« Les jeunes représentent l’espoir et non pas un danger », souligne M. Ban Ki-moon lors du débat du Conseil consacré à leur rôle dans la lutte contre l’extrémisme violent

CS/11872
23 avril 2015
7432e séance – matin

« Les jeunes représentent l’espoir et non pas un danger », souligne M. Ban Ki-moon lors du débat du Conseil consacré à leur rôle dans la lutte contre l’extrémisme violent

 

La Jordanie propose d’organiser avec l’ONU une première conférence internationale sur le rôle des jeunes dans l’instauration d’une paix durable

Encourager les jeunes à reprendre à leur compte les causes de la paix, de la diversité et du respect mutuel, pour qu’ils contribuent à la lutte contre l’extrémisme violent au lieu de l’alimenter, tel était l’objet de la discussion organisée aujourd’hui au Conseil de sécurité, sous la présidence du Prince héritier de Jordanie Al Hussein Bin Abdallah II.  Les 60 orateurs, dont plusieurs ministres et experts, ont appelé à protéger les jeunes contre les manipulations orchestrées par les extrémistes et, en même temps, à s’appuyer sur eux dans ce combat en faveur de la paix.

Ce débat était dirigé par le Prince héritier de Jordanie, qui est à ce jour le plus jeune Président de l’histoire du Conseil de sécurité.  « Il n’a pas encore 21 ans mais il est déjà un leader du XXIe siècle », a fait remarquer le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, à propos du Prince héritier Al Hussein Bin Abdallah II dont la présence et le discours ont été salués par des applaudissements.

« Les jeunes représentent l’espoir et non pas un danger », a déclaré le Secrétaire général, en rappelant qu’il existe des groupes innombrables de jeunes qui veulent combattre l’injustice et non pas les personnes.  « Je salue ces héros et, en particulier ces héroïnes », a-t-il dit, en rappelant que l’égalité entre les sexes était fondamentale pour combattre l’extrémisme violent.

M. Ban a demandé de ne pas oublier les jeunes victimes de l’extrémisme violent, en particulier les jeunes filles enlevées à Chibok, au Nigéria, les étudiants tués par Al-Chabab à Garissa, au Kenya, et ceux qui ont été massacrés par les Taliban à Peshawar, au Pakistan. 

Il a en outre demandé de laisser une place aux jeunes à la table des négociations.  L’ONU a d’ailleurs adopté des Principes directeurs sur la participation des jeunes dans la consolidation de la paix, tandis qu’un plan d’action pour la prévention de l’extrémisme violent est en cours d’élaboration.

La liste des raisons pouvant expliquer la radicalisation des jeunes est très longue, a prévenu le Directeur du Centre international d’études de la radicalisation, M. Peter Neumann.  Sur les 40 000 jeunes européens qui ont rejoint Daech en Syrie, a-t-il précisé, les motivations vont du souhait de contribuer à l’assistance humanitaire à celui de se lancer dans une aventure.

Pour la plupart d’entre eux, le désir d’aider prime sur celui de faire du mal, a constaté un anthropologue du Centre national de recherche de Paris.  M. Scott Atran a signalé que près de 3 recrues sur 4 d’Al-Qaida ou de Daech avaient été attirées par des amis, des membres de leur famille ou encore des compagnons de route à la recherche d’un sens à leur vie. 

Pour les jeunes vivant dans la pauvreté, qui représentent 500 millions de la population mondiale, c’est en général leur marginalisation économique et sociale qui les pousse à l’extrémisme violent.  Les groupes extrémistes mettent à profit la frustration des jeunes qui n’arrivent pas à concrétiser leurs légitimes ambitions, a expliqué le Prince héritier Al Hussein Bin Abdallah II.

Leur désespoir se traduit aussi par un désir de migration, qui peut conduire à des catastrophes humaines comme on l’a vu récemment en mer Méditerranée.  À ce propos, le Ministre de la justice et des migrations de la Suède, s’exprimant au nom des pays nordiques, a rappelé que les 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne se réunissaient aujourd’hui même pour discuter des défis de la migration.

Pour remédier à cette situation, a souligné M. Atran, il est important d’entreprendre des efforts en matière de développement, d’immigration et d’intégration, afin de mieux canaliser l’énergie et l’idéalisme des jeunes. 

La jeunesse devrait être « le meilleur rempart contre l’obscurantisme », a estimé le Ministre français de la ville, de la jeunesse et des sports, après avoir rappelé l’attentat évité de justesse en France contre des églises.  La France, a assuré M. Patrick Kanner, a décidé d’engager « une mobilisation nationale pour les valeurs républicaines », ainsi qu’un plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, qui vise en particulier la jeunesse.

Soulignant le rôle crucial de l’éducation, le Secrétaire général s’est rallié à l’appel lancé récemment par le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Zeid Al Hussein, qui recommande de déployer des « armes d’éducation de masse » pour sortir les jeunes de la pauvreté.  À cela doivent s’ajouter des programmes d’insertion professionnelle et sociale et d’entreprenariat.

En outre, comme l’a fait remarquer M. Neumann et plusieurs délégations, les parents et les communautés sont en première ligne dans cette lutte.  Beaucoup ont également apprécié l’implication des chefs religieux dans ces efforts, en leur rappelant qu’ils devaient diffuser un discours modéré et condamner les messages de haine au nom de la religion.

Tout au long de la journée, les orateurs ont recommandé d’utiliser les atouts propres à la jeunesse dans ce combat, comme leur attrait pour le sport et la créativité, en constatant en particulier l’aptitude des jeunes à naviguer sur Internet et sur les plateformes des médias sociaux.

Le revers de la médaille, c’est que les jeunes relaient facilement les théories du complot sur les réseaux sociaux.  C’est pourquoi certaines délégations, comme le Tchad et la Fédération de Russie, ont recommandé de limiter l’utilisation des médias par les groupes terroristes.

Beaucoup ont en outre exprimé leur soutien à la proposition de la Jordanie d’accueillir en août prochain, en partenariat avec les Nations Unies, la première conférence internationale sur le rôle des jeunes dans l’instauration d’une paix durable.

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SECURITE INTERNATIONALES

Le rôle des jeunes dans la lutte contre l’extrémisme violent et la promotion de la paix

Lettre datée du 27 mars 2015, adressée au Secrétaire général par la Représentante permanente de la Jordanie auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2015/31)

Déclarations

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, a salué le Prince héritier de Jordanie Al Hussein Bin Abdullah II, en signalant qu’il était la personne la plus jeune à avoir présidé, à ce jour,  le Conseil de sécurité.  Il n’a pas 21 ans mais il est déjà un leader du XXIe siècle, a-t-il dit, une remarque qui a été suivie d’applaudissements de la salle.  M. Ban a souligné que le rôle des jeunes était au cœur de la paix et de la sécurité internationales.  « Notre défi est de permettre à la jeunesse de réaliser son potentiel », a-t-il expliqué, en rappelant que cette génération de jeunes est la plus nombreuse de l’histoire.  Il a constaté que, dans la plupart des pays affectés par un conflit, les jeunes représentent plus de la moitié de la population.  C’est pourquoi, a-t-il recommandé, nous devons encourager les jeunes à reprendre à leur compte les causes de la paix, de la diversité et du respect mutuel.  Le Secrétaire général a noté que ceux qui commettent des actes de violence sont souvent des victimes eux-mêmes de la violence des adultes.  Il a appelé à ne pas oublier les jeunes victimes de l’extrémiste violent, en particulier les jeunes filles enlevées à Chibok, au Nigéria, les étudiants tués par Al-Chabab à Garissa, au Kenya, et ceux qui ont été massacrés par les Taliban à Peshawar, au Pakistan.  Les extrémistes violents, a-t-il dit, ciblent les jeunes qui exercent leurs droits de l’homme.

Par ailleurs, le Secrétaire général a salué les jeunes gens qui survivent à la guerre et deviennent des militants de la paix.  Il a rappelé, à cet égard, qu’il avait assisté à un match de football disputé par des joueurs amputés à cause de blessures subies au cours d’un conflit.  Il a aussi mentionné le cas d’une jeune femme, Ilwad Elman, dont le père a été assassiné en Somalie et qui est revenue dans ce pays pour aider les victimes de violence sexiste.  « J’ai aussi rencontré, a-t-il dit, une fillette syrienne dans un camp de réfugiés qui rêvait de devenir médecin. »  Son Envoyé pour la jeunesse, M. Ahmad Alhendawi, voit les jeunes comme des moteurs de changement qui, cependant, ne prennent pas la direction de leur pays.

