Imprimer
CS/12704
2 février 2017
7876e séance – après-midi

Au Conseil de sécurité, Fédération de Russie et Ukraine se renvoient la responsabilité du regain de violences dans le Donbass

Saisi de la situation dans l’est de l’Ukraine, le Conseil de sécurité a été informé, cet après-midi, de la « dangereuse intensification » du conflit dans le Donbass depuis le 7 janvier, date à laquelle ont repris les hostilités entre forces gouvernementales et séparatistes.  Il s’agissait de la première séance plénière du Conseil de sécurité sur la question depuis le 28 avril 2016, alors que l’Ukraine, précisément, préside les travaux du Conseil ce mois-ci.

Venu présenter les derniers développements sur le terrain, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Jeffrey Feltman, a expliqué que la journée d’hier avait été émaillée de plus de 10 000 explosions dans la région de Donetsk, un chiffre sans précédent, s’est alarmé de son côté le Chef de la mission spéciale d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) déployée en Ukraine, M. Ertuğrul Apakan, qui s’exprimait par visioconférence depuis Kiev.

« Bien que les affrontements les plus graves aient eu lieu dans les régions d’Avdiivka, de Yasynuvata et autour de l’aéroport de Donetsk, les combats se sont également répandus dans les régions de Svitlodarsk et de Debaltseve, à la fois dans des zones contrôlées et non contrôlées par le Gouvernement », a affirmé M. Feltman, préoccupé par la montée des affrontements le long de la ligne des contacts, où des centaines de milliers de civils risquent de perdre en plein hiver tout accès à l’eau, à l’électricité et au chauffage.

« L’utilisation fréquente d’armes lourdes, en violation des Accords de Minsk du 12 février 2015, a également été constatée », a confirmé M. Feltman.  Le conflit en Ukraine, a-t-il rappelé, entre dans sa quatrième année, avec un bilan de 10 000 morts, dont plus de 2 000 civils, et plus de 23 000 blessés. 

S’il s’est félicité de la déclaration adoptée par le Groupe de contact trilatéral, hier à Minsk, en présence de représentants de certaines zones de Donetsk et de Louhansk, le haut fonctionnaire a prévenu que « le « véritable défi » sera la mise en œuvre des mesures prévues par cette déclaration pour prévenir une « spirale incontrôlable » de la violence.  Face à la « relative stagnation » du processus diplomatique, la communauté internationale doit rester engagée, a enjoint le Secrétaire général adjoint.

L’Ukraine et la Fédération de Russie se sont renvoyés la responsabilité de ces violences, la première, par la voix de M. Volodymyr Yelchenko, accusant « les terroristes » appuyés par Moscou de détruire les infrastructures pour créer une catastrophe humanitaire et de multiplier les violations des Accords de Minsk.  Le 29 janvier « les positions ukrainiennes ont été pilonnées plus de 400 fois » à l’arme lourde, a-t-il assuré, faisant observer que ce type d’armes est pourtant proscrit par lesdits Accords.

Le représentant russe a rétorqué que des tirs intensifs avaient été observés « du nord-est vers le sud-ouest », donc depuis des positions militaires ukrainiennes.  Il a fustigé au passage la « rhétorique militaire » qu’il a prêtée au Ministre ukrainien de la défense, accusant les autorités de l’Ukraine de chercher une solution militaire tout en se présentant comme des « victimes » auprès des bailleurs de fonds.

Brandissant la résolution 2202 (2015), le délégué russe a fait lecture de deux dispositions « très simples » des Accords de Minsk.  Il a jugé préférable de s’employer à leur mise en œuvre au lieu de brandir des photos, comme l’a fait le représentant de l’Ukraine, pour sensibiliser les membres du Conseil au sort des civils ukrainiens. 

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, M. Stephen O’Brien, a en effet indiqué que la récente escalade de la violence exacerbe les besoins d’environ 3,8 millions de civils « qui continuent de porter le fardeau de ce conflit prolongé ».  Selon lui, on compte environ 700 000 personnes vulnérables de plus par rapport au nombre identifié dans le Plan de réponse humanitaire de 2016.

