Désarmement: l’interdiction des armes nucléaires divise les délégations de la Première Commission

AG/DSI/3554
14 octobre 2016
Soixante et onzième session, 11e séance – après-midi

Désarmement: l’interdiction des armes nucléaires divise les délégations de la Première Commission

La Première Commission (désarmement et sécurité internationale) a débattu, cette après-midi, de l’interdiction des armes nucléaires.  La séance a fait paraître de profondes divergences de vues quant à l’approche à privilégier pour créer un monde sans armes nucléaires, l’un des objectifs les plus anciens à l’ordre du jour de l’Assemblée générale.

D’un côté, des États Membres ont réaffirmé leur soutien à la recommandation du Groupe de travail de l’Assemblée générale sur les armes nucléaires de tenir l’année prochaine une conférence pour négocier un instrument juridiquement contraignant.  De l’autre, les États dotés de l’arme nucléaire, la France et les États-Unis en particulier, ont fermement rejeté cette proposition.  « Les États-Unis s’opposeront à toute résolution demandant la négociation d’un traité prohibant les armes nucléaires », a annoncé le représentant américain, M. Robert Wood.

Dans une déclaration liminaire, l’Ambassadeur de la Thaïlande et Président du Groupe de travail, M. Thani Thongphaddi, a posé les termes du débat.  Affirmant que la prise de conscience « croissante et bien documentée » sur les conséquences humanitaires d’une explosion nucléaire ne pouvait qu’encourager la réalisation d’un monde débarrassé de ce type d’armes, il a précisé que les approches envisagées par le Groupe « ne se substitueraient pas aux obligations découlant du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) ». 

« Le Groupe de travail recommande des mesures supplémentaires pour améliorer la transparence, réduire et éliminer les risques d’accident et pour sensibiliser l’opinion publique à l’impact humanitaire des explosions nucléaires », a-t-il déclaré.  Il a assuré que ces mesures, « ainsi que la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient », réduiraient au préalable le risque d’activités militaires dangereuses.  

M. Thongphaddi a confirmé que le Groupe recommanderait, « avec le soutien d’un nombre très important de pays », la tenue, par l’Assemblée générale, en 2017, d’une conférence « ouverte à la société civile et aux organisations internationales » pour y négocier un instrument juridiquement contraignant interdisant les armes nucléaires. 

« Nous ne venons pas de nulle part », a-t-il souligné, jugeant que les recommandations du Groupe de travail illustraient la volonté de l’Assemblée générale exprimée, pour la première fois il y a 40 ans, de mettre fin aux armes nucléaires.

« Fonder l’avenir du désarmement sur la seule approche humanitaire ne peut aboutir à aucun progrès tangible », a pour sa part déclaré le représentant de la France, M. Louis Riquet.  Il a rejeté la recommandation du Groupe de travail d’entamer, dès 2017, la négociation d’un Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, arguant qu’un tel Traité serait « inefficace, car, sans la participation des États dotés, aucune arme ne serait éliminée ».  « Il serait déstabilisateur car il remettrait en cause le TNP », a-t-il ajouté.  Le représentant a par ailleurs jugé urgent de renouer avec la logique de compromis, qui, « seule », permettra de parvenir à des accords librement consentis, contribuant efficacement à la consolidation de l’architecture de sécurité et de droit international. 

C’est dans le même état d’esprit que le représentant des États-Unis a estimé que le désarmement nucléaire ne se heurtait pas à un manque d’instruments juridiques, mais que les obstacles se dressant devant lui résultaient des nouvelles réalités politiques et sécuritaires auxquelles est confrontée la communauté internationale.  M. Wood a affirmé qu’un traité d’interdiction saperait les régimes en vigueur de désarmement et de non-prolifération, « qu’il créerait des divisions insurmontables entre États, rendant par conséquent plus difficile encore l’atteinte de consensus dans les cadres de référence du TNP et de la Conférence du désarmement ». 