Les jeunes sont idéalistes et créatifs.  Ils ont aussi une force spéciale grâce à leurs réseaux.  Ils veulent la paix et pas la guerre.  Le Secrétaire général a applaudi ces héros et, « en particulier ces héroïnes », en soulignant le caractère fondamental de l’égalité entre les sexes dans la lutte contre l’extrémisme.  Il a aussi appelé à laisser une place aux jeunes à la table des négociations.  Les organisations de jeunes peuvent contribuer à la consolidation de la paix, a-t-il assuré. 

M. Ban a joint sa voix à celle du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Zeid Al Hussein, qui veut déployer des « armes d’éducation de masse » pour renforcer la culture de paix.  Il a demandé de soutenir sans retenue les groupes de jeunes qui œuvrent en faveur de la paix.  Les Nations Unies, a-t-il assuré, écoutent les jeunes et veulent répondre à leurs préoccupations.  Il a énuméré les initiatives prises en ce sens à l’ONU, comme les principes directeurs sur la participation des jeunes dans la consolidation de la paix, ou encore le plan d’action pour la prévention de l’extrémisme violent qui est en cours d’élaboration.

« Il n’y a pas une seule raison qui explique la radicalisation des jeunes, il n’y a pas une seule cause », a affirmé M. PETER NEUMANN, Directeur du Centre international d’études de la radicalisation.  Il a expliqué que la radicalisation est un processus par lequel des individus, souvent des jeunes, se tournent vers l’extrémisme.  Il a estimé que si l’on devait établir les causes de certains conflits qui expliqueraient la radicalisation des jeunes, cette liste serait alors très longue.

Décrivant les quelque 40 000 jeunes européens qui ont rejoint Daech en Syrie, il a précisé que certains de ces jeunes sont pieux, d’autres ne le sont pas et que parmi eux, il y en a qui ont un passé difficile, tandis que d’autres n’ont connu aucun problème.  « Certains veulent porter secours aux Syriens qui souffrent, d’autres cherchent plutôt le frisson et l’aventure », a-t-il dit. M. Neumann a ajouté qu’il s’agissait d’un groupe très divers, « le groupe d’extrémistes le plus divers que je n’ai jamais vu de ma vie ».

Qu’est-ce que ces jeunes gens ont en commun? s’est-il alors interrogé.  Ces jeunes, a-t-il répondu, ont en commun l’impression de ne pas appartenir à leur société.  « Ils ne se sentent pas européens et estiment qu’ils n’appartiennent pas à une société occidentale. »  M. Neumann a cependant indiqué que ce sentiment d’exclusion n’expliquait pas, et justifiait encore moins, ce qui les pousse à devenir terroristes.

Au nombre des autres facteurs de radicalisation, il a cité la rencontre avec une idéologie qui donne du sens aux griefs que ces jeunes peuvent avoir.  La dynamique de groupe, le charisme des chefs, peuvent également jouer un rôle, a-t-il ajouté.  Daech apporte une réponse que ces jeunes cherchent depuis longtemps, a conclu M. Neumann, avant de souligner que le sentiment d’exclusion était une condition préalable à toute radicalisation.

Au titre des solutions à apporter à un tel défi, il a souligné l’importance d’impliquer les parents, qui sont « nos alliés les plus importants » dans cette lutte.  « Nous devons aussi mettre en place des programmes de déradicalisation, pour ceux qui s’apprêtent à rejoindre la Syrie et ceux qui en reviennent », a-t-il dit, en mettant également l’accent sur la nécessité de battre en brèche les idées des extrémistes sur Internet.  M. Neumann a néanmoins rappelé que la seule solution à long terme à la radicalisation des jeunes était d’édifier des sociétés plus inclusives.  « C’est notre tâche la plus difficile, la plus coûteuse et la plus longue, mais nous devons l’accomplir », a-t-il plaidé avant de conclure.

M. SCOTT ATRAN, Anthropologue et Directeur de recherche au Centre national de recherche de Paris, a souligné que ses recherches ont pour but de réduire la violence entre les gens, et ce, par le biais d’une approche méthodologique qui lui permet de faire œuvre d’empathie et d’observation afin de pouvoir mieux les comprendre.  Il a évoqué des études qu’il a menées sur les six continents, dont la plus récente en Iraq, dans la ville de Kirkouk où il a été pour étudier le cas des jeunes enrôlés par Daech, mais également à Paris et à Barcelone pour mieux comprendre ce qui pousse les jeunes à rejoindre ce groupe extrémiste.  Il a relevé que la plupart des jeunes djihadistes rencontrés en Iraq se disaient musulmans seulement parce que leurs recruteurs d’Al-Qaida ou de Daech les en avaient convaincus afin qu’ils commettent des actes terribles contre ceux qu’ils qualifient d’« impurs ».  Il a noté que ces jeunes étaient habitués à la violence ambiante depuis la chute de Saddam Hussein.

M. Atran a expliqué qu’en Europe et ailleurs, le mode opératoire pour les recrutements de combattants est différent.  Ainsi, près de trois recrues sur quatre d’Al-Qaida ou de Daech avaient été attirés par des amis, ou alors par des membres de leur famille ou encore des compagnons de route à la recherche d’un sens à leur vie.  Il a précisé que les parents de ces jeunes recrues ne sont pas le plus souvent au courant des desseins de leur progéniture.  De même, alors que les musulmans immigrés en Occident parlent peu de Daech et des sujets liés à la politique étrangère, leurs enfants par contre sont friands de telles informations.  Il a aussi noté que la plupart de ces « volontaires étrangers » sont classifiés dans le groupe que les adeptes des sciences sociales nomment « la distribution normale » en termes de traits psychologiques tels que l’empathie, la compassion, l’idéalisme, avec pour la plupart d’entre eux, le désir d’aider plus que de faire du mal.

L’anthropologue a ensuite rappelé un sondage mené l’été dernier révélant qu’un jeune sur quatre en France avait une opinion favorable de Daech.  Au cours de ce mois à Barcelone, a-t-il ajouté, 5 sympathisants de Daech sur 11 soupçonnés de commettre des attentats dans la ville, étaient des athées ou des chrétiens avant leur conversion.  Il a déclaré que l’alliance entre le nationalisme xénophobe et le djihadisme est en train de déstabiliser la classe moyenne européenne, un peu comme l’avait fait le communisme et le fascisme dans les années 1920 et 1930.  L’anthropologue a en outre estimé que le soi-disant « clash des civilisations » est trompeur, en expliquant que la violence extrémiste représente, non pas la résurgence de cultures traditionnelles, mais leur chute.  Il s’est dit convaincu que les jeunes ne sont pas liés aux traditions millénaires, mais qu’ils recherchent plutôt une identité sociale qui leur procurerait de la gloire.  C’est là le côté obscur de la mondialisation, a—t-il souligné.  M. Atran a aussi prévenu qu’il faudrait encore de nombreuses années pour véritablement découvrir le vrai impact qu’aura eu Daech, même s’il est chassé de sa base territoriale actuelle.  Il a aussi averti qu’adopter seulement des solutions militaires et policières contre les extrémistes risquent de conduire la communauté internationale à perdre la génération future.

Pour remédier à cette situation, M. Atran a suggéré que les efforts de développement, ainsi que ceux menés dans le cadre de l’immigration et de l’intégration, soient mieux canalisés.  Il a proposé que la société offre aux jeunes des solutions qui leur font rêver d’une vie qui a un sens à travers l’effort et le sacrifice dans la camaraderie.  Il a aussi suggéré d’offrir aux jeunes un rêve personnel positif avec une chance concrète de réalisation.  Avant de conclure, il a souhaité que les jeunes puissent avoir des moyens pour développer l’entrepreneuriat ou se faire une place dans les domaines sportifs ou de la musique.

Le Prince héritier de Jordanie AL HUSSEIN BIN ABDALLAH II a rappelé qu’aucun pays n’était à l’abri de la menace du terrorisme.  « La guerre contre la terreur est l’affaire de tous. »  Il a ensuite rappelé qu’il y avait dans le monde près de 73 millions de jeunes hommes et femmes sans emploi et plus de 14 millions de jeunes réfugiés.  Puis, il a affirmé que les jeunes, contrairement à ce que l’on peut croire, ne sont pas un groupe marginalisé mais un groupe, qui est au contraire activement recherché.  « Ils sont recherchés en raison de leur grand potentiel, de leur confiance en eux-mêmes et de leurs capacités à changer le monde. »  Il a néanmoins affirmé que lorsque les jeunes n’arrivent pas à concrétiser leurs légitimes ambitions, celles-ci se transforment alors en frustrations que des groupes extrémistes mettent à profit.

