Face aux abus sexuels commis par des soldats de la paix de l’ONU, les États Membres appuient la politique de tolérance zéro du Secrétaire général

AG/11810
7 septembre 2016
Soixante-dixième session, 115e séance plénière – matin

Face aux abus sexuels commis par des soldats de la paix de l’ONU, les États Membres appuient la politique de tolérance zéro du Secrétaire général

« Un acte terrible peut effacer mille nobles sacrifices », a déclaré, ce matin, le Président de la soixante-dixième session de l’Assemblée générale, M. Mogens Lykketoft, du Danemark, en ouvrant le débat sur les allégations d’abus sexuels impliquant des forces internationales, dont des soldats de la paix de l’ONU.  

Organisée à la demande de l’Égypte, au nom des pays fournisseurs de contingents, cette réunion, qui s’inscrit dans le cadre du « renforcement du système des Nations Unies », a rassemblé plus d’une trentaine d’intervenants.  Elle fait suite à deux exposés informels organisés en avril et en mai derniers par M. Lykketoft sur les allégations persistantes d’actes d’exploitation et d’atteintes sexuelles.

Depuis la publication du rapport du Groupe d’examen indépendant externe de haut niveau sur les abus et l’exploitation sexuels des forces internationales de maintien de la paix en République centrafricaine (RCA), en décembre 2015, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a pris une série de mesures pour appliquer et renforcer une politique de tolérance zéro en la matière.

Ainsi les délégations ont-elles unanimement appuyé cette politique et salué la nomination, en février, de Mme Jane Holl Lute, des États-Unis, en tant que Coordonnatrice spéciale pour l’amélioration de la réponse des Nations Unies à l’exploitation et aux abus sexuels.

« De tels actes sont inacceptables quelles que soient les circonstances », a insisté le Président de l’Assemblée générale, en soulignant qu’il appartenait au Secrétariat, aux pays fournisseurs de contingents et autres États Membres de faire de la tolérance zéro et de l’impunité zéro une réalité.

« Tout cela doit cesser », a clairement indiqué le délégué de l’Union européenne après avoir rappelé que la protection des civils était au centre des opérations de maintien de la paix.  Il a encouragé le Secrétaire général dans sa détermination à jouer un rôle moteur pour face à ce défi et partagé sa préoccupation de plus de transparence et de responsabilité.

En termes de transparence, la France a répondu aux sollicitations et demandes d’information des Nations Unies concernant les graves allégations pour lesquelles des militaires déployés en République centrafricaine ont été mis en cause, a assuré le représentant de ce pays.  La justice française multiplie également les échanges avec l’ONU dans le cadre de la coopération judiciaire.

Le représentant du Cambodge a condamné les 69 allégations d’abus sexuels enregistrées en 2015 et les 44 allégations déjà enregistrées en 2016, qui sapent la crédibilité du maintien de la paix de l’ONU.  « C’est inadmissible », a martelé son homologue du Royaume-Uni, en précisant que 12 nouveaux cas d’abus avaient été signalés depuis juillet.  « L’ONU doit s’engager à réduire ce chiffre à zéro. » 

Résumant l’opinion des pays fournisseurs de contingents, le représentant de l’Égypte a déploré que le comportement répréhensible de quelques membres de contingents ternisse leur image d’ensemble.  Des efforts concertés doivent être faits pour redresser la situation et faire en sorte que les Casques bleus ne soient plus discrédités à cause des actes inappropriés de quelques éléments, a renchéri son homologue du Nigéria.

Pour le Maroc, la question doit être abordée de manière collective et holistique et « les pays contributeurs de troupes doivent faire partie de la solution, pas seulement du problème ». 

À l’instar de plusieurs délégations, il a jugé que l’Assemblée générale représentait le meilleur forum à cette fin.  Dans le même esprit, le Bangladesh a considéré qu’il fallait des discussions complètes avec la participation de tous les États Membres afin d’améliorer la transparence et l’appropriation.

