Clôture de la session extraordinaire sur la drogue: l’Assemblée générale s’engage à combattre le problème de façon humaine et équilibrée

AG/11778
21 avril 2016
Trentième session extraordinaire, 4e & 5e Tables rondes

Clôture de la session extraordinaire sur la drogue: l’Assemblée générale s’engage à combattre le problème de façon humaine et équilibrée

L’Assemblée générale a clôt cet après-midi les travaux de sa trentième session extraordinaire sur le problème mondial de la drogue en lançant un appel à la promotion du bien-être des personnes et à l’adoption d’une démarche globale, intégrée et équilibrée.  

« Nous avons assisté à un processus de réflexion historique », s’est félicité le Président de la séance, M. Jean-Francis Régis Zinsou, Représentant permanent du Bénin.

Chefs d’État et de gouvernement, ministres, délégués et représentants de la société civile se sont réunis du 19 au 21 avril 2016, à New York, pour faire le point sur l’application de la Déclaration politique et du Plan d’action sur la coopération internationale en vue d’une stratégie intégrée et équilibrée de lutte contre le problème mondial de la drogue.

Cette session extraordinaire a permis aux États Membres, avec la contribution des membres de la société civile, « de mesurer le bilan humain de ce fléau ».  M. Zinsou a dit espérer que des mesures seront prises en vue du renforcement de leur engagement.

Les États Membres ont montré qu’ils se souciaient du problème mondial de la drogue et des personnes qui en sont les plus durement touchées, a ajouté le Président.  D’après lui, « la solution réside dans une démarche plus humaine, respectueuse des droits de l’homme et fondée sur des preuves scientifiques ».  Il a encouragé tous les participants à garder à l’esprit les principes clefs du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et à ne laisser personne de côté. 

À l’ouverture de la session, le 19 avril, l’Assemblée avait adopté par consensus le document final* intitulé « Notre engagement commun à aborder et à combattre efficacement le problème mondial de la drogue ».

Les États Membres y réaffirment leur préoccupation face aux problèmes de santé individuelle et publique, de société et de sécurité qui résultent de l’abus de stupéfiants et de substances psychotropes, en particulier chez les enfants et les jeunes, et face à la criminalité liée aux drogues.  Ils se disent déterminés à prévenir et traiter l’abus de drogues et à décourager et combattre la culture illicite des plantes servant à les fabriquer, la production et la fabrication illicites de ces substances, de même que leur trafic.

Dans ce document de 27 pages, les États formulent une série de recommandations pratiques concernant, notamment, la prévention et le traitement, la disponibilité des substances contrôlées à des fins médicales, la lutte contre le blanchiment d’argent et la corruption, la lutte contre les nouvelles substances psychoactives et les dérives d’Internet.

Les présidents des cinq tables rondes interactives de haut niveau organisées en marge du débat général, dont deux aujourd’hui, ont résumé les points saillants des débats.  Ces tables rondes ont porté sur les drogues en rapport avec la santé, le crime, les droits de l’homme, et aujourd’hui, sur les drogues et les nouveaux défis et le développement alternatif.

La Convention unique sur les stupéfiants de 1961, telle que modifiée par le Protocole de 1972, la Convention sur les substances psychotropes de 1971, la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988 constituent le fondement du régime international de contrôle des drogues.   

*A/S-30/L.1

SESSION EXTRAORDINAIRE SUR LE PROBLÈME MONDIAL DE LA DROGUE

Table ronde 4 multipartite interactive

« Questions transversales: nouveaux défis, menaces et réalités dans le cadre de l’action visant à prévenir et combattre le problème mondial de la drogue, conformément au droit international applicable, notamment les trois conventions internationales relatives au contrôle des drogues; renforcement du principe de la responsabilité commune et partagée, et amélioration de la coopération internationale »

M. URMAS REINSALU, Coprésident de la table ronde, a affirmé que la communauté internationale se heurte à de nouveaux défis avec de nouveaux groupes d’intérêt et qu’il faut, à cet égard, regrouper nos actions.