« Nous devons combler ce vide qui est exploité par les ennemis de l’humanité en autonomisant les jeunes pour qu’ils puissent concrétiser leurs ambitions », a insisté le Prince héritier de Jordanie.  Il a ajouté que cela ne pouvait être réalisé que si les jeunes bénéficient d’une éducation de qualité et d’un accès à l’emploi.  « Une course est engagée, nous devons investir dans les cœurs, les esprits et les capacités des jeunes », a-t-il affirmé.  Le Prince héritier a ensuite jugé crucial de s’élever contre la menace posée par les groupes terroristes « qui tirent profit du potentiel des jeunes pour bâtir un monde inhumain ».  Il a également invité les jeunes à mettre en place les réseaux et alliances intellectuels permettant la formation « d’une opinion publique des jeunes » en faveur de la tolérance, du respect de la diversité et du rejet de la violence.  Enfin, le Prince héritier a indiqué que son pays, en partenariat avec les Nations Unies, devrait accueillir en août prochain la première conférence internationale sur le rôle de la jeunesse dans l’instauration d’une paix durable.

M. PATRICK KANNER, Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports de la France, après avoir rappelé l’attentat déjoué hier en France contre des églises, a estimé que la jeunesse devrait être « le meilleur rempart contre l’obscurantisme ».  Il faut à la fois s’appuyer sur cette jeunesse et la protéger contre les manipulations orchestrées par les extrémistes.  Ces derniers sont extrêmement actifs sur les réseaux sociaux et relaient les théories du complot qui sapent l’autorité des institutions, a-t-il constaté.

La lutte contre l’extrémisme ne peut pas être seulement militaire, a poursuivi le Ministre.  Elle constitue un combat politique et moral plus large, dans lequel l’ensemble de la société a un rôle à jouer.  C’est pourquoi la France, après les attentats qui l’ont frappée, a décidé d’engager « une mobilisation nationale pour les valeurs républicaines », ainsi qu’un plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, qui vise en particulier sur la jeunesse.  Dès l’école, a-t-il expliqué, « nous voulons, à travers des enseignements spécifiques, mettre l’accent sur les notions de citoyenneté et de laïcité ».  D’autres acteurs sont mobilisés avec le même objectif.  Les associations ont vu leurs crédits augmenter dans les quartiers « où la désespérance est la plus grande ».

État et associations portent ce discours républicain sur Internet.  « Nous menons des campagnes de contre-offensive aux argumentaires de nos adversaires », a assuré M. Kanner.  « Nous développons à grande échelle des dispositifs d’engagement citoyen, tels que le service civique », a-t-il ajouté, avant de souligner que la France voulait maintenant développer ce dispositif au niveau international.  Enfin, « aux jeunes adultes radicalisés qui reviennent des zones de combat, nous voulons montrer leur terrible erreur, et leur donner la possibilité de se réinsérer dans leur pays, selon les valeurs de ce pays », a-t-il dit en conclusion.

Mme SAMANTHA POWER (États-Unis) a indiqué que les six jeunes arrêtés à Minneapolis pour des délits liés au terrorisme s’étaient inspirés de l’exemple d’un jeune américain somalien qui avait rejoint l’EIIL.  Cela démontre que le recrutement est organisé par les pairs, a-t-elle fait remarquer, avant de souligner les méthodes de plus en plus sophistiquées qu’utilise l’EIIL, comme les tweets.  L’EIIL aurait même créé une application qui permet de twitter au départ du compte des utilisateurs individuels, ce qui augmente l’impact des messages, a-t-elle indiqué.  S’il existe un consensus dans le monde pour lutter contre l’extrémisme violent, nous sommes cependant dépassés par les groupes terroristes qui recrutent des jeunes, a-t-elle fait observer, en disant attendre avec intérêt le plan d’action du Secrétaire général sur cette question.

Mme Power a rappelé que le Président Obama avait organisé à Washington D.C., le 19 février dernier, un sommet contre l’extrémisme violent qui a réuni de nombreux dirigeants du monde.   Elle a salué le cas d’une jeune femme qui a fondé un club de livres dans les madras, avec l’appui des imams, afin de développer la pensée critique chez les jeunes.  Elle a aussi salué l’initiative du Maroc qui cherche à remplacer les professeurs et imams prêchant une idéologie violente par d’autres plus modérés.  Mme Power a demandé d’encourager la jeunesse à participer aux actions de lutte contre l’extrémisme violent, en notant qu’ils ne sont souvent que des bénéficiaires passifs des campagnes de lutte contre ce phénomène.  En concluant son intervention, elle a expliqué que les jeunes de Minneapolis avaient pu être arrêtés grâce à la dénonciation d’un jeune de ce groupe qui a changé d’avis au dernier moment.  Cela illustre la nature des efforts qu’il faut déployer, a-t-elle dit avant de conclure.

M. IGNACIO YBAÑEZ, Secrétaire d’État aux affaires étrangères de l’Espagne, a indiqué que le Conseil de sécurité devrait jouer un rôle clef face à l’extrémisme qui se répand aujourd’hui à grande vitesse dans le monde.  Il a déclaré que la marginalisation économique et l’appartenance à des minorités pouvaient alimenter ce sentiment d’exclusion éprouvé par certains jeunes et exploité par les groupes terroristes.

M. Ybañez a ensuite plaidé pour une meilleure intégration des jeunes, y compris ceux issus de l’immigration, par le biais notamment d’une éducation fondée sur les valeurs universelles et le respect de la diversité.  Le sport peut également être un vecteur d’intégration essentiel, a-t-il dit.  Le Secrétaire d’État a ensuite encouragé une « alphabétisation médiatique » des jeunes afin de lutter contre les activités de groupes terroristes sur Internet.  Il a en outre invité les écoles religieuses, qui ont un rôle clef à jouer contre la radicalisation des jeunes, à enseigner la tolérance.  Il s’est félicité, à cet égard, de la création au sein de l’Université Al Azhar, en Égypte, d’un observatoire chargé d’analyser la teneur des fatwas émises dans le monde.

Les victimes de terrorisme peuvent servir d’exemples moraux pour les jeunes, a-t-il affirmé, en souhaitant que les témoignages de ces victimes soient disséminés pour être connus du plus grand nombre de jeunes.  M. Ybañez a ainsi appuyé la récente initiative des États-Unis visant à faciliter un échange de bonnes pratiques concernant la lutte contre la radicalisation.  L’Alliance pour les civilisations et les organisations régionales, a-t-il estimé avant de conclure, ont également un rôle capital à jouer dans la lutte contre la radicalisation des jeunes.

M. MANUEL DOMINGOS AUGUSTO, Secrétaire d’État pour les relations extérieures de l’Angola, a reconnu que « la crise d’identité, l’exclusion, la désinformation et le décalage entre les attentes et la réalité » sont des facteurs qui peuvent toucher les jeunes où qu’ils vivent et quel que soit leur milieu social.  Pour lutter contre la propagande extrémiste et violente, il est important que les communautés locales établissent un dialogue avec les jeunes et qu’elles leur fournissent des moyens d’expression, à travers le sport, les arts ou d’autres programmes enrichissants.  En Angola, où 60% de la population est jeune et confrontée à divers obstacles, un plan national de développement pour la période 2013-2017 met l’accent sur l’autonomisation de la jeunesse. 

Préoccupé par la montée du terrorisme international et par l’immigration illégale, le Gouvernement angolais a récemment créé l’Observatoire national contre le terrorisme, a indiqué le Secrétaire d’État.  En février 2015, il a invité des experts de 11 pays d’Afrique centrale pour débattre d’une stratégie commune de lutte contre la menace du terrorisme dans la région.  M. Augusto a notamment proposé de renforcer le rôle des autorités locales et de la société civile et la participation des jeunes aux projets de développement pour réduire les inégalités et de consolidation de la paix. 

M. HAMZAH ZAINUDDIN, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Malaisie, a indiqué que, selon des études menées en Malaisie et en Asie du Sud-Est, les aspects socioéconomiques ne sont pas les seules causes de la radicalisation des jeunes.  Ainsi, il semble que de nombreux jeunes de cette région qui ont rejoint les rangs d’Al-Qaida et de Daech au Moyen-Orient sont des jeunes professionnels ou des étudiants.  Leur principale motivation est politique, liée aux violations des droits de l’homme, à l’occupation étrangère et aux discriminations systématiques, a-t-il expliqué.  Même s’ils ne souffrent pas personnellement de traumatismes, ils s’identifient à ceux qui en souffrent et qui partagent la même religion, la même ethnicité ou la même idéologie. 

