Commission de la femme: appel à des changements pour éviter les erreurs des Objectifs du Millénaire pour le développement dans le domaine de l’égalité entre les sexes

FEM/2034
19 mars 2015
Cinquante-neuvième session, 17e et 18e séances – matin et après-midi

Commission de la femme: appel à des changements pour éviter les erreurs des Objectifs du Millénaire pour le développement dans le domaine de l’égalité entre les sexes

« On n’acceptera jamais les cibles, les objectifs et les indicateurs « réducteurs » qui ne tiennent pas compte des changements voulus pour surmonter l’échec du modèle de développement actuel », a prévenu aujourd’hui à la Commission de la condition de la femme la représentante de l’ONG « Diverse Voices and Action for Equality » en parlant du nouvel agenda post-2015 qui devrait être adopté au mois de septembre.

La Commission de la condition de la femme a tenu deux tables rondes dont une sur « la transition des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) à ceux du programme de développement durable (ODD) pour l’après-2015.  La représentante de « Diverse Voices and Action for Equality » a précisé d’emblée que tout accord sur le nouvel agenda devra tenir compte de tout ce qui a été agréé préalablement sur l’égalité entre les sexes et les droits de la femme, lesquels doivent être clairement consacrés comme faisant partie intégrante des droits de l’homme. 

Tous les intervenants ont convenu que l’OMD 3 sur l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes a eu le mérite d’inscrire ces questions dans les priorités mondiales.  Mais, l’animatrice de la table ronde et membre de l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social, a attribué « les progrès inégaux » au fait que l’OMD 3 a été défini de manière trop étroite, excluant des questions fondamentales comme le nombre disproportionné de femmes dans le travail non rémunéré, leur faible participation à la prise de décisions à tous les niveaux, leur incapacité à exercer les droits sexuels et reproductifs et la persistance de la violence.  En général, les OMD ne se sont pas attaqués aux causes structurelles des inégalités entre les sexes, en particulier la répartition inégale du pouvoir et la persistance des normes sociales, des stéréotypes et des pratiques discriminatoires.  Ils n’ont pas non plus accordé toute l’attention requise à l’impact sur les femmes des crises économiques, des conflits, des groupes extrémistes et des changements climatiques. 

« Aucun développement juste, soucieux d’égalité entre les sexes ne sera possible sans un monde juste, soucieux des changements climatiques, a martelé la représentante de « Diverse Voices and Action for Equality », en ajoutant: « on n’acceptera jamais les cibles, les objectifs et les indicateurs réducteurs qui ne tiennent pas compte des changements voulus pour surmonter l’échec du modèle de développement actuel ».

Le Coordonnateur de l’initiative « UN Fit for Purpose » s’est voulu rassurant: ce qui différencie les OMD des futurs ODD est que les premiers étaient en grande partie « verticaux et cloisonnés » alors que les seconds seront plus « horizontaux et intégrés ».  Là où les OMD reflétaient largement une approche nord-sud, les ODD seront universels et s’appliqueront à tous les pays quel que soit leur niveau de développement, ce qui en fait, selon lui, un agenda radicalement différent et bien plus porteur de transformations.

La Professeure des politiques publiques à l’« Indian Institute of Management » a ajouté: contrairement à l’OMD 3 qui avait une cible unique relative à l’égalité entre les sexes, le futur ODD 5 a plusieurs cibles spécifiques, celle sur la violence contre les femmes étant « l’innovation ».  Autre « innovation majeure », le futur programme exige des données ventilées par sexe et mentionne le rôle des garçons et des hommes dans la promotion de l’égalité des sexes.

Il ne fait aucun doute qu’un agenda « transformateur, fondé sur les droits de l’homme et universel » exige une communauté internationale, y compris le système des Nations Unies, tout aussi « transformatrice » et « à la hauteur des enjeux », a prévenu le Coordonnateur de « UN Fit for purpose ».  Les Nations Unies, a-t-il précisé, devront se concentrer sur cinq domaines clefs, qui sont l’universalité, les droits de l’homme, les inégalités, l’intégration et la révolution des données, tous essentiels pour l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes.  Pour ce faire, il a identifié sept priorités dont la généralisation de l’approche « Unis dans l’action ».