M. YESID REYES ALVARADO, Ministre de la justice et du droit de la Colombie, a noté une augmentation de 55% entre 2014 et 2015 de l’offre de nouveaux stupéfiants apparus ces 10 dernières années.  Les produits sont de plus en plus sophistiqués et diversifiés et cela pose de nouveaux problèmes de détection.  Ils sont vendus dans des paquets qui cachent leur composition réelle et les informations dont nous disposons les concernant sont maigres.  Nous ne connaissons pas les risques qu’ils posent à la santé et aux consommateurs, a-t-il indiqué.  Sur 70 nouvelles drogues synthétiques, la moitié a une nocivité encore plus grave.  Ces drogues ne sont plus produites dans les pays du Sud, mais dans les pays consommateurs.  Notre stratégie de lutte contre la toxicomanie doit évoluer, car elle n’est pas adaptée à cette nouvelle réalité, a-t-il précisé, estimant qu’il faut utiliser les médiaux sociaux pour lutter contre cette nouvelle filière.  C’est une occasion à saisir pour faire évoluer les conventions sur le contrôle des drogues et, également, recourir à Internet qui est un outil prisé des jeunes y compris des jeunes consommateurs et des criminels, a-t-il conclu. 

Mme CHLOE DUNNET, National Drug Coordinator du Royaume-Uni, a évoqué l’importance du partage d’informations entre les pays producteurs et consommateurs sur les nouveaux stupéfiants.  Elle a encouragé les États à créer un système d’information qui recueille toutes les informations relatives aux nouvelles substances et la communauté internationale à développer des recherches sur les substances dangereuses.  Le Royaume-Uni est prêt à aider l’OMS dans ces recherches, a-t-elle assuré, affirmant en outre qu’il faut aussi adapter la législation pour répondre aux menaces que font poser ces nouvelles substances.  

M. LIU YUEJIN, Commissionnaire adjoint de la Commission nationale de contrôle de la drogue de la Chine, a souligné l’importance de la responsabilité partagée dans la lutte contre la drogue au niveau international.  Il a estimé qu’une approche complète et équilibrée peut traiter la menace posée par les drogues et appelé les pays à avoir un objectif commun dans cette lutte.  Les pays producteurs et consommateurs doivent traiter la menace ensemble, a-t-il dit, car la répression de la production de drogues dans les pays pauvres ne suffit pas.  Il faut s’attaquer aussi à la consommation dans les pays développés.  Quatorze nouvelles substances nocives ont été ajoutées à la liste des stupéfiants en Chine, a indiqué le représentant, qui a appelé les pays consommateurs à réduire la demande et à aider les pays producteurs.  L’abus de drogues est une menace à la sécurité publique, a ajouté le représentant, affirmant qu’il fallait par ailleurs respecter la souveraineté des pays dans la lutte contre la drogue.

M. MATER KOSIR, représentant de la société civile et Doyen de l’Institut de recherche pour le développement de la Slovénie, a noté que de nombreux États ont adopté des lois compliquées pour lutter contre les nouvelles substances.  Il a conseillé aux gouvernements de promulguer des lois plus simples mais de qualité pour les services et les programmes de lutte contre les stupéfiants, qui devraient permettre le recours au principe de précaution, et imposer un contrôle rapide des nouvelles substances.  Il faut développer des approches différentes pour suivre les nouvelles tendances du marché, a-t-il dit, estimant que ces normes devraient être calquées sur celles de l’UNODC.

M. YURY FEDOTOV, Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), a affirmé que pour traiter les nouveaux problèmes posés par les nouvelles substances et leurs fabricants, il faut une coopération internationale accrue basée sur les trois conventions internationales relatives au contrôle des drogues.

M. LENOIR, observateur de l’Union européenne, a noté le rythme rapide de l’arrivée de nouvelles substances sur le marché.  En 2009, 20 nouvelles substances ont été répertoriées.  En 2016, plus de 100 substances psychoactives sont connues.  Puisque l’offre est mondialisée, il faut aussi une réponse mondialisée, a-t-il affirmé, estimant que l’Internet doit faire partie de la solution.

Le Ministre de la justice d’Italie, M. ANDREA ORLANDO, a estimé qu’il faut répondre rapidement à l’émergence de nouvelles substances et a encouragé la communauté internationale à renforcer la coopération en la matière.  L’utilisation par les jeunes de l’Internet pour se procurer des drogues est une menace qui exige à son avis une réponse coordonnée au niveau international.  Constatant l’émergence de nouvelles substances sur le marché, il a indiqué qu’il faut surveiller le changement d’acheminement de la production de drogues, notamment en Afrique, qui est devenue une escale entre l’Amérique et l’Europe.

