Comité des opérations de maintien de la paix: « protection des civils », impératif humanitaire ou outil d’ingérence?

AG/PK/229
22 février 2017
251e & 252e séances – matin & après-midi

Comité des opérations de maintien de la paix: « protection des civils », impératif humanitaire ou outil d’ingérence?

Le Comité des opérations de maintien de la paix a achevé aujourd’hui son débat général, entamé hier, avec les interrogations de quelques États sur les mandats dotés d’une composante « protection des civils »: impératif humanitaire ou outil d’ingérence?  Les délégations africaines ont aussi défendu leurs avantages comparatifs en matière de maintien de la paix sur leur continent. 

Avec le consentement des pays hôtes, la nécessité d’opérer dans des environnements asymétriques et la transition, la protection des civils fait partie des « grands problèmes » communs à toutes les 16 opérations de maintien de la paix déployées à ce jour, indique le Secrétaire général dans son rapport annuel au Comité spécial.  La violence à grande échelle à laquelle ont eu affaire plusieurs missions et les échecs notables essuyés en matière de prévention de la violence contre les civils en 2016 ont mis en exergue les difficultés présentées par l’exécution concrète des mandats de protection des civils.

Trois problèmes structurels et politiques méritent qu’on s’y arrête a dit le Secrétaire général.  Il cite l’intégration des questions de protection dans la recherche de solutions politiques à un conflit; le choix entre les stratégies, dialogue, diplomatie et autres outils à la disposition du Conseil de sécurité; et la réticence des pays fournisseurs de contingents ou de personnels de police de recourir à la force.

La protection des civils n’a pas forcément besoin de stratégies coercitives, a en effet argué aujourd’hui le Brésil.  Une bonne stratégie doit intégrer des éléments de prévention et des initiatives non militaires telles que les mesures d’alerte précoce, la gestion des crises, la médiation, la reconstruction des infrastructures, la promotion des activités économiques et l’établissement de programmes soucieux de l’égalité entre les sexes. 

Cette protection doit être un effort concerté qui exige un appui politique renforcé de la part du Conseil de sécurité, des principales parties à un conflit et du gouvernement hôte, a estimé le Bangladesh.  Sur le terrain, elle nécessite une synergie renforcée entre les composantes militaire, police et civile, a reconnu le Sénégal, car, selon le Nigéria, le défi fondamental tient au fait que le personnel de maintien de la paix doit bien souvent contenir des flux imprévisibles de déplacés sans les budgets nécessaires.  En conséquence, il faut des mesures spécifiques pour assurer une mise en œuvre holistique de la résolution 1265 (1999) du Conseil de sécurité. 

Prudence, a préconisé l’Érythrée: le but n’est pas d’affaiblir les autorités nationales qui ont la responsabilité première de protéger leurs citoyens.  En conséquence, tout effort doit viser à renforcer les capacités nationales, a-t-elle dit avec le soutien de l’Iran.  Attention, a semblé renchérir la Syrie: le concept de protection de civils ne saurait servir de prétexte à une ingérence dans les affaires intérieures des pays.  Il faut une approche au cas par cas, a ajouté la Fédération de Russie, craignant elle aussi une ingérence extérieure qui aggraverait la vulnérabilité des populations. 

Dotées d’un budget de 8,3 milliards de dollars pour 2016-2017, les opérations de maintien de la paix travaillent cette année avec 84 000 militaires, éléments de police et du personnel civil déployées par les pays africains, a affirmé Djibouti.  Invoquant la situation au Sahel et en Somalie, où l’Afrique a lancé des missions approuvées par le Conseil de sécurité, l’Observateur de l’Union africaine a argué que l’intensité, le niveau et la doctrine sous-tendant ces missions ne sont généralement pas compatibles avec les principes de l’ONU.  Il a donc plaidé pour que l’on reconnaisse à l’Union africaine le rôle de « premier intervenant » sur le continent. 

Il faut en effet une nouvelle approche, a plaidé à son tour l’Ouganda, vantant « la formule gagnante » du « modèle somalien » où les pays africains se tiennent prêts à agir avec le soutien logistique et financier de l’ONU.  L’Observateur de l’Union africaine s’est d’ailleurs félicité de la résolution 2320 (2016) dans laquelle le Conseil de sécurité exprime sa disponibilité à examiner la proposition de partager les coûts des opérations de l’Union africaine, à hauteur de 25% d’ici à 2020.  Ici encore, l’Érythrée a appelé à la prudence: car bien souvent, quand ils déploient leurs troupes, les pays voisins ne suivent que leurs propres calculs, surtout en Afrique. 

À partir de demain, jeudi 23 février, le Comité spécial poursuivra ses travaux au sein de son groupe de travail plénier pour examiner les progrès dans la mise en œuvre des recommandations que le Groupe indépendant de haut-niveau sur les opérations de maintien de la paix a publiées en 2015 et celles du Secrétaire général qui ont suivi la même année.

Suite du débat général

M. COURTENAY RATTRAY (Jamaïque) a déclaré que pour parvenir à la cohérence, il devait y avoir une claire compréhension des mandats des missions et des moyens avec lesquels elles devraient être exécutées.  Les mandats devraient être configurés ou modifiés en fonction des facteurs clefs, comme l’évaluation de leur efficacité, la collecte et l’analyse de données du terrain, et des évaluations régulières de la réalité politique et de la situation sécuritaire. 

Le représentant a ajouté que les stratégies de retrait devraient évoluer et être alignées aux capacités nationales et possibilités des pays hôtes.  Ces stratégies doivent comprendre des éléments qui assurent le succès à long terme des efforts de consolidation qui exigent de combler le déficit dans les capacités nationales. 