La deuxième table ronde a porté sur le rôle de la Commission de la condition de la femme comme catalyseur de la transversalisation de la problématique hommes-femmes dans toutes les Commissions techniques.  Ici aussi la lenteur des progrès a été constatée.  La Présidente de la Commission de la population et du développement a dit envisager une collaboration plus étroite avec ses collègues de la condition de la femme pour éviter les doubles emplois et pour assurer, comme l’a dit son homologue de la Commission de la science et de la technique au service du développement, une forme de complémentarité.

La Présidente de la Commission du développement social a demandé à la Commission de la condition de la femme d’établir une sorte de cartographie des actions pour l’autonomisation des femmes et de l’égalité des genres, afin que chaque Commission sache à quoi s’en tenir dans son propre ordre du jour.  La Chef du secrétariat de l’Instance permanente a attiré l’attention des Commissions de la condition de la femme et des statistiques sur l’absence de données ventilées par sexe et par ethnicité qui rend les peuples autochtones « invisibles », en particulier les femmes. 

La Commission achèvera ses travaux demain, vendredi 20 mars, à partir de 10 heures.

SUITE DONNÉE À LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET À LA VINGT-TROISIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »

Table ronde sur le thème « La Commission de la condition de la femme, catalyseur de la transversalisation de la problématique hommes-femmes: dialogue avec les commissions techniques »

La Présidente de la Commission de la condition de la femme, Mme KANDA VAJRABHAYA (Thaïlande), a d’abord rappelé que sa Commission a pour mandat d’agir comme catalyseur de la transversalisation de la problématique hommes-femmes dans tous les domaines de travail des Nations Unies.  À cette fin, la Commission a transmis le résultat de son travail aux processus intergouvernementaux pertinents pour attirer leur attention sur les questions d’égalité entre les sexes.  La Commission a aussi échangé avec les autres organes d’intérêt commun. 

La Présidente a annoncé que le projet de résolution « Organisation future et méthodes de travail de la Commission » qui sera adopté à la fin de cette session, demande à la dite Commission de tenir compte du programme de travail de l’ECOSOC et du programme de développement pour l’après-2015 afin de forger des synergies et contribuer au travail du système de l’ECOSOC.  Si tous les organes intergouvernementaux sont tenus d’intégrer la perspective genre dans les questions inscrites à leur ordre du jour, force est de constater que le rythme des progrès demeure « inégal », a fait observer la Présidente, devant une tendance qui pointe vers la nécessité d’explorer de nouvelles voies.

Un des moyens d’évaluer les progrès dans l’intégration de la perspective genre est d’analyser les résolutions adoptées par les Commissions techniques pour voir comment et dans quelles mesures, elles ont fait le travail, a dit le Président de l’ECOSOC et Modérateur de la table ronde, Mr. MARTIN SAJDIK (Autriche).  Notant que seules 37% des résolutions de l’ECOSOC répondent à cette exigence, le Président a vu la « matière à réflexion ».  C’est vrai, a-t-il dit, qu’il n’est pas toujours facile ou évident de déterminer la manière d’intégrer la perspective genre mais ce n’est pas parce qu’un domaine ou une question semble technique qu’il faut se départir de sa responsabilité de la résoudre.

Ces dernières années, un travail important a été fait dans des domaines tels que la macroéconomie, les changements climatiques ou les énergies nouvelles et renouvelables pour analyser la manière dont les options et choix politiques influencent différemment les femmes et les hommes voire travaillent contre elles, compte tenu des discriminations.  Le Groupe de travail de l’Assemblée générale sur le développement durable a déjà proposé un objectif spécifique sur l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes et des filles dans le futur programme de développement pour l’après-2015, mais ce dernier ne saurait être réalisé sans l’intégration de cette égalité, de cette autonomisation et des droits de la femme et des filles dans toutes les cibles et indicateurs des autres objectifs, a estimé le Président. 

