La réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur la situation à Alep est marquée par de profondes divergences entre les pays occidentaux et la Fédération de Russie

CS/12533
25 septembre 2016
7777e séance – matin  

La réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur la situation à Alep est marquée par de profondes divergences entre les pays occidentaux et la Fédération de Russie

L’Envoyé spécial de l'ONU, M. Staffan de Mistura, assure que l’ONU n’abandonnera jamais le peuple syrien

Réuni en urgence à la demande de la France, des États-Unis et du Royaume-Uni, pour examiner les derniers développements tragiques de la situation en Syrie et notamment à Alep, le Conseil de sécurité a été ce dimanche, 25 septembre, le théâtre d’un nouvel affrontement verbal entre les États-Unis, le Royaume-Uni et la France d’une part, et la Fédération de Russie d’autre part.  D’autres membres du Conseil, comme l’Égypte, l’Angola ou le Venezuela, ont, quant à eux, affirmé que la Syrie ne saurait continuer d’être la scène d’un affrontement par procuration entre puissances régionales ou internationales. 

« Ce sont des jours terribles pour la Syrie », a déclaré l’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, M. Staffan de Mistura, qui, quatre jours seulement après une réunion du Conseil de sécurité au niveau ministériel sur la même question, est venu présenter les tous derniers développements, marqués par ce qu’il a considéré comme une intensification « sans précédent » des attaques.  Faisant état de l’utilisation de bombes incendiaires et de bombes capables de percer des bunkers, il a répété que le recours à de telles armes dans des zones à forte concentration de civils constitue des crimes de guerre, avant de dresser un tableau apocalyptique des souffrances de la population civile.

L’Envoyé spécial a estimé que ni le bombardement américain de Deir ez-Zor contre les forces syriennes, ni l’attaque menée contre le convoi humanitaire du Croissant-Rouge syrien ne sauraient justifier cette violence sans précédent.  Il a rappelé que l’accord conclu le 9 septembre entre les coprésidents du Groupe international de soutien pour la Syrie (GISS) –États-Unis et Fédération de Russie- était compliqué et avait pris du temps.  Mais, a-t-il ajouté, les premiers jours, il avait réellement permis d’améliorer la situation de la population, qui était même ressortie dans les rues de l’est d’Alep pour se réjouir.  Avertissant que la reconquête d’Alep ouvertement souhaitée par le Gouvernement syrien impliquerait des combats de rue sanglants et destructeurs, l’Envoyé spécial a répété, une nouvelle fois, qu’il ne pourrait y avoir de solution militaire à Alep, ni en Syrie.  Il faut donc un cessez-le-feu et une solution politique crédible.  En même temps, a-t-il déploré, la confiance a été sapée, tout en disant vouloir croire, « en tant qu’Envoyé naïf des Nations Unies », que les auteurs de l’accord y croyaient réellement qu’ils l’ont signé.  Le conflit ne pourra pas être résolu sans l’aide des coprésidents du GISS, a répété M. de Mistura, qui a rappelé que l’accord du 9 septembre concerne non seulement Alep mais aussi toute la région.  « Les petits progrès réalisés ne doivent pas être enterrés sous les débris d’Alep », a-t-il imploré, tout en refusant de toute idée de démission.  Un tel geste, a-t-il estimé, reviendrait à dire que la communauté internationale abandonne les Syriens.  « Nous n’abandonnerons jamais le peuple syrien », a-t-il affirmé.

Lors du débat, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande s’en sont vivement pris à la Fédération de Russie.  La représentante des États-Unis, qui a rappelé que son pays avait aussitôt reconnu son « erreur » concernant la frappe aérienne de Deir ez-Zor et avait présenté ses excuses, a accusé la Russie d’abuser du « privilège historique » que lui confère son siège permanent au Conseil de sécurité.  Il est grand temps, a-t-elle rappelé, de dire qui mène les frappes qui tuent les civils.  Le représentant britannique a accusé la Russie d’avoir « noué un partenariat » avec le régime syrien pour commettre des crimes de guerre » et ces deux pays de s’être « enfoncés dans de nouveaux abîmes », alors que la représentante de la Nouvelle-Zélande dénonçait « un véritable carnage dans l’est d’Alep » provoqué par « des avions syriens qui, de toute évidence, intervenaient avec le soutien de la Russie ».  Enfin, le représentant de la France, qui a comparé Alep à « ce que Sarajevo fut pour la guerre en ex-Yougoslavie », a dit attendre de la Russie la preuve qu’elle est véritablement disposée à cesser de soutenir l’option militaire et qu’elle voulait rechercher une solution négociée avec tous les moyens dont elle dispose. 

Le représentant de la Fédération de Russie a répliqué en appelant à établir les faits avant de porter des accusations concernant les attaques à Alep et affirmé que les frappes menées à l’est de la ville visaient des combattants terroristes du Front el-Nosra.  Il a également rejeté la non–application de l’accord du 9 septembre sur l’opposition syrienne et reproché à la partie américaine de n’avoir pas, elle non plus, contribué à sa mise en œuvre, préférant maintenir les capacités militaires des groupes armés présents sur le terrain et pratiquer un « unilatéralisme » doublé de voltefaces.

La reprise du processus politique a été demandée par la Fédération de Russie, comme par plusieurs autres membres du Conseil, qui ont une nouvelle fois demandé aux pays qui ont une influence sur les parties d’en faire usage.  Ainsi, le représentant de l’Uruguay a salué le courage de M. de Mistura en le qualifiant de « héros ».  Il a cependant fait remarquer que l’Envoyé spécial ne pouvait rien faire de plus tant que « la Fédération de Russie et les États-Unis ne redoublent pas d’efforts pour relancer le processus en Syrie ».  Ces pays ont donc demandé que soit appliqué l’accord du 9 septembre car seul un cessez-le-feu immédiat peut permettre d’améliorer l’accès humanitaire, la protection des civils et de reprendre le processus politique.  Certains ont toutefois exigé des clarifications.  L’Angola juge ainsi essentiel de séparer les groupes terroristes de l’opposition, et l’Espagne a affirmé qu’« aucune ambiguïté ne sera tolérée ».  Les membres du Conseil ont également insisté sur la nécessité d’un accès humanitaire à Alep.

