Le Comité des opérations de maintien de la paix ouvre sa session annuelle dans une certaine impatience face à la lenteur des réformes

AG/PK/227
21 février 2017
249e & 250e séances – matin & après-midi

Le Comité des opérations de maintien de la paix ouvre sa session annuelle dans une certaine impatience face à la lenteur des réformes

Le Comité spécial des opérations de maintien de la paix a commencé sa session annuelle*, aujourd’hui, par un débat général au cours duquel de nombreuses délégations ont fait part de leur impatience devant le rythme de la mise en œuvre du Rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix publié en 2015 et des recommandations du Secrétaire général qui ont suivi la même année.

L’année 2017 doit être celle de la réforme et du changement des mentalités au sein du système des Nations Unies et chez les décideurs, ont dit en substance la Norvège, les États-Unis ou encore l’Inde.  Plus grande contributrice de troupes avec près de 200 000 soldats déployés dans 50 des 71 opérations lancées depuis 60 ans, y compris 13 des 16 missions actuelles, l’Inde, qui a en outre perdu 168 soldats en tout, est on ne peut plus consciente de la complexité du maintien de la paix, a déclaré son représentant.  

Si le Groupe indépendant de haut niveau et le Secrétaire général ont proposé des pistes pour rendre les opérations plus efficaces et plus réactives dans un monde en constante évolution, aujourd’hui le Mouvement des pays non alignés a reproché au Secrétariat de l’ONU de formuler des politiques sans consulter les États Membres, dont le « Cadre de la politique sur le renseignement dans le contexte du maintien de la paix ». 

Les politiques, stratégies et concepts nouveaux doivent être examinés au niveau intergouvernemental, a prévenu le Pakistan qui a souligné que le Comité spécial est le seul organe qui a reçu de l’Assemblée générale le mandat d’examiner les opérations de maintien de la paix.  « Quand le Pakistan s’exprime au Comité, il le fait en sa qualité de contributeur de troupes le plus ancien, le plus important et le plus constant.  Il le fait en sa qualité d’acteur important et de leader très expérimenté », s’est enorgueilli son représentant.

La Chef de cabinet du Secrétaire général de l’ONU, qui a parlé avant les Secrétaires généraux adjoints aux opérations de maintien de la paix et à l’appui aux missions a posé les questions suivantes: comment adapter le maintien de la paix aux nouveaux défis de la paix et de la sécurité, tout en en préservant l’essence et la nature mondiale?  De quels outils ont besoin les opérations pour faire leur travail dans la sécurité et l’efficacité?  L’un des outils proposés par le Groupe indépendant de haut niveau est précisément le renseignement et la technologie moderne. 

Il s’agit d’un outil important pour la protection et la sécurité de notre personnel et pour renforcer notre capacité à protéger les civils ont plaidé le Canada et l’Union européenne.  Le recours à la technologie moderne est à saluer mais il doit se faire avec des garanties pour apaiser les préoccupations légitimes des pays hôtes des opérations et de leurs voisins, a tempéré l’Inde, avant que Cuba n’argue des principes de la Charte, dont la souveraineté nationale et le consentement préalable.  Le pays s’est donc dit surpris de voir le Secrétariat de l’ONU envoyer des invitations aux États Membres pour les former aux drones alors même qu’aucun cadre juridique n’a été approuvé par les États. 

Comme il est largement admis que le contre-terrorisme ne doit pas faire partie des mandats des opérations de maintien de la paix, il faut, a renchéri la Turquie, tracer une ligne entre une bonne appréhension de la situation pour protéger les forces de l’ONU et les civils et la collecte d’informations pour des opérations militaires.

La Chef de Cabinet a annoncé qu’au fait de la nature changeante des conflits et des défis dont les menaces asymétriques, la criminalité transnationale, le terrorisme et l’extrémisme, le Secrétaire général a lancé un réexamen de l’architecture de paix et de sécurité de l’ONU.  L’ONU, a-t-elle plaidé, doit être plus habile, plus pragmatique et plus flexible dans sa capacité de planifier, de lancer et de gérer des opérations plus diversifiées. 

Les propositions devraient être présentées dès le mois prochain, a promis la Chef de cabinet, non sans demander d’emblée au Comité d’examiner la recommandation, appuyée par la résolution 2242 du Conseil de sécurité, visant à dépasser les 3% de femmes dans les opérations de maintien de la paix.

En début de séance, le Comité a élu M. Antony Bosah, du Nigéria, à sa présidence.  Mme Margareta Kassangana-Jakubowska de la Pologne, et MM. Mateo Estreme de l’Argentine, Michael Douglas Grant du Canada, Takeshi Akahori du Japon ont été élus Vice-Présidents, tandis que M. Mohammed Halima de l’Égypte assumera les fonctions de rapporteur.  Le Groupe de travail plénier sera présidé par le Vice-Président canadien.

Le Comité spécial, qui est composé de 153 États Membres, après l’adhésion de Brunei Darussalam et de la Lettonie, achèvera sa session le 17 mars prochain.

Il poursuivra son débat général demain, mercredi 22 février, à partir de 10 heures.

* A/AC.121/2017/L.1 et A/AC.121/2017/L.2

Débat général

Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI, Chef de cabinet du Secrétaire général de l’ONU, a d’abord présenté ses condoléances à la famille du Représentant permanent de la Fédération de Russie, Vitaly Churkin, décédé hier.

Le fait qu’il existe aujourd’hui 16 opérations de maintien de la paix, a-t-elle poursuivi, témoigne de la gamme d’activités et de techniques que la communauté internationale peut déployer pour répondre aux conflits.  Lorsqu’elles disposent des mandats et de l’appui dont elles ont besoin, ces opérations restent l’un des outils les plus souples et les plus adaptés dont l’Organisation dispose pour alléger les souffrances, faire face aux crises et aider les pays qui sortent d’un conflit à prévenir une rechute. 