La Ministre des affaires étrangères et du commerce extérieur de la Jamaïque, Mme KAMINA JOHNSON SMITH, a déclaré que son gouvernement avait adopté une loi sur les substances dangereuses pour prévenir les risques de consommation de la drogue, notamment chez les jeunes.  Elle a indiqué que 3 457 jeunes qui ont commis des « délits mineurs liés à la drogue, ont été relâchés, leur crime étant mineur.  Il faut un mécanisme pour évaluer la lutte mondiale contre la drogue depuis l’arrivée notamment de nouvelles substances sur le marché, a-t-elle dit, estimant qu’il était temps de revoir les dispositions des conventions internationales relatives au contrôle des drogues. 

Le représentant des États-Unis a reconnu que les nouvelles substances toxiques avaient envahi les marchés et que leurs fabricants s’enrichissaient outrageusement.  Les produits ne sont pas contrôlés et les producteurs arrivent à changer rapidement leur composition dans le cas où ils sont traqués, a-t-il dit.  Internet joue un rôle majeur sur ce marché, les jeunes pouvant acheter jusqu’à 1 kg de ces substances en ligne.  Il faut une réponse suffisamment efficace qui réponde aux besoins nationaux et son pays est disposé à relever ce défi avec ses partenaires nationaux et internationaux, a-t-il précisé.

Le représentant de l’Inde a souligné l’importance d’une coopération étroite dans la répression de la drogue et a énuméré les initiatives indiennes dans ce sens, dont l’organisation en 2015 d’une conférence internationale sur la lutte contre le flux financier illicite et la création d’un centre de coordination régionale de contrôle du blanchiment d’argent.

Le représentant de Singapour a affirmé que les nouvelles substances psychotropes ne sont pas enregistrées dans les législations nationales.  Le Gouvernement de Singapour a inscrit les substances connues de façon temporaire pour vérifier si elles sont nocives.  « Nous avons aussi cherché à savoir si elles sont utilisées et qui les utilisent », a précisé le représentant, qui a noté l’utilisation accrue d’Internet pour le commerce des substances psychotropes.  C’est un défi pour les forces de l’ordre, a-t-il dit, préconisant le partage d’informations et le renforcement de capacité pour les investigations.

Le représentant d’El Salvador a proposé une approche élargie pour faire face au fléau de la drogue.  La stratégie nationale de lutte contre la drogue, qui comprend la lutte contre la cybercriminalité, s’appuie sur les sources publiques et privées, a-t-il expliqué.  La coopération internationale et l’aide financière et technique doivent par ailleurs être cohérentes, a-t-il souhaité.

Le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a rappelé que depuis l’adoption des conventions internationales de contrôle des drogues, plus 250 substances ont été évaluées par l’OMS, dont 16 substances psychotropes.  Leur caractéristique est qu’elles apparaissent et disparaissent rapidement sur le marché, a-t-il précisé, et cela rend leur dépistage difficile.  Il est aussi difficile pour les laboratoires de savoir quelles substances analyser, étant donné la rapidité de leur apparition sur le marché.

La représentante de la société civile du Soudan a insisté sur l’importance du partage de connaissances avec les jeunes concernant le fléau de la drogue.  Des centres de prise en charge des toxicomanes ont été créés dans les prisons, a-t-elle indiqué, et ceux-ci peuvent en sortir pour suivre leur traitement accompagnés d’un proche.  Il faut utiliser les médias pour accélérer la prise de conscience sur le problème de la drogue.

La représentante de la Malaisie a déclaré que son pays s’efforce d’établir l’équilibre entre le traitement des toxicomanes et la prévention de la toxicomanie.  Elle a souligné les risques que posent les nouvelles substances psychotropes et l’apparition de nouvelles méthodes de contournement utilisées par les criminels.  Ces nouvelles substances sont inscrites dans le registre national des médicaments pour faciliter les investigations, et il y a eu des formations de personnel pour le dépistage et l’identification de ces substances.

La représentante d’Israël a déclaré que son pays a beaucoup progressé dans le domaine de la recherche sur les nouvelles substances psychotropes.  Concernant le cannabis, un débat public sur sa consommation est en cours.  Elle a précisé que le cannabis est illégal en Israël.