Réagissant à ces interventions, le représentant de la République arabe syrienne a tenu à préciser que son gouvernement entendait reprendre toute la ville d’Alep, « une des deux villes principales de la Syrie avec Damas, qui est sa capitale ».  Il a accusé les pays occidentaux d’avoir voulu, en demandant cette réunion, envoyer un signal de soutien politique au Front el-Nosra.  Il a également démenti tout usage par l’armée syrienne d’armes interdites et décrit le bombardement américain de Deir ez-Zor comme étant une « tentative délibérée de saboter l’accord du 9 septembre.  Le Gouvernement syrien, a-t-il assuré, s’est engagé à parvenir à un accord politique, mais « grâce à des pourparlers intra-syriens » et non du fait de pressions extérieures.  Il a rejeté l’idée de négocier avec des terroristes, même « génétiquement modifiés ».  Le Gouvernement est prêt à discuter avec un ensemble spécifique de membres de l’opposition, « ceux qui ont confiance dans l’avenir de la Syrie, et pas des personnes qui viennent pour passer la nuit dans des hôtels cinq étoiles ».

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Exposé

M. STAFFAN DE MISTURA, Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, a parlé de « jours terribles » pour la Syrie et la population d’Alep en particulier, en précisant que la semaine écoulée avait été une des pires pour le pays depuis le début du conflit il y a six ans.  Il a rappelé qu’il avait déjà déploré mardi devant le Conseil de sécurité que l’accord, conclu le 9 septembre entre les coprésidents du Groupe international de soutien pour la Syrie (GISS), ait été menacé.  Il a rappelé le bombardement américain de Deir ez-Zor contre les forces syriennes, en notant que les États-Unis avaient reconnu qu’ils avaient commis une erreur, et l’attaque menée contre le convoi humanitaire du Croissant-Rouge syrien. Mais aucun de ces deux incidents ne peut justifier la recrudescence d’une violence sans précédent, a-t-il ajouté.

Après l’accord du 9 septembre, accord « compliqué qui a pris du temps », a rappelé M. de Mistura, le cessez-le-feu, entré en vigueur trois jours plus tard, a réellement permis de faire baisser la violence et on a vu les gens sortir et se réjouir dans les rues de l’est d’Alep, alors que des frappes aériennes se poursuivaient en dehors de la ville.  Mais lorsque le Gouvernement syrien a déclaré la fin du cessez-le-feu le 19 septembre, on a appris que des frappes aériennes et des attaques au baril d’explosifs avaient repris dans l’est d’Alep, où il y a une forte concentration de la population civile.

Depuis le 19 septembre, on constate une détérioration quotidienne de la situation à Alep, a poursuivi l’Envoyé spécial, qui a fait état de frappes aériennes, notamment samedi 24 septembre, contre des quartiers résidentiels.  Les secours semblaient débordés et incapables de gérer la situation, a-t-il ajouté.  Trois des centres gérés par les Casques blancs à Alep auraient été touchés et les secours ne parviennent même plus à sortir les victimes des décombres, du fait de la destruction du matériel de la défense civile.  M. de Mistura a indiqué que  quelque 213 personnes avaient été tuées dans la province d’Alep, dont des dizaines d’enfants, tout en reconnaissant n’avoir pas de chiffres de sources indépendantes.  Il a toutefois jugé « sans précédent » les attaques, en faisant état de bombes incendiaires, de bombes capables de percer des bunkers, et a affirmé qu’on avait pu voir des cratères bien plus larges que ceux causés par les bombardements précédents.  L’Envoyé spécial a répété une nouvelle fois que l’utilisation de telles armes dans des zones à forte concentration de civils pouvait constituer des crimes de guerre.  Il a ajouté qu’un centre des Nations Unies avait été touché par deux tirs de la part de l’opposition.

M. de Mistura a rappelé que ce sont 272 000 personnes dans l’est d’Alep qui sont de facto soumis à un siège depuis 20 jours, alors que les réserves de nourriture ne suffisent que pour 60 000 personnes et qu’on ne peut les reconstituer.  Les boulangeries sont prises pour cibles et on ne trouve du pain que trois fois par semaine, s’est indigné l’Envoyé spécial.  Le carburant manque également.  Le PAM dispose d’un convoi de 40 camions prêts chaque matin capable de venir en aide à 130 000 personnes.  Or, ce convoi n’a jamais pu démarrer car il n’a jamais reçu de garanties, de la part de chacune des parties qui, de toute évidence, incitaient au blocage du convoi, a-t-il accusé.  Il a également rappelé que 2 millions de personnes n’avaient plus accès à l’eau potable.  La population d’Alep est donc exposée aux épidémies de maladies transmises par l’eau.  L’Envoyé spécial a donc demandé au Conseil d’insister pour assurer la protection des civils, pour qu’il y ait chaque semaine une pause humanitaire de 48 heures et pour assurer des évacuations médicales d’urgence.

Revenant à la situation militaire sur le terrain, l’Envoyé spécial a constaté la volonté du Gouvernement syrien de reconquérir Alep.  Pourtant, a-t-il fait remarquer, le Gouvernement avait annoncé sa volonté d’éradiquer le terrorisme sans toucher la population civile.  Les civils continuent d’être la cible d’attaques aériennes et meurent en grand nombre.  Il a fait état d’informations selon lesquelles plus de la moitié des combattants à l’est d’Alep appartiendrait à l’organisation, Front el-Nosra, et de l’utilisation d’infrastructures médicales à des fins militaires.  La seule chose qui est sure, c’est qu’il n’y aura pas de victoire militaire et que le peuple syrien est le grand perdant, a averti M. de Mistura, qui a estimé que la conquête d’Alep impliquerait des combats de rue sanglants et destructeurs.