Le maintien de la paix, a-t-elle souligné, est un « partenariat » dans lequel les États déploient leur volonté politique, leurs ressources financières et leurs capacités militaires et de police.  Ces États mettent la vie de leurs citoyens en première ligne pour transformer les conflits en paix durable.  Mais, a reconnu la Chef de cabinet, ce « partenariat » n’est pas toujours facile: comment adapter le maintien de la paix aux nouveaux défis de la paix et de la sécurité, tout en en préservant l’essence et la nature mondiale?  De quels outils ont besoin les opérations pour faire leur travail dans la sécurité et l’efficacité?  Ces opérations peuvent-elles travailler efficacement avec les autres acteurs de la diplomatie, des organisations régionales, du monde humanitaire ou du développement?

Au nom des milliers de troupes courageuses et dévouées, des policiers et des civils qui s’aventurent sur les lignes de front et qui risquent leur vie pour mener à bien les mandats confiés par le Conseil de sécurité, Mme Ribeiro Viotti a souligné l’obligation de « calibrer » l’approche par rapport à l’environnement dans lequel les opérations sont déployées et de leur donner les capacités, les biens, les compétences et l’autorité nécessaires à leur mandat.  Ces opérations doivent au minimum ne pas heurter les populations, a poursuivi Mme Ribeiro Viotti, en s’attardant sur les ravages de l’exploitation et des abus sexuels commis par certains soldats de la paix.

Le Secrétaire général, a-t-elle annoncé, a créé une équipe spéciale de haut niveau pour faire des propositions sur la manière de gérer « plus agressivement » les causes et l’impact de tels actes.  Le Secrétariat de l’ONU, a-t-elle ajouté, est disposé à travailler étroitement avec les États sur des mesures structurelles, juridiques et opérationnelles et faire de la politique de tolérance zéro une réalité.  Le Secrétaire général a aussi lancé un réexamen de l’architecture de paix et de sécurité de l’ONU, a-t-elle aussi annoncé, justifiant cette décision par la nature changeante des conflits et des défis dont les menaces asymétriques, la criminalité transnationale, le terrorisme et l’extrémisme.

L’ONU doit être plus habile, plus pragmatique et plus flexible dans sa capacité de planifier, de lancer et de gérer des opérations plus diversifiées.  Nous ne devons pas donner aux populations l’illusion d’une protection, nous devons davantage nous concentrer sur le moment critique de la transition quand les opérations se retirent et nous devons faire mieux pour prévenir les conflits ou pour faire en sorte qu’ils n’échappent pas à tout contrôle.  Les propositions devraient être présentées dès le mois prochain, a promis la Chef de cabinet, non sans demander d’emblée au Comité d’examiner avec attention la recommandation de l’examen mené en 2015 de l’architecture de paix et de sécurité, appuyée par la résolution 2242 du Conseil de sécurité, visant à dépasser les 3% de femmes dans les opérations de maintien de la paix.

M. HERVÉ LADSOUS, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a expliqué que la présente session du Comité est d’autant plus importante que le Comité doit s’assurer que les opérations de maintien de la paix demeurent pertinentes au cours des années à venir.  Il a souligné la nécessité pour ces opérations de connaître un élan de modernisation et une adaptation aux différents contextes sur le terrain qui changent constamment.  Il a rappelé qu’au cours de cette session, le Comité doit examiner le rapport du Secrétaire général sur l’application des recommandations qu’il a faites à la session précédente.  Il a promis de revenir plus en détail sur les orientations que propose son département, au moment même où il s’apprête à le quitter.

M. ATUL KHARE, Secrétaire général adjoint à l’appui aux missions, a évoqué brièvement le travail du Groupe de travail sur le matériel appartenant aux contingents qui a examiné 104 propositions et fait 27 recommandations.  Si ces recommandations sont approuvées par la Cinquième Commission chargée des questions administratives et budgétaires, elles seront mises en œuvre à partir de juillet 2017.  M. Khare a souligné l’importance de la coopération entre tous les États et a demandé au Comité de fournir une orientation claire pour avancer.  Paraphrasant son homologue des opérations de maintien de la paix, le Secrétaire général adjoint a indiqué que pour faire du maintien de la paix un succès, il faut travailler avec les outils du XXIe siècle et abandonner ceux du passé.  

M. ANTHONY BOSAH, Président du Comité spécial des opérations de maintien de la paix (Nigéria), a noté qu’il y a plusieurs domaines ouverts aux négociations qui pourraient attirer un large éventail de perspectives quant à la manière de répondre aux défis.  Il est donc impératif de rester concentré pour terminer le travail prévu à cette session.  Le succès des opérations de maintien de la paix, exige non seulement la coordination des activités au sein d’une mission mais aussi entre les différents bureaux, départements, divisions et unités impliqués dans le maintien de la paix.  Dans ce contexte, le Comité spécial doit servir de point focal pour faciliter la coopération triangulaire entre les pays contributeurs de contingents et d’éléments de police, le Secrétariat et le Conseil de sécurité, sans oublier les contributions de ressources financières et les pays hôtes.  Je vous exhorte à trouver des initiatives et des innovations qui boosteront le travail du Comité dans ce domaine, a dit le Président.

Au nom du Mouvement des pays non alignés, M. YASSER HALFAOUI (Maroc) a déploré le fait que certaines politiques portant sur les opérations du maintien de la paix soient formulées et mises en œuvre sans aucune consultation avec les États Membres.  Il a cité l’exemple du « Cadre de la politique sur le renseignement dans le contexte du maintien de la paix » qui aura été établi sans consulter le Comité qui reste la seule enseigne onusienne chargée d’examiner les questions inhérentes au maintien de la paix sous tous leurs aspects.  Il a invité le Secrétariat à fournir aux États Membres un rapport détaillé sur l’état de mise en œuvre des recommandations issues des trois examens des opérations de maintien de la paix menées en 2015. 