La France et les États-Unis ont par ailleurs donné des gages de bonne foi, rappelant que leurs pays s’attachaient à renforcer les régimes de vérification prévus par le TNP, en participant activement au Partenariat international pour la vérification du désarmement nucléaire.  Ils ont indiqué que les États dotés et non dotés contribuaient, dans ce cadre, à faire progresser des chantiers aussi importants et complexes que le contrôle de la réduction des arsenaux et le maintien de la sécurité globale et régionale

La Commission poursuivra son débat thématique sur les armes nucléaires, lundi 17 octobre, à 10 heures.

DÉBAT THÉMATIQUE SUR LES QUESTIONS A L’ORDRE DU JOUR ET PRÉSENTATION ET EXAMEN DE TOUS LES PROJETS DE RÉSOLUTION ET DE DÉCISION PRÉSENTÉS AU TITRE DES POINTS DE L’ORDRE DU JOUR.

Exposé présenté par le Président du Groupe de travail à composition non limitée chargé de faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire.

M. THANI THONGPHADDI, Président du Groupe de travail à composition non limitée chargé de faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire, a déclaré que la prise de conscience accrue et bien documentée sur les conséquences humanitaires d’une explosion nucléaire ne pouvait que renforcer la poursuite d’un monde débarrassé de ces armes.  Il a indiqué que le dernier Rapport du Groupe de travail pointait du doigt l’absence de cadre juridique relatif à l’interdiction et l’élimination des armes nucléaires.  Dès lors, a-t-il dit, le rapport se penche sur les approches à privilégier pour parvenir à l’élaboration d’un instrument juridiquement contraignant interdisant les armes nucléaires et visant, in fine, leur élimination totale et irréversible.  Précisant que les approches envisagées ne se substitueraient pas aux obligations découlant du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, le Président du Groupe de travail a souligné que les mesures juridiques envisagées, si appliquées, ne pourraient que renforcer le régime de non-prolifération et l’application de l’article VI du TNP.  Il a indiqué que le Groupe de travail recommandait des mesures supplémentaires de transparence, des mesures pour réduire et éliminer les risques d’accident et pour sensibiliser l’opinion publique à l’impact humanitaire des explosions nucléaires.  Toutes ces mesures, ainsi que la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient, auraient pour effet d’empêcher le lancement d’activités et opérations militaires hasardeuses, a-t-il dit.  Le Président du Groupe de travail a par ailleurs rappelé que le rapport recommandait, avec le soutien d’un nombre très important de pays, la tenue, par l’Assemblée générale, en 2017, d’une conférence ouverte à la société civile et aux organisations internationales, pour y négocier un instrument juridiquement contraignant interdisant les armes nucléaires.  Enfin, il a tenu à souligner que le Groupe de travail « ne venait pas de nulle part », mais traduisait la volonté de l’Assemblée générale, exprimée la première fois il y a 40 ans, de mettre fin aux armes nucléaires.

Débat thématique sur les questions relatives aux armes nucléaires

Mme LOURDES O. YPARRAGUIRRE (Philippines), au nom de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-est (ASEAN), a réaffirmé l’adhésion de ce groupe de pays à un monde exempt d’armes nucléaires.  Elle a souligné que l’élimination totale des armes nucléaires était la seule garantie contre l’utilisation ou la menace d’utilisation de telles armes, affirmant que l’ASEAN saluait les efforts accomplis du Groupe de travail à composition non-limitée chargé de promouvoir les négociations multilatérales sur le nucléaire.  Elle a exprimé son soutien à l’idée d’une conférence en 2017, ouverte à tous les États, avec les contributions de la société civile et des organisations internationales, en vue de négocier un instrument juridiquement contraignant interdisant les armes nucléaires, visant éventuellement leur élimination totale.  La représentante a ensuite appelé les États de l’annexe 2 à signer et ratifier le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires dans les délais les plus brefs.  Enfin, elle a rappelé l’engagement de son pays pour la préservation de la région d’Asie du Sud-est comme zone exempte d’armes nucléaires, et elle a appelé à la création d’autres zones de ce type dans le monde, notamment au Moyen-Orient.