La Malaisie estime que la communauté internationale devrait sensibiliser contre la propagande violente en offrant des moyens convaincants que les jeunes peuvent utiliser lorsqu’ils sont confrontés à l’injustice, à la discrimination et aux souffrances d’aujourd’hui.  « Nous devons leur expliquer que la violence n’est pas la réponse, en leur proposant un discours inverse basé sur des moyens non violents comme les manifestations pacifiques, la pression diplomatique et politique ou encore les boycotts et les sanctions.  Le Vice-Ministre a mentionné, à cet égard, l’initiative de son pays intitulée Global Movement of Moderates, qui avait lancée il y a 5 ans à l’ONU.  En outre, la Malaisie a adopté des politiques à l’intention des jeunes afin de leur permettre de disposer d’une force d’action et de mieux défendre les valeurs morales. 

Mme JOY OGWU (Nigéria) a souligné que la soif de reconnaissance, de camaraderie et d’identité, et aussi, parfois l’appât du gain, pouvaient être des raisons poussant des jeunes à rejoindre les groupes terroristes.  « La pauvreté et le chômage sont également des causes de vulnérabilité face à l’extrémisme violent », a-t-elle dit.  La représentante du Nigéria a ensuite plaidé pour une action locale afin d’éradiquer cet extrémisme, dont les premiers acteurs seraient les parents des jeunes, notamment les jeunes.  Elle a détaillé les efforts de son pays visant à l’autonomisation des jeunes, en mentionnant en particulier la création d’un centre de formation de la jeunesse qui appuie notamment les jeunes ayant des ambitions entrepreneuriales. 

« Face au défi posé par Boko Haram, une solution militaire ne suffira pas », a affirmé la déléguée du Nigéria.  Elle a indiqué que son pays œuvrait à « une solution douce » qui met l’accent sur la déradicalisation et l’autonomisation économique et sociale des jeunes afin de mettre un terme à leur recrutement par ce groupe terroriste.  Enfin, la déléguée du Nigéria a insisté sur la nécessité de produire, grâce à l’implication des dignitaires religieux, un discours religieux modéré.

M. RAFAEL DARÍO RAMÍREZ CARREÑO (Venezuela) a estimé que les jeunes étaient les victimes d’un système ou d’une société malade.  Les jeunes constituent un quart de la population mondiale, a-t-il rappelé, en signalant que 500 millions d’entre eux vivent avec moins de 2 dollars par jour et que 74 millions sont sans emploi.  Outre ces facteurs socioéconomiques, il a dénoncé le fait que les grandes puissances aient utilisé leur pouvoir militaire, économique et de communication propagandiste pour favoriser la guerre, la violence, le sectarisme, la haine, l’intolérance religieuse et l’extrémisme dans les zones de conflit.  Il a expliqué la mobilisation des jeunes dans les guerres et les groupes terroristes par le fait qu’ils ont grandi dans une ambiance violente et marquée par la pauvreté, comme en Iraq, en Libye, en Syrie, au Yémen ou en Palestine.  Le désespoir et les rares opportunités qui s’offrent à eux dans les situations de guerre, de sectarisme, de colonialisme et d’occupation étrangère créent des conditions favorisant le développement de l’extrémisme.

Le représentant a ensuite posé plusieurs questions en s’interrogeant sur l’origine des capacités d’action des groupes terroristes.  Il a appelé à cesser tout appui à leur égard, notamment la fourniture d’armes.  Il a aussi recommandé de renforcer les capacités des États pour prévenir la propagation de l’extrémisme et du terrorisme parmi les jeunes, surtout dans les situations au lendemain d’un conflit.  Il faut que les jeunes puissent participer à la vie politique, économique et sociale, a-t-il ajouté.  Les États devraient coordonner leurs actions par le biais du PNUD et de l’UNESCO, afin de promouvoir des zones de paix, la tolérance, la culture, ainsi que le développement économique et social.  Le Venezuela et sa région constituent une zone de paix, a-t-il assuré, en citant les efforts menés à cet effet.  Un processus d’alphabétisation massive, mené grâce à l’UNESCO, et des missions éducatives de base lancées au Venezuela ont touché 850 000 jeunes, a-t-il notamment indiqué.

M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) a souligné que chacun avait un rôle à jouer dans la lutte contre l’extrémisme violent.  Les jeunes détiennent cependant la clef de la réponse à apporter à ce défi, a-t-il dit.  Le représentant a ensuite demandé à tous les chefs religieux de condamner sans ambigüité les exactions commises par les groupes terroristes au nom d’une conception dévoyée de la religion.  Il faudrait encourager des appels religieux modérés susceptibles de battre en brèche les discours radicaux prônés par les extrémistes, a-t-il préconisé.  L’écolière pakistanaise Malala peut servir d’exemple pour les jeunes, a-t-il estimé, en rappelant que les extrémistes attaquaient les écoles par peur du changement que les jeunes peuvent apporter.

Le délégué a ensuite affirmé que les universités britanniques disposaient des garde-fous nécessaires pour écarter les éléments radicaux qui pourraient s’y trouver.  « Il ne s’agit pas de limiter la liberté d’expression mais il faut bien reconnaître que les extrémistes profitent d’Internet pour propager leurs idées néfastes », a-t-il poursuivi, avant de demander aux principales plateformes d’expression sur Internet de censurer les messages prônant une action violente.  Il a ensuite souligné la nécessité de mieux comprendre les raisons qui poussent des jeunes à rejoindre les groupes extrémistes afin de leur offrir une alternative.  Parmi ces raisons, il a avancé la fragilité de certains États, la marginalisation économique des jeunes mais aussi le fait que ces jeunes peuvent parfois être dotés « d’identités conflictuelles ».  Enfin, il a invité le Conseil à prendre toute sa part dans la lutte contre la radicalisation et ainsi retrouver de la crédibilité, notamment auprès des jeunes.  « Chaque fois que nous laissons des intérêts nationaux prendre en otage ce Conseil, nous envoyons un signal négatif », a-t-il prévenu.

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a invité à utiliser les capacités de la jeunesse pour lutter contre l’intolérance, et notamment son attitude à s’orienter dans l’espace informatique.  Il faudrait renoncer à toute tentative d’utiliser le terrorisme violent comme outil géopolitique, a-t-il demandé.  Il a ensuite recommandé d’étudier les cas de jeunes endoctrinés dans l’extrémisme, en faisant valoir que, au centre de l’Europe, des combattants ont été utilisés pour renverser des autorités élues démocratiquement.  Il a ensuite demandé de lutter plus énergiquement contre l’utilisation des technologies de l’information et des communications par des terroristes, en notant que les jeunes sont des proies faciles des groupes radicaux.

Le représentant russe a invité les États à interdire toute incitation à des actes terroristes, conformément à la résolution du Conseil de sécurité adoptée il y a 10 ans.  Il faudrait, a-t-il insisté, que les institutions nationales compétentes bloquent les messages allant dans ce sens.  Il faudrait également, a-t-il ajouté, sensibiliser les jeunes au respect mutuel et au dialogue interculturel et religieux.  La société civile, ainsi que les communautés religieuses locales, ont un rôle à jouer dans ce domaine, a-t-il estimé.  Le représentant a prôné l’utilisation d’autres outils comme la créativité et le sport.  À cet égard, il a indiqué que la Russie avait adopté, en novembre 2015, une stratégie de lutte contre le terrorisme qui vise notamment à éduquer les jeunes à réagir aux comportements dangereux.  Cette stratégie a aussi pour objectif d’offrir un accès universel au sport et aux loisirs.

M. CRISTIÁN BARROS MELET (Chili) a fait remarquer que la mobilisation des jeunes dans les mouvements djihadistes pouvait être reliée à une crise d’identité qui affecte tant les jeunes qui sont demeurés dans leurs pays d’origine que ceux qui se sont intégrés dans un nouveau tissu social.  Il a estimé qu’il faudrait traiter le problème à la source.  Les moyens de communication ont contribué à étendre les crimes commis par des jeunes recrutés par des organisations terroristes, a-t-il constaté, avant de demander à la communauté internationale de ne pas rester indifférente face à cette situation.  Le représentant a appelé à identifier les motivations de ces jeunes, en étudiant des facteurs tels que l’exclusion, la marginalisation et le sentiment d’insécurité.

Le Chili, a-t-il indiqué, a développé un concept de développement inclusif qui fait participer les jeunes.  Il ne suffit pas de sanctionner les jeunes, mais il faut également chercher des solutions efficaces par le biais de stratégies inclusives de développement, a-t-il soutenu.  Ces stratégies, a-t-il précisé, doivent intégrer la question du genre et, en particulier, traiter le problème des femmes soumises à la violence sexuelle comme tactique de guerre.  M. Barros Melet a aussi invité à renforcer les capacités de jeunes pour qu’ils puissent influer sur les mesures qui les concernent sur les questions sociales, politiques, économiques et culturelles.  Il a invité les jeunes à être plus résilients en utilisant à bon escient les technologies de l’information afin de remettre en question la rhétorique extrémiste.  Enfin, il a appuyé l’initiative de l’Espagne de convoquer une conférence régionale de haut niveau du Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité, à Madrid en juillet 2015.