Le représentant de la Suisse a affirmé qu’il faut prendre des décisions fondées sur des données concernant les nouvelles substances.  Les trois conventions internationales de contrôle des drogues fournissent une marge de manœuvre suffisante face aux nouvelles substances, a-t-il dit, plaidant par ailleurs contre l’incarcération pour les délits mineurs liés à la drogue.

Le représentant du Kazakhstan a déclaré que son gouvernement avait pris des mesures contre les nouvelles substances.  Les trafiquants et les consommateurs risquent 20 ans de détention ou la prison à vie.

Le représentant du Japon a souligné que la fabrication, la vente et la consommation des nouvelles substances sont interdites dans son pays.  Plus de 2 000 substances sont contrôlées.  Les laboratoires de fabrication ont été fermés. 

Le représentant de l’Indonésie a souligné l’importance d’Internet dans le commerce de nouvelles substances psychotropes et demandé l’aide technique internationale, en appelant au renforcement de capacité pour surmonter cette nouvelle forme de menace.

La représentante de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) a noté le recours massif à l’Internet par les trafiquants et les réseaux criminels dans l’écoulement des drogues.  Elle a plaidé pour le renforcement des capacités et l’aide financière, le partage d’information et l’échange d’informations pratiques entre les gouvernements.  Il faut développer de nouveaux instruments et technologies, notamment pour traiter la consommation de drogues, et surveiller les agissements des trafiquants et des criminels, a-t-elle conclu.

Le représentant de l’Afghanistan a déclaré que son pays est la principale victime de la drogue, indiquant que le Gouvernement venait d’adopter il y a deux jours un nouveau plan d’action de lutte contre la drogue.  La culture du pavot se fait dans les zones contrôlées par les Taliban qui s’en servent pour financer leurs activités terroristes, a-t-il affirmé.  Le représentant a appelé à l’aide internationale dans le combat contre le terrorisme.

Le représentant de war.org a demandé une « révision des trois conventions internationales relatives au contrôle des drogues, comme l’ont fait la Jamaïque et la Colombie.

La représentante de l’Équateur a lancé un appel analogue, déplorant le fait que 80% de prisons de son pays sont remplies de délinquants liés à la drogue.  Les sanctions doivent être proportionnelles aux crimes commis, a-t-elle souligné, affirmant par ailleurs qu’il était indispensable de songer à la lutte contre le blanchiment d’argent et au flux financier.

Le représentant de Brésil a estimé que les solutions aux nouvelles substances reposaient sur la coopération entre les États, les institutions des Nations Unies et la société civile.  Il ne faut pas attendre que ce problème s’aggrave avant d’agir, a-t-il déclaré.

Le représentant des peuples autochtones du Mexique a regretté l’interdiction de l’usage des plantes sacrées du pays, qui sont, à son avis, des victimes collatérales des trois conventions internationales relatives au contrôle des drogues.  Il ne s’agit pas de drogues, mais de plantes qui servent aux peuples autochtones pour leur résilience et durabilité, a-t-il expliqué.

Table ronde 5 multipartite interactive

Dans ses remarques d’ouverture de la cinquième et dernière table ronde organisée dans le cadre de la session spéciale de l’Assemblée générale sur le problème mondial de la drogue, qui avait pour thème « Développement alternatif; coopération régionale, interrégionale et internationale pour des politiques antidrogue équilibrées et axées sur le développement; mesures pour faire face aux problèmes socioéconomiques », le Président du Pérou, M. OLLANTA HUMALA TASSO, qui présidait cette séance, a expliqué que dans son pays on a fait la part des choses entre les productions légales et illégales de feuilles de coca.  En 2011 on estimait à environ 65 000 hectares les cultures de coca, alors qu’aujourd’hui elles en représentent moins de la moitié.  Une grande partie de cette transformation s’est faite par l’offre de cultures alternatives.  Le Président péruvien a appelé à des partenariats stratégiques, y compris avec les pays qui représentent la plus forte demande pour ces drogues, faute de quoi, a-t-il dit, il n’est pas possible d’être efficace et trouver des solutions communes au problème de la drogue de façon intégrée.  « Aucune famille n’est à l’abri de la menace des drogues », et par conséquent ce problème concerne tout le monde, a noté le Président, avant de laisser la parole aux panélistes. 