M. ABEL ADELAKUN AYOKO (Nigéria), au nom des Groupe des États d’Afrique, a souscrit à la Déclaration du Mouvement des non-alignés sur la menace que représente pour l’humanité l’existence continue des armes nucléaires et leur utilisation ou la menace de leur utilisation, estimant que seule l’élimination totale de ce type d’armes pouvait offrir une garantie absolue contre leur utilisation ou la menace de leur utilisation.  Il a apporté son soutien au rapport du Groupe à composition non-limitée chargée de promouvoir les négociations multilatérales en matière de désarmement nucléaire, précisant que la priorité principale restait le désarmement nucléaire et l’élimination totale des armes nucléaires, conformément à l’objectif général du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.  À cet égard, le représentant s’est inquiété du rythme lent en matière de désarmement nucléaire et du peu d’avancées de la part des États dotés au regard de l’objectif d’une totale élimination de leurs arsenaux nucléaires.  Le représentant a réaffirmé son attachement à l’établissement de zones exemptes d’armes nucléaires, notamment au Moyen-Orient, et son engagement à respecter les obligations prévues dans le Traité de Pelindaba.  Enfin, le Groupe africain rappelle avoir présenté le projet de résolution sur le traité de zone exempte d’armes nucléaires en Afrique.

M. MICHAEL BIONTINO (Allemagne), au nom de l’Initiative sur la non-prolifération et le désarmement, a dénoncé l’essai nucléaire entrepris par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) le 9 septembre dernier, second en date en huit mois. Le programme nucléaire de la RPDC était une violation manifeste des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, de l’Agence internationale de l’énergie atomique et de la Déclaration conjointe issue des Pourparlers à six, a-t-il poursuivi, soulignant le défi grave posé par ce programme au régime global de désarmement et de non-prolifération fondé sur le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.  Le représentant a ensuite souhaité que le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires entre en vigueur le plus rapidement possible et appelé à la négociation dans des délais brefs d’un traité interdisant la production des matières fissiles pour la fabrication d'armes et autres dispositifs explosifs nucléaires.  Le représentant a en outre rappelé que la RPDC a lancé cette année plus de 20 missiles balistiques susceptibles de servir un jour à lancer des armes nucléaires.  Il faut appliquer la résolution 2270 du Conseil de sécurité et répondre aux provocations de la RPDC, a–t-il dit, invitant ce pays à respecter d’une manière générale ses obligations internationales.

M. TIGRAN SAMVELIAN (Arménie), au nom de l’Oganisation du Traité de sécurité collective (OTSC), a évoqué de nombreuses sources de préoccupation, dont le déploiement de systèmes de longue portée, les menaces qui se font jour dans l’espace et l’absence de progrès dans la ratification d’un certain nombre de textes.  Il a souligné la nécessité pour les États de ne pas renforcer leur sécurité au détriment des autres et affirmé l’attachement des États de l’OTSC à la notion de sécurité indivisible, globale, reposant sur la coopération, dans le cadre du respect de l’égalité entre États.  Le représentant a en outre appelé à une résolution pacifique des conflits et salué l’initiative internationale visant à ne pas autoriser le déploiement en premier, d’armes dans l’espace.  Affirmant que toute mesure en matière de désarmement devait être juste et équilibrée, le représentant a estimé indispensable, sur le plan militaire, de renforcer la transparence et la confiance, et de s’abstenir de toute mesure pouvant accroître les tensions entre États.

M. JORGE LOMONACO (Mexique) a rappelé l’existence de nombreux arsenaux nucléaires  dans le monde malgré les efforts de désarmement des États dotés. Il a souligné qu’il était difficile de justifier les coûts liés à la possession de telles armes au regard des engagements pris dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Il a ensuite rappelé que le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires était ouvert à la signature depuis 20 ans et regretté qu’il ne soit toujours pas en vigueur.  Le Mexique salue le travail du Groupe de travail à composition non limitée chargé de faire avancer les négociations multilatérales en matière de désarmement nucléaire et apporte son soutien à l’élaboration d’un instrument juridiquement contraignant d’interdiction des armes nucléaires. Il est important de stigmatiser et d’interdire ces armes avec pour objectif de les éliminer, a conclu le représentant.  