Regrettant les obstacles bureaucratiques imposés par « les autorités de facto à Donetsk et Louhansk », il s’est également plaint de ceux imposés par le Gouvernement ukrainien, s’agissant notamment de l’interdiction frappant le commerce et l’importation de vivres et de médicaments de l’autre côté de la ligne des contacts.  Le Chef de la mission de l’OSCE a déploré le « mépris énorme » à l’égard des Accords de Minsk et réclamé un accès sans entraves.

Si la France, la Suède et le Royaume-Uni ont réitéré leur position selon laquelle la levée des sanctions européennes à l’encontre de la Fédération de Russie est conditionnée au respect des Accords de Minsk, les représentants français et russe ont tous deux estimé que les efforts devaient se poursuivre dans le cadre du format « Normandie », le seul à réunir autour d’une même table aux côtés de l’Allemagne et de la France, les deux protagonistes.  « Une responsabilité particulière incombe désormais à ce format », a tranché le représentant russe.  Son homologue des États-Unis a jugé regrettable d’avoir, à l’occasion de sa toute première apparition devant le Conseil de sécurité, à « condamner » la Russie et les séparatistes qu’elle appuie.  Elle a exigé le désengagement des forces et le retrait des armes lourdes de part et d’autre de la ligne des contacts et la fin de l’occupation de la Crimée.

En début de séance, le représentant de l’Ukraine a émis l’espoir qu’une déclaration présidentielle sur la situation dans l’est de son pays serait adoptée prochainement.

LETTRE DATÉE DU 28 FÉVRIER 2014, ADRESSÉE À LA PRÉSIDENTE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE L’UKRAINE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2014/136)

Déclarations

M. JEFFREY FELTMAN, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, a rappelé que le conflit en Ukraine allait entrer dans sa quatrième année et que près de 10 000 personnes, parmi lesquelles plus de 2 000 civils, ont été tuées et plus de 23 000, blessées.  Il a souligné la « dangereuse intensification » du conflit depuis le 7 janvier, avec, le 1er février, plus de 10 000 explosions recensées dans la région de Donetsk en 24 heures.  Bien que les affrontements les plus graves aient eu lieu dans les régions d’Avdiivka, de Yasynuvata et autour de l’aéroport de Donetsk, les combats se sont également répandus dans les régions de Svitlodarsk et de Debaltseve, à la fois dans des zones contrôlées et non contrôlées par le Gouvernement, a affirmé M. Feltman.  Il a mentionné la grave escalade des hostilités le long de la ligne des contacts et alerté du risque d’une détérioration accrue de la situation.  L’utilisation fréquente d’armes lourdes, contraire aux Accords de Minsk, a également été constatée, a-t-il dit, en indiquant que des centaines de milliers de civils vivant de part et d’autre de la ligne des contacts couraient le risque de perdre tout accès à l’eau, à l’électricité et au chauffage, alors que les températures sont glaciales.

Le Secrétaire général est très préoccupé par l’intensification des combats, qui ont des conséquences graves pour la population civile, a continué M. Feltman.  Il a appelé les parties à cesser les combats, à respecter le cessez-le-feu, à garantir l’accès humanitaire et à renouveler les efforts en vue d’un règlement pacifique du conflit.  Mettant en garde contre une détérioration soudaine de la situation sécuritaire, il a mentionné la déclaration adoptée à l’issue de la réunion du Groupe de contact trilatéral, hier à Minsk, en présence des représentants de certaines zones de Donetsk et de Louhansk.  Cette déclaration énumère les mesures urgentes qui doivent être prises pour empêcher d’autres violations du cessez-le-feu qui pourraient entraîner une spirale incontrôlable de la violence.

« Il s’agit d’un développement positif, mais le véritable défi sera la mise en œuvre de ces mesures », a prévenu M. Feltman.  Il a voulu que l’on sorte de cette série de violations des accords de cessez-le-feu successivement agréés, dont les premières victimes sont les civils.  « Chaque jour qui passe, le conflit s’enracine toujours davantage et devient plus difficile à résoudre ».  M. Feltman a déploré la période de « relative stagnation » du processus diplomatique visant à parvenir à une solution pacifique et à une pleine mise en œuvre des Accords de Minsk.  La communauté internationale doit rester engagée si « nous voulons empêcher que cette crise ne se transforme en catastrophe », a-t-il dit.