Le délégué a fait observer que les 10 plus grands contributeurs de troupes et de police sont des membres du Mouvement des pays non alignés, estimant que ce chiffre laisse voir le niveau d’implication du Mouvement dans les opérations de maintien de la paix, ce qui devrait également en faire un acteur dans la formulation des politiques en la matière.  Il a insisté sur le fait que tout établissement ou extension d’un mandat des opérations de maintien de la paix doit se faire selon les principes de la Charte, notamment le consentement des parties, la neutralité et l’usage de la force qu’en cas de légitime défense.  Le représentant a aussi invité le Conseil de sécurité à établir des mandats clairs et réalisables, en consultation avec les pays contributeurs de troupes et avec les États Membres concernés.  Dans le même ordre d’idées, il a prescrit d’éviter de changer les mandats des opérations sans que les pays contributeurs de troupes ne soient consultés.  Il a appelé à une « coopération triangulaire » réelle entre les pays contributeurs de troupes, le Secrétariat et le Conseil de sécurité. 

Le Mouvement des pays non alignés condamne en outre fermement toutes les formes d’abus et d’exploitations sexuelles commises par le personnel des missions de la paix des Nations Unies et réitère son soutien à la politique de tolérance zéro du Secrétaire général.  Il est prêt à soutenir une résolution de l’Assemblée générale. 

M. Halfaoui a aussi indiqué que la Commission et le Fonds de consolidation de la paix ont un rôle majeur à jouer dans l’intégration entre maintien et consolidation de la paix.  Il a relevé que les outils politiques, sociaux et de développement doivent servir à la gestion des conflits afin de conduire à une transition douce vers une paix durable.  Il a également souhaité que l’usage de la force par les missions donne lieu à des consultations préalables avec les États Membres.  La protection des civils revenant au premier chef aux États ne devrait pas être la raison d’un interventionnisme militaire sous l’égide des Nations Unies.  Le représentant a enfin appelé au renforcement de la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales, plaidant pour un renforcement de l’appui onusien aux opérations menées par l’Union africaine, notamment des fonds prévisibles et durables aux opérations autorisées par le Conseil de sécurité.

Au nom de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), M. HECTOR ENRIQUE JAIME CALDERON (El Salvador), a souligné qu’une opération de maintien de la paix n’est pas une fin en soi mais un outil qui doit se fonder sur les principes et la Charte dont le non-recours à la force et le consentement des parties.  Les opérations de maintien de paix doivent pouvoir compter dès le début sur le soutien politique et financier du Conseil de sécurité et de toutes les parties impliquées, a insisté le représentant.  Aux côtés des opérations de maintien de la paix, il faut, a-t-il estimé, une stratégie à long terme visant la stabilité politique et le développement socioéconomique, l’objectif étant d’habiliter les pays à se prendre en charge.  Le représentant a félicité le peuple haïtien d’avoir élu son président et a souhaité une transition graduelle de la Mission de l’ONU avec la participation du Gouvernement haïtien et des pays contributeurs de contingents.  Le représentant a insisté sur le lien entre paix et développement, et entre maintien et consolidation de la paix.

Sur un plan plus technique, le représentant s’est inquiété des différentes politiques de formation des contingents, mises en œuvre sans l’aval du Comité spécial.  Il n’a pas oublié de rappeler à l’ONU son obligation de rembourser à temps les pays contributeurs de troupes et de veiller à une répartition équitable des postes de direction entre les différentes régions du monde. 

Au nom de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie), a estimé que les engagements militaires en tant que tels ne peuvent conduire à une paix durable et qu’une solution politique doit toujours sous-tendre le déploiement d’une opération.  Il a exigé une plus grande protection des soldats de la paix, grâce à des équipements adéquats et une formation appropriée avant leur déploiement.  Le représentant a aussi tenu à dire que les opérations de maintien de la paix n’étendent à la lutte contre le terrorisme.

L’ASEAN, a-t-il dit, accorde une grande importance à la coopération entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales, conformément au Chapitre VIII de la Charte.  Le représentant a dénoncé la sous-représentation de sa région parmi les postes de direction des opérations de maintien de la paix.

En sa capacité nationale, il a souhaité plus d’interactions entre le Secrétariat de l’ONU et les pays contributeurs de troupes et prévenu contre le danger que les recommandations des diverses études sur les opérations de maintien de la paix ne restent lettre morte.  Le délégué a conclu en annonçant que sa délégation organisera, le 23 février, une manifestation parallèle sur « le rôle des femmes dans les opérations de maintien de la paix ». 

Au nom des délégations du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande (CANZ), M. MICHAEL DOUGLAS GRANT (Canada) a invité l’ONU à élaborer, de toute urgence, une stratégie claire pour améliorer visiblement et concrètement son approche de la prévention et de la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels commis par les soldats de la paix.   Dans le même temps, les États doivent faire preuve du même degré d’ambition en apportant leur soutien au programme du Secrétaire général et en contribuant à créer les conditions nécessaires au succès des efforts.

Le groupe CANZ estime que le Comité spécial doit reconnaître l’importance de la pérennisation de la paix car ce principe, qui s’applique à toutes les activités menées avant, pendant et après un conflit, est au cœur du système des Nations Unies et fait partie intégrante de la conception des opérations de maintien de la paix. 

Deuxièmement, a poursuivi le représentant, nous devons mieux définir ce qu’implique, dans la pratique, cette pérennisation de la paix pour les efforts de maintien de la paix sur le terrain et au Siège des Nations Unies, et en particulier pour le Département des opérations de maintien de la paix et celui de l’appui aux missions.  Cela vaut en particulier pour la concrétisation du lien entre maintien et consolidation de la paix, et la nécessité de comprendre comment la réforme des opérations de paix peut jouer un rôle catalyseur dans ce processus.

Cela implique aussi d’adopter de nouvelles approches pour les partenariats et d’accroître la cohérence et l’harmonisation de toutes les interactions sur le maintien de la paix des Nations Unies.  D’un point de vue national, le Canada se réjouit d’être l’hôte de la prochaine conférence ministérielle sur le maintien de la paix des Nations Unies, plus tard cette année, qui s’inscrira dans le prolongement des conférences antérieures organisées par les États-Unis et plus récemment par le Royaume-Uni.