Il a appelé les intervenants à répondre aux questions suivantes: Quels outils, quelles méthodologies et quelles méthodes de travail ont permis aux Commissions techniques d’examiner et d’intégrer la perspective genre dans leurs domaines de travail?  Quels facteurs leur a permis de traiter de cette perspective de manière plus systématique et plus régulière?  Quels obstacles et défis ont-elles rencontré et quelles solutions ont-elles exploré?  Que comptent-elles faire pour intégrer encore plus la perspective genre dans leur travail? 

Quelles mesures pourrait prendre la Commission de la condition de la femme pour exercer plus efficacement son rôle de catalyseur?  Quel rôle pourraient jouer les autres parties prenantes, en particulier les entités du système des Nations Unies et les ONG, pour appuyer l’intégration de la perspective genre dans le travail des Commissions techniques?

La Présidente de la Commission de la population et du développent (CPD), Mme Bénédicte Frankinet (Belgique) a rappelé que sa Commission est l’organe intergouvernemental chargé du suivi de la mise en œuvre du Plan d’action de la Conférence de 1994 dans lequel les questions concernant les femmes sont omniprésentes, un chapitre leur étant en outre consacré.  Comme la Commission choisit un thème spécial pour chaque session, elle s’est déjà attaquée aux questions liées à la santé sexuelle et reproductive; deux résolutions ayant été adoptées en 2002 et 2011.   La Commission s’efforce aussi d’intégrer la perspective genre et ce, de diverses façons, notamment dans les analyses des tendances démographiques; le contenu de ses résolutions ou les questions à l’ordre du jour comme le mariage précoce ou la violence faite aux femmes.  La Commission invite régulièrement des experts de la société civile et des ONG qui travaillent sur la perspective genre.

Mme Frankinet a relevé quelques obstacles et prôné, en conséquence, la nécessité d’une meilleure harmonisation des ordres du jour des Commissions techniques.  La Commission, qui examinera ses méthodes de travail en 2016, envisage une collaboration plus étroite avec la Commission de la condition de la femme pour éviter les doubles emplois et assurer une forme de complémentarité.  « Ces deux Commissions ont sans doute des messages communs à faire passer pour la mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015 », a-t-elle conclu.

La Présidente de la Commission du développement social, Mme SIMONA MIRELA MICULESCU (Roumanie), a souligné que même si l’ordre du jour de sa Commission ne contient aucun point sur l’égalité entre les sexes, les questions liées à cette égalité et à l’autonomisation des femmes sont constamment traitées.  À sa dernière session, la Commission a adopté des résolutions dont une seule n’intègre pas la perspective genre.  Les États ont en effet discuté de l’accès des femmes à l’emploi décent, comme une condition préalable à leur autonomisation.  La Commission a ainsi parlé de l’écart salarial, du taux élevé du chômage chez les femmes ou encore des difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle.

L’intégration sociale dont nous parlons, a-t-elle insisté, permet de se pencher sur les inégalités et les obstacles différents qui affectent les femmes et les hommes.  La Présidente a demandé des données ventilées par sexe pour mieux évaluer les problèmes et améliorer les réponses.  Elle a, à son tour, parlé de coordination et de cohérence entre les Commissions techniques.  Elle a prié la Commission de la condition de la femme d’établir une sorte de cartographie des actions engagées en faveur de l’autonomisation des femmes et de l’égalité des genres, afin que chaque Commission sache à quoi s’en tenir dans son propre ordre du jour.

Par vidéoconférence depuis Vienne, la Vice-Présidente de la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale, Mme BENTE ANGELL-HANSEN (Norvège) a elle aussi affirmé que dans le travail de sa Commission, les questions relatives aux femmes sont constamment traitées.  Elle a rappelé que sa Commission avait recommandé, à l’Assemblée générale un projet de résolution sur le fémicide.  Un autre projet portait sur les femmes et l’état de droit et appelait à l’inclusion des questions de l’édification d’un système judiciaire sensible à la situation des femmes et de leur accès à la profession judiciaire dans le nouveau programme de développement pour l’après-2015.  Un autre projet encore recommandait à l’Assemblée d’adopter des règles minimales pour le traitement des prisonniers et des prisonnières, en droite ligne des Règles des Nations Unies concernant le traitement des détenues et l’imposition de mesures non privatives de liberté aux délinquantes, « Règles de Bangkok ».