Il a appelé les parties à lever les restrictions aux mouvements des observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et à cesser leurs menaces contre ces derniers.  Le train de mesures pour la mise en œuvre des Accords de Minsk, adoptés il y a près de deux ans et entériné par le Conseil de sécurité, demeure la base de l’engagement de la communauté internationale pour une paix durable en Ukraine, a-t-il rappelé.  « Je vous exhorte à continuer ces efforts avec une énergie renouvelée. »  Enfin, M. Feltman a indiqué que l’ONU reste en faveur d’un règlement pacifique du conflit, d’une manière qui respecte pleinement la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de l’Ukraine.

M. ERTUĞRUL APAKAN, Chef de la mission spéciale d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) déployée en Ukraine, a fait état d’un regain significatif de la violence au cours des derniers jours au Donbass, des violations du cessez-le-feu ayant été constatées dans cinq localités différentes au moins.  Aujourd’hui, a-t-il dit, les combats en sont à leur cinquième journée, les niveaux de tension enregistrés n’ont cessé de croître et des milliers d’explosions ont été constatées à Donetsk, avec un pic de « plus de 100 000 » le 1er février, le nombre le plus important enregistré jusqu’à présent par la mission de l’OSCE, qui a également noté l’utilisation de « systèmes de lance-roquettes multiples » et de « recours à des chars ».

Les dégâts sont considérables, a déclaré M. Apakan, en expliquant que les équipes venues réparer les dégâts ont du mal à intervenir, en raison des problèmes sécuritaires.  « Tout ceci atteste d’un mépris énorme à l’égard des Accords de Minsk, les parties campant sur leurs positions au lieu de se désengager comme elles le doivent », a regretté le Chef de la mission.  En dépit de l’instabilité, nous avons réussi à accéder à des sites endommagés.  Le respect de certains cessez-le-feu locaux démontrent que les parties peuvent cesser les violences si elles font preuve de bonne volonté.

Le haut fonctionnaire s’est ensuite félicité de la Déclaration conjointe du  Groupe de contact trilatéral qui demande le respect des Accords de Minsk, un accès sans entraves de la mission de l’OSCE aux zones touchées et la facilitation des efforts visant à rétablir eau, chauffage et électricité pour les populations civiles.  M. Apakan a exigé le retrait des armes lourdes, expliquant que la vérification du retrait de ces armes est une mesure importante « que nous nous efforçons de mettre en place ».  Pour cela, il est toutefois impératif que la mission bénéficie d’un accès aux zones touchées, a-t-il souligné.

M. STEPHEN O’BRIEN, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a constaté que la crise humanitaire prolongée dans l’est de l’Ukraine s’était récemment détériorée, avec une escalade le long de la « ligne des contacts » à Donetsk, qui a coûté la vie à quatre civils et causé d’importants dégâts à des infrastructures vitales qui, combinées à des températures hivernales, expliquent la détérioration de la crise humanitaire.  Dans ce contexte, abris, chauffage et accès à l’eau sont essentiels à la survie des populations, a poursuivi le haut fonctionnaire, qui a fait état de la situation dans la localité d’Avdiivka, des systèmes de fourniture d’eau et d’alimentation en électricité.  Si des réparations ne sont pas faites de toute urgence, des déplacements de grande ampleur pourraient être observés, a prévenu M. O’Brien.

Par ailleurs, environ un million de personnes vivant dans des quartiers de la ville de Donetsk qui ne sont pas sous le contrôle du Gouvernement sont privées d’eau et de chauffage depuis 24 heures après les tirs d’artillerie.  À Marioupol, environ 500 000 habitants dépendent désormais d’un réservoir de secours après que celui qui alimente la ville en eau a subi une fuite gigantesque, s’est alarmé le Secrétaire général adjoint.  Il a salué à son tour le Groupe de contact trilatéral pour la déclaration hier à Minsk, dans laquelle il a appelé au respect du cessez-le-feu et à la facilitation des efforts humanitaires.  Si les hostilités se poursuivent, a relevé le Coordonnateur des secours d’urgence, « nous pourrions être confrontés à une crise environnementale désastreuse ».  Selon lui, les dégâts infligés à l’usine de phénol près du village de Novgorodske signifient que les fuites de produits chimiques toxiques, y compris de l’acide sulfurique et du formaldéhyde, atteignent des seuils désormais critiques.