Troisièmement, nous pouvons aider concrètement les Nations Unies à poursuivre les progrès réalisés mêmes par les missions de maintien de la paix.  De la même façon, les activités de police jouent un rôle central.  La Police des Nations Unies est l’un des principaux mécanismes favorisant l’appropriation et la continuité des efforts au niveau national, de manière à assurer le succès des missions. 

Quatrièmement, le groupe CANZ souscrit à l’utilisation accrue des nouvelles technologies et de pratiques novatrices, tout particulièrement afin d’améliorer la collecte et le partage de renseignements sur une mission en particulier.  Il s’agit d’un outil important pour la protection et la sécurité de notre personnel et pour accroître notre capacité à protéger les civils. 

Cinquièmement, le groupe CANZ estime que nous avons la responsabilité de veiller à ce que nos militaires et nos policiers soient prêts à relever les défis qui se présentent avant, pendant et après leur déploiement sur le terrain.  Nous devons nous attaquer aux menaces qui pèsent sur nos Casques bleus en améliorant les systèmes de soutien, et en particulier, les systèmes de santé.  Il est essentiel de fixer des normes strictes en ce qui concerne les services de santé à l’intention des Casques bleus.  Nous devons les respecter et aussi les dépasser.

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a rappelé, en l’approuvant, que le Groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix s’oppose à l’idée que ces opérations s’étendent à la lutte contre le terrorisme parce qu’elles ne sont pas équipées pour cela.  En tant que pays contributeur de troupes, l’Afrique du Sud souligne la responsabilité de faire en sorte que les troupes opèrent dans un environnement sûr.  Le Conseil de sécurité, a insisté le représentant, doit doter les opérations de ressources adéquates et de mandats adaptés à la spécificité de chaque environnement.  Le déploiement de la brigade d’intervention de la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC) est un exemple « crédible » du succès qu’on peut remporter face à des menaces potentielles.

Le représentant a ensuite appuyé l’appel du Secrétaire général visant à ce que l’on mette davantage l’accent sur la prévention des conflits, au moins pour éviter les opérations de maintien de la paix et humanitaires onéreuses et protéger les acquis du développement.  Il faut donc placer la prévention et la médiation au centre de la recherche de la paix et de la sécurité internationales et faire des solutions politiques l’objectif ultime de toute opération de l’ONU.  Mais, a prévenu le représentant, la paix continuera à nous échapper si nous ne reconnaissons pas le lien entre sécurité et développement.  Le représentant n’a pas manqué d’insister sur le rôle « crucial » des organisations régionales et de plaider pour un partenariat fort avec l’ONU.  Il a rappelé, dans ce cadre, que le Groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix a appelé à des mécanismes de financement soutenus, prévisibles et souples pour les opérations de l’Union africaine.  Le représentant a estimé à cet égard que le recours aux contributions de l’ONU offrent la voie la plus fiable, la plus viable et la plus prévisible pour appuyer les opérations de l’Union africaine mandatées par le Conseil de sécurité. 

M. OLIVIER MARC ZEHNDER (Suisse) a souligné, en vue des prochaines négociations les points suivants: premièrement, la résolution sur l’examen de l’architecture de consolidation de la paix des Nations Unies jette des bases solides pour renforcer la cohérence et la coopération dans le domaine de la pérennisation de la paix.  La notion de pérennisation couvre les activités permettant de prévenir le déclenchement, l’intensification, la poursuite ou la récurrence des conflits.  En raison du lien fort entre consolidation et maintien de la paix, les conclusions de l’examen du dispositif de consolidation de la paix devront être reflétées de manière adéquate dans le prochain rapport du Comité.

Le deuxième point concerne le rôle crucial de l’état de droit dans les situations où des opérations de paix pourraient être déployées: nous sommes tous conscients que les conflits ne peuvent être réglés par les moyens militaires seuls.  Diverses mesures inscrites dans les résolutions du Conseil de sécurité ainsi que dans les processus de consolidation de la paix ont contribué à la stabilisation durable d’un pays.

Le troisième point a trait au défi permanent que représentent la sûreté et la sécurité: certaines missions font face à des menaces conventionnelles et asymétriques.  Le nombre très élevé de tués et de blessés dans les rangs des soldats de la paix nous rappelle de manière tragique que des améliorations sont encore nécessaires en la matière.  Pour permettre une meilleure protection du personnel militaire, policier et civil, il est indispensable de finaliser rapidement des politiques communes en matière de sûreté et de sécurité, d’assurer une gestion intégrée de la sécurité, d’effectuer des évaluations régulières, d’entretenir le dialogue avec les pays contributeurs de contingents militaires et de police et de veiller à l’allocation de ressources et d’équipements suffisants.

Dans ce contexte, le délégué a rappelé l’importance des mesures à prendre par toutes les parties impliquées au titre de leur obligation de diligence afin d’atténuer les risques encourus par les forces de maintien de la paix.  Il a ajouté que certaines des 166 recommandations du Groupe de travail ont déjà été mises en œuvre avec succès.  Cependant, de nombreuses questions restent en suspens, en particulier celle de l’usage plus souple de toute la panoplie des opérations de paix, incluant leur financement au moyen d’un compte unique.  Des mesures créatives sont nécessaires pour que les opérations de paix soient à même de remplir leur mission.

M. JUAN SANDOVAL MENDIOLEA (Mexique) a insisté sur les solutions politiques aux conflits et la prévention.  Notre travail est de mettre en œuvre des politiques de paix et de développement durable en tenant compte des besoins des populations et des communautés.  L’autre défi est de mettre fin à l’exploitation et aux abus sexuels commis par les soldats de la paix et d’améliorer l’aide aux victimes.  S’agissant de la lutte contre le terrorisme, il a jugé nécessaire que le Secrétariat et le Conseil de sécurité consultent régulièrement les pays contributeurs de contingents avant l’élaboration des mandats.   