La question de la traite des mineurs a aussi fait l’objet d’un projet de résolution recommandé à l’ECOSOC, soulignant que 70% des victimes de la traite sont des femmes et filles.  La Présidente a annoncé que la plupart de ces thèmes seront remis sur la table du treizième Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale, prévu en avril à Doha. 

La Vice-Présidente de la Commission de la science et de la technique au service du développement, Mme VICTORIA ROMERO (Mexique), a noté que la science et la technique, faisant partie des principaux moteurs du développement durable, doivent être mises au service de l’autonomisation des femmes.  Dès sa création, la Commission a toujours tenu compte de la dimension sexospécifique comme en témoigne le Groupe de travail sur la perspective hommes-femmes, mis en place en prévision de la Conférence de Beijing, qui avait recommandé 12 domaines d’action prioritaires.  Depuis lors, ce Groupe est devenu un Groupe consultatif d’une Commission qui s’efforce toujours d’assurer l’égalité entre les sexes parmi les experts qu’elle invite.  La Vice-Présidente a reconnu qu’il ne suffit pas d’attirer l’attention sur la problématique dans les rapports et les résolutions, mais qu’il faut encore les appliquer.  Elle a annoncé une publication sur les pratiques exemplaires. 

Mentionnant à son tour la nécessaire coordination entre Commissions techniques, elle a jugé bon d’exploiter au mieux les complémentarités et les synergies.  Pour illustrer son propos, elle a attiré l’attention de la Commission de la condition de la femme sur le fait que les nouvelles technologies peuvent accélérer l’autonomisation des femmes.  Aujourd’hui, la téléphonie mobile a fait de tels progrès que nous sommes sur le point d’atteindre la connectivité universelle.  Il faut identifier les interventions prioritaires qui pourraient exploiter au mieux cette nouvelle réalité au profit de la femme.

Chef du secrétariat de l’Instance permanente pour les questions autochtones, Mme CHANDRA ROY-HENRIKSEN, a indiqué que l’Instance a fait des femmes autochtones une priorité de son travail, comme en témoigne la troisième session qui leur a été entièrement consacrée.  Entre 2002 et 2014, 150 recommandations ont été adoptées qui mentionnent directement « la situation complexe et multidimensionnelle des femmes autochtones, laquelle ne peut être traitée de manière isolée ».  Des rapports ont été établis sur la violence ou la participation politique.  L’intervenante s’est félicitée des deux résolutions que la Commission de la condition de la femme a adoptées en 2005 et en 2012 sur les femmes autochtones.  Après avoir attiré l’attention sur le document final de la session extraordinaire de l’Assemblée générale sur les peuples autochtones, l’intervenante a mis en exergue l’absence d’un système de collecte de données ventilées par sexe et par ethnicité qui rend les peuples autochtones « invisibles », en particulier les femmes, ces peuples étant exclus des procédures élémentaires comme les certificats de naissance et de décès.  L’Intervenante a appelé la Commission de la condition de la femme et celle des statistiques à tenir compte de cette réalité. 

Nos commentaires et nos remarques n’ont pas été reflétés dans le rapport de l’Instance permanente, a souligné la représentante des États-Unis.  De même, son homologue du Mali a nié la présence d’un quelconque peuple autochtone dans son pays.  Il a plutôt dénoncé les groupes qui, se prétendant marginalisés, choisissent de s’allier « à des narcotrafiquants et à des terroristes » pour déstabiliser le Mali.  « La notion de peuple autochtone ne devrait pas être galvaudée à des fins politiques. »  La Chef du secrétariat de l’Instance permanente a promis aux deux délégations de saisir l’Instance de leurs requêtes.