La solution militaire est impossible à Alep comme en Syrie, a martelé l’Envoyé spécial, pour qui il faut un cessez-le-feu et une solution politique crédible.  En même temps, la confiance a été sapée, a-t-il dit, avant s’ajouter qu’il voulait croire, « en tant qu’Envoyé naïf des Nations Unies », que MM. Kerry et Lavrov voulaient croire à leur accord le 9 septembre.  Il s’est dit prêt à informer de nouveau le Conseil de sécurité mais il a rappelé la responsabilité de ce dernier à assurer la cessation des hostilités sans tarder.  Le conflit ne pourra pas être résolu sans l’aide des coprésidents du GISS, a répété M. de Mistura, qui a rappelé que l’accord du 9 septembre concernait non seulement Alep mais aussi toute la région.  « Je vous en prie, élaborez un plan d’action commun pour que les hostilités en Syrie prennent fin », a-t-il imploré.  « Les petits progrès réalisés ne doivent pas être enterrés sous les débris d’Alep. »

Faisant allusion aux appels de certains à sa démission pour lancer un « signal fort », M. de Mistura a affirmé qu’il continuerait de rejeter cette option, car ce « signal fort » serait vite oublié et reviendrait en fait à dire que la communauté internationale abandonne les Syriens.  Nous n’abandonnerons jamais le peuple syrien, a-t-il conclu.

Déclarations

Mme SAMANTHA POWER (États-Unis) a dénoncé l’offensive aérienne lancée au cours des 72 heures par le Gouvernement syrien et ses alliés russes contre Alep, parachevant la destruction d’une ville martyre.  « Le régime Assad ne croit qu’en une solution militaire »: au lieu d’œuvrer pour la paix, la Russie et Bachar Al-Assad ont choisi la guerre.  Anticipant les justifications selon lesquelles ces attaques participeraient à la lutte antiterroriste, la représentante a rappelé que de nombreuses victimes avaient été faites parmi les civils, dont des enfants.  Alep continue d’être assiégée alors que nous ne réunissons pas aujourd’hui à imposer une cessation des hostilités, a poursuivi Mme Power, qui a fait état de la destruction d’infrastructures de base, notamment d’hôpitaux, et des nombreux blessés ne cessent d’affluer dans ces hôpitaux.  Les patients qui ont besoin d’un traitement en dehors de la ville sont pris au piège, a-t-elle souligné.

Nous pensons que tout doit être mis en œuvre pour rétablir la cessation des hostilités et retrouver le chemin de la transition politique.  « On ne peut pas mener d’offensive militaire massive tout en se disant pour la paix », a tranché la représentante.  Mercredi dernier, le Ministre russe des affaires étrangères, M. Sergey Lavrov, a déclaré que son pays avait toujours été en faveur d’une solution pacifique au conflit syrien.  La Russie va, sans aucun doute, accuser les États-Unis d’être responsables de cette situation, en s’appuyant sur la frappe aérienne accidentelle du 17 septembre imputable aux États-Unis, « et pour laquelle nous avons présenté des excuses et engagé une enquête ».  Pour Mme Power cependant, il est temps de dire qui mène ces frappes, « qui tue les civils ».  La Russie abuse du « privilège historique » que lui confère son siège au sein du Conseil de sécurité, a-t-elle dit.  L’Histoire jugera durement ces membres du Conseil qui restent silencieux devant le carnage.  Vendredi dernier, des images de frappes aériennes contre Alep ont été diffusées par les médias, dont une où l’on voit une enfant littéralement enterrée vivante sous les décombres.  « Elle s’appelle Rohan. »  On pourrait se réjouir de la savoir rescapée de l’attaque, a fait observer Mme Power.  Pourtant, tous les membres de sa famille ont perdu la vie.  « Quelles sont les chances de cette petite fille? » a-t-elle demandé.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a expliqué que son gouvernement avait convoqué cette session d’urgence parce que les images qui nous parviennent d’Alep depuis 24 heures marquent un nouveau tournant dans le conflit syrien.  « Elles témoignent d’un degré de violence sans doute encore jamais atteint en cinq années de conflit et viennent d’être corroborées par l’exposé de l’Envoyé spécial », a-t-il accusé.  Alep est aujourd’hui une ville martyre et représente pour le conflit syrien « ce que Sarajevo fut pour la guerre en ex-Yougoslavie », « un nouveau Guernica ».  Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, 101 civils, dont de nombreux enfants, ont été tués, « en trois jours », dans les bombardements du régime, a déploré le représentant.  « Horrifiée » par cette nouvelle surenchère militaire du régime syrien, « qui s’acharne à faire tomber Alep avec ses soutiens », la France a dénoncé l’usage systématique d’un nouveau type d’armement incendiaire et de munitions perfectionnées permettant de perforer des bunkers et de causer l’effondrement d’un immeuble entier en un seul impact.  Comme l’a rappelé le Secrétaire général hier, a souligné l’Ambassadeur Delattre, l’usage indiscriminé et systématique de telles armes dans des zones peuplées par des civils est constitutif de crimes de guerre. 