Mme MARÍA EMMA MEJÍA VÉLEZ (Colombie) a rappelé que la Mission d’observation des Nations Unies en Colombie a apporté beaucoup au processus de paix entre le Gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) après plus de cinq décennies de conflit armé.  Mon pays constate déjà les bénéfices de la fin de la guerre, s’est-elle félicitée.  Elle a souligné l’importance qu’il y a à ce que les opérations de maintien de la paix soient appuyées par un processus politique pour une paix durable.  Il faut une plus grande collaboration entre le Conseil de sécurité et les pays hôtes de missions, a-t-elle ajouté, proposant même un examen conjoint régulier de la mise en œuvre des mandats.  Elle a souligné le rôle des organisations régionales et sous-régionales, rappelant que quelque 400 observateurs des pays de la région sont déployés en Colombie dans le cadre du processus de paix.  Elle a également appelé à une plus grande intégration des femmes dans les opérations de maintien de la paix, soulignant que près de 40% des membres des FARC sont des femmes.  Le bien-fondé d’avoir plus de femmes dans tous les processus de paix n’est plus à prouver, a estimé la représentante.

M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) s’est opposé aussi à l’idée que les opérations de maintien de la paix s’étendent à la lutte contre le terrorisme.  Il a aussi insisté sur la prévention des conflits, invitant le Conseil de sécurité à travailler plus étroitement avec la Commission de consolidation de la paix.  Il a voulu que les rapports du Comité spécial reflètent les avis de tous les États.  « La mémoire des soldats qui ont payé de leur vie dans les opérations de l’ONU doit être une invitation à améliorer la manière dont ces opérations sont menées », a argué le représentant.

Après avoir souligné l’intensification et la sophistication des menaces asymétriques, M. GÜVEN BEGEҪ (Turquie) a souligné que le Comité spécial définit les attentes des États vis-à-vis du Secrétariat de l’ONU.  Il est donc de la plus haute importance que dans ses actions, le Secrétariat respecte le consensus qui permet aux États d’améliorer les conditions dans lesquelles opèrent les missions de l’ONU.  Les solutions consensuelles et les processus menés par les États ont plus de chance de régler efficacement les problèmes complexes et multidimensionnels auxquels les Nations Unies font face.  Parmi ces problèmes, le représentant s’est attardé sur la sûreté et la sécurité du personnel de l’ONU et la protection des civils, lesquels exigent une meilleure capacité d’adaptation et des moyens accrus pour s’attaquer aux menaces asymétriques croissantes.

À cet égard, la Turquie souligne qu’il faut faire en sorte qu’aucune action menée au nom de l’ONU ne porte atteinte à la réputation de cette dernière, à son intégrité et à son impartialité.  Après tout, le succès de l’ONU dépend de la confiance que placent en elle les nations.  En conséquence, toute action entreprise dans le cadre de la « Politique concernant les renseignements dans les opérations de maintien de la paix » doit dûment respecter la Charte, les principes de maintien de la paix et le droit international.  Les activités clandestines doivent être absolument interdites aux Casques bleus ou au personnel civil et les responsabilités doivent être établies au plus haut niveau.

Comme il est largement admis que le contre-terrorisme ne doit pas faire partie des mandats des opérations de maintien de la paix, il faut, a estimé le représentant, tracer une ligne entre une bonne appréhension de la situation pour protéger les forces de l’ONU et la collecte d’informations pour des opérations militaires de contre-terrorisme.  

Mme IRENE SUSAN BARREIRO NATIVIDAD (Philippines) a déclaré que son Gouvernement explorait de nouvelles pistes pour améliorer sa participation aux missions de maintien de la paix.  Dans le contexte régional, le maintien de la paix est un des éléments de la coopération politique et de sécurité de l’ASEAN auquel les Philippines attachent une grande importance.  Environ 4 800 policiers, conseillers militaires et troupes des pays de l’ASEAN sont déployés dans 12 missions de maintien de la paix des Nations Unies.  C’est à ce stade que la représentante a présenté les recommandations et les apports de sa délégation à certains des éléments clefs du rapport du Comité spécial. 

Concernant le cadre politique global des opérations de maintien de la paix, les Philippines appuient la recommandation du Secrétaire général pour que « les opérations de maintien de la paix soient capables de trouver les moyens de soutenir des stratégies internationales cohérentes visant à trouver un accord négocié, tout en nouant des partenariats avec les principales parties prenantes ».  Plus d’efforts doivent être investis dans les solutions politiques locales aux conflits que les opérations de maintien de la paix doivent s’efforcer de soutenir.

En matière de déontologie et de discipline et dans le contexte de la protection des civils, la déléguée a estimé que la question des abus et des exploitations sexuels doit être traitée vigoureusement par des programmes de formation robustes avant le déploiement. 

S’agissant de la sûreté et la sécurité, la déléguée a déclaré que les missions de maintien de la paix travaillent plus étroitement avec les communautés locales et les ONG nationales et internationales.  En ce qui concerne le renforcement des capacités opérationnelles, la déléguée a soutenu les appels que les États Membres ont lancés au Secrétariat pour plus de transparence dans la sélection des pays contributeurs de troupes et d’éléments de police. 

Mme MAY-ELIN STENER (Norvège) a déclaré que l’année 2017 doit être l’année de la mise en œuvre des diverses recommandations relatives au maintien de la paix.  L’adoption aux changements sur le terrain doit être la priorité, même si des goulets d’étranglement administratifs semblent freiner cet élan.  La représentante a invité les Nations Unies à renforcer leur capacité en matière de protection des civils, en ligne droite des « Principes de Kigali ».  Elle a ensuite indiqué que la Norvège a mis sur pied un manuel de prévention et de lutte contre les violences sexuelles en temps de conflit et a plaidé pour la politique de tolérance zéro en matière d’exploitation et d’abus sexuels.  Elle a par ailleurs insisté sur la protection des personnels du maintien de la paix, plaidant pour des solutions idoines au manque d’équipements de pointe chez certains pays contributeurs de troupes.  Elle a émis le vœu de voir se réaliser l’égalité des sexes à des postes de responsabilité, notamment sur le terrain.    