À la Commission de la condition de la femme, organe central pour les questions d’égalité entre les sexes, la représentante de la Finlande a demandé d’établir la liste des thématiques qu’elle souhaiterait voir traitées par les autres Commissions techniques.  La Commission devrait identifier ses thèmes clefs et les partager avec les autres Commissions techniques afin de promouvoir une certaine coordination, a renchéri la Présidente de la Commission du développement social.  « Nous avons besoin de synergie, car on a l’impression que toutes les Commissions parlent de la même chose », s’est expliquée la représentante de la Finlande.  Il est regrettable que les Commissions tiennent parfois les mêmes débats, alors qu’un minimum de coordination permettrait de travailler en synergie, a insisté la Présidente de la Commission de la population et du développement.  Il faut davantage partager les informations, a ajouté son homologue des Philippines, qui a proposé la création d’un « point focal genre » dans chacune des Commissions techniques.

Avez-vous rencontré des obstacles dans l’intégration de la perspective genre? a demandé aux Commissions le représentant du Royaume-Uni.  La Vice-Présidente de la Commission de la science et de la technique au service du développement n’a noté aucun problème: « nous avons établi un mécanisme pour veiller au respect de l’approche genre dans nos travaux ».  La représentante du Mexique a salué cette façon qu’ont les Commissions techniques d’intégrer de plus en plus la perspective genre, « un grand pas vers l’égalité entre les sexes ».  Il faudrait aussi que leurs documents et leurs rapports se fondent sur cette perspective, a estimé son homologue de l’Indonésie.   

La vraie responsabilité en la matière revient d’abord et avant tout aux États, a tenu à rappeler le représentant du Royaume-Uni pour qui, il ne serait pas légitime de demander aux Commissions et autres organes de l’ONU de faire ce que les États ne font pas eux–mêmes.  Ce sont les États qui doivent intégrer l’approche genre dans les travaux des organes et organismes du système des Nations Unies, en se servant d’ONU-Femmes comme tête de proue, a estimé, pour sa part, la Présidente de la Commission de la population et du développement

Table ronde sur le thème « Assurer la transition des Objectifs du Millénaire pour le développement à ceux du développement durable: enseignements tirés des Objectifs du Millénaire pour le développement en ce qui concerne l’égalité des sexes et la promotion d’un changement en profondeur »

Présidée par le Vice-Président de la Commission de la condition de la femme M. MOHAMED EL BAHI (Soudan), la table ronde a entendu son animatrice, Mme MAGDALENA SEPULVEDA CARMONA, Chargée de recherche principale à l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social, qui a indiqué que les conclusions agréées de la session précédente de la Commission de la condition de la femme constituent la seule évaluation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) sous l’angle de l’égalité entre les sexes, montrant les progrès, les échecs, les facteurs qui ont contribué au manque de progrès et les mesures à prendre.

Les progrès ont été inégaux dans les pays et entre les pays, indiquant des différences frappantes entre les groupes socioéconomiques.  La principale leçon est que l’OMD 3 sur l’égalité entre les sexes s’est révélé important pour faire de l’égalité une priorité mondiale.  Toutefois, les cibles étaient définies de manière trop étroite, excluant des questions fondamentales comme le nombre disproportionné de femmes dans le travail non rémunéré, leur faible participation à la prise de décisions à tous les niveaux, leur incapacité à exercer les droits sexuels et reproductifs et la persistance de la violence.  Les OMD ne se sont pas non plus attaqués aux causes structurelles des inégalités entre les sexes, en particulier la répartition inégale du pouvoir et la persistance des normes sociales, des stéréotypes et des pratiques discriminatoires.  Les OMD n’ont pas non plus accordé toute l’attention requise à l’impact sur les femmes des crises économiques, des changements climatiques, des conflits et des groupes extrémistes. 

Les intervenants ont été invités à répondre à plusieurs questions: Comment institutionnaliser les approches visant l’intégration de la perspective sexospécifique dans les politiques sociales, économiques et environnementales?  Comment faire en sorte que les succès soient pris en compte dans le programme de développement pour l’après-2015?  Que faudra-t-il faire pour que les femmes puissent influencer et suivre la mise en œuvre du programme post-2015 aux niveaux local et national?  Quels mécanismes de suivi et de reddition de comptes faudra-t-il?  Comment le système de l’ONU devra-t-il appuyer le volet « égalité entre les sexes » du nouveau programme de développement et quels changements faudra-t-il pour assurer sa redevabilité?