Plusieurs pays ont évoqué les mesures qu’ils prenaient en matière de prévention, de répression et de soutien aux victimes.  L’Italie et l’Uruguay, en particulier, ont mis l’accent sur la formation.  D’autres ont valorisé la dimension femmes, paix et sécurité.  Enfin, « les victimes ne sont pas ni des dossiers ni des emails », a plaidé le délégué de Singapour.  « Ce sont des êtres humains; les Nations Unies doivent assurer que chaque enquête soit menée à bien. »   

La prochaine réunion de l’Assemblée aura lieu vendredi 9 septembre, à partir de 10 heures, pour examiner les derniers points à l’ordre du jour de sa soixante-dixième session.  

 

RENFORCEMENT DU SYSTÈME DES NATIONS UNIES

Déclarations

M. GUILLAUME DABOUIS, de l’Union européenne, a rappelé que la protection des civils était au centre des opérations de maintien de la paix.  « Un cas d’abus et d’exploitation sexuels démontré est un cas de trop », a-t-il déclaré.  Déplorant un problème majeur à l’échelle du système des Nations Unies, il a ajouté que « tout cela doit cesser ».

L’Union européenne appuie les mesures de prévention et de répression, ainsi que les mesures correctives et de soutien aux victimes.  M. Dabouis a appelé à plus de transparence et de responsabilité.

Il a souligné combien il est important que le personnel civil, militaire et de police de l’ONU « réponde au plus haut niveau de comportement » et qu’il soit formé contre la violence sexuelle et sexiste.  Il a salué le dernier rapport du Secrétaire général sur la question et partagé la politique de tolérance zéro et la démarche d’impunité zéro.

Mme RAIMONDA MURMOKAITĖ (Lituanie) qui parlait également au nom de la Lettonie et de l’Estonie, a dit qu’il était temps d’agir et de mettre fin à l’exploitation et abus sexuels commis par des contingents et le personnel des Nations Unies.  À cet égard, le travail de la Coordonnatrice spéciale mérite notre soutien.  Les États Membres qui envoient des troupes doivent aussi assurer leur responsabilité dans la formation des membres de leurs contingents sur cette question, a continué la représentante qui a suggéré, entre autres, que les chefs des contingents soient des individus qui aient des expériences pour empêcher ces crimes. 

Il faut aussi apporter de l’aide aux personnels envoyés sur le terrain.  La représentante a proposé la mise en place de système de diffusion d’information sur cette question pour les populations civiles et le renforcement de la résilience des parents des victimes.  Il faut également protéger les donneurs d’alerte, a avancé la déléguée.

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a déploré que le comportement répréhensible d’exploitation et d’abus sexuels de quelques membres de contingents ternit l’image des tous les contingents de tous les pays contributeurs de troupes.  Il a condamné tous les crimes d’abus sexuels commis par des membres des contingents.  L’Égypte est prête à faire face aux réformes notamment la politique de tolérance zéro contre l’exploitation et les abus sexuels, a assuré le représentant qui a ajouté qu’il faut préserver le droit à la présomption d’innocence de tous les membres des contingents déployés sur le terrain. 

En outre, les pays contributeurs de troupes doivent sensibiliser leurs éléments sur cette question.  Il a poursuivi qu’aucune impunité ne devrait être accordée aux personnels reconnus coupables de ces crimes.  Il a proposé que l’Assemblée générale adopte une décision globale sur la façon dont les Nations Unies traitent de l’exploitation et d’abus sexuels à sa soixante et onzième session.  

Mme SIMA SAMI BAHOUS (Jordanie) a jugé prioritaire la question débattue aujourd’hui.  Il faut, selon elle, mener une action collective et imposer des sanctions aux auteurs de ces crimes qui ont « une incidence négative sur la réputation des Nations Unies ».  Tous les pays contributeurs de contingents devraient respecter la politique de tolérance zéro et les nobles missions des opérations de maintien de la paix. 

Elle a proposé, notamment, de changer la formation et l’éducation des troupes en matière de droits de l’homme et de protection des civils.  Pour sa part, la Jordanie a fondé un centre de formation accrédité.  La représentante a encouragé le déploiement de plus de femmes sur le terrain, puis souligné l’importance de la législation nationale pour combattre l’impunité.