M. IHAB MOUSTAFA (Égypte) a insisté pour le respect du principe du consentement des parties avant le déploiement des opérations de maintien de la paix, ainsi que sur le principe de neutralité des troupes onusiennes.  Il a déploré les tentatives récentes d’élargir ou de modifier les mandats des opérations de maintien de la paix sans consulter préalablement les États hôtes.  « Une telle approche vulnérabilise les forces des Nations Unies et les personnels civils qui pourraient être assimilés à des parties au conflit », a-t-il averti.  Il a également estimé que l’usage de la force ne doit se justifier qu’en cas de légitime défense et déploré la discrimination dont sont victimes les pays fournisseurs de troupes.  Il a exigé une approche objective et non politisée qui tienne compte de la performance des troupes comme seul critère de sélection. 

M. Moustafa a, par ailleurs, salué le rôle de la composante « police » dans les opérations de maintien de la paix, soulignant son apport dans la sécurisation du pays hôte et le renforcement des capacités.  Il a enfin annoncé que sa délégation préparait une résolution sur la politique de tolérance zéro en matière d’abus sexuels avec un autre pays contributeur de troupes.  L’Égypte est également candidate pour accueillir la réunion des ministres des pays contributeurs de troupes en 2018.

M. JORGE SKINNER-KLEE (Guatemala) a regretté l’insuffisance des ressources réservées aux opérations de maintien de la paix, lesquelles sont d’ailleurs de moins en moins adaptées aux réalités sur le terrain.  L’ONU doit être cohérente, mettre un terme au travail en silo et renforcer les synergies entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de contingents.  Le représentant a appelé à combler les lacunes dans la protection des civils, en déployant par exemple des opérations plus robustes même si cette protection relève surtout de la responsabilité du pays hôte.  Après avoir dénoncé le phénomène des abus sexuels commis par des Casques bleus, il a jugé essentiel que l’utilisation de la technologie moderne dans les opérations de maintien de la paix soit conforme aux principes de la Charte.  Il faut, a-t-il insisté, en définir les aspects techniques, juridiques et financiers.  

Mme JOANNE ADAMSON, de l’Union européenne, a déclaré que l’Union européenne et ses États membres continuaient de souligner l’importance des solutions politiques aux conflits, aux causes et facteurs desdits conflits, la priorité devant être accordée à la prévention et à la médiation, compte tenu de leur faible coût par rapport à celui de la guerre.  Dans ce cadre, il faut accorder toute l’attention à la réforme du secteur de sécurité des pays où l’ONU se déploie pour assurer la pérennisation de la paix.

Pour la protection des civils aussi, la prévention est la clef, a ajouté la représentante, en appelant l’ONU à travailler avec les pays hôtes.  Pour assurer la sûreté et la sécurité du personnel humanitaire et celle du personnel de l’ONU, elle a prôné une meilleure intégration de la technologie moderne et des capacités de renseignements dans les opérations de paix.  Après avoir souligné l’attachement de l’Union européenne à l’agenda « femmes, paix et sécurité » et « jeunes, paix et sécurité », la déléguée a insisté sur l’importance de la formation pour une bonne exécution des mandats de maintien de la paix.  Former et équiper le personnel des missions avant et pendant le déploiement est la clef du succès.  Il est essentiel que les formations portent sur les droits de l’homme, la protection des enfants et la lutte contre les violences sexuelles et fondées sur le genre ainsi que les abus et les exploitations sexuels. 

Le renforcement des institutions de police, de la justice et pénitentiaires est une mesure cruciale pour sauvegarder l’état de droit et pour créer les conditions préalables à la paix et à la sécurité durables, a poursuivi la représentante.  L’Union européenne demeure un partenaire loyal non seulement par l’appui qu’elle apporte aux opérations de maintien de la paix de l’ONU mais aussi par le déploiement de ses propres missions.  L’Union européenne a ainsi pu partager le fardeau au Mali, en République centrafricaine, en Somalie et dans les Balkans.  L’Union européenne et l’ONU ont approfondi leur coopération grâce à leur Partenariat stratégique 2015-2018 sur le maintien de la paix et la gestion des crises.  L’Union est également engagée à aider l’Afrique à gérer sa propre sécurité.  Elle continue de militer pour une meilleure définition du rôle des organisations régionales dans les interventions de l’ONU pour faciliter les déploiements rapides, compléter les opérations, voire combler les faiblesses logistiques.

Les opérations de maintien de la paix fonctionnent au mieux quand il y a une paix à maintenir, a souligné Mme MALEEHA LODHI (Pakistan).  Leur succès dépend d’une action politique robuste menant à des solutions politiques.  La représentante a insisté sur la différence « fondamentale » entre maintien et imposition de la paix et a prévenu que s’aventurer dans des zones grises pourrait semer la confusion, éroder la neutralité des Casques bleus et compromettre la réputation et le succès d’une mission, sans oublier les risques pour le personnel.  La décision de déployer une mission doit se faire sur la base de consultations, d’une bonne préparation et d’une bonne connaissance de la situation de terrain.  En tant que principales parties prenantes, les pays contributeurs de troupes doivent être dûment consultés et leurs avis dûment pris en compte qu’il s’agisse de la configuration d’une mission ou de nouvelles idées.  Un examen approfondi des modalités de la coopération triangulaire entre les contributeurs de troupes, le Conseil de sécurité et le Secrétariat de l’ONU doit être mené, a ajouté la représentante.

Nous devons agir, a-t-elle insisté, de manière crédible, fournir les ressources qu’il faut aux opérations et mettre en place des mécanismes de suivi justes, réalistes et permanents pour l’actualisation des coûts des troupes et le remboursement des pays contributeurs.  La représentante a d’ailleurs plaidé pour une meilleure représentation de ces pays dans les postes de haut niveau au Siège comme sur le terrain.  Les politiques, stratégies et concepts nouveaux doivent être examinés au niveau intergouvernemental, a-t-elle conclu.  Le Comité spécial est le seul organe qui a reçu de l’Assemblée générale le mandat d’examiner les opérations de maintien de la paix.  Il faut donc que le Secrétariat évite d’élaborer de nouvelles politiques sans les soumettre au préalable à l’approbation du Comité.  Quand le Pakistan s’exprime au Comité, a encore dit la représentante, il le fait en sa qualité de contributeur de troupes le plus ancien, le plus important et le plus constant.  Il le fait en sa qualité d’acteur important et de leader très expérimenté.

