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CS/12706
7 février 2017
7877e séance – matin

Conseil de sécurité: il faut trouver les moyens de contrer les stratégies d’« adaptation » de Daech, prévient un haut fonctionnaire de l’ONU

En position défensive dans plusieurs régions, notamment en Syrie et en Iraq, où il a essuyé des revers, Daech n’en dispose pas moins de ressources toujours suffisantes pour poursuivre ses opérations militaires, a prévenu, ce matin, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques devant le Conseil de sécurité.  M. Jeffrey Feltman a voulu mobilisé les États contre les stratégies d’adaptation de l’organisation terroriste.

« Daech s’appuie principalement sur les revenus issus de l’extorsion et de l’exploitation des hydrocarbures, même s’ils sont en baisse.  Mais les États sont préoccupés de ses efforts pour diversifier ses sources de revenu, notamment en recourant à l’enlèvement contre rançon et en sollicitant des dons », a expliqué le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques.

Venu présenter le quatrième rapport* du Secrétaire général sur la menace que représente Daech pour la paix et la sécurité internationales et sur l’action menée par l’ONU pour aider les États à la contrer, le haut fonctionnaire a fait part des stratégies d’adaptation déployées par l’organisation terroriste pour résister à la « pression militaire », en s’appuyant, en particulier, sur des méthodes de communication interne et de recrutement « de plus en plus clandestines », comme le Web profond, le cryptage et l’utilisation de messagers.  Le représentant de l’Uruguay s’est dit préoccupé par ces « nouveaux modus operandi » qui obligent à reconsidérer la notion d’attaques commises par de « prétendus loups solitaires ».

« Daech étend en outre ses opérations aux pays limitrophes de l’Iraq et de la Syrie, tout en continuant à encourager ses partisans plus éloignés à perpétrer des attaques.  Simultanément, les combattants terroristes étrangers quittant l’Iraq et la Syrie font croître la menace du terrorisme dans leurs pays d’origine », s’est alarmé le Secrétaire général adjoint.

Depuis sa déclaration en date de 2014 clamant son intention d’attaquer l’Europe, Daech a mené une série d’opérations sur ce continent; certaines dirigées et facilitées par ses membres, d’autres légitimées par lui ou inspirées par sa propagande, a rappelé M. Feltman.

Si l’offensive militaire en Libye a délogé l’organisation terroriste de Syrte, la menace que cette dernière fait planer sur le pays et sur les voisins persiste, a-t-il prévenu, en faisant également part de l’implantation de Daech, pour le moment limitée, en Afrique de l’Ouest.  Mais son affidé Boko Haram œuvre à la diffusion de son influence néfaste au Nigéria et au-delà, grâce à plusieurs milliers de combattants opérationnels.  M. Feltman a toutefois précisé que Boko Haram est affaibli par des difficultés financières et sa scission en deux factions rivales.

Le Secrétaire général adjoint a ensuite fait un bilan des mesures prises au cours des quatre derniers mois par les États, priés par le Conseil de sécurité de se doter de lois et mécanismes facilitant une coopération internationale aussi large que possible dans les domaines judiciaire et policier.  « INTERPOL confirme que l’échange d’informations entre les États s’est accru depuis la publication du précédent rapport », s’est félicité M. Feltman, en notant également les efforts de certains États pour se prémunir d’attaques terroristes et limiter les déplacements de combattants étrangers.

« Bien qu’il reste du travail à faire, notamment en ce qui concerne l’utilisation des systèmes de renseignements pour filtrer les voyageurs, des progrès substantiels ont été réalisés contre le financement du terrorisme, malgré des difficultés persistantes.  Des efforts ont également été déployés par l’Union européenne et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OCDE) pour prévenir et combattre l’extrémisme violent, y compris dans le cadre de projets visant à sensibiliser l’opinion publique aux phénomènes de la radicalisation et de l’extrémisme violent », a constaté le haut fonctionnaire.

Parmi les entités des Nations Unies qui ont pris des mesures pour appuyer ces efforts nationaux, il a cité l’Équipe spéciale de lutte contre le terrorisme et la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme, qui examinent actuellement « un plan de mise en œuvre du renforcement des capacités », établi par le Conseil de sécurité, pour atténuer le flot des combattants terroristes étrangers.  Les 37 propositions contenues dans ce projet de texte traitent de l’ensemble du « cycle de vie » du phénomène de ces combattants: radicalisation, voyages, financement, retour, réadaptation et réinsertion.

Le délégué de l’Uruguay s’est déclaré favorable à l’idée d’aider les pays qui n’ont pas les moyens de faire face à la menace terroriste, « notamment ceux qui sont les plus durement touchés ».  Il a attiré l’attention des membres du Conseil sur le fait que Daech recourt à la traite et à la violence sexuelle « comme arme de terreur et source de revenus », rappelant néanmoins l’importance qu’il y a à lutter contre le terrorisme dans le strict respect du droit international.

Au niveau mondial, des progrès ont aussi été accomplis, comme par exemple dans le cadre de l’Initiative sur la sécurité des frontières, du développement du programme de sécurité et de gestion des frontières et du système de renseignements préalables concernant les voyageurs.  Et aux niveaux régional et national, a poursuivi M. Feltman, la « Promotion de l’application intégrée de la Stratégie antiterroriste mondiale de l’Organisation des Nations Unies (I-ACT) » vise à élaborer un programme cohérent et coordonné de renforcement des capacités pour lutter contre le terrorisme et prévenir l’extrémisme violent.  Le Secrétaire général adjoint s’est félicité de pouvoir annoncer qu’au Mali, par exemple, des avancées considérables avaient été accomplies dans la mise en œuvre de l’I-ACT.

En dépit de l’existence de 19 conventions et protocoles universels contre le terrorisme et d’instruments régionaux pertinents, des résolutions pertinentes de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, la communauté internationale doit en faire davantage alors que Daech reconfigure sa zone d’influence, a encouragé M. Feltman, en exhortant les États Membres à redoubler d’efforts pour résoudre les conflits, en particulier ceux qui sont responsables de « l’aggravation spectaculaire du terrorisme mondial ».

S’agissant du règlement des conflits, le représentant de la Bolivie a attribué à l’« interventionnisme militaire » et aux tentatives de « provoquer des changements de régime » les guerres qui alimentent le terrorisme, se disant préoccupé par l’expansion de Daech dans les pays du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne et du retour en Europe de combattants étrangers.  Il a vivement plaidé pour un changement d’approche, « sous peine de voir l’Histoire se répéter ».

« En définitive, c’est la propagation et la consolidation de la paix, de la sécurité, du développement et des droits de l’homme qui priveront le terrorisme de l’oxygène dont il a besoin pour survivre », a tranché le Secrétaire général adjoint.

* S/2017/97

 

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