Pour M. MIGUEL RUIZ-CABAÑAS IZQUIERDO, Vice-Ministre des affaires multilatérales et des droits de l’homme du Mexique, les programmes contre les drogues ne peuvent être dissociés du développement durable.  Le Mexique se félicite que l’Agenda 2030 consacre une section spéciale à ce problème et propose une nouvelle structure qui ne se limite pas à l’analyse classique, en incluant de nouveaux concepts et un nouveau langage pour aborder le phénomène mondial des drogues.  L’appel pour renforcer la perspective « développement » lui semble très important parce que jusqu’à présent les efforts se limitaient à des programmes de cultures alternatives sans prendre en compte l’approche intégrée du développement durable.  Le Ministre a fait trois propositions concrètes à l’ONU: une compilation, faite par les services du Secrétaire général, de l’information disponible sur la façon dont les différents organes des Nations Unies peuvent contribuer au suivi des résultats de cette session spéciale; une étude, réalisée par le PNUD, sur le lien entre les problèmes des drogues et le développement, et une étude réalisée par le PNUE sur les relations entre environnement et drogue.  Il a par ailleurs proposé la convocation d’un forum international de dialogue pour partager les expériences concrètes, notamment sur les alternatives à l’emprisonnement des mineurs pour des questions de drogue.  Le Mexique demande aussi à l’OMS d’élaborer une étude sur l’accès aux médicaments dérivés de l’opium pour les soins palliatifs en vue de permettre aux 80% de la population mondiale d’y accéder.

Pour Mme MARLENE MORTLER, Commissaire fédérale contre les drogues de l’Allemagne, le développement alternatif est une composante de longue date des politiques européenne et allemande de la lutte antidrogue, et elle a salué le fait qu’elle soit mise en exergue ici.  Elle souhaiterait aussi promouvoir des approches responsables et humaines dans le contexte des politiques antidrogue.  La Commissaire s’est dite pleinement consciente des problèmes inhérents aux agriculteurs qui se trouvent souvent dans des zones isolées, estimant qu’on ne pouvait pas limiter les efforts aux territoires nationaux en Occident, mais tendre la main aux pays producteurs de drogue.  L’accès à la terre, aux marchés, aux débouchés pour les produits agricoles et l’autonomisation des communautés agricoles n’avaient pas été suffisamment débattus jusqu’à présent, selon elle.  Le développement alternatif malheureusement reste confronté à un certain scepticisme depuis l’adoption du plan d’action de 2009, ce qu’elle explique par le fait qu’on ne comprend pas encore bien la logique derrière cette approche.  Elle espère qu’en 2016 cet obstacle pourra être dépassé, le développement alternatif n’étant pas une solution à court terme, a-t-elle précisé.

Elle a également déploré l’écart qui persiste entre les engagements politiques et les financements consentis au développement alternatif qui restent extrêmement modestes et à court terme en dépit de sa visibilité politique et a mis en avant le lien entre développement alternatif et environnement, ce qui permettrait d’élargir les partenariats possibles.  Elle a encouragé des investissements supplémentaires dans la recherche sur le développement alternatif et demandé à ce qu’il soit placé dans le contexte plus large du développement durable à l’horizon 2030.

M. DISNADDA DISKUL, Secrétaire général de la Fondation Mae Fah Luang établie sous le patronage royal de la Thaïlande, a rappelé qu’en 1960 son pays était le plus grand producteur d’opium dans le monde.  Grâce aux politiques menées depuis, la Thaïlande ne figure désormais plus sur la liste de l’ONUDC des pays producteurs d’opium.  Pour lui, il ne fait pas de doute que le développement alternatif et le développement durable sont étroitement liés car ils prennent en compte la nécessité pour les personnes de pouvoir subvenir à long terme à leurs besoins.  M. Diskul a prôné une vue à long terme axée sur la personne pour réussir les politiques antidrogue.  À son avis, les impacts directs sur les personnes dans tous les aspects de leur vie doivent devenir les indicateurs des programmes bien conçus pour contribuer à la réalisation des ODD.  En outre, il faut, selon lui, des engagements de la part de toutes les parties prenantes et la population locale doit s’approprier ces programmes.  Par ailleurs, il faut également penser aux zones urbaines dans le cadre du développement alternatif et envisager des politiques visant la dignité des personnes à travers l’éducation et l’emploi pour pouvoir lutter contre la demande des drogues.