Le représentant a souligné la nécessité d’une définition claire et le fait de prendre en compte les besoins d’Haïti, en particulier la stabilité, la sécurité et la consolidation de sa démocratie, s’agissant de la configuration de la future présence de l’ONU sur le terrain.  Il s’est dit préoccupé par l’augmentation croissante et la complexité des tâches de maintien de la paix et des mandats qui dépassent l’aptitude et la capacité du personnel sur le terrain pour les mettre en œuvre avec succès.

Il a ajouté que le personnel est appelé à défendre les mandats des missions pour lesquelles il doit être formé pendant une phase de pré-déploiement et être équipé convenablement pour être en mesure d’agir avec efficacité et sûreté.  Davantage de collaboration sur la concrétisation de lignes directrices sur l’emploi de la force par les Casques bleus dans toutes les opérations de paix pourrait apporter des résultats positifs dans la mise en œuvre des mandats.  Ce degré de clarté est d’une importance capitale pour les missions dans les environnements où il n’y a pas de paix à maintenir.

Il a aussi souligné l’importance de la pleine participation des pays contributeurs de contingents et de personnels de police dans l’élaboration de politiques pour atteindre un niveau élevé de partenariat et d’efficacité qu’exigent les missions de maintien de la paix.  

M. ESHAGH ALHABIB (République islamique d’Iran) a rappelé que le seul forum intergouvernemental qui a reçu le mandat d’examiner les opérations de maintien de la paix est le Comité spécial.  Tout doit se faire dans le respect des principes de la Charte, a insisté le représentant, en citant le consentement des parties, l’usage de la force qu’en cas de légitime défense, l’impartialité, l’égalité souveraine de tous les États, l’indépendance politique, l’intégrité territoriale et la non-ingérence dans les affaires intérieures des États.  Ces principes s’appliquent aussi, a-t-il rappelé, à l’utilisation des technologies modernes dans les opérations de maintien de la paix.  Toute politique, ligne directrice ou cadre établi par le Secrétariat de l’ONU, doit être soumis au préalable à l’assentiment des États Membres à travers le Comité spécial.  Les implications juridiques de l’utilisation des technologies modernes doivent être définies par le processus intergouvernemental approprié, a tranché le représentant.

S’agissant de la collecte d’informations et du traitement des données visant à améliorer la compréhension de l’environnement dans lequel opèrent les missions, le représentant a mis l’accent sur le principe de confidentialité.  Les informations collectées ne sauraient être utilisées par d’autres entités des Nations Unies et risquer de compromettre la sécurité du pays hôte ou de ses voisins.

Quant à la discipline, le représentant a voulu que les écarts de conduite du personnel des opérations de maintien de la paix ne jettent pas l’opprobre sur leur pays d’origine, surtout si ce dernier coopère pour que justice soit rendue.  La protection des civils, a-t-il poursuivi, est du ressort du pays hôte, les missions de maintien de la paix ne venant qu’en appui aux efforts nationaux.  Il a aussi rappelé que le maintien de la paix et de la sécurité internationales relève de la responsabilité des Nations Unies, même si les organisations régionales peuvent y contribuer.  Il a conclu en appuyant l’idée du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix selon lequel les opérations de maintien de la paix ne doivent en aucun cas s’engager dans la lutte contre le terrorisme. 

En tant que représentant d’un des plus grands contributeurs de troupes et de forces de police, M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a énuméré 10 points et d’abord le fait que le Bangladesh compte apporter des ressources, dont un bataillon d’infanterie, au « Système de préparation des moyens de maintien de la paix » qui, a-t-il dit, s’est révélé un instrument fiable pour la création d’une force rapide, son déploiement et la planification des mouvements.  Le Bangladesh est aussi sur le point de déployer une unité de police constituée à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).  Mon pays, a poursuivi le représentant, tient à souligner que la protection des civils est un effort concerté qui exige un appui politique renforcé de la part du Conseil de sécurité, des principales parties à un conflit et du Gouvernement hôte.  Quant à l’utilisation des nouvelles technologies, le Bangladesh souligne l’importance qu’il y a à consulter avec les États Membres pour développer encore le cadre d’analyse des situations sur le terrain. 

Le représentant a poursuivi sur la question de la représentation des femmes et demandé l’aide des Départements des opérations de maintien de la paix et de l’appui aux missions pour faciliter, par exemple, le déploiement d’officiers-femmes.  Il s’est ensuite attardé sur la sûreté et la sécurité des Casques bleus, s’opposant, ce faisant, à ce qu’ils s’impliquent dans la lutte contre le terrorisme et soulevant la question de leur exposition aux engins explosifs improvisés.  Le représentant a insisté sur la nécessité de consolider la coopération triangulaire entre les pays contributeurs de contingents et de forces de police, le Secrétariat et le Conseil de sécurité, et ce aux niveaux stratégique et opérationnel, surtout pour doter les missions de l’autorité et des ressources nécessaires.  Il a enfin appuyé l’idée d’une résolution de l’Assemblée générale pour réaffirmer l’engagement des États à traiter de l’exploitation et des abus sexuels commis par le personnel de maintien de la paix de manière « décisive et globale ».  Il a conclu en attirant l’attention sur le fait que son pays est en train de créer un centre d’excellence pour la formation des soldats de la paix et en estimant que la notion de « pérennisation de la paix » adoptée par les États est à saluer, tout comme l’accent mis sur la prévention des conflits et les partenariats en matière de paix et de sécurité internationales.