M. LIU JIEYI (Chine) a insisté sur les principes de la Charte qui doivent sous-tendre toutes les opérations de maintien de la paix, dont le consentement des parties.  Lorsqu’un pays hôte réclame le retrait d’une opération, le Conseil de sécurité doit se sentir dans l’obligation d’établir un calendrier à la lumière des réalités dans le pays et des possibilités des pays contributeurs.  À son tour, le représentant a appuyé les conclusions du Groupe de travail selon lesquelles les opérations de maintien de la paix ne devraient pas s’étendre à la lutte contre le terrorisme.  Il s’est plutôt dit favorable au renforcement des capacités de prévention et à cet égard, il a pointé le doigt vers le potentiel de la Commission de consolidation de la paix.  Il est aussi nécessaire de donner une liberté d’action au Comité spécial et au Secrétariat.  Le représentant a conclu en prônant une coopération accrue avec l’Union africaine, sans oublier d’appeler le Secrétariat à la transparence quand il s’agit de la formation des contingents, de l’affectation des ressources et de la définition des mandats.      

M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay) a rappelé que son pays a déployé 43 800 hommes depuis 70 ans notamment en Haïti et en République démocratique du Congo (RDC).  Il a souhaité que l’Accord politique en Haïti soit le plus rapidement mis en œuvre et qu’en RDC, le pays s’avance vers l’organisation des élections avant la fin de cette année.  Tirant les leçons de l’envoi de troupes uruguayennes en Afrique notamment au Soudan du Sud, le représentant a conclu qu’au bout du compte c’est aux parties de respecter les accords conclus.  Il a, par ailleurs, jugé regrettable que la priorité accordée à la protection des civils ne soit pas toujours reflétée dans l’affectation des moyens financiers et logistiques.  L’ONU devrait être comptable de ses actes s’agissant de la protection des civils, a-t-il estimé, jugeant qu’au Mali, la  Mission devrait adopter une position plus proactive face aux attaques asymétriques contre les populations civiles.   

M. FRANCISCO TENYA HASEGAWA (Pérou) a salué le fait que le Secrétaire général ait pris à son compte la plupart des recommandations du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix.  Il a insisté sur le concept de « paix durable », précisant que la recherche de la paix est un processus permanent.  Il a appelé au respect des principes de la Charte et s’est félicité de la priorité accordée à la protection des civils, arguant que le rapprochement entre les troupes et la population serait utile pour renforcer la confiance mutuelle.  Il n’a pas manqué d’appuyer la politique de tolérance zéro s’agissant des abus sexuels commis par le personnel de l’ONU sur le terrain.  

M. ORGROB AMARACHGUL (Thaïlande) a déclaré que son pays a déployé plus de 20 000 personnels de maintien de la paix depuis 1950.  Les contextes sécuritaires évoluent et l’ONU doit également s’adapter aux changements et faire preuve d’ouverture d’esprit, a-t-il préconisé, en appelant par exemple à la modernisation des capacités.  La Thaïlande a adopté une approche de maintien de la paix basée sur le lien entre sécurité, droits de l’homme et développement.  « La paix n’est possible que lorsqu’on peut assurer le bien-être des populations locales », a-t-il affirmé.  C’est fort de ce constat que les soldats de la paix de la Thaïlande contribuent à la vie des communautés locales en partageant leurs meilleures pratiques dans les domaines de l’agriculture, de la santé et de la gestion des ressources en eau, aussi bien dans des villages du Timor-Leste, d’Haïti que du Darfour.

La Thaïlande estime également qu’une plus grande implication des femmes dans les processus de paix devrait donner de meilleurs résultats.  M. Amarachgul a relevé que l’utilisation de nouvelles technologies pourrait accroître les capacités des opérations de maintien de la paix, nonobstant certaines craintes légitimes portant sur leur coût et leurs implications juridiques. 

M. TANMAYA LAL (Inde) a rappelé que le rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix et celui du Secrétaire général sur la mise en œuvre appellent à une réforme urgente et à un changement de mentalités au sein du système des Nations Unies et chez les décideurs.  Toutefois, près de deux ans plus tard, les progrès se font toujours attendre.  Passant en revue ces deux rapports, le représentant a dit avoir constaté que les attaques contre les soldats de la paix sont souvent provoquées par les opérations offensives que ces derniers sont amenés à entreprendre.  La mise en œuvre de mandats robustes, a-t-il prévenu, est une tâche complexe comportant des risques et produisant des résultats pour le moins incertains, sans compter qu’elle brouille l’image d’impartialité des Nations Unies et qu’elle mène à des dommages collatéraux imprévus.  Le recours à la technologie moderne est à saluer mais il doit se faire avec des garanties pour apaiser les préoccupations légitimes des pays hôtes et de leurs voisins.

Plus grande contributrice de troupes avec près de 200 000 soldats déployés dans 50 des 71 opérations lancées depuis 60 ans, y compris 13 des 16 missions actuelles, l’Inde, qui a en outre perdu 168 soldats en tout, est on ne peut plus consciente de la complexité du maintien de la paix.  Elle sait que les interventions militaires, si faciles soient elles, sont pourtant très peu susceptibles de mener à une paix durable, comme en témoignent d’ailleurs les opérations qui perdurent depuis plusieurs décennies.  Au bout du compte, aider les pays à édifier des institutions démocratiques et à travailler au développement durable est essentiel à une paix durable.

Mme MICHELE J SISON (États-Unis) a salué les mesures prises pour améliorer la sécurité des soldats de la paix et accroître leurs ressources.  Elle a appuyé une plus grande délégation d’autorité dans ce domaine, ce qui était particulièrement important pour répondre aux urgences médicales.  Les États-Unis poursuivront leurs partenariats avec les pays contributeurs de contingents par le biais de la formation et de consultants.  Ils pensent qu’il faut faire plus pour rendre le maintien de la paix « plus agile ».  La représentante a donc espéré des progrès substantiels dans la mise en œuvre des réformes demandées.  L'élaboration de lignes directrices et d’un vocabulaire commun est essentiel, a estimé Mme Sison qui a dit attendre avec intérêt l’amélioration des normes de déontologie et de discipline, conformément au droit international humanitaire et au droit de l’homme.  Les États-Unis ont hâte de travailler avec le Comité spécial pour donner corps à l’engagement mutuel en faveur de la paix et de la sécurité internationales.