Cette dernière escalade de la violence exacerbe les besoins d’environ 3,8 millions de civils qui continuent de porter le fardeau de ce conflit prolongé.  Il y a environ 700 000 personnes vulnérables de plus, par rapport au nombre du Plan de réponse humanitaire.  Plus de 60% des personnes en détresse, soit environ 2,3 millions, se trouvent dans des zones qui échappent au contrôle du Gouvernement, et plus de 70% sont des femmes, des enfants et des personnes âgées.  Si les efforts humanitaires se poursuivent, depuis juillet 2015, les autorités de facto à Donetsk et Louhansk imposent des obstacles bureaucratiques qui restreignent considérablement l’accès aux populations civiles, en violation des Accords de Minsk.  Aussi M. O’Brien a-t-il lancé un appel aux parties pour qu’elles garantissent un accès sans entraves aux Nations Unies et à leurs partenaires humanitaires.  Selon lui également, les obstacles bureaucratiques imposés par le Gouvernement, s’agissant notamment de l’interdiction du commerce et de l’importation de vivres et de médicaments de l’autre côté de la ligne des contacts, sont un facteur aggravant de la crise. 

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) a dit l’attachement de son pays à la mise en œuvre des Accords de Minsk et estimé qu’il n’y avait pas de solution militaire au Donbass.  Les forces ukrainiennes ont reçu l’ordre strict de respecter le cessez-le-feu et de n’ouvrir le feu qu’en cas d’attaque des militants appuyés par la Fédération de Russie, a-t-il dit.  Cette dernière viole les Accords de Minsk, continue ses attaques et occupe plusieurs villes ukrainiennes.  Le représentant est revenu sur les attaques à l’arme lourde conduites par les forces russes et leurs alliés, le 29 janvier, à Avdiivka, alors que les armes lourdes sont interdites par les Accords de Minsk. « Les positions ukrainiennes ont été pilonnées plus de 400 fois », a-t-il affirmé, ajoutant que 2 000 enfants se retrouvaient sans chauffage.

Il a accusé « les terroristes » appuyés par la Fédération de Russie de détruire les infrastructures et de créer une catastrophe humanitaire, indiquant qu’il ne s’agit pas là d’une tactique nouvelle.  Les actions de la Fédération de Russie peuvent constituer des crimes de guerre et l’Ukraine apportera des nouvelles preuves, y compris devant la Cour internationale de Justice, a-t-il promis.   Le représentant a insisté sur les efforts de son pays pour assurer un minimum de chauffage à Avdiivka, avant de brandir la photographie d’un immeuble pilonné par les terroristes.  Les auteurs devront rendre des comptes, a-t-il martelé, dénonçant l’intention du Kremlin de créer une catastrophe à Avdiivka comme à Alep et appelant la Fédération de Russie à respecter le cessez-le-feu.

Dans le Donbass, la Fédération de Russie et ses alliés continuent de saper le processus politique par une utilisation aveugle de la force, a poursuivi le représentant, prévenant qu’il ne faut se faire aucune illusion sur le rôle de la Fédération de Russie dans la mise en œuvre des Accords.  Chaque progrès est détruit par les assauts des terroristes soutenus par les Russes, a-t-il dit.  Il a déploré que le Groupe de contact trilatéral se soit réuni trois jours après la reprise des hostilités et jugé que le Mécanisme de surveillance du cessez-le-feu était rendu inefficace par l’obstruction russe.  « Oui, l’armée ukrainienne a montré sa force en repoussant l’offensive russe. »  Montrant la photo d’un jeune soldat ukrainien tué, il a avoué que la perte de « chaque fils, chaque fille » ukrainien était une cicatrice sur l’âme de l’Ukraine.  « Regardez-le dans les yeux, Monsieur l’Ambassadeur.  Ce sont vos armes et vos compatriotes qui l’ont tué », a-t-il tonné, en s’adressant, en anglais puis en russe, au délégué russe.