Mme PORNPRAPAI GANJANARINTR (Thaïlande) s’est félicitée de l’impact positif des travaux du Groupe de travail à composition non limitée qui a réussi à engager un nombre croissant d’États membres en faveur de négociations sur le désarmement nucléaire, affirmant que ce Groupe de travail avait su s’appuyer sur les normes et valeurs communes des États membres pour réduire leurs différences de perception sur les questions de sécurité.  Elle a félicité les États Membres et les représentants de la société civile qui ont contribué à la conclusion des travaux de ce Groupe de travail, avant de les encourager à poursuivre leurs efforts pour parvenir à un processus de négociations d’un instrument juridique interdisant les armes nucléaires.  La représentante a par ailleurs jugé urgent de mettre en œuvre les recommandations du Groupe de travail afin de parvenir à un monde exempt d’armes nucléaires.  Par ailleurs, il s’est dit persuadé que les efforts collectifs des États Membres en faveur du désarmement et de la non-prolifération des armes de destruction massive sont de nature à compléter la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’objectif 16. 

M. ROBERT A. WOOD (États-Unis) a regretté que des États Membres aient abandonné la voie de la recherche du consensus et de l’approche pragmatique qui doit prévaloir en matière de désarmement nucléaire, pour choisir le chemin simpliste de l’interdiction des armes nucléaires.  Selon lui, un traité interdisant les armes nucléaires n’entraînerait aucune réduction supplémentaire des arsenaux existants, puisqu’il n’inclurait pas les États dotés.  Comment, en effet, des pays dont la défense et la sécurité reposent sur les armes de ce type pourraient-ils seulement participer à des négociations visant à les stigmatiser et à les éliminer? s’est-il demandé. 

M. Wood a estimé qu’un traité d’interdiction saperait les régimes en vigueur de désarmement et de non-prolifération, qu’il créerait des divisions insurmontables entre États, rendant par conséquent plus difficile encore l’atteinte de consensus dans les cadres de référence du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et de la Conférence du désarmement.  Il a expliqué que son pays s’attachait à renforcer les régimes de vérification prévus par le TNP, à travers sa participation active au Partenariat international pour la vérification du désarmement nucléaire.  C’est là que les États dotés et non dotés peuvent avancer ensemble sur des opérations aussi importantes que le contrôle de la réduction des arsenaux et du maintien de la sécurité globale et régionale, a estimé le représentant. 

M. Wood a par ailleurs souligné que le désarmement nucléaire ne se heurtait pas à un manque d’instruments juridiques, mais que les obstacles se dressant devant lui résultaient des réalités politiques et sécuritaires que confronte la communauté internationale.  Il a ainsi assuré que les États-Unis se tenaient prêts à avancer plus activement dans la réduction bilatérale d’arsenaux avec la Russie ou vers la négociation d’un traité interdisant la production des matières fissiles pour la fabrication d’armes et autres dispositifs explosifs nucléaires.  Malheureusement, a-t-il déploré, des États peuvent ne pas être disposés à réduire leurs arsenaux et d’autres en augmentent le volume.  En conclusion, il a annoncé que son pays s’opposerait à toute résolution demandant la négociation d’un traité prohibant les armes nucléaires.

M. LOUIS RIQUET (France) a souligné que la France demeurait résolument engagée en faveur d’une approche « réaliste et exigeante » du désarmement nucléaire.  Il a ajouté qu’une telle approche s’intégrait pleinement aux efforts que mène son pays pour résoudre les crises, apaiser les tensions internationales et répondre aux multiples menaces et défis de sécurité actuels.  M. Riquet a par ailleurs rappelé que « l’arme nucléaire fait partie intégrante de notre système de sécurité collective », indiquant que les travaux du Groupe de travail sur le désarmement nucléaire « ne peuvent constituer un cadre de négociation acceptable », du fait qu’ils stigmatisent les préoccupations des États qui fondent leur sécurité sur la dissuasion nucléaire.