M. OMAR HILALE (Maroc) s’est dit confiant en la capacité de l’ONU de mettre efficacement en œuvre la politique de tolérance zéro.  Selon lui, la question doit être abordée de manière collective et holistique et « les pays contributeurs de troupes doivent faire partie de la solution, pas seulement du problème ».  Il a jugé impératif de « remédier à la multitude de références et de résolutions sur le sujet », l’Assemblée générale étant le forum idoine.

Pour le représentant, les pays contributeurs de troupes ont la responsabilité de juger leurs troupes.  « Il faut distinguer l’individu incriminé de l’État », a-t-il insisté.  Il a demandé de désigner des enquêteurs dans les plus brefs délais et préconisé des jugements rapides devant les juridictions nationales compétentes.  Rappelant le principe universel de la présomption d’innocence, il a considéré que « l’ONU ne peut rendre publiques la nationalité et l’identité d’un individu mis en cause qu’après le prononcé du jugement ».

M. NABEEL MUNIR (Pakistan) a dit que l’exploitation et les abus sexuels devaient être traités de façon collective et holistique par les États Membres.  Il est nécessaire que les pays contributeurs de police et de troupes jouent un rôle actif dans les débats et les efforts sur cette question. 

À cet égard, le représentant a proposé notamment d’adopter une résolution de l’Assemblée générale sur cette question en combinant les efforts des différents Comités, y compris la Cinquième Commission et le Comité spécial des opérations de maintien de la paix, de consulter les pays contributeurs de troupes dans le processus d’élaboration des directives et des mécanismes pour endiguer ce fléau, et de mener des consultations trilatérales entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes. 

Le représentant a ajouté que le Comité spécial de l’Assemblée générale devait rester le forum de discussion des questions relatives à la conduite et la discipline des Casques bleus.  Les recommandations ont besoin d’être discutées et analysées au sein du Comité spécial de manière transparente et inclusive, a encore proposé le représentant. 

Mme KATALIN ANNAMARIA BOGYAY (Hongrie) a souligné l’importance de la mise en commun des efforts pour combattre l’exploitation et les abus sexuels.  Elle a rappelé le but de la politique de tolérance zéro qui est de ne plus avoir aucun cas d’exploitation et d’abus sexuels.  La chose la plus importante est de disposer de mesures pour prévenir les exploitations et abus sexuels.  Il faut que les troupes et les pays respectent les normes les plus élevées de comportement. 

La Hongrie estime que la formation peut apporter une contribution positive à la prévention, a estimé la représentante qui a réclamé une présence plus importante des femmes dans les missions de paix.  Il faut dénoncer les cas dès qu’ils se produisent, a-t-elle encouragé. 

Concernant la sensibilisation sur la question de l’exploitation et d’abus sexuels, leur responsabilité revient en premier aux États Membres, a rappelé la déléguée qui a demandé à tenir compte de la sensibilité de la nature de ces crimes.  Mais il faut assurer la politique de zéro impunité des auteurs et assurer la responsabilité des militaires et de la police coupables.  Que justice soit faite pour les victimes par des actions concrètes, a-t-elle clamé.

M. TANGUY STEHELIN (France), reconnaissant que des allégations d’abus sexuels avaient visé plusieurs forces internationales, a appuyé le strict objectif de tolérance zéro, « quelle que soit la couleur du casque et de l’uniforme ».  Il a préconisé « un traitement large et non limité à certaines situations, au travers de procédures harmonisées ».  Ainsi la France a-t-elle contribué au financement du bureau de la Coordonnatrice spéciale de l’ONU sur la question.  Elle promeut le partage des bonnes pratiques et la mutualisation de l’information. 

Le représentant a toutefois jugé indispensable que l’ONU transmette plus rapidement des informations précises sur les cas d’abus « pour que la justice nationale puisse faire son travail en toute indépendance », en garantissant les droits des victimes et de la défense.

La France, a expliqué le représentant, a déjà mis en œuvre une série de mesures « en cohérence avec celle du Secrétariat », notamment en ce qui concerne des militaires français en République centrafricaine.  En termes de prévention, elle a renforcé la formation des personnels appelés à être déployés sur des théâtres extérieurs. 