M. MAURO VIEIRA (Brésil) a dit que le Brésil souscrit à la recommandation du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix, notamment en ce qui concerne l’importance de la diplomatie préventive.  Il a souhaité que les recommandations du Groupe indépendant soient traduites en stratégies.  Il a aussi souscrit à la recommandation qui stipule que les opérations de maintien de la paix ne sont pas censées lutter contre le terrorisme.  « Ce n’est pas leur rôle et elles ne sont pas équipées pour ce faire », a expliqué le représentant.  Il a averti que la militarisation des opérations de maintien de la paix pourrait saper le but de l’ONU qui est la promotion de la paix par des solutions pacifiques.  Il est vrai que des solutions innovantes sont nécessaires pour faire face aux défis contemporains des conflits, mais ces solutions ne doivent pas fouler au pied les principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies et la pratique de maintien de la paix.  Les innovations ne doivent pas s’apparenter à l’augmentation de la force militaire ou de la coercition, a-t-il encore argué, en invitant la communauté internationale à se servir des leçons du passé qui démontrent les limites de l’action militaire.

Le délégué a ensuite relevé que le Brésil a participé à plus de 50 missions de maintien de la paix depuis 1948 et que le pays a le plus grand contingent de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH).  Il a proposé une approche intégrée pour les mandats des missions, s’articulant autour de la stabilisation, du dialogue, de la réconciliation et du développement.  Il a aussi plaidé pour des troupes plus performantes sur le terrain, grâce notamment à une bonne formation, précisant que les pays fournisseurs de contingents ont besoin de l’aide de l’ONU pour mener à bien ces formations.  Il a souhaité que ces pays soient également impliqués dans le processus de prise de décisions s’agissant du déploiement des opérations.  En vue d’avoir un meilleur équilibre entre les avis des pays qui conçoivent les mandats des missions et ceux qui envoient les troupes, le délégué a suggéré le renforcement du dialogue entre ces derniers et le Conseil de sécurité. 

M. Vieira a rappelé l’importance de la protection des civils, ajoutant que cette tâche, pour être efficace, n’a pas forcément besoin de stratégies coercitives.  Une bonne stratégie de protection des civils doit intégrer des éléments de prévention et des initiatives non militaires telles que les mesures d’alerte précoce, la gestion des crises, la médiation, la reconstruction des infrastructures, la promotion des activités économiques et l’établissement de programmes soucieux de l’égalité entre les sexes.  Le Brésil est d’avis que l’introduction de technologies modernes est un atout pour les opérations de maintien de la paix, pourvu, a-t-il averti, que ces atouts ne viennent pas éroder le peu de ressources disponibles et influer négativement sur la taille des contingents, la qualité de leurs équipements et les soutiens logistiques dont ils ont besoin.

M. SALIOU NIANG DIENG (Sénégal) a estimé que le succès des opérations de maintien de la paix demeure tributaire de l’adaptation de ces opérations à l’évolution des environnements dans lesquels elles sont déployées.  Dans ce contexte, a-t-il déclaré, le recours à l’innovation et à la technologie n’est pas un luxe mais une nécessité.  Les outils technologiques modernes permettent en effet de travailler de manière plus efficace, de mieux connaître la situation sur le terrain, et d’améliorer les conditions de vie des troupes.  Il a aussi souhaité qu’une plus grande importance soit accordée au renseignement en tant qu’outil crucial permettant aux missions d’opérer sûrement et efficacement dans les nouveaux environnements sécuritaires.  Le délégué a noté que les missions actuelles dépassent le cadre strictement sécuritaire du maintien de la paix et muent vers la consolidation de la paix et la protection des civils, ce qui nécessite une synergie renforcée entre les composantes militaire, police et civile.

M. Dieng a ensuite estimé que la mise en œuvre des diverses recommandations contenues dans des rapports pertinents devrait « faire franchir aux opérations de maintien de la paix une nouvelle étape dans le bon accomplissement de ses missions ».  Pour être efficaces, ces opérations doivent non seulement s’appuyer sur des mandats clairs, mais aussi être pourvues en ressources financières et en équipements suffisants, a expliqué le délégué.  C’est tout l’importance du dialogue triangulaire entre les pays contributeurs de troupes, le Conseil de sécurité et le Secrétariat.  Il a ajouté que c’est également pour cette raison que le Sénégal fait un plaidoyer en faveur du renforcement du partenariat stratégique entre les Nations Unies et l’Union africaine, notamment dans la recherche de modalités de financements prévisibles des opérations de paix de l’Union africaine.

M. MICHAEL O. OKWUDILI (Nigéria) s’est attardé sur l’utilisation des renseignements dans les opérations de maintien de la paix et a souligné l’urgence qu’il y a à développer un cadre politique sur cette question « sensible » pour éviter que le recours à cet « élément de sûreté et de sécurité des Casques bleus » ne compromette le principe de souveraineté des pays qui accueillent les missions.   La demande croissante des opérations et leur nature multidimensionnelle pointent vers un partenariat plus robuste entre les Nations Unies et les organisations régionales, a-t-il poursuivi.  Il a souhaité que l’on consacre plus d’attention aux domaines critiques dans lesquels l’ONU peut appuyer les opérations entreprises par ces organisations régionales.  Concernant la protection des civils, le représentant a estimé que le défi fondamental tient au fait que le personnel de maintien de la paix doit bien souvent contenir des flux imprévisibles de déplacés sans les budgets nécessaires.  En conséquence, il faut des mesures spécifiques pour assurer une mise en œuvre holistique de la résolution 1265 (1999) du Conseil de sécurité. 

M. HAU DO SUAN (Myanmar) a soutenu la position de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) selon laquelle les missions de maintien de la paix doivent respecter les buts et principes de la Charte de l’ONU et les principes de base que sont le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense et la défense du mandat.  Une évaluation du Comité spécial est importante pour améliorer les opérations de maintien de la paix de l’ONU sans compromettre les principes de base et la Charte de l’ONU. 