« Fonder l’avenir du désarmement sur la seule approche humanitaire ne peut aboutir à aucun progrès tangible », a-t-il affirmé, rejetant la recommandation du Groupe de travail d’entamer, dès 2017, la négociation d’un traité d’interdiction des armes nucléaires.  Pour le représentant, un tel traité serait inefficace car, sans la participation des États dotés, aucune arme ne serait éliminée.  Il serait en outre déstabilisateur car il remettrait en cause l’intégrité du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).  De ce fait, M. Riquet a jugé urgent de renouer avec la logique de compromis, qui, seule à son avis, permettrait de parvenir à des accords librement consentis, contribuant efficacement à la consolidation de l’architecture de sécurité et de droit international. 

Le représentant a par ailleurs rappelé la contribution de la France au Partenariat international pour la vérification du désarmement nucléaire, forum « réunissant les États dotés et non dotés autour de problématiques concrètes ».  Il a estimé que seule l’approche graduelle, étape par étape, pouvait conduire à des progrès réels vers l’objectif d’un monde dénucléarisé, « compatible avec la prise en compte du contexte de sécurité ».

M. ABDULAZIZ HAMDAM AL-AHMED (Qatar) a appelé à la création collective d’un monde exempt d’armes nucléaires dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).  À cet égard, il a demandé aux États parties au TNP d’honorer leurs obligations au titre de l’article VI du Traité, les États dotés devant notamment mettre au point un calendrier précis pour prévoir l’élimination de leurs arsenaux d’armes nucléaires.  Pour renforcer la sécurité régionale et le régime en péril de non-prolifération, il a souligné la nécessité de créer une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient, conformément à la résolution de 1995 et le Document final de la Conférence d’examen de 2015 du TNP.  Le représentant a également rappelé le droit des États parties au TNP d’exercer leur droit inaliénable à l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.

M. FRANK GRUTTER (Suisse) a constaté que même les engagements pris au titre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires étaient loin d’être tenus.  La meilleure façon de démontrer l’efficacité du Traité dans le domaine du désarmement nucléaire serait de réaliser des progrès plus tangibles, a-t-il ajouté.  Le représentant a regretté que le rapport du Groupe de travail de l’Assemblée générale sur les armes nucléaires n’ait pas été adopté par consensus, estimant que l’élaboration de nouveaux instruments juridiques et la réalisation de mesures pratiques devaient être recherchées simultanément.  M. Grutter a appuyé les recommandations du Groupe de la levée d’alerte, indiquant que la réduction du niveau de disponibilité opérationnelle des systèmes d’armes nucléaires « est une importante et urgente mesure intermédiaire de désarmement nucléaire à prendre ».  Il a par ailleurs salué les activités entreprises dans le cadre du Partenariat international pour la vérification du désarmement nucléaire, indiquant que son pays présenterait cette année une nouvelle résolution visant à faire avancer cette thématique au sein de l’Assemblée générale.

M. WILLIAM ISHAYA ODISHO (Iraq) a affirmé que le Traité de non-prolifération nucléaire prévoyait des obligations et qu’il était important de parvenir à sa mise en œuvre, déplorant que les États dotés ne respectent pas leurs obligations au titre de l’article VI du Traité de non-prolifération nucléaire. L’éradication des armes nucléaires est la voie pour lutter contre l’utilisation ou la menace d’utilisation des armes nucléaires, a-t-il indiqué, affirmant que l’Iraq souhaitait l’élaboration d’un texte juridiquement contraignant interdisant le stockage ou l’utilisation des armes nucléaires. Nous réaffirmons le besoin d’établir des zones exemptes d’armes nucléaires, notamment au Moyen-Orient, a dit le représentant, appelant Israël à soumettre ses installations nucléaires au régime de garanties de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Enfin, l’Iraq a invité les États de l’annexe 2 qui ne l’ont  pas encore fait à ratifier le Traité d’interdiction des essais nucléaires.

M. ISIDOR MARCEL SENE (Sénégal) a affirmé que l’éradication totale des activités nucléaires à vocation militaire était le seul moyen de prémunir le monde contre la dévastation pouvant résulter de l’utilisation de ces armes.  C’est pourquoi, il a  appelé les États nucléaires à s’entendre sur un programme irréversible, vérifiable et plus ambitieux de réduction de leurs arsenaux, et, parallèlement, d’accorder des garanties de sécurité, à travers un instrument contraignant, aux États non dotés.