S’agissant du travail d’enquête et d’établissement des faits, le Ministère de la défense s’efforce de réduire les délais d’investigation, a-t-il assuré.  La justice française multiplie les échanges avec l’ONU dans le cadre de la coopération judiciaire.  « La France est déterminée à faire la lumière sur toutes les accusations portées contre ses forces », a-t-il ajouté.  Cependant, « lutter contre les abus sexuels ne signifie pas blâmer toute une opération »; « les opérations de maintien de la paix, où qu’elles soient, méritent tout notre soutien », a-t-il conclu.

D’après M. PER THÖRESSON (Suède), les abus sexuels commis par des membres du personnel de l’ONU représentent « un fléau ».  Toutes les allégations doivent être prises au sérieux et l’ONU doit agir de façon unie, car, dans l’immense majorité des cas, les Casques bleus ne commettent aucun crime. 

Pour sa part, la Suède forme son personnel militaire et de police pour combattre les abus sexuels.  Il faut renforcer la portée de la résolution 2272 (2016) du Conseil de sécurité et protéger en particulier les lanceurs d’alerte et les témoins. 

M. JUAN SANDOVAL MENDIOLEA (Mexique) a affirmé que les Casques bleus qui sont auteurs d’exploitation et d’abus devaient être jugés.  Le représentant a ajouté que les contingents impliqués dans ces abus ne devaient plus participer à des opérations de l’ONU jusqu’à ce qu’ils soient rayés de la liste des auteurs de ces actes criminels.  Le délégué a regretté que les Nations Unies continuent d’être confrontées à ce problème alors que le moment devait à la réparation des dommages causés aux victimes. 

L’engagement de tous les États Membres est nécessaire pour éviter que ces actes ne se répètent plus.  Il a souligné la nécessité de la formation des contingents dans le domaine de la discipline avant le déploiement et sur le terrain.  Il a demandé une plus grande participation des femmes dans les opérations de maintien de la paix qui contribuent à aider à renforcer la confiance et la protection des civils.  Il a aussi proposé d’examiner les facteurs aggravants comme la limitation de la période de déploiement des contingents.  

M. ANDREJ LOGAR (Slovénie) s’est inquiété de la dégradation de l’image des Casques bleus à cause du comportement de membres minoritaires des contingents.  Le représentant a rappelé les mesures prises par son gouvernement pour combattre ce fléau, notamment l’émission d’un certificat de bon comportement et la nomination d’un officier enquêteur dans les contingents de la Slovénie. 

En outre, il faut investir dans la sensibilisation concernant les actes d’abus et d’exploitation sexuels, a proposé le représentant qui a demandé aux États Membres de faire plus pour les empêcher et faire en sorte que la politique de tolérance zéro soit efficace.

Mme ISOBEL COLEMAN (États-Unis) a salué les initiatives présentées par le Secrétaire général pour lutter contre les abus sexuels, qui sapent la légitimité et l’efficacité des Nations Unies, et pour accroître la transparence et la redevabilité, la prévention et l’aide aux victimes, tout en renforçant les pratiques optimales. 

« Nous devons aller de l’avant », a-t-elle dit.  Ensemble, « les États Membres doivent être constamment vigilants ».  Avec l’ONU, ils partagent une responsabilité collective d’empêcher les abus, car « un cas avéré d’abus sexuel est un cas de trop ».

M. ALEXANDR KABENTAYEV (Kazakhstan) a proposé de renforcer les mesures de redevabilité et la stratégie d’assistance des Nations Unies aux victimes d’abus sexuels.  Il a préconisé un suivi rigoureux de tous les cas portés à l’attention du Conseil de sécurité et lancé l’idée de « mobiliser une équipe de réaction d’urgence ».

Le Kazakhstan déploie des observateurs militaires « très compétents » à la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et à l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et encourage une plus grande participation des femmes dans toutes les sphères de la vie publique.

M. ROLANDO CASTRO CORDOBA (Costa Rica) a réaffirmé l’importance de la politique de tolérance zéro contre l’exploitation et les abus sexuels.  Il a demandé des efforts plus grands pour éliminer et prévenir ces actes répréhensibles.  Il a regretté que l’on ne donne pas assez de ressources aux efforts pour combattre l’exploitation et les abus sexuels.  Il a demandé aux parties intéressées à faire des efforts et à punir les actes d’abus sexuels. 