Pour M. CHRISTIAN LEFFLER, Secrétaire général adjoint pour les questions économiques et mondiales du Services d’action externe européenne, le développement alternatif est une composante importante de la lutte antidrogue dans le monde, dans la mesure où il propose de nouveaux moyens de subsistance et de nouvelles options aux producteurs agricoles de drogue.  L’Union européenne est active dans ce domaine, notamment en Amérique latine, mais également en Afghanistan, en Thaïlande et au Laos.  Il faut, selon lui, perfectionner le concept et accepter que son succès s’inscrive dans le long terme.  En accordant la priorité aux agriculteurs et aux personnes il est possible de leur offrir de nouvelles chances économiques, a-t-il dit.  L’Union européenne espère que le développement alternatif bénéficiera de plus de financements à l’avenir, y compris de la part du secteur privé. 

L’engagement des gouvernements qui font face à des cultures illicites est un autre facteur clef du succès du développement alternatif, a poursuivi l’intervenant.  Les autorités doivent garantir l’état de droit et une présence appropriée dans tout le pays, notamment par le biais de services de base de qualité. 

Pour M. Leffler, il reste un défi conceptuel à dépasser, à savoir que le développement alternatif ne doit pas s’adresser uniquement aux communautés rurales.  À ce titre il a évoqué le cas des drogues synthétiques.

Mme NANG PANN EI KHAM, Groupe de plaidoyer antidrogues du Myanmar, qui représente la société civile, a plaidé en faveur de politiques plus humaines dans la lutte antidrogue, soulignant que la plupart des personnes qui cultivent des opiacés le font pour répondre à leurs besoins.  Il leur est souvent difficile d’accéder aux marchés en raison des infrastructures insuffisantes, a-t-elle fait observer, estimant qu’il fallait par conséquence traiter ces agriculteurs comme tels et non pas comme des criminels, ce qui implique un changement dans la façon d’aborder les choses.  Sans culture de l’opium, ces agriculteurs ne peuvent subvenir aux besoins de leurs familles.  Les autorités devraient leur apporter des services de base et les politiques de développement devraient également s’adresser à eux si l’on veut qu’ils renoncent à ces cultures illicites, a indiqué Mme Nang Pann Ei Kham, qui est présente à New York comme leur porte-parole.

Après avoir entendu les interventions des panélistes, le Président du Pérou a souhaité attirer l’attention sur la question de la demande de la drogue et entendre l’avis des pays qui en sont les plus grands consommateurs. 

Pour M. YURY FEDOTOV, Directeur général de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), réduire les cultures illicites du pavot et de la coca doit se faire en parallèle avec la réduction de la marginalisation des communautés locales qui produisent ces plantes.  Il a souligné que les principes directeurs des Nations Unies sur le développement alternatif sont consacrés dans les conventions internationales sur la drogue et a encouragé la participation de toutes les parties prenantes au processus de prise de décisions dans la lutte contre ce fléau.  Pour justifier son soutien au concept du développement alternatif, il a noté que le déclin de la culture du coca dans la région des Andes avait démontré son efficacité, estimant même que cette approche « fait même partie du processus de paix en Colombie ».  L’ONUDC, qui a des programmes dans l’Asie du Sud-Est, en Amérique latine et même en Afghanistan est disposé à continuer de venir en aide aux pays qui le souhaiteraient dans le cadre d’analyses.  M. Fedotov a regretté qu’en dépit du large appui politique dont bénéficie le développement alternatif, il n’ait pas bénéficié de financements conséquents.  Il a dit espérer que cette session spéciale donnerait une nouvelle impulsion aux efforts en faveur du développement alternatif.

Débat interactif

Ce débat interactif a été présidé par le Ministre de la sécurité nationale des Bahamas dont le pays est touché par le problème de la drogué, non pas en tant que pays producteur, mais comme plaque tournante du trafic de drogue.