Mme ANAYANSI RODRÍGUEZ CAMEJO (Cuba) a mis en garde sur l’usage nouveau de l’expression « opérations de paix » par les experts du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix des Nations Unies, ainsi que par certaines délégations et le Secrétariat de l’ONU.  Cette mutation d’« opérations de maintien de la paix » à « opérations de paix » n’est pas qu’une simple modification linguistique: elle a une implication de fond que les États Membres doivent dûment examiner.  

Les opérations de maintien de la paix doivent se fonder sur les principes de la Charte, et la création de nouvelles opérations plus complexes ne saurait faire oublier la nécessité de cibler les causes profondes des conflits.  Les opérations ne sauraient être une fin en soi.  Elles sont une mesure temporaire censée créer un cadre de paix et de sécurité favorisant une stratégie à long terme de développement socioéconomique durable.

Mme Rodriguez Camejo a rappelé que l’utilisation des nouvelles technologies dans les opérations de maintien de la paix devrait se faire au cas par cas et dans le respect des principes de la Charte, notamment la souveraineté nationale et le consentement du pays hôte.  Elle s’est donc dite surprise de voir le Secrétariat envoyer des invitations aux États Membres pour les former à l’utilisation de drones et au renseignement alors même qu’aucun cadre juridique n’a été approuvé par les États.  La technologie moderne doit compléter et non remplacer les troupes sur le terrain.  Elle a donc appelé à des consultations plus soutenues entre le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les pays contributeurs de contingents.

M. TAKESHI AKAHORI (Japon) a rappelé que le Japon a soutenu un programme de formation de 1 200 membres du personnel onusien aux systèmes de communication.  Le Japon a également établi un programme de formation en ligne sur la prévention des abus et de l’exploitation sexuels.  Ce programme pourrait servir d’outil à l’ONU, a-t-il estimé, avant d’ajouter que son pays a également soutenu un projet commun des Département du maintien de la paix et de l’appui aux missions visant à améliorer la contribution de la composante civile des missions.  Le représentant a, en outre, estimé que les méthodes de travail du comité des 34 doivent être repensées.

M. ISSA KONFOUROU (Mali) a déclaré que la réforme des opérations de maintien de la paix des Nations Unies revêt une importance particulière pour son pays qui est à la fois fournisseur de contingents et hôte de l’un des plus grandes missions depuis juillet 2013.  Le délégué qui a évoqué la visite d’une délégation du Comité spécial au Mali en novembre 2016, a dénoncé le fait que les dispositions pertinentes de la résolution 2295 (2016) tardent à se matérialiser sur le terrain notamment en ce qui concerne le cantonnement, le désarmement, la démobilisation et la réinsertion (DDR). 

Il a dès lors souligné la nécessité de renforcer les capacités de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) en matière d’équipements, de manière à lui permettre d’accomplir normalement son mandat et d’accompagner le Gouvernement du Mali dans le rétablissement progressif de son autorité sur l’ensemble du territoire national.

Le représentant a aussi dit que pour atteindre ses objectifs, la nouvelle doctrine fondamentale du maintien de la paix doit prendre en compte, lors de la formulation des mandats, le contexte et l’environnement de déploiement des missions.  Les mandats doivent être adaptés aux besoins du terrain afin de permettre aux missions de paix de répondre plus efficacement aux crises complexes à travers le monde et d’être à la hauteur de la confiance qui leur est accordée.

Les opérations de maintien de la paix doivent aider à trouver des solutions politiques aux conflits.  C’est pourquoi, l’action de l’ONU doit être conçue et menée de façon à aider les parties aux conflits à parvenir à un règlement politique.  Cette approche requiert la coopération entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales qui ont une meilleure connaissance des causes, des enjeux, des acteurs et des solutions des situations de conflit.

Aussi, dans le cadre de leurs mandats, les missions de paix doivent accompagner la mise en œuvre des accords politiques conclus et soutenir les activités de consolidation de la paix, afin d’aider à la fourniture des dividendes de paix, de mettre en place les bases solides d’un développement économique et social durable dans les pays en crise.

En outre, il est important de prévoir, au moment de la création des opérations de paix, des stratégies de sortie de missions de paix, en privilégiant le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité des pays hôtes, de manière à leur permettre d’assurer la relève et d’accomplir pleinement et efficacement leurs fonctions régaliennes.

Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) a dit que le temps de l’action a sonné, celui de mettre en œuvre les recommandations des deux rapports qui réunissent aujourd’hui les États Membres.  Il faut renoncer au débat sans fin sur des questions superficielles et se concentrer sur la mise en œuvre pratique et le suivi des recommandations.  Ravie de l’engagement du Secrétaire général à mettre en œuvre les recommandations du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix, la déléguée a indiqué qu’il a besoin de l’approbation des États Membres s’agissant des questions importantes relatives aux structures et aux finances. 

Les Nations Unies ne peuvent pas seules faire face aux défis de la paix et de la sécurité, a-t-elle prévenu.  La représentante a donc souligné l’importance des partenariats stratégiques entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales, en particulier l’Union africaine.  Lors de sa visite en Afrique le mois dernier, a-t-elle indiqué, le Secrétaire général a eu des discussions fructueuses avec les chefs d’État et de gouvernement africains sur la réforme des opérations de maintien de la paix.  Il a très bien compris les questions et les préoccupations des dirigeants africains sur un soutien financier et logistique durable et flexible aux opérations de l’Union africaine autorisées par le Conseil de sécurité.  « Nous aimerions qu’il se consacre à cette question sérieusement et vienne avec des propositions concrètes sur la manière d’avancer », a dit Mme Hailu.

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