Les États Membres ont l’obligation de respecter les résolutions sur la reddition de compte du personnel des Nations Unies en mission, a rappelé le représentant, qui a exigé le respect des mesures de rapatriement des troupes de police et de militaires pour lesquelles les preuves d’actes d’exploitation et d’abus sexuels ont été réunies.  Tous les efforts pour éliminer ces cas et l’impunité doivent être dissuasifs, a indiqué M. Cordoba.

M. OLIVIER MARC ZEHNDER (Suisse) a dit qu’il était essentiel de garantir que des mesures préventives soient prises dans une perspective systémique.  Il faut que toutes les catégories de personnel aient à rendre compte de crimes et d’actes répréhensibles en relation avec l’exploitation et les abus sexuels. 

En outre, il convient d’assurer que les mesures qui ont été engagées sous la direction de la Coordonnatrice spéciale soient assorties de dispositions complémentaires et se poursuivent à long terme.  C’est pourquoi la Suisse est favorable à l’extension du mandat de la Coordonnatrice spéciale. 

Le représentant a aussi souligné la nécessité pour l’ONU de garantir un soutien aux victimes de ces types de crimes.  L’application de la politique de tolérance zéro concerne non seulement le système onusien mais aussi les États Membres.  Seuls leur entière coopération et plein engagement peuvent garantir une véritable responsabilisation, a estimé le représentant.

S’il s’est réjoui des initiatives prises par le Secrétaire général et par les États Membres,  M. MICHAEL DOUGLAS GRANT (Canada) a toutefois fait remarquer qu’une « plus grande sensibilisation ne remplace pas les actions et l’élan nécessaires pour résoudre les abus sexuels ».  Ceux-ci ne peuvent être traités que par la transparence et la responsabilisation, a-t-il insisté, en appuyant l’idée d’une liste publique de ceux qui sont confrontés à des allégations d’abus.  Le Canada n’est pas à l’abri de telles allégations, a-t-il précisé.  Il faut aussi mettre au point une « charte des droits des survivants ».

Le représentant a souhaité faire davantage pour institutionnaliser la réponse face aux abus graves, qui « ne vont pas s’arrêter grâce à des palliatifs techniques ou des nominations temporaires ».  À cet égard, il faut renforcer la position de la Coordonnatrice spéciale.

M. MATTHEW RYCROFT (Royaume-Uni) a noté que 12 nouveaux cas d’abus ont été enregistrés depuis juillet.  « C’est inadmissible », a-t-il martelé.  « L’ONU doit s’engager à réduire ce chiffre à zéro ».  Il a espéré que tous les États pourront travailler avec la Coordonnatrice spéciale pour mettre fin à ce fléau. 

Les questions relatives à la problématique hommes-femmes doivent également être traitées.  Le sujet, a-t-il annoncé, sera abordé demain à Londres lors d’une réunion ministérielle.  Les pays contributeurs de troupes doivent avoir les moyens d’enquêter rapidement sur des allégations et de tenir les victimes informées des progrès « pour que l’on constate que justice est faite », a-t-il conclu.

Mme GILLIAN BIRD (Australie) a affirmé que les États Membres étaient les premiers responsables pour mener des enquêtes et traduire en justice les crimes commis par leurs ressortissants.  Il a soutenu la proposition pour une convention internationale qui assure la responsabilité pénale du personnel des Nations Unies relative aux crimes commis dans les opérations de maintien de la paix. 

Après avoir rappelé les mesures prises par l’Australie sur la question de l’exploitation et des abus sexuels, le représentant a indiqué que son pays avait mis en place une équipe prête à être déployée immédiatement pour mener des investigations sur des allégations de crimes ou d’infractions disciplinaires qui seraient commis par le personnel de police ou militaire sur les terrains d’opération.

M. BURHAN GAFOOR (Singapour) a plaidé notamment pour la mise en place d’une culture de responsabilité et de reddition de compte dans chaque opération de maintien de la paix.  À cet égard, le représentant a exhorté le prochain Secrétaire général à continuer d’inscrire une culture de responsabilité et de reddition de compte dans l’ADN de l’ONU.  Il a aussi mis l’accent sur la nécessité d’avoir une approche dans tout le système des Nations Unies en ce qui concerne le traitement de ces crimes. 