M. THOMAS HAJNOCZI (Autriche) a regretté l’impasse dans laquelle se trouve le désarmement aujourd’hui.  Il a dénoncé les essais nucléaires de la République populaire démocratique de Corée et appelé à l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires.  Il a annoncé que son pays présenterait cette année une résolution en faveur de négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire, dans la lignée du travail du Groupe de travail à composition non-limitée qui appelle à la tenue d’une conférence en 2017 afin de négocier un instrument juridiquement contraignant pour interdire les armes nucléaires, en vue de leur élimination.  L’Autriche estime en effet que l’élaboration d’une convention sur l’interdiction des armes nucléaires est une action conforme au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires qui permettrait d’aller vers une application de l’article VI du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, a estimé le représentant.  Il a affirmé que son pays soutenait toutes les mesures juridiques et pratiques en faveur de l’élimination des armes nucléaires dans le monde, ainsi que l’élaboration d’un traité d’interdiction des matières fissiles.

M. HENK COR VAN DER KWAST (Pays-Bas) a appelé à se concentrer sur le communiqué de Varsovie produit par l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) sur les mesures à prendre pour parvenir à un monde sans armes nucléaires, en accord avec les objectifs du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), notamment l’article IV.  Alors que cette année marque le vingtième anniversaire de l’ouverture à la signature du Traité d’interdiction complète des armes nucléaires (TICE), le représentant des Pays-Bas a affirmé que ce traité était un pilier du désarmement nucléaire.  Il a salué l’adoption de la résolution 2310 du Conseil de sécurité qui appelle les États Membres à s’abstenir de tout essai nucléaire et à adhérer au TICE.  Par ailleurs, il a estimé que le troisième pilier pour parvenir à un monde dénucléarisé est « la vérification ».  À cet égard, il a estimé que les États non doté d'armes nucléaires souhaiteraient autant que les états nucléaires parvenir à un système robuste de vérification du désarmement.  « Développer les capacités de vérification constitue une importante mesure de renforcement de la confiance » a affirmé le représentant des Pays-Bas, avant de souligner l’importance d’améliorer les relations de travail entre les pays à tous les niveaux. 

M. LOT THAUZENI PANSIPADANA DZONZI (Malawi) a mis l’accent sur les répercussions humanitaires liées à l’utilisation des armes nucléaires, notant avec satisfaction que le sujet était désormais à l’ordre du jour de la communauté internationale puisque repris à son compte par la Conférence des Parties chargée d'examiner le TNP et le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.  Rappelant que la Conférence sur les incidences humanitaires des armes nucléaires de mars 2013 et les réunions suivantes avaient créé une plateforme de débat sur cette question, il a indiqué que le Malawi était un des 127 pays signataires de l’appel lancé par l’Autriche et destiné à combler le vide juridique entourant l’interdiction et l’élimination des armes nucléaires.  Au regard de cette large mobilisation, a-t-il déclaré, il est grand temps d’interdire de telles armes, comme le sont déjà les armes chimiques et biologiques, les mines antipersonnel et les munitions à fragmentation spontanée.       

M. MATTHEW ROWLAND (Royaume-Uni) a estimé que l’environnement sécuritaire actuel, particulièrement imprévisible, exigeait le maintien de la force de dissuasion nucléaire de son pays.  Il a noté à cet égard que des États continuaient de posséder des armes nucléaires et qu’ils pouvaient menacer d’autres États Membres, y compris les États dotés, de leur usage. Il a ajouté que la dissuasion nucléaire avait contribué à préserver la paix entre les grandes puissances au cours des décennies écoulées, si bien que l’abandonner ne rendrait pas le monde plus sûr, a-t-il dit.  M. Rowland a rappelé que son pays s’était engagé à ne détenir que le minimum d’ogives nucléaires nécessaires au maintien de son système de défense basé sur la dissuasion.  Il a précisé que le Royaume-Uni ne posséderait à terme que 100 ogives nucléaires, et qu’il ne renoncerait jamais aux accords de garantie négative de sécurité qui le lient aux États non dotés de l’arme nucléaire.

