Hommage de l’Assemblée générale à Boutros Boutros-Ghali, sixième Secrétaire général de l’ONU, décédé le 16 février 2016

AG/11762
18 février 2016
Soixante-dixième session, 87e séance plénière - matin

Hommage de l’Assemblée générale à Boutros Boutros-Ghali, sixième Secrétaire général de l’ONU, décédé le 16 février 2016

En rendant aujourd’hui hommage au sixième Secrétaire général des Nations Unies, l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, décédé il y a deux jours, l’Assemblée générale a salué la mémoire d’un diplomate accompli et d’un juriste de premier plan qui a dirigé l’Organisation des Nations Unies au cours d’une période de grands changements et de défis sans précédent.   

En présence de l’ancien Président de l’Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki, et après avoir observé une minute de silence, les représentants des groupes régionaux et ceux du pays hôte de l’ONU, les États-Unis, ainsi que de son pays, l’Égypte, ont exprimé leur reconnaissance à celui qui, à la tête de l’Organisation de 1992 à 1996, a été vu comme un « pionnier », notamment avec son « Agenda pour la paix » et son « Agenda pour la démocratisation ».

« Boutros Boutros-Ghali a eu à la fois la chance et la malchance d’être le premier Secrétaire général après la Guerre froide », a remarqué le Secrétaire général actuel de l’Organisation, M. Ban Ki-moon, après avoir exprimé, en français, ses condoléances à sa veuve, Mme Leia Boutros-Ghali, aux autres membres de la famille Boutros-Ghali et au peuple égyptien.

« Il a été le premier Secrétaire général africain et le premier du monde arabe », a rappelé pour sa part Mme Marlene Moses, Présidente de l’Assemblée générale par intérim, au nom du Président de l’Assemblée, M. Mogens Lykketoft, actuellement en déplacement.  « Il a travaillé sans relâche pour réformer cette Organisation si grande et parfois si difficile à manier », a-t-elle souligné, se rappelant aussi qu’il lui avait fallu faire face à de graves crises en Europe, en Afrique et ailleurs.

M. Ban, qui est le huitième Secrétaire général de l’ONU, s’est souvenu de cette période de paralysie pour les Nations Unies, après la chute du mur de Berlin, qui a cependant donné naissance à une nouvelle dynamique pour l’Organisation.  Ainsi, a-t-il rappelé, dès les premiers mois dans ses fonctions, Boutros Boutros-Ghali avait présidé le premier sommet du Conseil de sécurité au cours duquel il avait appelé les dirigeants du monde entier à aborder cette nouvelle ère en proposant des idées et en prenant des mesures de nature à renforcer les relations internationales.

Il a aussi estimé que Boutros Boutros-Ghali avait fait tomber des barrières en faisant entendre la voix des membres les plus démunis et les moins puissants de la famille humaine.  Il a dirigé l’Organisation à travers une série de conférences mondiales sur l’environnement, la population, les droits de l’homme, les droits des femmes, le développement social, ainsi que sur les défis uniques qu’affrontent les petits États insulaires.

La Présidente par intérim de l’Assemblée générale a ainsi rappelé les conférences tenues à Rio en 1992 (Sommet de la Terre), à Vienne en 1993 (Conférence mondiale sur les droits de l’homme), au Caire en 1994 (Conférence internationale sur la population et le développement), et à Beijing en 1995 (quatrième Conférence mondiale sur les femmes).  Le Programme de développement durable à l’horizon 2030, adopté en septembre 2015, doit beaucoup au travail intellectuel du pionnier des années 90, a d’ailleurs fait remarquer M. Ban.

L’ancien Secrétaire général a occupé ses fonctions à un moment où le nombre d’opérations de maintien de la paix a beaucoup augmenté, a également relevé M. Ban, en se remémorant comment « L’Agenda pour la paix » de Boutros Boutros-Ghali avait renforcé cette activité phare des Nations Unies.  À l’époque, les activités de maintien de la paix de l’ONU avaient apporté une aide utile au Cambodge, à El Salvador, au Mozambique et à d’autres pays pour sortir de conflits.

L’ancien Secrétaire général a beaucoup fait pour la consolidation de la paix après les conflits, a estimé de son côté le représentant de l’Uruguay, au nom des États d’Amérique latine et des Caraïbes.  Son plan pour la paix est un « héritage indélébile », selon le Groupe des États d’Europe occidentale et autres, qui s’exprimait par la voix du Liechtenstein.  C’est une sorte de « livre historique référence » en la matière, a estimé quant à lui le représentant de l’Arménie, au nom des États de l’Europe de l’Est. 

Ce plan continue d’être la base de la doctrine de maintien de la paix des Nations Unies à l’heure actuelle, a précisé le représentant du Swaziland, qui s’exprimait au nom des États d’Afrique, avant de saluer la contribution du sixième Secrétaire général au renforcement du partenariat ONU-Afrique à cet égard.  Au moment où nous sommes en train de restructurer l’architecture de maintien de la paix des Nations Unies, nous devons nous inspirer de l’héritage de Boutros Boutros-Ghali, a-t-il estimé. 