La sûreté et la sécurité des civils et des Casques bleus étant d’une importance capitale, le représentant a mis l’accent sur la formation et s’est félicité des mesures importantes prises aux réunions de New York en juin 2016 et de Londres en septembre de la même année pour faire assurer l’adéquation entre la formation et le renforcement des capacités, d’une part, et les exigences des nouveaux contributeurs de troupes et de forces de police.  Le représentant a insisté sur « l’égalité des chances »: tout État Membre de l’ONU qui le souhaite devrait avoir la chance de déployer des troupes au sein d’une mission.  Le recrutement ou l’enrôlement d’un civil ou d’un soldat doit se faire sur la base de sa conduite personnelle et non sur celle de son pays ou son institution d’origine.  Relevant que les femmes ne représentent que 3% des Casques bleus, le représentant a rappelé que l’ASEAN a jugé important que le Département des opérations de maintien de la paix et les autres entités pertinentes aident les pays à élaborer un plan d’action pour accroître le nombre de femmes Casques bleus.

M. MOUNZER MOUNZER (Syrie) a rappelé que les principes devant guider les opérations de maintien de la paix sont le respect de la souveraineté nationale, la non-ingérence dans les affaires intérieures, le consentement des parties concernées et le non-recours à la force.  Les opérations de maintien de la paix n’étant pas une fin en soi, les véritables causes des conflits doivent être dûment examinées.  Le représentant a noté que certaines missions de l’ONU ont reçu le mandat de protéger les civils, précisant que cette responsabilité relève d’abord du pays hôte.  Le concept de protection des civils ne saurait servir de prétexte à une ingérence dans les affaires intérieures des pays.  Les missions de la paix au Moyen-Orient, a poursuivi le représentant, perdurent du fait des politiques de colonisation d’Israël.  La Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD) a connu des incidents sécuritaires ces derniers temps du fait de groupes terroristes qui agissent avec le soutien de pays de la région dont Israël, a accusé le représentant.  

La paix durable ne viendra pas d’une solution militaire mais bien d’une solution politique, a acquiescé M. OLEKSIY ILNYTSKYI (Ukraine).  Toutefois, a-t-il constaté, dans certaines situations, l’ONU a réagi trop tard et n’a pas pris l’initiative de soutenir les solutions politiques.  Le représentant s’est donc dit encouragé par « la forte position » que le Secrétaire général a exprimée le mois dernier lors du débat du Conseil de sécurité sur la prévention des conflits.  Il a espéré que M. António Guterres jouerait son rôle en la matière avec le pouvoir et les responsabilités que lui assigne la Charte des Nations Unies.  Le représentant a appuyé l’idée selon laquelle la protection des civils est souvent l’élément déterminant du succès et de la légitimité d’une opération de maintien de la paix.  Il a aussi appuyé l’idée d’un partenariat renforcé entre l’ONU et les organisations régionales, notamment l’Union européenne et l’Union africaine.  Il a plaidé pour un partenariat similaire avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), suggérant à l’ONU d’installer des bureaux sur le terrain pour aider les missions de l’OSCE, en particulier quand elles sont déployées dans un environnement hostile.  Le représentant a enfin plaidé pour l’intégration des technologies modernes et du renseignement dans les opérations, afin d’améliorer la sécurité du personnel.  Malgré l’agression étrangère dont elle est victime, l’Ukraine, a-t-il affirmé, maintiendra sa participation active aux opérations de maintien de la paix, en déployant en particulier d’autres unités constituées de police.

M. IGOR KUZMIN (Fédération de Russie) a estimé que la nature nouvelle des opérations de maintien de la paix exige une réponse appropriée qui, cependant, ne change l’essence de ces opérations qui est de résoudre les crises par des moyens politiques.  Les principes de la Charte et ceux du maintien de la paix dont le consentement de l’État hôte doivent sous-tendre tous les efforts.  Le représentant a aussi souligné que le Conseil de sécurité a le mandat exclusif de créer une mission et d’en élaborer le mandat.  Il s’est aussi opposé à l’idée de proroger systématiquement le mandat des missions et quant à protection des civils, il a prôné une approche au cas par cas, craignant que l’ingérence extérieure n’aggrave la vulnérabilité des populations.  Il faut étudier toutes les propositions de réforme et prendre celles qui sont strictement conformes aux buts et principes de la Charte de l’ONU et des opérations de maintien de la paix, a tranché le représentant.

M. HASSAN IDRISS AHMED SALIH (Soudan) a souligné à son tour que la création ou la prorogation d’une opération de maintien de la paix doit tenir compte des principes et des buts de la Charte de l’ONU.  Mon pays, a-t-il rappelé, accueille l’une des plus grandes opérations, l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD).  Nous nous efforçons de prendre des mesures graduelles pour le retrait de cette Opération qui est là depuis 10 ans.  Aujourd’hui, le Darfour va mieux comme le confirme la résolution 2340 (2017) adoptée par le Conseil de sécurité le 8 février dernier.  Le conflit a cessé et la mission doit entamer sa stratégie de retrait, a réitéré le représentant.

M. FERNANDO CABEZAS REVECO (Chili) a souligné l’engagement fort de son pays en faveur du maintien de la paix et du multilatéralisme, comme l’atteste sa participation solidaire aux opérations de maintien de la paix.  Il a jugé fondamental que ces opérations soient régies par les principes de base du consentement des parties, de l’impartialité et de non recours à la force à l’exception de la légitime défense et de la défense d’un mandat. Il faut que les failles en matière de communication soient comblées dans ce domaine, a-t-il plaidé, en recommandant une transmission en temps voulu d’informations complètes aux pays contributeurs de troupes sur les développements opérationnels sur le terrain.