Écartant toute solution militaire au conflit, le représentant a plaidé pour le renforcement de la présence internationale sur le terrain pour garantir les Accords de Minsk.  « Pour arrêter l’agression de la Fédération de Russie contre mon pays et pour éviter davantage de souffrances des civils, le remède est simple: la communauté internationale doit accentuer sa pression sur l’agresseur et obtenir qu’il quitte l’Ukraine. »

M. VITALY I. CHURKIN (Fédération de Russie) a accusé l’Ukraine d’instrumentaliser les hostilités qu’elle aurait elle-même provoquées pour obtenir la fin des Accords de Minsk.  Il a accusé le Ministre ukrainien de la défense d’avoir pris le 3 janvier dernier des mesures en ce sens et d’avoir confirmé le contrôle de positions dans la « zone grise », considérant que cela ne constitue pas une violation des Accords.  Pas plus tard qu’hier, a lancé le représentant russe, ce ministre s’est enorgueilli devant la presse que « nos hommes vont de l’avant ».

Cette « rhétorique militaire » n’a pas été sans conséquences, a prévenu le représentant qui a affirmé que des tirs intensifs ont été enregistrés par le « Mécanisme » « du nord-est vers le sud-ouest », donc depuis des positions militaires ukrainiennes.  En outre, a-t-il poursuivi, du matériel militaire ukrainien a été identifié dans des zones où l’Ukraine n’est pas supposée se trouver.  C’est donc ainsi qu’a débuté une nouvelle « spirale de tensions », a conclu M. Churkin, en faisant état de « 2 300 tirs d’obus en moins de 24 heures ».  En dépit des efforts visant à normaliser la situation dans le Donbass, les autorités ukrainiennes continuent d’essayer de trouver une solution militaire au conflit, a-t-il accusé.  Il a fustigé les dirigeants ukrainiens qui demandent de l’argent à l’Union européenne et aux États-Unis, en se présentant « comme des victimes ».

Accusant l’Ukraine d’avoir utilisé des armes lourdes contre des hôpitaux, le représentant a demandé à la communauté internationale de faire preuve de fermeté.  Il a rappelé qu’au début de la semaine, le Conseil de sécurité s’était prononcé en faveur d’une cessation des hostilités et du respect des Accords de Minsk.  Dans cette perspective, le Groupe de Minsk de l’OSCE a fait lui-même une déclaration en ce sens.  Une responsabilité particulière repose désormais sur le « format Normandie », qui comprend l’Allemagne, la Fédération de Russie, la France et l’Ukraine, a jugé M. Churkin.  À l’ouverture de la séance, a-t-il rappelé, le représentant de l’Ukraine a dit espérer l’adoption d’une déclaration présidentielle.  Il a trouvé cette attitude « odieuse » de la part d’un pays qui a choisi manifestement « l’option de la guerre ».

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a condamné fermement la reprise des combats dans l’est de l’Ukraine, notamment à Avdiivka.  Il s’agit du plus grave regain de violences et du plus fort rythme de violations du cessez-le-feu constatés ces derniers mois, a-t-il dit.  Le délégué a appelé l’ensemble des parties à la retenue et apporté son soutien à l’appel du Groupe de contact trilatéral au rétablissement immédiat du cessez-le-feu selon les modalités définies par les Accords de Minsk.  Le travail de la mission spéciale d’observation de l’OSCE en soutien au maintien du cessez-le-feu et à la désescalade est essentiel, a-t-il dit, en appelant les parties à garantir la sécurité des observateurs de l’OSCE à Avdiivka.

M. Delattre a également exhorté ces dernières à agir le plus rapidement possible pour améliorer les conditions de vie des populations sur place.  Il a estimé que la mise en œuvre des Accords de Minsk demeurait la seule voie possible pour le règlement pacifique du conflit.  Les efforts de la France et de l’Allemagne dans le cadre du format « Normandie », le seul à réunir les deux pays autour d’une même table au niveau politique, sont utiles et se poursuivront, a-t-il promis.  Il a rappelé que ces efforts avaient notamment permis de limiter l’intensité des combats et le nombre des pertes en vies humaines.  « En dépit de la poursuite des combats, le nombre de victimes civiles reste six fois moins élevé depuis la signature du train de mesures de Minsk, selon les estimations de l’ONU ».