Le représentant de l’Inde, au nom du Groupe des États d’Asie-Pacifique, a fait part de sa reconnaissance à l’ancien Secrétaire général pour avoir présenté son programme pour la paix dans les six premiers mois de son mandat, ce qui a prouvé sa détermination et son sérieux sur cette question. 

En même temps, s’est souvenu M. Ban, les engagements dans les Balkans, en Somalie et au Rwanda ont souligné l’écart qui existe entre les exigences d’une situation donnée et l’appui matériel et l’unité politique que doivent manifester les États Membres, en particulier le Conseil de sécurité.  « Là aussi, les échos sonnent toujours et nous hantent encore aujourd’hui. »

Les orateurs ont également rappelé les efforts de restructuration et de réforme de l’ONU déployés par Boutros Boutros-Ghali, visant à fortifier l’ONU, notamment son « Agenda pour la démocratisation », un programme pionnier qui faisait le lien entre paix, développement et démocratie au plan national, et appelait à la démocratisation de tout le système international.

C’était pourtant une période incertaine où l’on se demandait si l’Organisation resterait pertinente, s’est souvenue la représentante des États-Unis.  Elle a salué le fait qu’il ait réussi à abolir des postes importants au Secrétariat qu’il jugeait inutiles, et à recruter du personnel de qualité pour assurer un service moderne.  Il avait aussi demandé que tous les bureaux des Nations Unies soient consolidés pour garantir une plus grande efficacité, a-t-elle précisé, en citant le cas des bureaux à Accra.

Avant sa carrière à l’ONU, Boutros Boutros-Ghali avait été le « pilier de la diplomatie égyptienne » pendant plus de 50 ans et, à ce titre, un ardent défenseur des droits de la région arabe, tout en luttant en faveur de l’Afrique, « attaché au respect des droits du peuple africain à la liberté et à la prospérité », a rappelé le représentant de l’Égypte.  Son ascension au poste de Secrétaire général des Nations Unies a d’ailleurs été un moment d’immense fierté pour toute l’Afrique, s’est rappelé le porte-parole des États d’Afrique.  Son homologue du Liban, qui parlait au nom du Groupe arabe, s’est aussi félicité que Boutros Boutros-Ghali ait été le premier Arabe à occuper ce poste.

Ses années au sein du Gouvernement de l’Égypte avaient culminé avec les postes de Vice-Premier Ministre et de Ministre des affaires étrangères, a rappelé le représentant des États d’Europe occidentale et autres.  Il s’est également souvenu que Boutros Boutros-Ghali avait contribué par de nombreuses manières à l’enrichissement du droit international en tant que membre, notamment, de la Commission du droit international et de la Commission internationale des juristes.  M. Ban a d’ailleurs salué sa « richesse d’idées », qu’il a mise sur le compte de sa longue carrière de professeur de droit international.

Le délégué de l’Égypte a aussi salué les efforts de l’ancien Secrétaire général pour promouvoir les principes de la communication et de l’échange culturel entre les pays, notamment en sa qualité de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), poste qu’il a occupé de 1998 à 2002.  L’Observateur permanent de l’OIF auprès de l’ONU a estimé que Boutros Boutros-Ghali avait donné sa pleine dimension politique à l’OIF, dans le cadre d’une évolution politique majeure décidée lors du Sommet des Chefs d’État et de gouvernement tenu à Hanoï en novembre 1997.  L’Observateur a salué en particulier le caractère « altermondialiste » de Boutros Boutros-Ghali qui avait une vision moderne et équitable du développement des pays du Sud. 

Certains intervenants sont revenus sur la personnalité de l’ancien Secrétaire général qui, selon les dires de son successeur, n’a jamais essayé de se faire aimer par tout le monde.  « Il était peut-être trop direct pour certains, trop professoral pour d’autres, ou encore trop indépendant, une vertu qu’il considérait pourtant l’une des plus importantes pour tout Secrétaire général des Nations Unies », a dit M. Ban.

La représentante des États-Unis s’est rappelée la description qu’en avait faite Mme Madeleine Albright: un homme « impressionnant, confiant, intelligent, de conviction, talentueux ».  C’était aussi un universitaire respecté, qui avait publié une douzaine d’ouvrages.  Rendant hommage à sa contribution à la paix, elle a évoqué ses efforts dans le cadre des négociations de Camp David et en faveur de la libération de Nelson Mandela.  C’était un homme qui avait de nombreux talents, y compris de linguiste, a-t-elle ajouté.

Reconnaissant les tensions qu’il y avait, à l’époque, avec les États-Unis, elle a affirmé que son pays avait aujourd’hui une dette envers lui.  Boutros Boutros-Ghali a ouvert la voie à davantage de diplomatie et à la consolidation de la paix, a-t-elle estimé.  Face à un programme ambitieux, il n’a pas baissé les bras, a-t-elle relevé, saluant sa contribution à l’édification de l’Organisation que nous connaissons aujourd’hui.

Un Livre de condoléances permettant de continuer à rendre hommage à la personnalité et à l’œuvre de Boutros Boutros-Ghali a été placé à l’entrée de la Salle de Méditation, dans le hall des visiteurs du Siège de l’ONU à New York.

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