Le représentant de l’Équateur a regretté que le développement alternatif préventif n’ait pas été mentionné dans les débats en cours.  Les politiques de mon pays favorisent précisément une culture de la prévention pour faire face aux phénomènes socioéconomiques des drogues, a-t-il dit, dénonçant la destruction de l’environnement qui découle des programmes d’éradication des drogues illicites, l’expérience ayant prouvé que cette approche n’était pas efficace.  En effet, tant qu’il y a de la demande, il y aura une offre pour les drogues, a-t-il souligné.  L’Équateur s’efforce de surmonter le caractère structurel de la pauvreté, l’une des causes principales du fléau de la drogue, en mettant la personne au cœur de ses efforts en milieu rural comme urbain.

Le Secrétaire national pour les politiques antidrogue du Brésil, a également plaidé en faveur de stratégies préventives et de développement alternatif en milieu urbain. 

Le représentant de la Colombie a rappelé que son pays restait le principal producteur de coca dans le monde malgré tous les efforts menés depuis des décennies, y compris de développement alternatif et d’éradication forcée de 346 000 hectares de coca et fumigation d’1,5 million d’hectares.  Pourtant, a-t-il dit, la production de coca et de cocaïne n’a pas baissé.  Il est par conséquent nécessaire de revoir les approches du passé qui ignoraient en partie la vulnérabilité du territoire et la pauvreté des populations autochtones et afro-colombiennes confrontées aux réseaux criminels.  Par ailleurs, a-t-il poursuivi, il y a des agriculteurs disposés à abandonner ces cultures illicites pourvu que l’État leur apporte un appui sur long terme.  Forte de son expérience, la Colombie a lancé une nouvelle stratégie en septembre dernier, qui comprend, d’une part, une action répressive de l’État visant les chefs narcotrafiquants et, d’autre part, une approche de la consommation axée sur la santé et la transformation des territoires touchés par les cultures illicites, en y renforçant la démocratie.  Il s’agit de rétablir la légitimité de l’État par le biais de la participation citoyenne à ces efforts et à la prise de décisions, et de substituer la confrontation par la collaboration, tout en assurant une présence permanente de l’État sur tout le territoire et en s’éloignant de la confrontation violente, a expliqué le représentant colombien.

Le représentant du Ministère de la sécurité nationale des Bahamas, a souligné le lien entre pauvreté et drogues et a appelé à ce que soient prises en compte les causes profondes du problème de la drogue.  Mon pays est une plateforme de la drogue du fait de sa condition d’archipel, a-t-il dit, estimant qu’il fallait renforcer les infrastructures de base et les moyens de subsistance durables pour éviter que la population ne se laisse tenter par ces activités criminelles.

Le représentant de l’Inde a expliqué que dans son pays l’accent était mis sur des cultures alternatives viables.  L’équipe spéciale chargée du développement alternatif, mise en place par le gouvernement, assure la supervision de ce programme.

La représentante de l’Argentine est revenue sur le lien entre la drogue et l’utilité humaine et sociale pour les populations, dont le mode de vie est la culture de la drogue.  Elle a émis le souhait que l’on parle davantage du rôle des mafias qui jouent un rôle prééminent dans ces communautés et de la responsabilité à assumer par les États.  Selon elle, il appartient à l’État de gérer les économies précaires sur son territoire et de soutenir les populations vulnérables (y compris des femmes et des enfants), qui sont la main-d’œuvre bon marché des narcotrafiquants.  Il faut également s’attaquer aux mécanismes de blanchiment d’argent par la mise en place d’un système financier qui ne soit pas au service des plus puissants, mais à celui des populations vulnérables, notamment par le biais du microcrédit.

Le représentant du Bureau national de lutte contre les drogues de la Chine a regretté que, malgré la lutte contre les cultures de pavot, l’offre n’a pas vraiment baissé.  Il a également estimé qu’il y avait actuellement une transition vers les drogues synthétiques.  La Chine souhaite que l’accent soit mis sur la recherche et la pratique en matière de développement alternatif, rôle qui pourrait être assumé par l’ONU.  L’accent doit être mis, selon lui, sur l’établissement de différents modèles de développement alternatif, sur la base de l’expérience du Pérou et de la Thaïlande, qui méritent à son avis toute l’attention de la communauté internationale.

La représentante des agriculteurs du Pérou a tenu à signaler que la réduction des cultures de coca avait créé des problèmes graves pour les agriculteurs.  Les politiques d’éradication par la force ont été un échec complet à son avis et elle a qualifié cette pratique de « contraire aux droits de l’homme ».  Elle a revendiqué un accès licite au marché international pour ces plantes et a également dénoncé l’absence d’implication des communautés locales dans les politiques antidrogue.