Le représentant chilien a estimé qu’il fallait établir une démarche séquentielle dans l’établissement des missions, en définissant des mandats précis et en fixant clairement les responsabilités au sein de chaque mission.  C’est l’Assemblée générale qui doit évaluer la viabilité de ces projets et assurer les vérifications nécessaires en ce qui concerne les budgets et le fonctionnement des missions, a précisé le délégué avant de lancer un appel en faveur d’un financement durable des missions de maintien de la paix.

Étant donné le peu d’efficacité des mesures coercitives prolongées, M. Cabezas a conseillé de prévoir un délai précis pour tout mandat robuste adopté.  Il a aussi demandé de ne pas perdre de vue l’importance du volet politique dans la résolution des conflits.  Il faut en outre davantage de femmes dans les contingents militaires et politiques sur le terrain, a-t-il souhaité, avant d’affirmer le soutien du Chili à la politique de tolérance zéro en ce qui concerne les affaire d’abus et d’exploitations sexuels dont les personnels de maintien de la paix seraient coupables.

M. DATO ABDUL GHAFAR ISMAIL (Brunei Darussalam) a rappelé que son pays a depuis 2008 des troupes à la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).  Il prend aussi part depuis 2004 à l’Équipe internationale de suivi dans le sud des Philippines, et participe depuis 2014 au dépôt des armes du Front de libération islamique Moro.  Le représentant a tenu à souligner que la diplomatie préventive est le moyen le moins onéreux de gérer les conflits et que l’action militaire seule ne peut conduire à une paix durable.

M. PEMA L. DORJI (Bhoutan) a rappelé que c’est en 2014 que son pays est entré dans « la fratrie » des pays contributeurs de troupes et de forces de police, comptant à ce jour des officiers dans 11 opérations de maintien de la paix sur les 16 déployées à ce jour.  La tâche de maintien de la paix, a-t-il poursuivi, doit toujours être conforme à la Charte et aux principes fondamentaux du consentement préalable, d’impartialité et du non-recours à la force sauf dans le cas de légitime défense et de défense du mandat.  Compte tenu de la nature changeante des opérations de maintien de la paix et des nouveaux défis, il est important, a estimé le représentant, d’analyser la manière dont nous travaillons et d’identifier les moyens d’améliorer notre efficacité. 

La participation de mon pays aux opérations de maintien de la paix, y compris dans les Balkans, en Iraq et en Afghanistan, remonte à 1999, a rappelé M. MIRIAN POPKHADZE (Géorgie).  Pour nous, la confiance est au cœur même des opérations,  a-t-il affirmé, en indiquant que c’est la raison pour laquelle son pays a rapidement réagi aux allégations du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme sur des abus sexuels qu’auraient commis des éléments des forces militaires étrangères en République centrafricaine.  À ce stade du processus, la culpabilité des quatre soldats géorgiens concernés n’est pas encore établie, a-t-il annoncé.  En matière de maintien de la paix, a poursuivi le représentant, la Géorgie est un cas à part: elle a vécu la fin « malheureuse » de la Mission d’observation des Nations Unies en Géorgie (MONUG), qui avait pourtant joué un rôle crucial dans le maintien de la paix et de la stabilité en Abkhazie.  La MONUG a été clôturée prématurément en 2009 à cause du veto d’un membre permanent du Conseil de sécurité contre la volonté de la Géorgie et avant la réalisation de ses principaux objectifs. 

Depuis lors, rien ne l’a remplacée, a regretté le représentant.  La Mission de surveillance de l’Union européenne poursuit certes son travail mais elle est interdite d’accès dans les régions occupées et les appels de la Géorgie à une présence internationale indépendante, neutre et efficace sont restés vains.  Dans ce cadre, il faut s’interroger sur la faculté réelle de la communauté internationale à adapter les arrangements sécuritaires à un environnement changeant.  La communauté internationale devrait en effet être prête à réévaluer, réajuster et renforcer les dispositifs de stabilisation et les institutions mis en place pendant ou immédiatement après une crise, a souhaité M. Popkhadze.

M. TIGRAN SAMVELIAN (Arménie) a souligné que son pays a commencé dès 2001 à développer ses capacités de maintien de la paix, en se joignant aux structures de l’ONU.  Depuis lors, le pays a déployé ses soldats au Kosovo, en Afghanistan, au Liban et au Mali.  L’Arménie a appris de son expérience que même les opérations les plus réussies ne peuvent se substituer aux processus politiques.  En conséquence, exploiter tout le potentiel des mécanismes régionaux et sous-régionaux, y compris ceux de la médiation et de la prévention, doit devenir la priorité.  Compte tenu de la nature des conflits et de la complexité accrue des opérations de maintien de la paix, il est évident qu’un monde pacifique ne peut être sécurisé que par des mesures globales, conjointes et soigneusement réfléchies, a conclu le représentant.

M. RAFAEL DARÍO RAMÍREZ CARREÑO (Venezuela) a dénoncé la tendance à doter les missions de mandats « offensifs ».  Les opérations de maintien de la paix ne sont pas une fin en soi, a-t-il rappelé, car leur rôle est de préparer le terrain aux processus politiques.  La lutte contre la criminalité transfrontalière organisée et le terrorisme ne saurait en faire partie, d’autant plus qu’elle aggraverait les risques d’attaques contre le personnel.  Le représentant a insisté sur les principes de la Charte et ceux des opérations de l’ONU, s’agissant en particulier de l’utilisation de drones et autres moyens de renseignement.  Il a aussi insisté sur le fait que la protection des civils incombe au premier chef aux gouvernements hôtes.  Compte tenu de la réforme en cours, le représentant a jugé bon de rappeler que le Comité spécial est le seul organe habilité à étudier les opérations de maintien de la paix et que les pays contributeurs de contingents ont le droit de participer à tous les processus de prise de décisions sur le maintien de la paix.  

