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AG/11825
21 septembre 2016
Réunion de haut niveau sur la résistance aux antimicrobiens, Matin & après-midi

Assemblée générale: les chefs d’État et de gouvernement s’attaquent à la résistance aux antibiotiques, le risque de santé publique « le plus important et le plus pressant »

Les chefs d’État et de gouvernement ont participé aujourd’hui à la première Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur la résistance aux agents antimicrobiens, en particulier aux agents antibiotiques, « le risque le plus important et le plus pressant » de santé publique.  Dans la Déclaration qu’ils ont adoptée à l’issue de la Réunion, les chefs d’État et de gouvernement s’engagent à définir des plans d’action nationaux, invitent l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à apporter son concours à l’élaboration de nouveaux médicaments antimicrobiens et demandent au Secrétaire général de l’ONU de créer un groupe spécial de coordination interinstitutions pour guider les approches à suivre.

C’est le Secrétaire général de l’ONU qui a donné le ton d’une Réunion solennelle à laquelle ont participé plus d’une soixantaine de délégations, la Directrice générale de l’OMS et des représentants de la société civile et de l’industrie pharmaceutique. 

M. Ban Ki-moon a décrit une réalité « qui donne à réfléchir » et où l’on perd la capacité de protéger les hommes et les animaux contre des infections mortelles.  Plus de 200 000 nouveaux-nés meurent chaque année d’infections résistantes aux antibiotiques.  Dans certaines parties de l’Afrique, une épidémie de typhoïde récalcitrante aux traitements menace les populations.  La résistante aux médicaments contre le VIH/sida se confirme et celle aux traitements contre la tuberculose a été signalée dans 105 pays. 

L’inefficacité des antipaludiques est devenue un problème de santé publique dans la sous-région du Grand Mékong et le passage chez l’homme d’infections résistantes de l’animal est bien connu, sans oublier les nouveaux mécanismes génétiques dangereux qui émergent et se propagent rapidement dans le monde.

Dans la Déclaration politique qu’ils ont adoptée, les chefs d’État et de gouvernement soulignent que la résistance aux médicaments antimicrobiens est principalement due à une utilisation « inappropriée » de ces médicaments.  Plus largement, la résistance aux agents antibiotiques, « le risque le plus important et le plus pressant », mérite, estiment-ils, une attention accrue et une action plus cohérente aux niveaux international, national et régional.

Le Premier Ministre de la Norvège, Mme Erna Solberg, a prôné une interdiction pure et simple de l’utilisation « massive et systématique » des antibiotiques pour soigner et accélérer la croissance des animaux de consommation.  « Cette interdiction, qui a été obtenue de haute lutte par l’Union européenne doit devenir une norme internationale », a-t-elle estimé, expliquant que son pays n’utilise plus d’antibiotiques, y compris en aquaculture: « Ce n’est pas facile, mais nous vaccinons, un à un, tous nos saumons d’élevage! », s’est-elle enorgueillie.

Il faut faire vite, a pressé le Secrétaire général, car les progrès réalisés dans la lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme pendant la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) risquent de s’effacer.  Toute inaction, a-t-il alerté, rendrait impossible l’objectif de la couverture santé universelle, compromettrait la production alimentaire et vouerait à l’échec le Programme de développement durable à l’horizon 2030. 

Réduire la résistance aux agents antimicrobiens est difficile mais pas possible, a-t-il encouragé.  Cela exige un engagement à long terme et une véritable coopération entre plusieurs secteurs.  « Mais vous êtes ici aujourd’hui parce que vous savez que la résistance aux agents antimicrobiens représente une menace fondamentale à la santé de l’homme et de l’animal, au développement durable, à une économie saine et à la cohérence sociale », a rappelé le Secrétaire général.

Quelque 28 millions de personnes pourraient en effet tomber dans la pauvreté au cours des 30 prochaines années, a reconnu M. Keith Hansen, de la Banque mondiale, voyant là « un véritable problème économique ».  Les intervenants dont le Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. José Graziano da Silva, se sont dits conscients de la nécessité de travailler de manière innovante pour changer rapidement les modes de production et de consommation des aliments et des médicaments, alors que les progrès scientifiques se font toujours attendre. 