Pour la représentante des États-Unis, la culture du coca est un piège de la pauvreté dans la mesure où le gain facile ne tient pas compte du fait que personne ne veut investir dans des zones considérées comme dangereuses, et que ni médecins ni enseignants ne veulent y travailler.  La clef du succès des politiques antidrogue est, selon elle, une présence de l’État sur tout le territoire où il doit veiller à ce que les services de base soient assurés aux citoyens et aux populations vulnérables pour les encourager à renoncer aux cultures de coca. 

Le représentant du Costa Rica a également mis l’accent sur le développement humain en tant que composante significative de la lutte antidrogue.  Pour lui il s’agit d’aider les communautés à se relever, au-delà des politiques de répression.

Le Chef de la délégation de l’Union européenne auprès des Nations Unies et des Organisations internationales à Vienne, a rappelé que l’Union européenne avait toujours promu le développement alternatif et fait partie des bailleurs de fonds les plus importants dans ce domaine à l’échelle mondiale.  Cette approche doit devenir plus généralisée et l’Union européenne salue le fait que cette session spéciale de l’Assemblée générale ait mis l’accent sur cette question.  L’UE souhaite davantage de financements souples et à long terme pour le développement alternatif car ils apportent une contribution importante au développement durable.

Le représentant de la Thaïlande a dit espérer pouvoir compter sur la communauté internationale pour maintenir l’impulsion donnée au développement alternatif dans le contexte de la lutte antidrogue.  Il est important, selon lui, que les programmes de développement alternatifs soient intégrés dans les plans de développement à l’échelle nationale.  Il partage l’avis de l’Union européenne en faveur de financements souples et à long terme du développement alternatif, dans la mesure où il s’agit d’un processus graduel.  En outre, il a prévenu que les politiques antidrogue devaient tenir compte de considérations environnementales.  Pour réussir, les produits du développement alternatifs doivent être commercialisables et bénéficier d’un accès aux marchés, a souligné le représentant.

Pour le représentant de la Suède, l’ONUDC ne dispose pas de suffisamment de marge de manœuvre pour soutenir les options de développement alternatif dans la mesure où son mode de financement prévoit des affectations à des projets spécifiques.  Il s’est rallié à la demande du Mexique pour que d’autres organismes de l’ONU participent au nouvel élan donné à l’option du développement alternatif, notamment par le biais d’études spécialisées.  Il faut que le développement alternatif fasse partie intégrante du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et des programmes pays, a estimé le représentant.  Il a par ailleurs recommandé que le Conseil de sécurité mette en avant l’impact de la drogue dans les conflits du monde entier.

Le représentant du Japon a estimé que les principes directeurs pour le développement alternatif sont une bonne base pour aller de l’avant.  Le Japon, qui est l’un des principaux bailleurs de fonds dans ce domaine, souhaite une approche axée sur la personne avec un juste équilibre entre prévention et répression.

Le représentant du Mexique, a tenu à signaler l’impact « quasi immédiat » qu’a eu cette session spéciale de l’Assemblée générale sur la politique de son pays puisque dès aujourd’hui le Président Enrique Peña Nieto a envoyé au Congrès mexicain une initiative qui reflète les idées débattues à New York. 

Pour la représentante de Trinité-et-Tobago, la Commission de la CARICOM sur la marijuana sera le cadre de référence pour sa région en matière de lutte antidrogue.  Soulignant que les Caraïbes sont essentiellement une plaque tournante de la drogue, elle a affirmé que dans ces pays il fallait accorder la priorité à la prévention, en fournissant des formations et des opportunités aux personnes de 14 à 35 ans, tranche d’âge qui représente 80% des arrestations pour des délits liés à la drogue.

Le représentant de l’Indonésie a expliqué que la lutte contre la drogue restait une priorité nationale et que son pays avait opté pour l’approche du développement alternatif.

Reprenant la parole, le représentant de la Fondation Mae Fah Luang en Thaïlande s’est dit déçu du fait que la question de la demande pour les drogues avait été totalement occultée dans les débats.  Il s’est demandé pourquoi on ne parlait jamais de la question des armes dans le contexte de la lutte contre la drogue, soulignant que « sans armes il n’y aurait pas de barons de la drogue ».

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