Mme EVA WALDER (Suède) a affirmé que la sécurité et le bien-être des populations devaient constituer la priorité absolue, et appelé à un désarmement considérable. Les progrès en matière de désarmement et de non-prolifération se renforcent mutuellement, a-t-elle estimé, affirmant que le désarmement nucléaire était un pilier de la sécurité dans le monde. La représentante a salué les éléments importants contenus dans le rapport du Groupe de travail à composition non limitée chargé de promouvoir les négociations multilatérales en matière de désarmement et appelé à la tenue en 2017 de négociations ouvertes à tous, avec la participation la plus large possible, en vue d’établir un instrument juridiquement contraignant d’interdiction des armes nucléaires. Il est souhaitable de renforcer les instruments existants, notamment le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, a-t-elle ajouté, estimant par ailleurs que les engagements pris lors des conférences d’examen de ce Traité devaient être respectés. Il faut donner une impulsion au processus de désarmement, car le statu quo est source de risques, a-t-elle conclu. 

Mme THEMINA JANJUA (Pakistan) a estimé que l’ordre du jour international du désarmement devait être équitable, fondé sur des règles claires et non discriminatoire.  À cet égard, elle a recommandé que soient abordées les préoccupations sécuritaires de tous les États au sein de la Conférence du désarmement, que les États Membres s’engagent à réaliser des progrès tant sur les enjeux stratégiques que sur la réduction à proprement parler des stocks d’armes, classiques ou de destruction massive.  La représentante a également prôné le renforcement du régime international de non-prolifération par le biais de critères politiques objectifs et en élaborant des instruments servant les intérêts de toutes les parties.  Enfin, elle a demandé de renforcer, en étendant leur portée, les accords de sécurité négative existants.  Cela ne pourra être réalisé que dans le cadre d’une Conférence du désarmement revitalisée, a-t-elle estimé.

M. SHAMEEM AHSAN (Bangladesh) a rappelé les effets néfastes des armes nucléaires et a fait part des préoccupations de son pays devant les divergences qui se font jour entre pays, notamment à l’issue de la dernière conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.  Il a appelle à sortir de l’impasse actuelle pour favoriser la non-prolifération et dénoncé les essais nucléaires récents, regrettant que le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires ne soit toujours pas entré en vigueur.  Il s’est par ailleurs inquiété du fait qu’un instrument juridiquement contraignant proposant des garanties aux États non dotés soit otage de la situation actuelle.  Il s’est, en conclusion, dit favorable à l’élaboration d’un traité interdisant la production de matières fissiles.

Mme MICHAL SEHAYEK-SOROKA (Israël) a rappelé que son pays a réaffirmé à maintes reprises sa volonté de coopérer avec les États du Moyen-Orient dans le domaine de la sûreté et de la sécurité nucléaires.  Elle a ajouté qu’Israël était signataire des principaux instruments internationaux en la matière et que son pays appuyait le Code de conduite de l’Agence internationale de l'énergie atomique sur les sources radioactives.  La représentante a indiqué que son pays reconnaissait la contribution du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires à la paix et à la sécurité internationale, estimant néanmoins que son régime était insuffisant pour répondre efficacement, notamment au risque croissant de développement de programmes nucléaires à des fins militaires clandestins.  Elle a souligné que les violations sapant la crédibilité du Traité concernaient quatre pays de la région: l’Iran, l’Iraq, la Syrie et la Libye.  La représentante a de nouveau assuré que son pays se tenait prêt à discuter en toute bonne foi et sincérité, « c’est-à-dire sans arrière-pensées politiques », avec ses voisins sur toutes les questions portant sur la sécurité régionale. 