Mme GITA SEN, Professeure des politiques publiques à l’« Indian Institute of Management », a estimé que l’OMD 3 et le futur cinquième objectif du développement durable (ODD) sur l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes ont a priori la même ambition.  Mais, contrairement à l’OMD 3 qui avait une cible unique relative à l’égalité entre les sexes dans le domaine de l’éducation, l’ODD 5 a plusieurs cibles spécifiques qui englobent les divers domaines de l’égalité entre les sexes, la cible sur la violence contre les femmes étant « l’innovation ».  L’OMD 3 était assorti d’indicateurs « épars nébuleux », ce qui n’a pas favorisé son évaluation.  Le fait que le futur programme exige des données ventilées par sexe est une autre « innovation majeure », tout comme la mention du rôle des garçons et des hommes dans la promotion de l’égalité des sexes.

Il faut maintenant que les moyens financiers suivent, a dit l’oratrice, rappelant que pour les OMD, on s’était contenté de dire ce qu’il fallait faire sans dire un mot sur le financement.  Elle a appelé la communauté internationale à ne pas oublier le rôle central des organisations de femmes au niveau national, car c’est l’engagement inlassable de ces associations qui avait conduit à la création d’ONU-Femmes en 2010.  Elle a aussi insisté sur l’importance qu’il y a à renforcer les capacités des juges, des avocats et des fonctionnaires, car « ce sont ces gens-là qui ont besoin d’être sensibilisés au respect des droits de la femme au quotidien ».  Elle a défendu « l’unicité » de tous les droits de l’homme, y compris le droit au développement.

Mme NOELENE NABULIVOU, « Diverse Voices and Action for Equality », « Pacific Feminist SRHR Coalition », Climate Change and Sustainable Development », a précisé d’emblée que tout accord sur le programme de développement mondial devra tenir compte de tout ce qui a été agréé préalablement sur l’égalité entre les sexes et les droits de la femme, lesquels doivent être clairement consacrés comme faisant partie intégrante des droits de l’homme.  Elle a aussi exigé que la prochaine Conférence sur le climat donne lieu à des cibles contraignantes et ambitieuses sur l’atténuation et l’adaptation, dont l’adaptation sociale, et s’attaque à la question des pertes et des dégâts.  « Aucun développement juste soucieux d’égalité entre les sexes ne sera possible sans un monde juste soucieux des changements climatiques. » 

Elle a ajouté que s’ils doivent être universels, les objectifs de développement durable (ODD) doivent aussi tenir compte des réalités régionales et s’attaquer directement aux obstacles structurels à la reconnaissance et à la pleine réalisation de l’égalité entre les sexes et des droits de la femme.  Elle a cité en exemple la région du Pacifique où la violence sexuelle et sexiste reste à un niveau endémique et où les femmes parlementaires sont presque inexistantes, avec 5% de taux de représentation.  La région abrite toujours neuf pays qui ont des lois criminalisant l’homosexualité et continue de se caractériser par le sous-financement des mécanismes et des initiatives de promotion de la femme. 

Mme Nabulivou a insisté sur le fait que les questions des droits de l’homme, de l’égalité entre les sexes, du lien entre les femmes et la paix, de la santé, de l’éducation, des changements climatiques, des océans et de la protection de l’environnement soient dûment articulées dans les 17 futurs ODD et assorties d’indicateurs précis.  Il faut aussi, a-t-elle poursuivi, suivre de très près la qualité du document final de la Conférence sur le financement du développement de juillet.  Elle a conclu en prévenant que comme tout le monde est d’accord sur l’universalité et la pérennité des droits de l’homme, « on n’acceptera jamais des cibles, des objectifs et des indicateurs « réducteurs » qui ne tiennent pas compte des changements voulus pour surmonter l’échec du modèle de développement actuel ».