M. Delattre a précisé que les efforts se concentraient sur l’élaboration d’une feuille de route commune devant permettre « des avancées concomitantes sur les volets sécuritaire et politique des Accords de Minsk ».  « Pour autant, notre position reste claire: les sanctions européennes à l’encontre de la Fédération de Russie sont liées à la mise en œuvre des Accords de Minsk », a-t-il dit, en appelant chacune des parties à prendre ses responsabilités.  En conclusion, le délégué de la France a déclaré que le but des efforts de médiation était le rétablissement du contrôle de l’Ukraine sur l’ensemble de ses frontières internationalement reconnues, « ce qui passe également par le rétablissement de son autorité sur la Crimée ».

M. MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni) a insisté sur la gravité du regain de tension en Ukraine.  C’est ce qui arrive, a-t-il constaté, quand la Fédération de Russie s’en prend à l’intégrité de l’Ukraine.  C’est ce qui arrive quand l’armée russe se tient aux côtés des séparatistes, qu’elle a, au demeurant, armés, a-t-il ajouté, devant « une réalité que le Conseil ne saurait accepter ».  Il a appelé les parties à respecter le cessez-le-feu et à garantir l’accès humanitaire.  Pour que la trêve devienne un cessez-le-feu durable, les parties doivent renoncer aux armes lourdes, dont l’usage viole les Accords de Minsk, a-t-il rappelé.  Il a appuyé les efforts de la France et de l’Allemagne dans le cadre du format « Normandie » pour la mise en œuvre des Accords de Minsk.  Nous entendons souvent que la situation en Ukraine serait le fruit des actions de l’Ukraine, or, ce n’est pas vrai, a-t-il martelé, en dénonçant « cette inversion des responsabilités ».  Il a accusé la Fédération de Russie d’être à l’origine du conflit et l’a appelée à cesser d’appuyer les éléments séparatistes et à retirer ses forces de la Crimée, dont l’annexion illégale ne sera jamais reconnue.  Dans ce contexte, les sanctions contre la Fédération de Russie ne peuvent être levées, a tranché le délégué.

Mme NIKKI HALEY (États-Unis) a jugé « regrettable » d’avoir, à l’occasion de sa toute première apparition devant le Conseil de sécurité, à « condamner » la Fédération de Russie s’agissant de la situation dans l’est de l’Ukraine.  Elle a souhaité que la relation s’améliore à l’avenir, soulignant que l’escalade de la violence doit cesser.  Fustigeant l’action de « la Russie et des séparatistes qu’elle appuie », la représentante a demandé la fin de l’occupation de la Crimée.  Les principes premiers des Nations Unies veulent que les États coexistent en paix et en sécurité, a rappelé Mme Haley qui a en outre observé que les Accords de Minsk exigent le désengagement des forces et le retrait des armes lourdes de part et d’autre de la ligne des contacts.  Elle s’est dite convaincue du rôle que la présidence de l’OSCE peut jouer, avant de formuler l’espoir que les pays qui ont de l’influence sur les parties au conflit, notamment la Fédération de Russie, l’exerceraient. 

M. LIU JIEYI (Chine) s’est dit très préoccupé par le regain des hostilités en Ukraine et a plaidé pour une solution à long terme permettant d’instaurer une paix durable et de répondre aux préoccupations raisonnables de toutes les parties.  Il les a appelées à appliquer pleinement la résolution 2202 (2015) du Conseil de sécurité sur la mise en œuvre des Accords de Minsk et la cohabitation pacifique entre les pays de la région.  Les discussions du Conseil doivent alléger les tensions sur le terrain et ouvrir la voie à une solution, a conclu le délégué de la Chine.

M. PER THÖRESSON (Suède) a insisté sur la gravité de la situation en Ukraine et plaidé pour un accès humanitaire sans entraves, y compris dans les zones échappant au contrôle du Gouvernement.  Il a résolument appuyé les efforts de l’OSCE et demandé que ses observateurs puissent circuler librement.  Petit pays attaché à un système international fondé sur les règles du droit international, la Suède estime que toute violation est une menace à la sécurité, a-t-il affirmé.  Il a appelé au plein respect de la souveraineté de l’Ukraine.  « Ne perdons pas de vue qui est l’agresseur et qui est la victime », a-t-il souligné, mettant aussi l’accent sur la responsabilité de la Russie qui pourrait mettre fin à la violence si elle le souhaitait.  Revenant sur l’illégalité de l’annexion de la Crimée, le délégué s’est prononcé pour le maintien des sanctions contre la Fédération de Russie et pour les efforts de médiation de la France et de l’Allemagne.