Les victimes ne sont pas ni des dossiers ni des emails, a-t-il dit.  Ce sont des êtres humains.  Les Nations Unies doivent assurer que chaque enquête soit menée à bien.  La lutte pour éradiquer l’exploitation et les abus sexuels doit se poursuivre.  Tous les États Membres doivent travailler ensemble pour surveiller et améliorer les cadres de travail de l’ONU.  « Nous devons faire en sorte que les politiques existantes soient adéquates, que les opérations de maintien de la paix aient des systèmes de contrôle et qu’il y ait suffisamment d’enquêteurs », a proposé le représentant. 

M. RY TUY (Cambodge) a condamné les 69 allégations d’abus sexuels enregistrées en 2015 et les 44 allégations déjà enregistrées en 2016, car elles sapent la crédibilité du maintien de la paix des Nations Unies.  Selon lui, il faut répondre immédiatement aux besoins des victimes. 

En tant que pays fournisseur de contingents, le Cambodge a été félicité par le Secrétaire général adjoint pour « ses performances éthiques » en matière de maintien de la paix.  Le représentant a demandé aux États Membres de s’associer aux Nations Unies pour combattre ces crimes et s’assurer que leurs auteurs soient poursuivis par les autorités responsables.

Les abus sexuels au sein de missions de l’ONU font trop souvent les titres des médias depuis deux ans, a regretté M. KAI SAUER (Finlande), en jugeant ces pratiques inadmissibles.  Il a mis l’accent sur la prévention et la redevabilité, et sur la nécessité d’enquêter rapidement et de développer des procédures judiciaires appropriées et un appui aux victimes.  Il a également souligné « l’importance d’une coopération au sein du système », en vantant le rôle de la Coordonnatrice spéciale.

M. HIROSHI MINAMI (Japon) a déclaré que dans la mise en œuvre de la résolution 2272 (2016), il était essentiel de coordonner les efforts des États Membres, y compris les pays contributeurs de police et de troupes.  Le représentant a mis en exergue le programme de formation en ligne sur la prévention de l’exploitation et les abus sexuels. 

Le Japon et le Département de l’appui aux missions présenteront le 13 septembre ces outils de formation aux États Membres.  Le Japon accorde une place centrale à l’aide aux victimes.  Tous les États Membres devraient examiner ce qu’ils pouvaient faire pour aider les victimes, a suggéré le représentant. 

M. ANGELITO AYONG NAYAN (Philippines) a dit que cette question devait être traitée de façon active.  Le représentant a avancé trois étapes pour cela.  Il a proposé des programmes robustes de formation avant le déploiement et sur le terrain qui soulignent le leadership et la reddition de compte dans la chaine de commandement, des échanges appropriés d’informations sur des réponses spécifiques aux cas d’exploitation et d’abus sexuels, et des initiatives innovantes de renforcement de capacités fondées sur les meilleures pratiques de lutte contre la culture de l’impunité.    

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) a rappelé la longue histoire de son pays dans le cadre des opérations de maintien de la paix et insisté sur l’importance de la formation pré-déploiement.  Le centre d’excellence italien a ainsi formé près de 9 000 troupes de 90 pays différents et lancé, en 2014, « un cours spécifique de protection genre » pour faire face aux comportements discriminatoires, y compris vis-à-vis des enfants.

La communauté internationale doit réagir face à ceux qui ternissent la légitimité et la crédibilité des Nations Unies, a déclaré Mme FRANCISCA MARÍA PEDROS CARRETERO (Espagne).  En tant que membre non permanent du Conseil de sécurité, son pays a toujours appuyé la résolution 2272 (2016) pour lutter contre les abus sexuels. 

Les pays contributeurs de soldats et de police doivent fournir une formation robuste au personnel, dans une perspective de défense des droits des femmes, et mettre en application des mesures pour enquêter sur les abus et juger leurs auteurs, tout en protégeant la confidentialité des victimes. 

À travers un cours international dispensé en Europe et en Afrique, l’Espagne applique une démarche intégrale de lutte contre les abus.  De plus, le Ministère de la défense réfléchit aux façons de réduire la durée du déploiement des troupes, de renforcer la vigilance au sein des troupes et d’améliorer la communication avec la population civile. 