M. JOHN HENDRA, Coordonnateur des Nations Unies pour l’initiative « Fit for Purpose » pour le programme de développement pour l’après-2015, a souligné d’emblée que ce qui différenciait les OMD du nouveau programme de développement pour l’après-2015, est que les premiers étaient en grande partie « verticaux et cloisonnés » alors que le second, comme le laisse présager le projet, sera plus « horizontal et intégré ».  Là où les OMD reflétaient largement une approche nord-sud, les ODD seront universels et s’appliqueront à tous les pays quel que soit leur niveau de développement, ce qui en fait, selon lui, un agenda radicalement différent et bien plus porteur de transformations.

Il ne fait aucun doute qu’un agenda « transformateur, fondé sur les droits de l’homme et universel » exige une communauté internationale, y compris le système des Nations Unies, tout aussi « transformatrice » et « à la hauteur des enjeux » pour aider les pays dans sa mise en œuvre.  Les Nations Unies devront se concentrer sur cinq domaines clefs, qui sont l’universalité, les droits de l’homme, les inégalités, l’intégration et la révolution des données, tous essentiels pour l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes.

Pour l’immédiat, le Coordonnateur a identifié sept priorités pour que le système de développement de l’ONU soit « à la hauteur des enjeux »: généraliser dans tous les pays l’approche « Unis dans l’action », offrir une politique d’appui intégré à tous les niveaux, contribuer à la révolution des données qui doivent être utilisées de manière plus efficace, plus systématique et plus transparente, mettre en place une approche plus systémique et à l’échelle du système pour l’évaluation des risques de catastrophe et le renforcement de la résilience,  améliorer la mise en commun des ressources, celles pour le développement et celles pour l’action humanitaire, ouvrir davantage le système de l’ONU à la société civile mais aussi au secteur privé, aux parlementaires et autres parties prenantes, et assurer une plus grande transparence aux niveaux national, régional et international, ainsi qu’un meilleur partage des données et de leur analyse.  

Il faut aussi assurer une approche cohérente et multiplier les occasions de parler d’égalité entre les sexes et d’autonomisation des femmes dans les réunions sur l’assistance humanitaire et la paix et la sécurité. 

Justement, la Présidente du Centre d’étude sur la justice et la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur la femme, la paix et la sécurité, Mme IRENE ESAMBO, (République démocratique du Congo) a d’emblée déclaré que cette problématique est une réalité qui n’a pas attendu l’adoption de la résolution.  En 1998, les femmes congolaises étaient déjà debout à Gabarone, Lusaka et ailleurs pour réclamer non seulement la paix mais aussi leur participation aux pourparlers entre belligérants.  En se saisissant officiellement de la question de « femme, paix et sécurité » en 2000, les États ont reconnu la nécessité de travailler beaucoup plus encore dans la lutte contre les inégalités de genre dans le domaine de la paix et de la sécurité.  Oublier la femme dans cette entreprise, c’est mettre de côté plus de 50% des potentialités humaines du monde.

Le chemin pour l’accomplissement de toutes les recommandations contenues dans la résolution 1325 est encore long, a-t-elle dit, en reconnaissant tout de même les efforts consentis par les Nations Unies, les États, la société civile, les communautés de base et les femmes.  Mais les quelques expériences positives ne doivent pas faire croire que le pari est gagné car, en réalité, le niveau de concrétisation de la résolution 1325 est encore loin d’être satisfaisant dans le monde.  Elle a jugé important que des mesures à caractère contraignant soient prises par le Conseil de sécurité pour renforcer l’application effective de la résolution 1325.  Les États doivent renforcer la mise en œuvre de leurs Plans d’action aux niveaux national et local; ces Plans devant être renforcés par l’intégration effective des dispositions de la résolution 1325 dans les législations nationales et dans les politiques générales des États.  En collaboration avec la société civile, les États doivent prioriser les actions d’application de la résolution 1325 aux niveaux des communautés locales, des entités décentralisées, etc., en vue de son appropriation par les populations.  Les processus du secteur de la sécurité en cours doivent utiliser la résolution 1325 parmi les documents de base et la participation de la société civile dans les réformes est « capitale ».  L’oratrice a aussi jugé importante la mise en place de mécanismes d’évaluation par les pairs et là aussi, a-t-elle ajouté, la participation de la société civile est « nécessaire ».  Elle a donc plaidé pour un « appui conséquent » à la société civile pour renforcer son travail de surveillance sur la base des indicateurs existants.  Enfin, l’ONU et les organisations régionales telles que l’Union africaine et l’Union européenne, doivent appuyer des dialogues entre les États, la société civile et les donateurs, aux niveaux local, national, régional et international sur la mise en œuvre de la résolution 1325.