M. JIM McLAY (Nouvelle-Zélande) a fait trois suggestions pour mieux lutter contre la radicalisation des jeunes.  Tout d’abord, les gouvernements doivent reconnaître l’importance du contexte national et local et identifier les facteurs qui marginalisent les jeunes vulnérables, pour mieux y répondre, en partenariat avec les communautés et les familles. 

Ensuite, a poursuivi le représentant, il faudrait autonomiser les jeunes pour créer « une force sociale » qui rejette la violence.  Trop souvent, les communautés et les familles ont assisté, impuissantes, à la manipulation des outils de communication modernes par des groupes tels que Daech, pour propager leur message de haine.  Les jeunes, a-t-il soutenu, sont en mesure de combattre ces messages, à la fois sur le plan technologique que sur les plans idéologique et social.  Enfin, M. McLay a demandé aux États de s’inspirer de l’expérience des autres États dans le monde entier pour contrer l’extrémisme violent et, en particulier, des mesures initiées par des jeunes eux-mêmes.

M. LIU JIEYI (Chine) a invité la communauté internationale à déployer des efforts concertés pour contrecarrer les menées des groupes terroristes.  Il a rappelé qu’aucune religion ne saurait être associée aux agissements des extrémistes violents.  Rappelant que les jeunes sont les premiers utilisateurs d’Internet, il a souligné la nécessité que les groupes terroristes ne puissent plus faire d’Internet l’un de leurs instruments majeurs de recrutement.  L’ONU, a-t-il soutenu, a un rôle clef à jouer à cet égard.  Le représentant de la Chine a ensuite demandé à la communauté internationale de s’attaquer aux causes profondes du terrorisme, en combattant notamment la marginalisation économique et sociale des jeunes.  Enfin, il a appelé de ses vœux un dialogue entre les civilisations pour éradiquer le fléau de l’extrémisme violent et promouvoir un climat de tolérance. 

M. MAHAMAT ZENE CHERIF (Tchad) a souligné la nécessité de comprendre les raisons et le processus de radicalisation des jeunes.  Il a énuméré les différents facteurs qui expliquent ce phénomène, comme la pauvreté et l’exclusion de la vie économique et politique.  Certains considèrent la religion, à tort ou à raison, comme un facteur de radicalisation, a-t-il noté.  À ceux-là, il a répondu qu’aucune religion n’encourage ses adeptes à commettre la violence en son nom.  Il a aussi voulu rappeler que la lutte contre le terrorisme ne doit pas se faire au détriment de la souveraineté des États.  Pour atténuer la radicalisation et le recrutement des jeunes, il a recommandé d’éviter l’utilisation des technologies d’information et des communications par les terroristes.  Il a donc appelé à prendre des mesures, dans le respect des droits des individus, pour limiter l’utilisation des médias par les groupes terroristes. 

Le représentant a également recommandé de développer des programmes de déradicalisation et de rééducation.  Il a conseillé, à cet égard, de mettre à contribution les organisations de jeunes.  Concernant les combattants étrangers, il a plaidé en faveur de l’échange de renseignements entre les États.  Le Tchad fait la promotion de la culture de la paix, a-t-il assuré, en précisant qu’une journée annuelle de prière pour la paix avait été instaurée avec la participation des trois confessions principales du pays.  Une plateforme interreligieuse de cohabitation pacifique est en outre représentée dans toutes les régions du pays.  Le Tchad renforce en outre ses capacités de réponse au terrorisme avec les pays voisins.  Avant de conclure, il a salué l’initiative de la Jordanie de convoquer une conférence internationale, en août prochain, sur le rôle de la jeunesse dans l’instauration d’une paix durable.

Mme RAIMONDA MURMOKAITĖ (Lituanie) a fait remarquer qu’il n’y avait « pas de modèle unique pour expliquer pourquoi une jeune personne se radicalise ».  Il faudrait donc éviter de se baser sur des profils ethniques, religieux ou autres, a-t-elle averti.  Les réponses à apporter à l’extrémisme violent doivent être multidimensionnelles.  Elles doivent être prises aux niveaux local, national, régional et international et impliquer des êtres exemplaires, des autorités religieuses, des dirigeants communautaires, d’anciennes recrues, la société civile et les gouvernements, a-t-elle estimé.  La représentante a notamment proposé de se fonder sur le travail accompli depuis 10 ans par le Comité du Conseil de sécurité contre le terrorisme.  

La représentante de la Lituanie a ensuite souligné le rôle important des institutions de l’état de droit, notamment aux frontières, puis proposé de trouver des solutions pour empêcher le recrutement sur Internet sans entraver la liberté d’expression et d’opinion.  En outre, « les terroristes savent qu’une fille éduquée, consciente de ses choix et de ses droits dans la vie, est un parfait antidote à l’ignorance qu’ils tentent d’imposer », a-t-elle ajouté, en mettant l’accent sur l’éducation, y compris en matière de droits de l’homme.  Avant de conclure, elle a jugé impératif d’adopter des messages ciblés pour démolir la propagande de groupes comme Daech ou Boko Haram et exposer leur hypocrisie et la monstruosité des crimes qu’ils commettent sous des prétextes fallacieux.

M. SAMEH SHOUKRY, Ministre des affaires étrangères de l’Égypte, a affirmé que les actions des groupes terroristes n’avaient aucun rapport avec la religion.  Il a demandé un renouvellement du discours religieux afin de combattre les discours radicaux et de faire prévaloir une interprétation correcte de l’islam.  « Il faut prôner la tolérance et lutter contre cette vision erronée qui consiste à diviser le monde entre fidèles et infidèles, a-t-il affirmé.  Le délégué a ensuite insisté sur les causes profondes du terrorisme, en citant notamment la marginalisation économique des jeunes ou le refus opposé à certains peuples d’exercer leur droit à disposer d’eux-mêmes.  Il a aussi invité les pays d’Europe de l’Ouest, dont un certain nombre de ressortissants ont rejoint la Syrie, à réviser leurs politiques d’intégration.  En conclusion, le délégué de l’Égypte a détaillé les mesures prises par son pays pour lutter contre l’extrémisme violent, dont l’organisation d’événements culturels visant à expliquer les fondements de l’islam aux jeunes.

M. MORGAN JOHANSSON, Ministre de la justice et des migrations de la Suède, s’exprimant au nom des pays nordiques; Danemark, Finlande, Islande, Norvège et la Suède, a déclaré que la perte tragique des vies dans la mer Méditerranée était inacceptable.  Il a rappelé que les 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne sont aujourd’hui en réunion extraordinaire pour discuter de cette situation.  Il a rappelé que le 25% de la population mondiale que constituent les jeunes vive des situations peu reluisantes, ce qui pousse des millions parmi eux à se tourner vers l’émigration.  Il a expliqué que si les jeunes ne sont pas impliqués dans la vie sociale, ils vont rechercher ailleurs de « meilleures conditions de vie » et se donner un rôle social, y compris en prenant des armes.  Il a rappelé que des jeunes de nombreux pays, y compris des pays nordiques, avaient été attirés par la propagande terroriste, devenant ainsi des combattants terroristes étrangers.  La croissance économique et des efforts pour gérer l’accroissement rapide de la population pourraient, a-t-il estimé, contribuer à réduire l’extrême pauvreté qui menace la paix et la prospérité mondiales. 

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) a souligné l’importance de la prévention.  « Nous ne devrions pas nous demander quel rôle les jeunes peuvent jouer pour contrer l’extrémisme violent et promouvoir la paix, mais plutôt comment ils peuvent être eux-mêmes au cœur de la solution », a-t-il dit.  À cette fin, il a rappelé que la culture et l’éducation sont les « pires ennemis » des groupes violents et extrémistes.  L’Italie a offert des bourses à des étudiants du campus de Garissa au Kenya, qui a récemment été victime d’un attentat abominable.  Le représentant a estimé que les droits de l’homme et la justice devraient retrouver une place centrale.

M. Lambertini a ensuite mis l’accent sur le développement économique et social qui doit clairement s’adresser aux jeunes dans le programme de développement pour l’après-2015.  Il a jugé essentielle la participation de la société civile, et reconnu que les médias sociaux pourraient à la fois avoir un rôle positif et négatif.  L’autonomisation des jeunes, en particulier de 600 millions de jeunes femmes, et des organisations de la jeunesse est la clef pour promouvoir des modèles positifs, répondre à la violence et démonter les messages extrémistes, a-t-il souligné.  C’est dans cet esprit, a-t-il dit, que l’Italie appuie les conférences sur « l’ONU mise en scène ».