Si nous ne faisons rien pour empêcher la destruction totale d’Alep, cette semaine demeurera dans les mémoires comme celle qui a vu échouer la diplomatie et triompher la barbarie et la brutalité, a-t-il prévenu.  Aujourd’hui, sauver Alep doit être notre priorité, en appliquant immédiatement l’accord conclu entre la Russie et les États-Unis, qui est « notre seul espoir ».  La France demande également la mise en place d’un mécanisme robuste de surveillance de la cessation des hostilités qui, seul, permettra de recréer la confiance nécessaire et d’assurer la consolidation de la trêve, d’abord à Alep puis sur l’ensemble du territoire.  Pour le représentant de la France, le Conseil de sécurité se trouve aujourd’hui à un moment de vérité et doit se montrer à la hauteur de ses responsabilités.  Nous attendons de la Russie qu’elle donne la preuve de sa réelle disposition à cesser de soutenir l’option militaire et de vraiment rechercher une solution négociée au conflit syrien avec tous les moyens dont elle dispose. 

M. MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni) a rappelé que les habitants d’Alep étaient des « syriens ordinaires » victimes d’une cruauté systématique sans précédent qui, selon lui, dépasse clairement les capacités aériennes du régime syrien à lui seul.  Il a accusé « le régime syrien et la Russie » de s’être « enfoncés dans de nouveaux abîmes » pour faire régner l’enfer à Alep, en dressant une vision apocalyptique de la situation sur le terrain.  Nul ne peut nier que la Russie a noué un partenariat avec le régime syrien pour commettre des crimes de guerre, a accusé le représentant, qui a parlé à plusieurs reprises des attaques chimiques menées par le régime syrien.  Il y a quatre jours, a-t-il rappelé, le Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, M. Sergey Lavrov, avait énoncé les engagements de la Russie.  On voit le résultat aujourd’hui, a-t-il noté.

Pour M. Rycroft, la Russie devrait faciliter et non entraver l’acheminement de l’assistance humanitaire, et elle devrait créer et non détruire les conditions d’un accord politique.  À défaut, elle ne pourra que confirmer son statut de « paria international ».  Il a accusé la Russie d’être dépourvue de toute crédibilité.  Certes, la Syrie abrite des terroristes qu’il faut détruire.  Mais les frappes aériennes menées par la Russie ne prennent pas seulement pour cibles des terroristes, elles tuent également des dizaines de civils syriens, a soutenu M. Rycroft, qui a cependant fait remarquer que le régime syrien avait tué plus de civils syriens que Daech et le Front el-Nosra réunis.

Le peuple syrien n’oubliera jamais que la Russie a soutenu un dictateur qui fait la guerre à sa population, a poursuivi le représentant.  Il n’oubliera pas non plus l’inaction de la communauté internationale, une inaction dont le représentant britannique a rendu responsables la Russie et le veto exercé à quatre reprises sur la situation en Syrie au sein du Conseil de sécurité ces dernières années.  Ces décisions discréditent la diplomatie, a accusé le représentant, qui a estimé qu’il faut maintenant agir.  « Que pouvons-nous faire pour lever le siège et permettre l’acheminement à Alep de l’aide humanitaire? » a ajouté le représentant.  Ce n’est qu’en agissant en ce sens que la Russie « pourra compenser son action déplorable en Syrie », a-t-il dit.

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a déclaré qu’en 2011, Washington et plusieurs autres capitales occidentales avaient décidé de poursuivre « leurs manœuvres géopolitiques » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, « un processus qui avait commencé avec l’invasion criminelle de l’Iraq en 2003 par les États-Unis et le Royaume-Uni ».  Ils ont continué à donner des « coups de hache » en Libye et en Syrie et n’ont pas hésité à accepter l’appui de groupes terroristes.  Les conséquences inévitables –la désintégration des deux pays et la création de millions de réfugiés– ont été passées par profits et pertes comme un « désagrément imprévu », a lancé le représentant.  Le résultat, a-t-il estimé, c’est que des centaines de groupes armés opèrent en Syrie, le pays est bombardé « par n’importe qui s’en sent l’envie » et le rétablissement de la paix est devenu presque impossible.

Des mois de travail par les experts russes et américains sous les auspices du Ministre russe des affaires étrangères et du Secrétaire d’État des États-Unis, avec la participation des Présidents des deux pays, ont abouti à un plan détaillé qui, s’il avait été appliqué de bonne foi, aurait pu nous permettre d’apaiser la situation sur le terrain, d’améliorer considérablement la situation humanitaire et d’amorcer une reprise des négociations entre Syriens sous l’égide des Nations Unies, a fait remarquer l’Ambassadeur Churkin.  Mais, a-t-il regretté, le début de la mise en œuvre du plan n’a cessé d’être reporté en raison des « actes de sabotage inadmissibles commis par l’opposition ».  Les États-Unis ont reconnu qu’ils étaient incapables d’exercer une influence sur les groupes sous leur tutelle, et donc de « distinguer les groupes modérés des terroristes et les séparer sur le terrain ».  « C’était écrit noir sur blanc dans tous les documents.  Mais rien n’a été fait.  Même sur la question de la définition des groupes terroristes, il y a eu énormément de flou, ce qui laisse entendre que l’objectif principal demeure de maintenir la capacité militaire des opposants au Gouvernement de la Syrie, quels qu’ils soient », a accusé le représentant russe.

Par ailleurs, on ne cesse de poser de nouvelles conditions et de lancer des ultimatums qui changent à une « vitesse vertigineuse », assurant que les demandes de cessez-le-feu, « parfois pendant 48 heures, parfois pendant 72 », sont devenues « monnaie courante ».  « Résultat des courses », les militants se sont regroupés, ont reçu des renforts et lancé de nouvelles offensives, a martelé le représentant.  Ensuite, a-t-il dit, il a été exigé que le Gouvernement syrien cesse unilatéralement, en tant que condition préalable, les vols de ses forces aériennes.  On nous a d’abord dit que ce serait pour trois jours, et nous y avons consenti.  Ensuite, « on a dit non », le Président des États-Unis aurait changé d’avis et il était alors question de sept jours.  Ces manœuvres tactiques ne peuvent se poursuivre indéfiniment.  Nous ne consentirons plus à aucune mesure unilatérale, a-t-il martelé.