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) a exhorté les parties au conflit à se mettre d’accord pour empêcher que la situation humanitaire dans l’est de l’Ukraine ne se détériore davantage.  Pour sa délégation, la priorité est au désengagement des forces et au retrait des armes lourdes le long de la ligne des contacts.  Gravement préoccupée par la crise humanitaire, exacerbée par des températures glaciales, la délégation italienne a appelé toutes les parties à ménager un accès aux équipes censées effectuer des réparations cruciales.  Jugeant les violations « flagrantes » du cessez-le-feu inacceptables, M. Lambertini a estimé que le respect des Accords de Minsk est le seul moyen de rétablir la stabilité.  Il a souhaité la reprise des négociations entre les parties sous l’égide du Groupe de contact trilatéral pour l’Ukraine.

M. KORO BESSHO (Japon) a demandé « un retour immédiat » au régime de cessez-le-feu en Ukraine, tel que demandé par le Conseil dans sa déclaration à la presse en date du 31 janvier.  Il a pris note de l’appel du Groupe de contact trilatéral lancé hier en vue d’un cessez-le-feu immédiat, d’un retrait des armes lourdes de la ligne des contacts et d’un accès humanitaire sans entraves.  La mise en œuvre de ces mesures est cruciale pour alléger les souffrances de la population et prévenir une aggravation de la situation, a-t-il dit.  Le délégué du Japon a estimé que la situation en Ukraine ne pouvait être réglée que dans le plein respect du droit international, s’agissant en particulier du respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de l’Ukraine.  La pleine mise en œuvre des Accords de Minsk est la seule manière d’aller de l’avant, a conclu M. Bessho.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a fait siennes les préoccupations des autres membres du Conseil au sujet de la crise humanitaire dans l’est de l’Ukraine.  Il s’est dit convaincu que seul le respect par les parties de la résolution 2202 (2015), qui contient les Accords de Minsk, serait en mesure de ramener la stabilité dans la région.  Il a appuyé le Groupe de contact trilatéral pour l’Ukraine et s’est félicité de la réunion qu’il vient d’organiser à Minsk.  Lançant un appel au retrait des armes lourdes, il a dit que son pays est prêt à appuyer les efforts internationaux de médiation pour trouver une solution rapide à la crise.  Il a également demandé des mesures de confiance économique et, à toutes les parties, de garantir le rétablissement immédiat du cessez-le-feu.

M. FODÉ SECK (Sénégal) a dressé un « tableau alarmant » de la situation en Ukraine, dont les premières victimes sont les civils, lesquels doivent désormais, avec l’hiver, endurer des températures glaciales.  Il a demandé le respect du cessez-le-feu et le retrait des armes lourdes du pays.  Il a appuyé l’appel lancé par le Groupe de contact trilatéral et souhaité une intensification des efforts diplomatiques.  Il a souligné l’importance de la médiation conduite par la France et l’Allemagne dans le cadre du format « Normandie » en vue de mettre en œuvre les Accords de Minsk, et ce, pour le bien de la population civile.

M. MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) a déclaré que la situation humanitaire était préoccupante.  Il ne fait aucun doute, a-t-il dit, que le règlement de la situation dans l’est de l’Ukraine ne pourra se faire que par le respect des dispositions des Accords de Minsk.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a dénoncé l’utilisation d’armes lourdes en Ukraine et appelé au respect du cessez-le-feu.  Les Accords de Minsk sont essentiels pour un règlement pacifique de la crise, a-t-il dit, avant d’appeler les parties à protéger les civils et à garantir l’accès humanitaire.  Les efforts du Conseil devraient pouvoir empêcher une escalade du conflit, a-t-il espéré, ajoutant que le règlement de ce conflit serait bénéfique pour la région et le monde.  Le délégué de la Bolivie a appelé les deux parties à éviter les échanges rhétoriques au vitriol, lesquels ne contribuent pas au règlement de la situation en Ukraine.