M. ANTONIO DE AGUIAR PATRIOTA (Brésil) a indiqué que les efforts antiterroristes devraient être menés en conformité avec la Charte des Nations Unies.  Il a souligné la nécessité de poursuivre le dialogue des civilisations et des cultures pour contrecarrer la propagande des groupes extrémistes auprès des jeunes et promouvoir une culture de paix.  « Des initiatives telles que l’Alliance des civilisations contribuent à combattre les préjugés qui tendent à associer le terrorisme avec certains groupes ethniques, religions ou cultures ».

Le délégué a ensuite souligné qu’il était essentiel de répondre aux griefs légitimes qui peuvent pousser les jeunes à embrasser l’extrémisme violent.  « La promotion de la justice sociale est à ce titre cruciale. »  Il s’est aussi dit préoccupé par le manque de cohérence entre le consensus autour d’un plus grand bien-être des jeunes et la réduction du budget de l’ONU pour l’aide au développement.  « Tout engagement visant à protéger les jeunes contre le radicalisme sera affaibli tant que les activités onusiennes favorisant le développement seront freinées par les coupes budgétaires. »  Avant de conclure, le délégué du Brésil a affirmé que la communauté internationale, en se montrant incapable de régler les crises au Moyen-Orient, se privait d’un argument puissant dans la lutte contre la radicalisation.

M. BHAGWANT SINGH BISHNOI (Inde) a estimé que l’absence d’autorité de l’État, ou une autorité étatique faible, ainsi que la pauvreté ambiante, constituent le terreau du terrorisme.  Il a aussi noté que c’est le fanatisme et la haine qui sous-tendent l’extrémisme violent, faisant des jeunes de la « chair à canon ».  Le terrorisme est mauvais, quelle que soit sa forme, a-t-il déclaré, en ajoutant qu’il n’y a pas de bon terrorisme, et que ce fléau doit être combattu.  Le représentant a aussi déclaré qu’il était de la responsabilité des États d’assurer une bonne éducation des jeunes, et de s’assurer que les médias, notamment les médias sociaux, ne soient pas utilisés pour la propagande extrémiste.  Il a par ailleurs noté que la radicalisation faisait également son lit sur l’exclusion et la marginalisation, prônant ainsi la tolérance pour faire obstacle à la voix de l’extrémisme.

M. TÉTE ANTONIO, Observateur permanent de de l’Union africaine, a déclaré que le terrorisme et l’extrémisme violent représentaient les principales menaces à la paix et à la sécurité en Afrique.  Des groupes terroristes tels qu’AQMI, MOJWA, Boko Haram, Ansaru ou Al-Chabab, sont capables d’attirer de plus en plus de jeunes dans leurs rangs.  Tout en étudiant les moyens de contrer la menace terroriste, il faudrait examiner les facteurs qui contribuent à la radicalisation et à l’extrémisme violent, tels que les conflits et la pauvreté, la marginalisation, les violations des droits de l’homme, la discrimination et le chômage, a rappelé M. Antonio.

Au cours de ces 20 dernières années, l’Union africaine a adopté divers instruments pour lutter contre le terrorisme, a rappelé son représentant.  Des mécanismes de coopération ont été créés à cette fin, notamment dans la région du Sahel ou en Somalie.  En septembre dernier, l’Union africaine avait organisé, à Nairobi, un sommet spécial du Conseil de paix et de sécurité consacré au terrorisme et à l’extrémisme violent.  À cette occasion, les États ont réaffirmé l’importance d’adopter des stratégies globales pour autonomiser la société civile, y compris les dirigeants religieux, les femmes, et les journalistes, et les groupes vulnérables, non seulement en matière de sécurité et de maintien de l’ordre, mais aussi en vue d’éliminer la pauvreté, de créer des emplois et de promouvoir le développement.  De même, en octobre dernier, la Commission de l’Union africaine a organisé son premier symposium sur les victimes du terrorisme.  

M. YOSHIFUMI OKAMURA (Japon) a déclaré que l’expérience des jeunes en Tunisie avait contribué à faire avancer la démocratie.  En même temps, a-t-il remarqué, les jeunes peuvent mener le monde sur la voie de la guerre et des conflits.  Lorsqu’il était ambassadeur en Côte d’Ivoire, a-t-il rappelé, il avait vu des groupes de jeunes manipulés par Charles Blé-Goudé demander le retrait et attaquer la présence de l’ONU sur le terrain.  C’est pourquoi nous devons examiner de manière approfondie les frustrations et la colère des jeunes qui sont confrontés à la répression sociale et aux difficultés économiques, a-t-il dit. 

M. Okamura a indiqué que le Japon œuvrait en faveur de l’autonomisation des jeunes dans son pays comme à l’étranger, notamment par le biais de l’initiative pour l’éducation et les affaires en Afrique (Initiative ABE).  Un autre projet  consiste à créer 10 centres de développement des ressources humaines pour les affaires et l’industrie qui bénéficiera à 25 pays d’Afrique.  En ce qui concerne l’extrémisme violent, il a fait remarquer que le Japon n’était pas protégé contre ce fléau, faisant ainsi référence aux deux japonais assassinés en Syrie au début de l’année.  En réaction, le Japon avait annoncé une politique d’assistance pour édifier des sociétés résilientes face à la radicalisation, dans le cadre de laquelle plusieurs projets sont prévus, notamment pour offrir plus de chances d’emplois aux jeunes. 

Mme MARIA EMMA MEJÍA VÉLEZ (Colombie) a rappelé que l’extrémisme violent était l’une des menaces les plus pressantes contre la paix et la sécurité internationales.  Elle a dit la volonté de son pays de contribuer à l’élaboration de solutions visant à autonomiser les jeunes.  Ce n’est pas la pauvreté qui est à la racine de l’extrémisme violent, a-t-elle rappelé, indiquant que la radicalisation des jeunes n’était pas un phénomène propre aux pays en développement.

Elle a aussi rappelé que l’éducation et l’emploi étaient des droits de l’homme qui devaient être pleinement mis en œuvre.  Reconnaissant le défi que constitue l’utilisation d’Internet par les groupes terroristes pour enrôler de nouvelles recrues, elle a invité la communauté internationale à accélérer ses efforts pour le relever, dans le plein respect néanmoins de la liberté d’expression.  « La censure n’est pas la solution. »  Enfin, elle a souligné la nécessité que les jeunes s’approprient « le discours démocratique qui est celui de la diversité ».

M. IOANNIS VRAILAS, de l’Union européenne, a indiqué que l’Union avait développé une stratégie de prévention de la radicalisation et du recrutement.  À cet égard, il a souligné l’importance de l’éducation publique « pour promouvoir l’ouverture d’esprit et la tolérance chez les jeunes ».  Les gouvernements européens travaillent avec les communautés locales, la société civile et le secteur privé pour empêcher la création de réseaux éducatifs parallèles où pourraient se propager des idées extrémistes, a-t-il assuré.  C’est ainsi que les ministres de l’éducation des États Membres de l’Union européenne se sont réunis à Paris, le 17 mars dernier, pour envisager de nouvelles mesures afin de combattre la radicalisation en Europe.

Le délégué a expliqué que l’Union européenne se penchait également sur les facteurs sous-jacents de la radicalisation en appuyant des initiatives en faveur de la jeunesse.  Dans cet esprit, l’Union européenne s’apprête à lancer des programmes relatifs à l’éducation et à la lutte contre l’extrémisme violent,  et aux aspects socioéconomiques des conflits, et à les relier au programme de développement pour l’après-2015.  Dans le cadre des Nations Unies, l’Union européenne plaide sans cesse en faveur d’une meilleure coordination entre les entités pertinentes dans le domaine de la prévention du terrorisme, a-t-il souligné.   

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a affirmé qu’au moment où se déroulait la séance du Conseil de sécurité, des milliers de jeunes quittaient leurs familles pour aller dans des pays où ils seront recrutés par des groupes terroristes pour commettre ensuite des actes de violence ou de terrorisme.  Il sera peut-être trop tard pour les ramener à la maison, mais ce phénomène n’est pas nouveau, a-t-il dit.  Ce qui est nouveau, selon lui, c’est le degré d’attraction des organisations terroristes qui utilisent les réseaux de médias sociaux et l’argent pour attirer des jeunes chômeurs.  Pour faire face à ce problème, il faut empêcher l’ingérence de certains États dans les affaires d’autres États sous divers prétextes fallacieux.  Ces ingérences expliquent le rôle de certains régimes qui propagent la haine et la stigmatisation des autres, a-t-il estimé. 