Le bombardement des positions de l’armée syrienne défendant la ville de Deir ez-Zor contre les terroristes de Daech, bombardement qui a été mené par les « forces de la coalition et plus précisément, par les forces britanniques », a porté un sérieux coup aux accords, a estimé M. Churkin.  Par ailleurs, s’agissant du bombardement du convoi humanitaire, la Fédération de Russie en aurait entendu parler pour la première fois de la part du Secrétaire d’État américain, assurant que deux avions russes se seraient trouvés « pendant quelques minutes » à proximité de la zone que traversait le convoi.  « Il nous a dit de ne pas nous inquiéter et qu’il n’allait pas rendre publique cette information, car il fallait d’abord établir les faits. »  Or, le lendemain, le Secrétaire d’État a fait de la tragédie la « pièce centrale de sa déclaration dramatique » au Conseil de sécurité.  « Voilà ce que c’est que de travailler avec nos collègues américains! » a-t-il ironisé.  Par ailleurs, si les avions russes se trouvaient pendant quelques minutes à proximité de la zone, comment les bombes auraient-elles pu pleuvoir sur le convoi pendant sept heures, comme M. Churkin a dit l’avoir lu quelque part?

À Alep, la situation humanitaire aurait pu être normalisée dès le mois d’août.  « Mais nous en avons été empêchés par les groupes armés, qui ont continué d’ouvrir le feu sur les corridors humanitaires. »  L’est de la ville serait sous le contrôle de plus de 20 groupes armés comptant au total quelque 3 500 combattants, la principale force étant le Front el-Nosra, avec environ 2 000 membres, a assuré le délégué russe.  « Depuis le 1er  septembre, le bombardement de la partie est de la ville a entraîné la mort de plus de 50 soldats et 120 civils et sept exécutions collectives de personnes favorables aux négociations ou qui souhaitaient quitter la ville ont été signalées », a détaillé M. Churkin.

Se tournant vers l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, le représentant de la Fédération de Russie a dit ne pas comprendre pourquoi aucune mesure décisive n’avait été prise depuis le mois de mai sur le processus de transition.  « Je voudrais poser la question suivante à M. de Mistura: Qui a refusé de participer à des pourparlers directs pendant tout ce temps?  Nous connaissons la réponse, mais j’aimerais l’entendre de sa bouche », a lancé M. Churkin.  S’il y a des représentants de l’opposition syrienne qui veulent vraiment sortir leur pays de cette crise, « et nous savons qu’ils existent », « qu’ils se présentent ».  Revenant sur le cessez-le-feu, il a déclaré qu’il faudrait « nous convaincre qu’il existe une volonté sincère de dissocier l’opposition -qui coopère avec la coalition dirigée par les États-Unis- du Front el-Nosra », organisation qu’il faudra ensuite « éliminer ».

M. LIU JIEYI (Chine), notant les lourdes pertes civiles causées récemment par le conflit ainsi que le bombardement de forces syriennes, s’est dit préoccupé par cette escalade des frappes aériennes.  Les parties doivent agir de manière responsable et coordonnée.  Il a estimé que la communauté internationale devrait travailler sur les volets du cessez-le-feu, de l’assistance humanitaire, de la solution politique et de la lutte contre le terrorisme.  La délégation de la Chine espère que l’accord du 9 septembre sera dûment mis en œuvre.  La communauté internationale doit coopérer pour exhorter toutes les parties en Syrie à respecter l’Accord.  Plus la situation en Syrie est complexe, plus il faut insister sur une solution politique, a estimé le représentant, qui a assuré l’Envoyé spécial, M. de Mistura, du soutien de son pays.  Il a également demandé que les États de la région jouent un rôle positif.

Toutes les parties syriennes doivent faire en sorte que l’assistance humanitaire soit apportée le plus rapidement possible et la communauté internationale devrait renforcer cette assistance.  Le confit syrien a contribué à l’expansion du terrorisme.  Tant que celui-ci ne sera pas éradiqué, le peuple syrien ne connaîtra pas la paix, a poursuivi le représentant, qui a demandé un renforcement du renseignement international dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et une lutte renforcée sur les réseaux sociaux. 

M. RAFAEL DARÍO RAMÍREZ CARREÑO (Venezuela) a estimé que l’action de la coalition contre les forces syriennes, le 17 septembre dernier, était la raison de la rupture de la trêve conclue quelques jours plus tôt.  Le Secrétaire d’État américain, M. John Kerry, avait affirmé lors du dernier débat du Conseil de sécurité sur cette question qu’il s’agissait d’une erreur, « une erreur qui a porté un coup fatal à la cessation des hostilités », a affirmé Le représentant vénézuélien.  Cette attaque déplorable a été suivie d’une autre contre des convois humanitaires à proximité d’Alep, que le représentant a condamnée avec la même fermeté.  Le règlement du conflit syrien ne peut se faire qu’à travers le dialogue, a tenu à rappeler le représentant, en assurant que la poursuite de la guerre n’aboutirait à aucun résultat. 

Comme l’ennemi principal dans la région est le terrorisme, a souligné le représentant du Venezuela, la « soi-disant » opposition modérée doit se dissocier des groupes armés.  Après avoir dénoncé les graves violations des droits de l’homme commises à Alep, le représentant a regretté les tentatives de faire de cette réunion d’urgence du Conseil de sécurité un procès contre la Russie.  Il a émis l’espoir que les Nations Unies, sous les auspices de l’Envoyé spécial, M. Staffan de Mistura, parviendront à ramener les parties au conflit à la table des négociations.