Mme AMÉRICA LOURDES PEREIRA SOTOMAYOR (Équateur) a dit que les cas d’exploitation et d’abus en République centrafricaine en 2015 avaient démontré le manque d’action de l’ONU.  La communauté internationale appelle des orientations nouvelles sur cette question sensible.  Il est urgent que les Nations Unies accordent à la question de l’exploitation et des abus sexuels la même attention qu’aux questions des droits de l’homme, a déclaré la représentante qui a souhaité une plus grande coordination au sein du système sur ce sujet plus particulièrement sur la question de la protection de populations civiles. 

Après ce débat, l’on doit aboutir à des recommandations qui seront présentées au nouveau Secrétaire général pour combattre l’exploitation et les abus sexuels dans les opérations de maintien de la paix, a-t-elle dit.

M. MARTÍN GARCIA MORITÁN (Argentine) a dit que cette question aurait dû être réglée dans le cadre des opérations de maintien de paix des Nations Unies.  Il faut rendre l’ONU plus efficace pour éviter ces abus et punir les auteurs, a ajouté le représentant, qui a demandé une plus grande harmonisation des mesures sur cette question et éviter les doublons. 

Il a aussi proposé l’élaboration d’une vision cohérente et coordonnée qui aide à parvenir à zéro cas.  Cela passe également par la politique de tolérance zéro et l’aide aux victimes.  En outre, il faut prévoir des formations et des cours sur l’exploitation et les abus sexuels pour les troupes déployées, examiner les facteurs de risques notamment le manque d’entrainement, la rotation, le respect du code de conduite. 

Le représentant a appelé à une meilleure coopération plus étroite entre le Secrétariat, l’Assemblée générale, le Conseil de sécurité et les pays contributeurs de police et de troupes. 

M. ELBIO ROSSELLI (Uruguay), rappelant que son pays fournissait depuis longtemps des contingents, a appuyé la politique de tolérance zéro de l’ONU.  Toutefois, a-t-il insisté, toutes les politiques relatives à cette question doivent être développées « en relation permanente avec les pays contributeurs et en tenant compte de leur point de vue ».  Tous les membres des contingents nationaux de son pays doivent participer à un cours pré-déploiement dirigé par des professionnels extérieurs, et avec la participation du bureau de pays des Nations Unies, a expliqué le représentant.  En outre, un agent responsable d’enquêtes est déployé avec les unités. 

Le Paraguay a communiqué à l’ONU les données relatives au point focal du Ministère des affaires étrangères qui doit aider les victimes, y compris dans les cas où il s’agit de déterminer la paternité, notamment par un test ADN, a continué le représentant.  De nombreuses mesures complémentaires ont été adoptées en ce qui concerne la responsabilité.  En bref, a-t-il conclu, plus de 6 000 personnes sont déployées sur le terrain, « la plupart d’entre elles sans difficultés ».

Il y a eu quelques abus sexuels de la part de soldats de la paix qui nuisent à l’image des Nations Unies, a reconnu M. WU HAITAO (Chine) en appuyant la politique de tolérance zéro.  La redevabilité des Nations Unies et des pays contributeurs de troupes doit être renforcée à cet égard. 

Le Secrétariat doit apporter une assistance technique aux pays contributeurs en développement, pour renforcer leurs capacités, notamment en matière de prévention, et les aider à relever le niveau des contingents.  Le Comité des opérations de maintien de la paix pourrait jouer un rôle accru à cet égard, a estimé le représentant.  

M. MICHAEL O. OKWUDILI (Nigéria) a dit que les meilleures politiques exigeaient une mise en œuvre inclusive et collective pour atteindre les objectifs désirés.  Les efforts pour mettre fin à l’exploitation et les abus sexuels doivent être de notre responsabilité commune et ne devraient pas être laissés uniquement au Secrétariat.  Les États Membres doivent prendre le leadership en cherchant les mesures pour relever ce défi.  Cela requiert des États Membres un engagement à prévenir les actes d’exploitation et d’abus sexuels commis par leurs Casques bleus.  Des efforts concertés doivent être faits pour redresser la situation pour faire en sorte que les Casques bleus ne soient plus discrédités à cause des actes inappropriés de quelques éléments. 