 Au cours du XXe siècle, seules deux nouvelles classes d’antibiotiques ont été mises sur la marché, a ainsi rappelé la Directrice exécutive de l’OMS, Mme Margaret Chan.  En réponse aux critiques contre une industrie pharmaceutique « frileuse » devant la faiblesse des retours sur investissement, le représentant du laboratoire GSK a défendu le bilan des piliers de son secteur.  Il a, par exemple, expliqué que les molécules antibiotiques développées in vitro étaient presque toujours toxiques chez l’homme.  M. Andrew Witty a mis en exergue la nécessité d’aller jusqu’au bout dans le changement du paradigme actuel.  Il ne faut pas seulement viser à tuer des pathogènes, il faut aussi renforcer les défenses naturelles de l’organisme.

Les Ministres russe et argentin de la santé ont appuyé ces propos en signalant que leur plan de santé publique tienne compte de l’optique « révolutionnaire » des chercheurs: réduction de la concentration d’antibiotiques dans la nourriture d’origine animale mais aussi lutte renforcée contre les infections en milieu hospitalier, ce qui nécessite l’implication de tous les acteurs de la vie politique, économique et sociale ont déclaré Mme Veronica Skvortova et M. Jorge Lemus.

Représentant l’ONG « Médecins Sans Frontière (MSF) », le Docteur Joanne Liu n’a pas hésité à interpeller les responsables politiques: la santé des populations est « votre affaire, vos prérogatives, pas celle des ONG et des labos ».  « Votre approche doit être mondiale et unique, sans penser en termes de Nord et de Sud car les bactéries n’ont pas de frontières. »  « Cessez de prendre des engagements et de voter des résolutions que vous ne mettez pas en œuvre.  Partout où les gens souffrent et où l’accès à la santé recule nous avons besoin de votre appui sans faille », s’est-elle énervée.

Le Commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, M. Vytenis Andriukaitis, a proposé la proclamation d’une « journée mondiale des antibiotiques » pour sensibiliser le grand public et les personnels de santé sur la surconsommation de ces médicaments « mais également leur sur-prescription ».  « L’OMS pourrait refaire ce qu’elle fait admirablement depuis des décennies dans la lutte contre le tabagisme », a-t-il jugé.

« N’oublions pas le combat contre la pollution de l’eau », a demandé pour sa part le Secrétaire d’État à la santé du Kenya, M. Cleopa Mailu.  Au nom des pays à revenu faible et moyen, il a insisté sur l’accès universel à l’eau potable et aux services d’assainissement car « sans cela, le défi de la résistance aux antimicrobiens ne pourra pas être relevé dans nos régions ».

Dans leur Déclaration politique, les chefs d’État et de gouvernement s’engagent à définir des plans d’action, programmes et initiatives multisectoriels conformes aux cinq stratégies du « Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens ».  Ils soulignent que la mise en œuvre de ces plans exige une collaboration nationale et internationale qui permette d’évaluer les ressources nécessaires et les investissements techniques et financiers à prévoir pour mettre en commun les capacités en termes de recherche, de laboratoires et de réglementation ainsi que les actions à mener dans les domaines de l’éducation et de la formation professionnelle.  Pour ce faire, les chefs d’État et de gouvernement s’engagent à mobiliser des fonds, des ressources humaines et des investissements « suffisants, prévisibles et durables ». 

Pour eux, l’OMS doit mettre en place un « cadre d’action mondial de développement et de gestion » afin d’apporter son concours à l’élaboration, au contrôle, à la distribution et à l’utilisation appropriée de nouveaux médicaments antimicrobiens, outils de diagnostic, vaccins et autres interventions. 

L’OMS, selon la Déclaration, devrait d’ailleurs coprésider le groupe spécial de coordination interinstitions que le Secrétaire général est appelé à créer pour donner des indications pratiques quant aux approches à suivre pour assurer une action mondiale efficace et durable dans la lutte contre la résistance aux agents antimicrobiens.

 

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