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a déploré que la présente séance se tienne dans un contexte de divergences de vues entre puissances internationales, lesquelles ne semblent pas s’être rendues compte que la partie qui souffre le plus du conflit est le peuple syrien.  Il y a eu, ces derniers jours, plusieurs réunions consacrées à la Syrie, au sein du Conseil de sécurité ou du Groupe international de soutien pour la Syrie (GISS), a rappelé le représentant.  Elles permettent à chaque fois de s’accorder sur le fait que le conflit syrien est une guerre par procuration et que le bain de sang doit cesser.  Seul l’accord conclu au sein du Groupe international de soutien pour la Syrie peut créer les conditions d’une négociation politique, a assuré le représentant, qui a regretté que les deux coprésidents du GISS ne soient pas en mesure de faire appliquer leur accord.

M. Aboulatta s’est également dit surpris par les présentations très divergentes de la situation sur place qu’ont faites les États-Unis et la Fédération de Russie, alors que les moyens techniques dont disposent ces deux pays devraient leur permettre de savoir ce qui se passe.  Pour le représentant de l’Égypte, ces deux pays devraient donc éviter toute confrontation dans les medias qui risque de nuire au processus politique.  L’Égypte appelle toutes les parties concernées à appliquer de bonne foi l’accord du 9 septembre et demandé à l’Envoyé spécial de poursuivre ses efforts.  Le temps est venu de penser avant tout à l’intérêt du peuple syrien, a encore déclaré le représentant égyptien, qui a souhaité que cesse toute polarisation externe.

M. ROMÁN OYARZUN MARCHESI (Espagne) a condamné les attaques brutales commises ces derniers jours, qui témoignent de la volonté évidente, selon lui, du Président syrien, M. Bachar al-Assad, de reprendre l’est d’Alep.  Les membres du Conseil de sécurité qui ont une influence directe sur les parties au conflit, en particulier la Fédération de Russie, doivent maintenant en faire usage, a-t-il souhaité.  Pour la délégation de l’Espagne, il est urgent de faire cesser les hostilités, de garantir l’accès humanitaire et de créer les conditions propices à la relance des négociations.  L’heure pour l’opposition syrienne de faire un choix est venue, a souligné le représentant, en précisant qu’elle doit comprendre qu’« aucune ambiguïté ne sera tolérée ».  Le représentant de l’Espagne a indiqué, avant de conclure, que sa délégation suivrait de près les conclusions de l’enquête ouverte par le Secrétaire général pour déterminer la responsabilité des auteurs de l’attaque perpétrée contre un convoi des Nations Unies et en tenir responsables les auteurs.

M. JULIO HELDER MOURA LUCAS (Angola) a salué la détermination de M. de Mistura à ne pas baisser les bras et a dénoncé l’effet dévastateur de la nouvelle escalade, déplorant que les États-Unis et la Fédération de Russie n’aient pas en mesure de mettre en œuvre leur accord du 9 septembre.  L’Angola aurait souhaité que le GISS fût un mécanisme plus efficace pour rechercher la paix.  Il a jugé essentiel de séparer les groupes terroristes de l’opposition.  La Fédération de Russie devrait s’associer aux différentes parties prenantes pour s’accorder sur les modalités d’un accord de cessez-le-feu.  La Syrie ne peut continuer d’être la scène d’un affrontement par procuration entre puissances régionales ou internationales.  Comme les négociations bilatérales secrètes n’ont donné presque aucun résultat, l’Angola demande un processus plus ouvert et un réengagement des coprésidents du GISS.

M. FODÉ SECK (Sénégal) a repris à son compte les propos de son Président, M. Macky Sall, pour qui ce qui se passe en Syrie est « insoutenable ».  C’est tout un peuple qui agonise, et pour combien de temps? a-t-il demandé.  Le représentant a ensuite déploré que la cessation des hostilités soit sérieusement compromise et que les espoirs placés dans le récent accord conclu entre les États-Unis et la Fédération de Russie s’évanouissent.  À l’occasion du débat de haut niveau du Conseil de sécurité de mardi dernier, le Sénégal avait lancé un appel aux coprésidents du Groupe international de soutien pour la Syrie (GISS) pour préserver la cessation des hostilités. 

« Au vu de la gravité de la situation, a souligné M. Seck, mon pays est plus que jamais convaincu que la paix passera par le respect du droit international. »  C’est pourquoi, le Sénégal a demandé que la priorité soit accordée à la protection des infrastructures, et qu’une pause humanitaire de 48 heures soit respectée. L’Ambassadeur Seck a également appuyé la mise en place d’un centre de commandement commun pour le partage d’informations pour la lutte contre le terrorisme.  Pour l’heure, un consensus fort et durable parmi les membres du Conseil de sécurité et du GISS est nécessaire dans la lutte contre le terrorisme, sous peine de voir les groupes armés continuer d’attirer les combattants étrangers dans leurs rangs, a-t-il estimé.

« Les enfants, les femmes, les personnes âgées meurent à Alep pendant que nous prononçons nos discours », a affirmé M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay).  Il a souligné la gravité de la violence à Alep, en s’indignant qu’un véritable « massacre » y a lieu.  « Rien ne peut justifier un massacre, rien », a-t-il estimé, avant de s’interroger sur ce que le Conseil fait véritablement face à une telle horreur.  Malheureusement, nous nous contentons de nous indigner, a-t-il dit.  Le délégué de l’Uruguay a ensuite qualifié l’Envoyé spécial, M. Staffan de Mistura, de « héros » et loué son indéfectible optimisme.  « Mais ce n’est pas un super héros et il ne peut rien si deux membres du Conseil de sécurité, la Fédération de Russie et les États-Unis, ne redoublent pas d’efforts pour relancer le processus en Syrie », a prévenu le représentant.  Il a ensuite appelé ces deux pays à œuvrer en ce sens afin de mettre un terme aux atrocités en Syrie. « Les autres membres du Conseil vous apporteront le soutien nécessaire », a-t-il assuré avant de conclure.