Les autres facteurs de ce phénomène résident dans le fait que certains se servent de la religion, de l’origine ethnique, du genre comme une source de stigmatisation de certaines catégories de personnes.  Le représentant a dénoncé la stigmatisation de certaines religions qualifiées de religion du terrorisme.  Il a ajouté que certains pays musulmans s’engageaient dans ces pratiques abusives.  Il a ensuite appelé à des actions vigoureuses contre les campagnes de recrutement en vue d’envoyer des jeunes à l’étranger où ils finiront par mourir.  Dans le cas où ils parviennent à revenir chez eux, ils seront amenés à créer des groupes pour mener des actes terroristes dans leurs propres pays.  Le représentant a déclaré que « l’on connaît ceux qui financent ces groupes: ce sont les gouvernements de certains États représentés dans ce Conseil ».

Il a affirmé que les jeunes ne sont pas les seules victimes du terrorisme et que c’est une erreur d’avoir une politique internationale dont le tribut est payé par les jeunes.  Pourquoi ne pas faire de nos jeunes des acteurs de lutte contre le terrorisme, des champions de la tolérance, a-t-il demandé.  Il a terminé en disant que des solutions existaient, celles-ci étant notamment les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale.  Mais ce qu’il faut, est la ferme volonté de combattre le terrorisme, a conclu le délégué syrien.

Mme KATALIN ANNAMARIA BOGYAY (Hongrie) a estimé qu’il faudrait apprendre aux enfants à « célébrer la diversité culturelle ».  La plupart des problèmes d’aujourd’hui, a-t-elle fait remarquer, sont enracinés dans des crises d’identité.  La mobilité accrue des personnes et des idées au-delà les frontières, les révolutions de l’information et de la communication, et la mondialisation ont délocalisé, élargi et multiplié les identités.  La culture, a-t-elle cependant fait observer, est une source d’identité, d’appartenance, de citoyenneté, d’équité et de participation.  À cet égard, elle a défendu « le pouvoir de l’enseignement » et les valeurs de compassion, de convivialité, d’hospitalité, de fraternité et de solidarité.

Mme Bogyay s’est dite convaincue que pour lutter efficacement contre la menace de la radicalisation, il faudrait s’attaquer aux causes socioéconomiques qui sont souvent à l’origine de la marginalisation des jeunes.  Il faudrait également prendre des mesures pour préparer les jeunes à devenir des adultes productifs, à travers notamment l’éducation, l’apprentissage, la création d’emplois et la promotion de l’entreprenariat.  La représentante a aussi mis en avant le rôle essentiel des familles et des activités sportives et culturelles.  Les gouvernements doivent, a-t-elle souligné, faciliter la participation des jeunes à la vie et au discours publics.  Elle a aussi estimé que l’un des plus grands défis consiste à créer un environnement libre et sain sur Internet.

M. PASCAL BUFFIN (Belgique) a rappelé que son pays avait été victime d’un attentat terroriste contre le musée juif de Bruxelles en mai 2014, « vraisemblablement perpétré par un jeune combattant français de retour du Moyen-Orient ».  Il a proposé trois pistes pour lutter contre l’augmentation de la radicalisation et de l’extrémisme violent, impliquant de nombreux jeunes issus du monde entier.  Dans un premier temps, il a dit qu’il fallait renforcer la capacité à agir de l’école, des animateurs de quartier, des services sociaux, des familles, des représentants religieux locaux ou des associations issues de la société civile.

Ensuite, a expliqué M. Buffin, il est nécessaire de « proposer un avenir à nos jeunes ».  L’insertion socioprofessionnelle, notamment des plus défavorisés, doit être une priorité de tous les gouvernements et cet enjeu devra, selon lui, être central dans les négociations du programme pour le développement de l’après-2015.  Enfin, a-t-il ajouté, « nous avons besoin de mieux comprendre comment fonctionnent les canaux de communication de l’extrémisme violent ».  Si les médias sociaux et l’Internet servent de vecteur de radicalisation, « le contact des jeunes avec des cellules locales extrémistes et des filières djihadistes est la seconde étape qui les inscrit durablement dans ces mouvances destructrices ».  Il faut donc lutter contre elles avec force et détermination.  Pour leur part, les autorités belges fédérales ont adopté un programme de prévention de la radicalisation violente.  

Mme GILLIAN BIRD (Australie) a indiqué que son pays, comme plusieurs autres, constate que de nombreux de ses jeunes rejoignent Daech, Al-Qaida, Al-Chabab et d’autres groupes terroristes.  Les autorités australiennes, a-t-elle cependant assuré, ont pris des mesures pour prévenir le recrutement des jeunes par les groupes terroristes.  Elle a ainsi déclaré que le Premier Ministre australien avait oblitéré plus de 100 passeports afin d’empêcher des jeunes de voyager, en ajoutant que l’équipe de lutte contre le terrorisme, déployée dans les aéroports du pays, avait intercepté des jeunes -dont certains étaient âgés seulement de 16 ans- qui tentaient de rejoindre Daech.  La représentante a insisté sur la nécessité de placer les jeunes au centre des efforts de lutte contre le terrorisme et ceux entrepris en faveur du soutien à la paix.  Elle a aussi souligné qu’il était difficile, sinon impossible, de bloquer les sites Internet servant la propagande extrémiste.  Il est important, a-t-elle souligné, d’impliquer les jeunes dans la recherche des solutions.  Les jeunes, a-t-elle précisé, sont mieux placés pour propager les idées qui vont à l’encontre de celles que diffusent les extrémistes.  Elle a ainsi indiqué qu’en Australie, les autorités favorisaient l’autonomisation des jeunes, en les aidant à s’engager dans des débats à travers l’Internet et par le biais d’un magazine intitulé « Le Point ».  Elle a en outre souligné que les communautés fortes étaient mieux outillées pour faire face aux tentatives de radicalisation des jeunes, et construire ainsi un sentiment d’inclusion, notamment en promouvant des activités de leadership en faveur des jeunes, et en les aidant à participer aux activités artistiques et sportives. 

M. VIRACHAI PLASAI (Thaïlande) a estimé que la communauté internationale devrait adopter une approche globale qui prenne en compte les causes profondes du problème.  Avant tout, a-t-il dit, il faut cultiver un environnement de tolérance pour la diversité culturelle et le respect de la liberté de croyance, de pensée et d’expression.  Les efforts entrepris au niveau national par le Gouvernement, le monde universitaire, la société civile et les médias peuvent être complétés au niveau international par les travaux de l’Alliance des civilisations et d’une culture de paix.  Ensuite, une éducation de qualité doit être accessible universellement.

Par ailleurs, M. Plasai a estimé que les jeunes devraient pouvoir obtenir un emploi décent pour avoir un but dans la vie.  En outre, les gouvernements doivent s’efforcer de suivre et de contrer la propagande et les techniques de recrutement des terroristes et des groupes extrémistes violents, notamment en ligne, tout en respectant la vie privée et la liberté d’expression.  De même, il faudrait réfléchir à la question de la réhabilitation et de la réintégration des jeunes combattants de retour.  Enfin, a conclu le représentant, les organisations régionales et internationales contribuent à promouvoir le rôle des jeunes dans la lutte contre le terrorisme et en faveur de la paix.

M. HEIKO THOMS (Allemagne) a estimé que notre réponse à l’extrémisme violent visant à s’engager militairement de manière robuste, à imposer des sanctions et lancer des poursuites pénales n’était qu’une part de la solution.  Si nous voulons arrêter le recrutement des jeunes et leur retour dans nos sociétés, des mesures de prévention et de déradicalisation doivent également être prises par les gouvernements, a-t-il dit.  Au niveau national, le Gouvernement allemand travaille avec la société civile, les institutions religieuses et les ONG dans le cadre d’un programme « Live Democracy » qui met en place des réseaux régionaux de prévention, donne des conseils pour former les membres des communautés radicales et finance les institutions de la société civile active dans la lutte contre l’extrémisme. 

Au niveau international, la coopération doit continuer à jouer un rôle, a souligné le représentant.  M. Thoms a énuméré, à cet égard, les initiatives de son gouvernement en Afrique et au Moyen-Orient visant à créer des conditions économiques et sociales propices permettant de réduire les facteurs qui pourraient conduire à la radicalisation.  L’emploi des jeunes, l’intégration sociale des réfugiés et des migrants ainsi que des programmes d’éducation sont autant de domaines d’intervention, a-t-il estimé. Il est temps maintenant d’agir pour assurer que les jeunes d’aujourd’hui ne deviendront pas les terroristes de demain, a-t-il insisté.  « Nous avons besoin de travailler ensemble pour amener les jeunes en danger vers leurs familles et communautés.  Nous avons aussi besoin de désarmer, de déradicaliser et de réintégrer les jeunes hommes et femmes qui avaient été attirés par les groupes extrémistes et terroristes. 

