vise à la résolution du conflit et à l’instauration d’une paix durable.

Il a espéré que cette initiative africaine s’appuierait sur les efforts du Président Touadéra, avant de souligner la nécessité que les griefs légitimes des groupes armés ne relèguent pas au second plan les aspirations de la vaste majorité des Centrafricains. 

« Malgré la situation sécuritaire dans certaines parties du pays, des progrès ont été enregistrés s’agissant du cadre de dialogue formel avec les groupes armés sur le désarmement, la démobilisation, la réintégration et le rapatriement établi par le Président », a-t-il dit, précisant que 12 sur 14 groupes armés y participaient.

Parmi les autres avancées, le Secrétaire général adjoint a mentionné le lancement d’une campagne nationale de recrutement de 500 policiers et gendarmes, le déploiement prochain d’un premier contingent centrafricain formé par l’Union européenne et la nomination, annoncée aujourd’hui, d’un procureur spécial auprès de la Cour pénale spéciale. 

M. Ladsous a ensuite détaillé la situation humanitaire qui se dégrade en raison de la violence dans les régions et d’une diminution de l’aide internationale.

« Avec environ 2,2 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, dans le besoin d’une aide alimentaire, et environ 100 000 personnes nouvellement déplacées, la diminution des ressources financières est extrêmement préoccupante », a-t-il dit.  M. Ladsous a, toutefois, souligné « l’inébranlable solidarité » de la communauté internationale avec le peuple centrafricain, marquée par les promesses de dons de plus de 2,2 milliards de dollars enregistrées lors de la Conférence de Bruxelles sous les auspices de l’Union européenne de novembre 2016.

« Le Cadre d’engagement mutuel signé lors de cette conférence sera un mécanisme important pour un partenariat durable entre la République centrafricaine et la communauté internationale », a affirmé le Secrétaire général adjoint. 

M. Ladsous a promis l’appui de l’ONU à la République centrafricaine en vue d’une bonne mise en œuvre de ce cadre, répondant, ainsi, au vœu de la déléguée centrafricaine, Mme Ambroisine Kpongo, qui a qualifié ce mécanisme d’indispensable « si nous voulons parvenir à une paix pérenne ».

« Les engagements qui ont été pris à Bruxelles permettront au Gouvernement de s’atteler à la mise en œuvre effective des priorités qu’il s’est fixées et dont la réalisation dépend en grande partie de la mobilisation des fonds promis », a insisté Mme Kpongo.

Même son de cloche du côté du représentant de l’Uruguay, qui a demandé le maintien de l’appui international au Gouvernement centrafricain.  « Ce dernier a fait des efforts importants pour parvenir à la stabilité, même s’il fait encore face à de grandes difficultés », a-t-il dit.

Le Président de la configuration République centrafricaine de la Commission de consolidation de la paix (CCP), M. Omar Hilale, du Maroc, a également appelé au renforcement du « leadership » du Gouvernement centrafricain, afin de lutter contre les causes profondes du conflit.

Des efforts seront consacrés à la réussite de la mise en œuvre du Cadre d’engagement mutuel, mécanisme concernant lequel la CCP bénéficie d’une vaste expérience, a assuré M. Hilale.  La configuration continuera également de soutenir la mise en place de la Cour pénale spéciale.

Enfin, M. Ladsous a livré ses réflexions sur la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), créée il y a près de trois ans, et qui est la plus jeune des opérations de la paix de l’ONU. 

Il a souligné la détermination de la Mission à utiliser la force pour protéger les civils, comme l’a montré son intervention, le 13 février, contre une colonne de 300 éléments de la coalition menée par les FPRC.  La MINUSCA a également diminué le nombre de ses bases d’opération aux fins d’une plus grande flexibilité.

« La Mission, ainsi que la force Sangaris et l’Union européenne, ont permis d’empêcher des atrocités de masse et l’effondrement total de l’État centrafricain », a déclaré le Secrétaire général adjoint.  L’ordre constitutionnel est revenu dans le pays, qui est aujourd’hui doté d’un parlement fonctionnel, tandis que l’autorité de l’État se restaure progressivement, s’est-il félicité.  Il a également souligné l’augmentation de la production agricole de 26,3% en 2016.

« Les progrès ne doivent pas s’arrêter là », a-t-il poursuivi.  M. Ladsous a appelé à tirer les leçons du passé et à poser les bases d’une paix et d’un développement durable dans le pays, même si la Mission ne saurait être perçue « comme la réponse à tous les défis ».  « Je continue de croire que rétablir une paix durable en République centrafricaine est à notre portée à tous, collectivement », a conclu le Secrétaire général adjoint.

Dans l’intervalle, le Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 2127 (2013), M. Volodymyr Yelchenko, a indiqué, qu’au regard de l’insécurité actuelle et l’abondance des armes dans le pays, l’embargo sur les armes en vigueur en République centrafricaine devait être appliqué afin de protéger la population civile.

S’agissant des interdictions de voyager, il a rappelé que les initiatives de médiation relatives au conflit centrafricain devaient être menées dans le respect des mesures de sanctions.

« En l’absence de retour », des consultations ont eu lieu avec le Kenya pour obtenir des informations sur les violations présumées des interdictions de voyager par l’ancien chef de l’État François Bozizé, qui se serait rendu à Nairobi au cours de la période à l’examen, a-t-il dit.

Enfin, M. Yelchenko a exhorté la République centrafricaine à retirer de la circulation les passeports falsifiés, volés ou perdus, ainsi que les laissez-passer diplomatiques invalides.

* S/2017/94

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