M. MILAN MILANOVIĆ (Serbie) a souligné l’importance de fournir aux soldats de la paix des orientations stratégiques sur l’exécution des mandats autorisés par le Conseil de sécurité, lesquels mandats doivent tenir compte de la réalité sur le terrain.  Face à la nature changeante des conflits et l’augmentation des menaces asymétriques, de la criminalité transnationale organisée et des attaques terroristes, le délégué a demandé que les missions soient équipées et structurées comme il se doit.  Il est important de leur fournir des capacités et des ressources prévisibles, de définir des mandats réalisables et d’assurer leur mise en œuvre d’une manière quantifiable. 

Le représentant a dit soutenir les recommandations du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de maintien de la paix et a appelé à des mesures visant à mieux protéger les soldats de la paix sur le terrain.  Il a appuyé l’idée d’intégrer des technologies modernes, reconnaissant que la protection des civils est l’une des fonctions importantes des missions de la paix.  Il a aussi plaidé pour une plus forte implication des femmes dans les opérations de maintien de la paix et dans les processus de prise de décisions, arguant que cela ne peut qu’améliorer la performance des missions.  Le personnel serbe engagé dans 12 opérations multinationales, dont huit missions de maintien de la paix, compte 11% de femmes, s’est-il enorgueilli, avant de rappeler que son pays est l’hôte de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK), importante pour la stabilité de la province et pour une solution durable à la question du Kosovo et Metohija.

M. GEORGE M. ITANG’ARE (République-Unie de Tanzanie) a espéré qu’au cours de cette session le Comité spécial répondra aux préoccupations des pays contributeurs de troupes dont leur remboursement.  La Tanzanie, qui est un gros contributeur, demande aux partenaires internationaux de continuer d’appuyer les initiatives de l’ONU en matière de maintien de la paix.  Le représentant a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre l’ONU et les communautés régionales dont l’Union africaine.  Il n’a pas manqué de souligner que son gouvernement a mis en place des mécanismes permanents pour l’application du principe de tolérance zéro pour les cas d’exploitation et d’abus sexuels commis par les Casques bleus. 

Si elle a admis que le maintien de la paix doit s’adapter aux défis d’aujourd’hui et de demain, Mme STÉPHANIE GEBREMEDHIN (Érythrée) a jugé « crucial » que tout ajustement soit conforme aux trois principes « inviolables » que sont le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense.  Elle a aussi dénoncé une certaine tendance à multiplier les opérations qui, a-t-elle souligné, ne sont pas censées s’éterniser et se substituer à la solution des causes sous-jacentes des conflits.  Les opérations, a-t-elle tranché, sont un effort collectif et intégré pour prévenir les conflits.  La communauté internationale ne saurait les considérer comme la réalisation de la paix et la stabilité.  Une paix durable, a insisté la représentante, exige que l’on s’attaque aux causes des conflits de manière coordonnée, globale et cohérente.  La synergie entre le maintien de la paix, les efforts précoces de consolidation de la paix, des objectifs clairs et une vraie stratégie de sortie sont la clef du succès. 

La représentante a aussi appelé à la prudence s’agissant des missions dotées d’un mandat de protection des civils, pour, a-t-elle dit, ne pas affaiblir les autorités nationales qui ont la responsabilité première de protéger leurs citoyens.  En conséquence, les efforts doivent viser à renforcer les capacités nationales.  Elle a aussi appelé à la prudence s’agissant du recours aux organisations sous-régionales, en particulier en Afrique, car bien souvent, quand ils déploient leurs troupes, les pays voisins ne suivent que leurs propres calculs. 

Pour que la prévention des conflits soit efficace, a estimé le représentant de la Tunisie, il faudrait que l’action des Nations Unies soit centrée sur les gens et qu’elle soit guidée par la réalité du terrain.  Pour que les opérations de maintien de la paix soient couronnées de succès, un partenariat solide doit exister entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat de l’ONU, les pays contributeurs de contingents, les contributeurs financiers, les pays hôtes, les organisations régionales et autres parties prenantes.  L’objectif de ce partenariat ne doit pas s’arrêter à la paix mais vise sa pérennisation pour prévenir la reprise du conflit.  Le représentant a souligné l’importance qu’il y a à ce que les pays s’approprient leur paix, en particulier les communautés, les organisations féminines, les partis politiques, les groupes minoritaires, au risque de voir les processus de paix confisqués par les autorités nationales.

Le délégué a insisté sur la place des femmes dans les opérations de maintien de la paix et dans le règlement des conflits.  Il a également salué le rôle croissant des organisations régionales et sous-régionales dans la gestion des situations volatiles et s’est félicité des partenariats plus étroits entre l’ONU et ces organisations, conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.  Il a enfin appelé à un meilleur soutient de l’ONU à l’Union africaine, en particulier à la consolidation de l’architecture africaine de maintien de la paix et ce, par des financements adéquats.

M. HAHN CHOONGHEE (République de Corée) a salué certains succès des opérations de maintien de la paix, ajoutant que la demande mondiale ne fera qu’augmenter au vu de la détérioration de la situation dans certaines missions.  Il a appelé à la mise en œuvre des recommandations du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de maintien de la paix et, a-t-il dit, en tant que membre du Groupe des amis du groupe indépendant, la République de Corée s’est engagée à mettre en œuvre les réformes préconisées.  Il a également émis le vœu de voir se renforcer la coordination de la prévention, la gestion des conflits, le maintien de la paix et la consolidation de la paix.  « Nous passons plus de temps et dépensons plus de ressources pour répondre aux crises qu’à les prévenir », a-t-il regretté.  Il a rappelé que l’examen de l’architecture de la consolidation de la paix des Nations Unies avait souligné l’importance de fournir des fonds adéquats au volet consolidation de la paix des principales opérations de maintien de la paix et des missions politiques spéciales afin de soutenir la stabilité et la continuité des activités de consolidation de la paix.  En tant que Président de la Commission de consolidation de la paix, la République de Corée entend jouer le rôle de liaison entre la consolidation de la paix et d’autres activités visant une paix durable.