M. JUAN CARLOS MENDOZA-GARCIA (Costa Rica) a estimé que le désarmement nucléaire était aussi important que la non-prolifération nucléaire et appelé à davantage d’équilibre entre ces deux piliers.  Il a ajouté que les politiques de désarmement nucléaire incombaient à tous les États, et non aux seuls États dotés.  Les États non dotés, dont le Costa Rica, sont convaincus de la nécessité du désarmement universel, a-t-il dit, précisant que son pays était favorable à l’universalisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et à la mise en œuvre de l’article VI du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.  Le représentant a exprimé son inquiétude devant l’absence de progrès en matière de désarmement nucléaire.  Beaucoup d’États font du nucléaire une clef de leur doctrine de sécurité, ce qui est dangereux car favorisant la prolifération, a-t-il souligné.  Le Costa Rica est favorable à des mesures juridiques concrètes en faveur d’un monde exempt d’armes nucléaires, et souhaite la tenue d’une conférence en 2017 pour établir un instrument juridiquement contraignant interdisant les armes nucléaires.  Le représentant a appelé les États à soutenir le projet de résolution « Faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire ».

M. D. B. VENKATESH VARMA (Inde) a rappelé que son pays soutenait l’élaboration d’un traité interdisant la production de matières fissiles. Il est important d’éviter tout marchandage sur ce traité, a-t-il ajouté. Le représentant a rappelé que son pays s’était engagé en faveur de la non-prolifération nucléaire via des actions multilatérales, et appuyait la lutte contre le terrorisme. Les réunions récentes ont permis de prendre conscience de l’impact humanitaire des armes nucléaires, a affirmé le représentant, soulignant la nécessité de de promouvoir un véritable désarmement effectif. Il a appelé les États qui s’opposent au projet de résolution sur une convention sur l’interdiction de l’utilisation des armes nucléaires à revoir leur position et, en outre, a présenté deux projets de résolution sur les garanties négatives de sécurité aux États non dotés et sur la réduction du risque d’utilisation d’armes de destruction massive par des acteurs non étatiques.

Droits de réponse

Le représentant de la République populaire démocratique de Corée a assuré que les prochains exercices des forces américaines qui auraient lieu au large des côtes de la péninsule coréenne auraient pour but, « cette fois », de renverser le régime de Pyongyang.  Il a estimé que les conséquences de ces manœuvres étaient imprévisibles et qu’« elles pourraient provoquer une guerre ».  Il a estimé que le Royaume-Uni, « qui a envahi la RPDC avec les États-Unis, qui ont créé le chaos en Iraq », avaient oublié les leçons du passé.

Le représentant de la Syrie a estimé que le refus d’Israël d’adhérer au TNP et ses violations de tous les traités nucléaires, faisaient de ce pays un obstacle à la paix et à la sécurité au Moyen-Orient.  Il a demandé aux États de faire pression sur Israël pour qu’il adhère au TNP comme puissance non nucléaire.

Le représentant des États-Unis a répondu que les exercices militaires annuels américains étaient réalisés depuis 40 ans en toute transparence.  Ils sont conduits pour protéger nos alliés et maintenir la stabilité dans la région, a-t-il dit.

Le représentant de la République de Corée a rappelé qu’historiquement « tout le monde sait qui a envahi qui, il y a un demi-siècle ».  Si cette région est l’une des plus dangereuses du monde, nous savons pourquoi, a encore dit le délégué.

Le représentant de la Libye a rappelé que son pays avait adhéré au TNP et avait abandonné tous ses programmes d’armes de destruction massive.

Le représentant du Royaume-Uni a répondu à son homologue de la RPDC que les programmes militaires de son pays constituaient la principale menace à la paix et à la sécurité régionale et internationale. 

Le représentant de la République populaire démocratique de Corée a accusé le représentant des États-Unis de vouloir semer la confusion dans les débats de la Commission.  Aucun acte n’est justifiable au motif que l’on mène des exercices militaires, des manœuvres qui impliquent des bombardiers surarmés et des sous-marins nucléaires, a-t-il dit. 

Le représentant des États-Unis a répondu que les agissements de la RPDC violaient ses obligations internationales.  Elle doit respecter le droit international, a-t-il demandé.

Le représentant de la République de Corée a rejeté les déclarations mensongères de la RPDC. 

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