M. RAMLAN BIN IBRAHIM (Malaisie) a déploré la détérioration de la situation en Syrie, où l’escalade de la violence a réduit à néant l’accord en date du 9 septembre sur la cessation des hostilités.  Il a réitéré la nécessité de ménager un accès sans entraves aux personnels humanitaires et médicaux sur le terrain, ainsi que la demande en faveur d’un Mécanisme de surveillance à cette fin.  Pour la délégation malaisienne, il est nécessaire d’aller au-delà de la condamnation et d’agir.

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) a condamné la décision du régime à Damas et de ses alliés de lancer une offensive contre la partie est d’Alep, en estimant qu’elle constituait une violation « flagrante » des résolutions du Conseil de sécurité.  Les actions du régime syrien et de ses alliés vont à l’encontre des principes fondamentaux du droit international humanitaire, a-t-il souligné, avant de se dire consterné par l’escalade militaire à Alep.  « Tout au long de l’année, ma délégation a émis, de manière répétée, doutes et réserves sur la véritable nature de l’implication russe dans le conflit syrien », a-t-il rappelé, avant d’ajouter que les faits lui avaient donné raison.

Le délégué a ensuite affirmé que les espoirs de parvenir à un arrangement fiable avec la Russie et le régime Assad à cet instant étaient infondés.  « Aussi longtemps que ces deux parties seront engagées en faveur d’une solution militaire, toute pause dans les combats, tout accord de cessez-le-feu, toute hésitation politique seront impitoyablement exploités par les faucons à Damas et à Moscou pour améliorer leurs positions militaires et renforcer leur position dans les négociations », a-t-il déclaré.  Jugeant qu’il n’y avait pas de perspective pour une solution militaire en Syrie, il a mis en garde contre « le fantasme » dangereux qui voudrait qu’une victoire du régime en Syrie conduirait à une stabilité administrée en Syrie.  « La réalisation d’un scénario à la Grozny n’est ni possible, ni souhaitable », a-t-il dit avant de conclure.

M. YOSHIFURI OKAMURA (Japon) a déclaré qu’après l’accord conclu le 9 septembre, on pouvait espérer une percée dans la crise syrienne lors de la semaine de débat de haut niveau de l’Assemblée générale.  Au contraire, la semaine a commencé avec les informations choquantes concernant l’attaque d’un convoi conjoint des Nations Unies et du Croissant-Rouge syrien ainsi que la destruction d’entrepôts de ce dernier.  Le Japon demande une enquête sur cet incident et la publication de ses conclusions.  Il demande aussi à toutes les parties impliquées d’assurer la sécurité des travailleurs humanitaires qui fournissent une assistance humanitaire à la Syrie.

Selon les informations disponibles, les conséquences de l’escalade des combats à Alep sont dévastatrices.  Le représentant du Japon a exprimé sa plus profonde préoccupation.  Il faut garantir au plus l’accès humanitaire et la protection des civils, a-t-il insisté.  Un test particulièrement important aura lieu demain, a-t-il dit, puisque des convois humanitaires qui attendent à la frontière turque doivent se rendre à Alep pour livrer de la nourriture.  Le Japon appelle le Gouvernement syrien, les groupes de l’opposition et les États qui ont une influence sur eux à faire en sorte que les camions puissent entrer dans l’est d’Alep.

Pour le Japon, seul un cessez-le-feu immédiat peut améliorer la situation, a indiqué M. Okamura car, a-t-il précisé, on ne pourra jamais améliorer l’accès humanitaire, la protection des civils, ni reprendre le processus politique.  Il est donc important de remettre l’accord russo-américain du 9 septembre sur les rails et de surmonter nos divergences face à l’horrible intensification des combats et la situation humanitaire catastrophique, a-t-il souligné avant de conclure.

Mme CAROLYN SCHWALGER (Nouvelle-Zélande) a rappelé qu’il y a quatre jours, le Premier Ministre de la Nouvelle-Zélande avait présidé une réunion du Conseil de sécurité au cours de laquelle les dirigeants présents sont tombés d’accord sur plusieurs points.  Ils ont convenu qu’il ne saurait y avoir d’issue militaire au conflit syrien et qu’il y avait un besoin urgent de mettre fin aux combats et de redoubler collectivement d’efforts pour mettre en œuvre l’accord conclu par les États-Unis et la Fédération de Russie en vue de maintenir la cessation des hostilités.  Ils sont aussi tombés d’accord sur la nécessité de créer les conditions de la reprise des pourparlers politiques.  « C’est pourquoi, nous sommes consternés de nous retrouver à nouveau dans cette salle alors que des avions syriens, de toute évidence avec le soutien de la Russie, sont en train de faire un véritable carnage dans l’est d’Alep », a déclaré la représentante.  Ces actions « indescriptibles », dans le cadre desquelles des bombes incendiaires seraient utilisées aveuglément contre des civils, anéantissent les derniers espoirs de maintenir la cessation des hostilités et de sauver le processus de paix.

Les mots sont insuffisants pour décrire cette situation, il est temps de les appuyer par une action, a déclaré la représentante, qui demande que le Gouvernement syrien cesse immédiatement le bombardement de civils et fasse preuve d’une volonté sincère de réaliser une paix négociée, avec le soutien des pays ayant le plus d’influence sur les parties au conflit.  « La Nouvelle-Zélande en appelle aux Gouvernements de la Fédération de Russie et de l’Iran: si vous êtes sérieux au sujet de la paix, faites tout ce qui est en votre pouvoir dans les jours à venir pour mettre fin aux hostilités et donner à l’accord américano-russe une chance », a lancé la représentante, qui a également dit que l’opposition avait, elle aussi, des responsabilités. 

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a affirmé, que contrairement à ce qu’a avancé l’Ambassadeur Matthew Rycroft, du Royaume-Uni, jamais la Syrie n’a été brisée.  « Les trois membres du Conseil qui ont demandé cette réunion d’urgence du Conseil nous ont donné l’impression de réinventer la roue, ils ont redécouvert, a-t-il dit, que le Gouvernement syrien essayait de rependre Alep. »  « Quelle découverte! » s’est-il étonné.