Le représentant a invité les Nations Unies à renforcer le partenariat avec les mécanismes régionaux.  Il a rappelé, par exemple, que 80% des soldats de la paix sont déployés en Afrique, estimant que le rôle des organisations régionales doit, de ce fait, être renforcé au vu de leurs avantages comparatifs s’agissant de la connaissance du contexte, de la rapidité de déploiement et de la volonté d’agir avec vigueur.  La République de Corée a signé un mémorandum d’accord avec l’Union africaine sur des équipements médicaux de niveau 2 pour renforcer les capacités de maintien de la paix en Afrique.

M. Hahn a, en outre, déclaré qu’au vu des attaques contre le personnel des opérations de maintien de la paix, il serait opportun que les unités sur le terrain soient dotées de moyens adaptés pour y faire face.  Il a, par exemple, évoqué le renforcement des capacités de renseignement et l’octroi des technologies adéquates de protection.  Il a enfin plaidé pour des formations prédéploiement pour que toutes les unités obéissent aux mêmes standards onusiens.  C’est fort de ce constat que la République de Corée va organiser une formation des formateurs au cours du second semestre de cette année.

Mme DULCE SÀNCHEZ (Honduras) a indiqué que son pays est disposé à renforcer sa présence dans les opérations de maintien de la paix.  Après avoir souligné que le dialogue entre les parties reste la plateforme indiquée pour préserver la paix, elle a ajouté que l’on ne peut pas garantir cette paix sans doter les opérations de maintien de la paix de ressources suffisantes.  Le respect entre les États est la base de la paix entre les nations qui doivent agir avec prudence et éviter de recourir à la force ou à la menace.

M. DURGA PRASAD BHATTARAI (Népal) a estimé à son tour que les opérations de maintien de la paix ne peuvent se substituer au règlement pacifique et négocié des conflits.  La solution réelle aux conflits est de s’attaquer à leurs origines, en y intégrant les questions locales et en utilisant les outils politique, social et de développement de manière cohérente et coordonnée.  Depuis sa première participation en 1958, le Népal a déployé 128 000 Casques bleus dans plus de 42 des 71 opérations de maintien de la paix, au cours desquelles 73 Casques bleus népalais ont sacrifié leur vie. 

Pour exprimer sa solidarité et assumer ses responsabilités dans le maintien de la paix, le Népal organisera dans un futur proche un séminaire régional sur la « capacité de développement et l’amélioration de la performance des opérations de maintien de la paix » en marge de l’exercice « ex-SHANTI PRAYAS-II » qui signifie en népalais « efforts de paix ».  Les participants auront l’occasion de renouveler leurs engagements à la paix et à la sécurité internationales mais aussi de s’approprier les nouvelles politiques et normes des Nations Unies.  Le Népal promeut la participation des femmes Casques bleus et a aussi adopté la politique de tolérance zéro contre l’exploitation et les abus sexuels. 

M. RICHARD NDUHUURA (Ouganda) a rappelé que les troupes ougandaises sont déployées en Somalie, dans le Secteur-1, aux côtés d’autres contingents africains dans le cadre de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM).  Il a appelé la communauté internationale à reconnaître les énormes efforts que font les pays contributeurs de contingents à l’AMISOM, et a rappelé que l’Union africaine a salué la résolution de la question du paiement des troupes burundaises par l’Union européenne.  Il a aussi souligné que l’Ouganda contribue de manière significative aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies à travers le centre de services régional (CSR) d’Entebbe et un centre d’entrainement situé dans la même ville.  Le représentant a indiqué que l’Ouganda est également en première ligne de la Force régionale d’intervention (FRI) qui lutte contre l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) toujours en activité dans l’est de la République centrafricaine (RCA) et le long des frontières entre la République centrafricaine, la République démocratique du Congo (RDC) et le Soudan du Sud.  Cette Force régionale n’est pas une mission de paix, mais elle a été autorisée par l’Union africaine et reconnue par le Conseil de sécurité, a-t-il précisé.

M. Nduhuura a ensuite plaidé pour une nouvelle approche des opérations de maintien de la paix, arguant que le concept traditionnel de ces opérations ne peut, par exemple, pas s’appliquer au contexte de la Somalie ou dans d’autres conflits en Afrique.  Il a invité l’ONU à « utiliser la formule gagnante », notamment en Afrique, soit le « modèle somalien » avec les pays africains se tenant prêts à agir en faveur de la paix, mais avec le soutien logistique et financier de l’ONU.  Il a, en outre, déploré le manque de fonds durables et prévisibles pour les opérations de maintien de la paix de l’Union africaine autorisées par le Conseil de sécurité.  Il a réitéré le fait que l’ONU doit financer ces opérations, y compris celle de l’AMISOM où il faut combler le déficit de financement de 20% créé par l’Union européenne.

M. YARON WAX (Israël) a appelé l’ONU à adapter constamment les moyens de maintien de la paix aussi bien au Siège que sur le terrain.  Le représentant a ensuite accusé la délégation syrienne d’avoir proféré des accusations fallacieuses contre Israël.  Le personnel de la Force des Nations Unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD) a été kidnappé en Syrie, a-t-il déclaré, en soulignant que la Syrie est loin de respecter les principes inhérents au maintien de la paix.  Il a également argué que 13 000 opposants au Gouvernement syrien avaient été pendus dans les geôles du pays, espérant que les délibérations du Comité spécial ne seront pas prises en otage par des considérations politiques.