La représentante de la Suisse a adhéré au diagnostic de l’animatrice de la table ronde selon laquelle les OMD ont permis d’ériger l’égalité entre les sexes en priorité internationale, sans pour autant traiter de certaines questions fondamentales.  À l’avenir, il faut s’attaquer non pas aux symptômes mais bien aux causes des inégalités et discriminations, a-t-elle dit, appuyée par son homologue de l’Australie.  Parmi les causes structurelles, les intervenantes sont revenues sur la mauvaise répartition du pouvoir, les normes sociales, les stéréotypes et les pratiques discriminatoires mais aussi le manque de volonté politique et d’appui financier, comme l’a souligné la représentante du Guyana.  Le manque de ressources est précisément l’endroit où le bât blesse, a insisté la Ministre des affaires sociales du Nord-Darfour qui a souligné que son pays s’attend à l’annulation de sa dette pour pouvoir réaliser les ODD et faire tomber le taux de l’extrême pauvreté à 8%.  Un argument qu’a défendu la représentante de « Diverse Voices and Action for Equality ».

Des intervenants ont également mis l’accent sur la redevabilité, en matière d’investissements dans le développement, y compris dans l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes.  Comme jusqu’ici les « moyennes nationales » ont trop souvent caché la réalité des femmes et des filles, la représentante de l’Italie, appuyée par son homologue du Népal, a préconisé une méthodologie « novatrice », consistant en une base de données internationale qui fournirait des données ventilées par sexe voire par âge.  La Directrice adjointe d’ONU-Femme a dit partager cette préoccupation face à l’absence de données fiables.  Le Coordonnateur de « UN fit for purpose » a réitéré son appel à une véritable « révolution des données ».

La mise en place de mécanismes d’évaluation par les pairs a été, une nouvelle fois, défendue par la Présidente du Centre d’étude sur la justice et la résolution 1325.  Comme l’a dit la représentante de la Suisse, « il faut un système de monitoring sérieux et des moyens et des ressources suffisants » pour réussir le pari des ODD.  Le succès des ODD passe aussi, selon la Professeure à la « Indian Management Institue », par un véritable partenariat entre l’ONU et les organisations des femmes et la société civile, ce qui lui a valu les applaudissements de la salle.  Les partenariats, les ressources et un accord sur le climat, ont été présentés comme le triptyque du succès par les représentantes du Guyana et des Îles Salomon.  Le succès dépend également d’un changement des mentalités, a ajouté la représentante de « Diverse Voices and Action for Equality ».  « Il faut oublier l’idée qu’il y a une différence entre le droit au développement et les droits de l’homme. »      

Pour être réellement transformateur, le nouveau programme de développement doit être universel et ancré dans les droits de l’homme, tous les droits de l’homme, ont renchéri les représentantes de la Turquie et de l’Indonésie.  La Directrice adjointe d’ONU-Femme a mis l’accent sur l’occasion « historique », cette année, de partir du cadre normatif existant pour aller de l’avant et relever des défis fondamentaux.  Elle a salué le fait que la Déclaration politique de la Commission de la condition de la femme mette l’accent sur tous ces points et sur la nécessité d’aller jusqu’au bout dans la concrétisation du Programme d’action de Beijing après-2015.  « Il faut maintenant passer de la théorie à la pratique et je vous exhorte à faire passer ce message dans vos capitales. »

Les représentants de l’Union européenne, de l’Ouganda et de l’Italie, ont demandé un objectif spécifique qui traite de toutes ces questions, dans le prochain programme de développement et la transversalisation de la perspective hommes-femmes à tous les autres objectifs.

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