M. LUIS BERMÚDEZ (Uruguay) s’est dit très préoccupé par les violations du cessez-le-feu et a appelé au dialogue pour assurer la mise en œuvre des Accords de Minsk, lesquels dessinent la seule voie à suivre pour parvenir à une solution pacifique.  Les parties doivent protéger les droits de tous les habitants, en particulier à Donetsk et Louhansk, et respecter le droit international humanitaire, s’agissant en particulier des personnes déplacées, a-t-il affirmé.  Le délégué a souligné la nécessité d’un accès sans entraves des observateurs de l’OSCE et invité le Conseil à renouer avec l’esprit qui avait permis l’adoption de la résolution 2202 (2015).  En conclusion, M. Bermúdez a appelé les parties à s’acquitter de leurs obligations, en vertu de la ladite résolution.

M. IHAB MOUSTAFA AWAD MOUSTAFA (Égypte) a appelé les parties à œuvrer pour un arrêt immédiat des hostilités et à éviter les provocations.  Il a réclamé un accès humanitaire dans toutes les régions touchées.  Les Accords de Minsk campent le cadre de tout règlement du conflit, a-t-il affirmé, en saluant les efforts de médiation de l’Allemagne et de la France.  Les deux parties ont confiance en ces efforts, a-t-il relevé, avant de demander la pleine mise en œuvre de la résolution 2202 (2015) et le retrait des armes lourdes du pays.  Il faut éviter une escalade militaire, a conclu le délégué égyptien, en appelant à une solution politique en Ukraine.

En tant que « doyen » du Conseil de sécurité, M. CHURKIN (Fédération de Russie) a déclaré que le succès des travaux de cet organe dépendrait pour beaucoup des États-Unis.  S’agissant de la Crimée, il a tenu à rappeler que le peuple de Crimée s’était prononcé à 93% pour le rattachement à la Fédération de Russie.  Tout a commencé avec un « coup d’État extérieur », a-t-il estimé.  Se tournant vers son homologue britannique, il a demandé de « rendre les Malouines, Gibraltar et la partie de Chypre que vous avez annexée ».  Brandissant la résolution 2202 (2015) sur les Accords de Minsk, dont les dispositions sont « très simples », il a attiré l’attention sur le paragraphe 9 qui demande le rétablissement du contrôle total de la frontière d’État par le Gouvernement ukrainien dans l’ensemble de la zone du conflit, rétablissement qui devra commencer le premier jour suivant les élections locales et s’achever après un règlement politique global d’ici à la fin de 2015, sous réserve de la mise en œuvre du paragraphe 11.  Ce paragraphe, a-t-il ensuite noté, prévoit la mise en œuvre d’une réforme constitutionnelle en Ukraine et l’entrée en vigueur d’ici à la fin de 2015 d’une nouvelle constitution et l’adoption, avant la fin de 2015, d’une législation permanente relative au statut spécial de certaines zones des régions de Donetsk et de Louhansk.

Il est facile de brandir des photos pour émouvoir l’assistance, a dit M. Churkin, rappelant que des civils sont morts des deux côtés.  Selon lui, la priorité est à l’application des dispositions des Accords qu’il a lues, affirmant qu’il existe une alternative politique convenue au plus haut niveau il y a deux ans pour résoudre la crise.  « J’espère que ce débat sincère permettra à ceux qui veulent vraiment régler le conflit de prendre les mesures qui s’imposent », a-t-il ajouté.

En réponse à la déclaration russe, le représentant de l’Ukraine a dénoncé le « cocktail de démagogie » et les interprétations « frivoles et ridicules » des rapports de l’OSCE.  Ce sont les soldats russes et les mercenaires qu’ils appuient qui tuent des Ukrainiens, a-t-il martelé.  Il a informé les membres du Conseil que deux civils ont été tués lors des attaques qui ont repris, il y a à peine une heure, à Avdiivka.  Le pilonnage se poursuit en ce moment-même, a-t-il déploré.  Il a affirmé que la stratégie de la Fédération de Russie n’était pas sans rappeler celle de 2008 vis-à-vis de la Géorgie.  La Fédération de Russie vit une réalité parallèle servie par sa propagande, véhiculée en particulier par la chaine de télévision « Russia Today ».  Cette réalité est encore plus déformée lorsque le délégué russe prend la parole, a-t-il conclu.

 

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.