Le représentant a exhorté à la mise en marche rapide d’enquêtes et aux poursuites contre les auteurs d’actes d’exploitation et d’abus sexuels, l’adoption de mesures et d’un environnement opérationnel qui réduit les incitations à commettre de tels actes par les Casques bleus.  Cela demande des programmes de formation et d’orientation et l’augmentation de la participation des femmes dans les missions de maintien de la paix et l’exclusion des auteurs de ces actes dans toutes les missions des Nations Unies.  Avant de conclure, il a souligné l’importance de prendre des mesures en faveur des victimes d’actes d’exploitation et d’abus sexuels.

M. DIVYA GAURAV MISRA (Inde) a énuméré les mesures prises par son gouvernement pour prévenir et empêcher les actes d’exploitation et d’abus sexuels avant de proposer que les pays contributeurs de police et de troupes soient consultés avant l’élaboration de politiques et de mesures sur cette question.  Il a, avant de terminer, souligné la nécessité d’efforts collectifs pour la prévention de l’exploitation et des abus sexuels et l’aide aux victimes.

De l’avis de M. ANTONIO DE AGUIAR PATRIOTA (Brésil), les pays contributeurs de troupes doivent agir comme « chefs de file », pour que les mesures appropriées soient adoptées pour mettre en œuvre la politique de tolérance zéro du Secrétaire général.  Pour sa part, le Brésil se concentre sur la prévention, les causes profondes et les facteurs de risque, comme un service trop long.  « Il est fondamental de respecter la diligence requise de tenir compte de la législation nationale des États Membres », a ajouté le représentant.

Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) a réitéré son plein engagement à l’égard de la politique de tolérance zéro du Secrétaire général.  Les soldats de la paix éthiopiens reçoivent la formation nécessaire avant leur déploiement, a-t-elle assuré. 

« Les allégations doivent se fonder sur des faits vérifiables or, dans certains cas, elles ne répondent pas aux normes de preuve minima », a-t-elle cependant tenu à souligner.  « Le problème doit être examiné de façon complète en vue de s’attaquer aux causes fondamentales », avec la participation des pays concernés.  

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a dit que les allégations d’actes d’exploitation et d’abus sexuels par les Casques bleus étaient contraires aux valeurs auxquelles adhérait son pays.  Plus globalement, il a annoncé que les mesures prises conformément aux lois nationales sur cette question devaient faire l’objet de rapports au Secrétaire général et qu’en attendant les résultats des enquêtes en cours, les victimes devaient pouvoir bénéficier d’aide. 

Sur le plan de la lutte contre ce fléau, il a proposé d’examiner les contextes d’actes d’exploitation et d’abus sur le terrain.  Au Siège de l’ONU, ces cas doivent faire l’objet d’un travail triangulaire entre le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les pays contributeurs.  Au niveau de l’Assemblée générale, il faut des discussions complètes avec la participation de tous les membres afin d’améliorer la transparence et l’appropriation. 

Le représentant a aussi préconisé le respect des procédures en vigueur en matière d’enquête, des formations et des enquêtes sérieuses avant le déploiement de troupes, le renforcement des capacités en cas de besoin.  Il a estimé que les punitions collectives n’étaient pas appropriées.

M. VAKHTANG MAKHAROBLISHVILI (Géorgie) a rappelé que même si 20% du territoire de son pays était occupé illégalement par une puissance étrangère, le pays demeurait un contributeur de troupes aux opérations de maintien de paix des Nations Unies.  Le représentant a souligné l’importance de la protection des civils dans le maintien de la paix et de la redevabilité des Casques bleus. 

Le Gouvernement géorgien a rapidement réagi aux allégations d’exploitation et d’abus sexuels en République centrafricaine, a-t-il dit.  En janvier 2016, une équipe d’enquête a été créée au sein du Ministère de la défense et a fait une visite à Bangui.  Les documents collectés au cours de la visite font l’objet d’examen approfondi.  Les premiers résultats indiquent qu’aucun membre du personnel de la Géorgie n’est impliqué dans ces cas, a assuré le représentant.  

 

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