Le Gouvernement syrien, a-t-il assuré, veut reprendre toute la ville d’Alep « qui est la ville principale de la Syrie, après Damas ».  « Si Shakespeare, Jean Génet, Kafka et autres pionniers du théâtre absurde devaient ressusciter, ils écriraient de meilleures tragédies », a-t-il fait remarquer, en soulignant que les mensonges proférés aujourd’hui étaient dignes du Roi Lear.  Le délégué a fait observer que le terroriste français Mohammed Merah, qui fait régner le chaos à Toulouse, n’avait jamais été décrit comme étant modéré, ou comme appartenant à un groupe d’opposition modéré.  « Si, par exemple, l’Espagne renonce au pays basque, la France à la Corse, les États-Unis au Texas ou encore Royaume-Uni à l’Écosse, le Gouvernement syrien ne renoncera à aucun centimètre carré de son territoire national », a-t-il affirmé.

Le délégué a ensuite dénoncé le soutien que ces trois membres permanents apportent à des groupes terroristes qu’ils qualifient à tort de modérés.  Cette réunion d’urgence est un signal envoyé par ses pays au Front el-Nosra consistant à dire que le soutien politique se poursuivra, a-t-il soutenu.  Il a ensuite déclaré que les opérations militaires de l’armée syrienne et de ses alliés prévoyaient des mesures de protection des citoyens, alors que les groupes terrorises utilisent les civils comme boucliers humains.  L’Ambassadeur Ja’afari a dénoncé les accusations proférées par certains membres du Conseil et du Secrétaire général selon lesquelles son gouvernement utiliserait des armes interdites, tout en rappelant que les groupes terroristes tels que Daech avaient utilisé des armes chimiques.  Il a déclaré que des éléments terroristes comptaient utiliser du phosphore contre des civils syriens en se déguisant en militaires syriens afin d’accuser l’armée syrienne.  Sa délégation, a-t-il assuré, dispose de nouvelles informations selon lesquelles des produits chimiques seraient stockés par des groupes terroristes dans des entrepôts à 20 kilomètres d’Alep.

« Nous voulons, plus que tout autre, mettre un terme au bain de sang en Syrie », a-t-il affirmé, en se félicitant de l’accord conclu le 9 septembre par les coprésidents du Groupe international de soutien pour la Syrie (GISS), à savoir les États-Unis et la Fédération de Russie.  Il a ensuite dénoncé la tentative délibérée de saboter cet accord résultant du bombardement de soldats syriens par des avions de la coalition internationale.  Il est déplorable que certains membres du Conseil de sécurité continuent d’exiger de la Syrie et de ses alliés qu’ils respectent l’accord de cessation des hostilités malgré des preuves tangibles du soutien de ces pays à des « groupes terroristes armés ».  Ces derniers, a-t-il avancé, n’ont jamais eu l’intention d’assurer le succès de cet accord.  Le représentant a ensuite indiqué que les « groupes terroristes » et la coalition internationale avaient agi en violation de l’accord de cessation des hostilités du 9 septembre, tout en accusant les États-Unis d’avoir échoué à faire la distinction entre le Front el-Nosra et les groupes qu’ils disent modérés.  « Cela montre l’absence de volonté politique de ceux qui soutiennent le terrorisme et ne veulent pas mettre fin au bain de sang en Syrie », a-t-il tenu à préciser, en estimant que certains membres du Conseil mentaient à eux-mêmes.

En conclusion, l’Ambassadeur Ja’afari a demandé à certains membres du Conseil de cesser d’exploiter les souffrances du peuple syrien, dont ils sont, par ailleurs, à l’origine du fait de la politisation du conflit.  « Nous nous sommes engagés à parvenir à un accord grâce à des pourparlers intersyriens sans ingérence extérieure », a-t-il conclu, en assurant qu’une « victoire syrienne était imminente ».

Répondant à la question que lui a directement posée le représentant de la Fédération de Russie, l’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie a expliqué que son mandat s’alignait sur les dispositions du Communiqué de Genève du 30 juin 2012.  Il a ajouté avoir été le témoin du refus d’une certaine délégation de participer à des pourparlers directs, une délégation dont l’ambassadeur avait dit qu’il ne voulait pas parler avec des représentants de groupes terroristes.  « Lors de la précédente réunion du Conseil de sécurité sur la question à l’ordre du jour, j’avais dit que l’ONU souhaitait que la mise en œuvre de cet accord facilite la reprise des efforts en vue d’un règlement politique par les Syriens et pour les Syriens, comme le demande la résolution 2254 (2015) ».  C’est ce que j’espère toujours, et vous donne l’assurance que j’œuvrerai à des pourparlers directs.

Réagissant à ces commentaires, le représentant de la République arabe syrienne a déclaré que, lorsque la Conférence de Genève II avait eu lieu, la Jordanie s’était vue confier la tâche de « déterminer qui était terroriste et qui ne l’était pas et l’Arabie saoudite « qui était dans l’opposition et qui ne l’était pas ».  Ni l’une ni l’autre n’ont préparé de définition, une question soulevée lors de la Conférence de Genève, « où des terroristes ont été invités, avant d’être exclus, puisque tout le monde a découvert qu’il s’agissait de terroristes ».  Nous ne sommes pas prêts à négocier avec des terroristes ou avec des centaines de groupes terroristes « génétiquement modifiés », mais avec un ensemble spécifique de membres de l’opposition.  « Nous aimerions négocier avec ceux qui ont confiance dans l’avenir de la Syrie, et non pas avec des personnes qui viennent « pour passer la nuit dans des hôtels cinq étoiles. »

 

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