Mme SAADA DAHER HASSAN (Djibouti) a rappelé que le budget 2016-2017 des opérations de maintien de la paix s’élève à 8,3 milliards de dollars.  Au total, en 2017, les pays africains ont déployé 84 000 militaires, éléments de police et personnels civils dans les opérations de l’ONU et de l’Union africaine.  L’Afrique est donc le plus grand contributeur aux opérations de maintien de la paix dans le monde.  La représentant a appelé à un appui renforcé au rôle de l’Union africaine, de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et autres.  Ces organisations, a-t-elle souligné, n’ont pas les capacités multidimensionnelles de l’ONU ni les quotes-parts pour se financer.  Nous devons leur assurer un financement prévisible et constant.  La Somalie fait figure d’exemple puisqu’elle a bénéficié d’un partenariat fort entre l’Union africaine, l’Union européenne et l’ONU à travers la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM).  La représentante a aussi insisté sur une plus grande coopération triangulaire entre le Secrétariat de l’ONU, le Conseil de sécurité et les pays contributeurs de troupes. 

M. MOUSTAPHA GILBERT DIEDHIOU, de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a rappelé l’importance d’une prise en compte systématique des facteurs linguistique et socioculturel pour la réussite des mandats des opérations de maintien de la paix, et la nécessité d’adapter les actions de l’ONU à la grande diversité des spécificités locales et au multilinguisme. 

Le représentant a confirmé la disponibilité de l’OIF de contribuer à toute réflexion sur la dimension partenariale des opérations de maintien de la paix, ainsi que sur leur évolution et modernisation pour une plus grande adaptation aux contextes sur le terrain.  Il a aussi rappelé l’importance d’une implication plus accrue des jeunes et des femmes dans les opérations de maintien de la paix. 

L’enjeu du recrutement dans les missions est également au cœur des préoccupations de l’OIF.  Elle a organisé conjointement avec le Département de l’appui aux missions, en mai 2016, à New York, en octobre 2016, à Paris, deux séminaires de formation sur le recrutement dans les missions de terrain, au profit des missions permanentes francophones et des points focaux nationaux en charge de la promotion et de la coordination des experts civils au sein des opérations de paix.

L’OIF produit, par ailleurs, des informations relatives aux opérations de maintien de la paix et met en réseau des capacités militaires, policières et civiles francophones, via la plateforme Internet du Réseau d’expertise et de formation francophone pour les opérations de paix.  Ce réseau a pour objectif principal de fédérer l’action des centres de formation francophones aux opérations de paix, d’accroître la visibilité de leur action et de renforcer leur lien avec l’ONU et les autres organisations internationales et régionales.

Le représentant a annoncé que l’OIF en partenariat avec le Ministère de la défense française et les Ministères des affaires étrangères de la Belgique et du Canada, la création de l’« Observatoire Boutros Boutros-Ghali du maintien de la paix » qui constituera un cadre de discussion entre experts et personnalités francophones issus des pays contributeurs de personnel.  Il permettra également d’accompagner les États francophones dans leurs démarches visant à mieux préparer leur participation dans les opérations de maintien de la paix. 

L’Observateur de l’Union africaine, M. ANTÓNIO TÉTE, a noté que les soldats de la paix sont, aujourd’hui, davantage engagés dans des opérations offensives pour protéger par exemple les civils ou pour contrer les saboteurs de la paix.  Cette nouvelle donne de militarisation s’oppose à la conception traditionnelle.  Face à la situation au Sahel et en Somalie, il faut se demander si les opérations de maintien de la paix sont une option viable contre les organisations terroristes ou s’il faut une discussion franche et approfondie sur les moyens d’adapter les opérations aux nouvelles réalités du terrain.  Les réflexions devraient s’appuyer sur le rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de maintien de la paix.

Depuis 2002, a poursuivi le représentant, l’Union africaine a autorisé le déploiement de 70 000 personnels en uniforme et presque 1 500 civils dans le cadre de 9 opérations de paix.  L’intensité, le niveau et la doctrine sous-tendant ces opérations ne sont généralement pas compatibles avec les principes qui régissent les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  De ce fait, il est nécessaire que l’Union africaine agisse en tant que premier intervenant en cas de crise sur le continent.  En le faisant déjà, l’Union africaine et ses organisations sous-régionales ont démontré un avantage comparatif important que n’ont pas d’autres organisations et régions.  Pour maximiser cet avantage en Afrique, il faudrait un financement et des capacités adéquats et durables.  Sans des financements prévisibles et durables pour le soutien aux opérations de paix, il y aurait une incertitude sur le rôle futur de l’Afrique en matière de maintien de la paix.  Le représentant a salué, à ce propos, l’adoption de la résolution 2320 (2016) du Conseil de sécurité, laquelle exprime la disponibilité du Conseil à examiner la proposition de partage des coûts des opérations de maintien de la paix qu’a faite l’Union africaine, notamment la promesse de financer, à hauteur de 25%, les opérations de soutien à la paix de l’Union africaine d’ici à l’année 2020.

Droit de réponse

Le représentant de la République arabe syrienne a réagi au discours de la délégation israélienne et rappelé que les Forces israéliennes devraient se retirer du Golan syrien afin que les 500 000 Syriens qui l’ont quitté retournent chez eux.  Pourquoi les fermes des Syriens ont été détruites dans le Golan syrien occupé? a-t-il demandé, invitant Israël à cesser de fournir un appui multiforme, y compris médical, aux forces terroristes dans le Golan syrien occupé, y compris aux membres du Front el-Nosra.

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