Mme SYLVIE LUCAS (Luxembourg) a déclaré que les services compétents du Luxembourg mettaient en œuvre une stratégie de prévention de la radicalisation extrémiste.  Elle a ajouté qu’un réseau d’encadrement et de sensibilisation avait été créé, en étroite concertation avec les structures éducatives et pénitentiaires, ainsi que les communautés religieuses, et avec le soutien de la société nationale de la Croix-Rouge.  Pour empêcher l’instrumentalisation des jeunes et lutter contre la montée de l’extrémisme violent, a-t-elle souligné, il est indispensable d’investir dans le développement et le bien-être de la jeunesse.  Il existe indéniablement un lien entre, d’une part, l’extrémisme violent et, d’autre part, les problèmes économiques et sociaux, et notamment les difficultés d’accès à l’emploi que les jeunes rencontrent, a-t-elle estimé.  La représentante a recommandé de ne pas considérer les jeunes seulement comme « un risque sécuritaire potentiel », mais aussi de les reconnaître comme des agents du changement, des acteurs de la consolidation de la paix et du développement.  Il faudrait donner aux jeunes l’opportunité de faire valoir leur potentiel en promouvant leur pleine participation à la vie de la société, a-t-elle encore proposé.

M. AHMED SAREER (Maldives) a déploré le fait que, « partout dans le monde, des enfants perdent le sens sacré de la sécurité dans la rue, à l’école et dans la poursuite de leur rêves ».  Condamnant en particulier l’organisation terroriste de l’État islamique d’Iraq et du Levant, il a dit qu’il ne laisserait pas l’islam, religion de paix et de compassion, être pris en otage par des éléments radicaux et extrémistes qui perpétuent la haine et la violence. 

Pour leur part, les Maldives prônent la diffusion des bonnes valeurs et des principes islamiques au sein des jeunes.  Elles s’opposent à l’implication d’enfants dans les conflits armés et demandent aux États de tout faire pour éviter ce genre de situation.  Pour lutter contre la radicalisation, le représentant a mis à son tour l’accent sur l’éducation, la création d’emplois et le renforcement des communautés. 

M. ADRIAN MICHAEL SOLLBERGER (Suisse) a estimé que la communauté internationale doit offrir à ces jeunes, séduits par la radicalisation, un choix, un sens de l’appartenance, un but dans la vie.  Il a affirmé que c’est dans cette optique que la Suisse soutient le Fonds pour l’engagement de la communauté et la résilience (GCERF), un partenariat public-privé innovant et basé à Genève et offrant de grandes possibilités pour canaliser les efforts et mettre en œuvre collectivement une stratégie à long terme visant à prévenir la radicalisation des jeunes.  Pour lutter contre l’extrémisme violent, la Suisse, a assuré son représentant, donne aux communautés locales les moyens d’agir.  Ainsi, les autorités municipales et régionales et de nombreux acteurs de la société civile, y compris les organisations religieuses, jouent un rôle actif en promouvant un environnement socioéconomique accueillant et en intégrant les communautés. 

Sur le plan de sa politique extérieure, la Suisse a mis en œuvre une large gamme de mesures de développement et de consolidation de la paix qui visent à rendre les sociétés plus résilientes, contribuant ainsi à lutter contre l’extrémisme, a-t-il indiqué.  Il a cité en particulier des initiatives de promotion de l’emploi des jeunes au Kirghizistan, la démobilisation d’enfants soldats au Myanmar, ou encore la formation professionnelle en Tunisie.  Il a en outre déploré le fait que les dispositions législatives en matière de lutte contre le terrorisme et d’autres mesures d’urgence ne tiennent pas suffisamment compte du fait que certaines des personnes soupçonnées ou accusées de terrorisme pourraient avoir moins de 18 ans.  Ces mesures portent atteinte au droit des individus à un procès équitable, mais produisent également des effets psychologiques désastreux chez les enfants, a-t-il regretté.

Mme ALYA AHMED SAIF AL-THANI (Qatar) a déclaré que le désespoir des jeunes les rendait vulnérables à la propagande des extrémistes.  Elle a ainsi proposé que des programmes d’éducation et de sensibilisation en direction des jeunes soient promus.  Elle a invité la communauté internationale à s’interroger aux causes profondes de cette radicalisation des jeunes, l’invitant ainsi à adopter une approche holistique pour éliminer le terrorisme et l’extrémisme violent.  Il y a des actions militaires certes, a-t-elle noté, en ajoutant que le plus important est de prendre en compte les aspirations des jeunes.  Toute une génération de Syriens risque d’être perdue, a-t-elle en outre déploré.  Le Qatar, a annoncé sa représentante, envisage de mettre en place un fonds de soutien à l’éducation des jeunes refugiés syriens.  La jeunesse a toujours été le moteur du changement, a-t-elle par ailleurs souligné, en prévenant que le fait d’ignorer son rôle serait suicidaire pour la société.

M. JUAN CARLOS MENDOZA-GARCÍA (Costa-Rica) a estimé que les jeunes avaient le pouvoir de transformer le monde.  Ils doivent pour cela être reconnus comme des acteurs à part entière du changement social, a-t-il poursuivi, ajoutant que les technologies de la communication pouvaient aider les jeunes à jouer un plus grand rôle.  Le délégué du Costa-Rica a admis que l’ère numérique dans laquelle le monde était entré n’était pas forcément synonyme d’une plus grande inclusion des jeunes.  Ces derniers doivent être plus nombreux à créer les contenus sur Internet qui reflètent leurs préoccupations, a-t-il affirmé.  Enfin, le délégué a rappelé que son pays avait démantelé son armée en 1948 ce qui avait permis de libérer des ressources pour promouvoir le progrès social et l’autonomisation des jeunes.

M. OMAR HILALE (Maroc) a estimé que la responsabilité de lutter contre l’extrémisme violent et le terrorisme incombe à l’État et aux communautés.  Il a insisté sur la scolarité obligatoire pour les garçons et les filles, en soulignant qu’une telle demande se justifiait par le fait que certains pays n’ont pas encore atteint l’objectif de l’éducation universelle.  Il a rappelé qu’en 2013, un rapport avait montré que le plus grand défi des pays arabes était de créer près de 80 millions d’emplois d’ici à 2020, une exigence qui devrait permettre de résorber le chômage des jeunes, tout en réduisant les tensions sécuritaires que connaissent ces pays.  Il a en outre cité le programme de formation des imams, initié par le Roi du Maroc, qui vise à renforcer les capacités des chefs religieux musulmans de divers pays, afin de leur permettre de mieux faire face aux discours de haine.  

Mme KOKI MULI GRIGNON (Kenya) a affirmé que les auteurs d’attaques similaires à celle qui a eu lieu contre l’Université de Garissa n’ont, d’un point de vue psychologique, aucune humanité.  « Ils ne sont plus que des machines à tuer », a-t-elle dit, avant d’insister sur les efforts de prévention.  Elle a déclaré que tous les acteurs sociaux –les familles, les dignitaires religieux, les écoles et les gouvernements– avaient un rôle à jouer dans la lutte contre la radicalisation des jeunes.  Elle a également insisté sur la nécessité de répondre aux besoins de développement des jeunes.

Puis, la déléguée a détaillé les stratégies suivies par son pays pour contrecarrer l’extrémisme violent, en citant la création d’un Fonds spécial appelé Uwezo qui vise à développer l’esprit d’entreprise des jeunes, des femmes et des personnes handicapées.  « Par le biais d’un service national de la jeunesse, le Gouvernement du Kenya a mis en place une série de programmes en faveur de la réhabilitation et l’intégration des enfants et jeunes déshérités qui pourraient être vulnérables au discours extrémiste », a-t-elle conclu.

Mme CAROLINE ZIADE (Liban) a fait remarquer que les jeunes sont situés des deux côtés des activités terroristes, qui ciblent les écoles et les foyers en Palestine, en Libye, au Yémen, au Pakistan, en Afrique centrale, au Kenya et dans bien d’autres pays et régions.  Ils s’imposent aussi comme terroristes et prennent pour cibles des journalistes et des touristes en France, en Tunisie, en Suède, en Belgique et dans d’autres lieux à travers le monde.  Elle a précisé que les attaques terroristes ne connaissaient pas de frontières et ne se limitaient pas à un pays donné, à une religion donnée ou à une ethnie particulière.  La représentante a estimé que la prévention de ce fléau commence sur les bancs d’école et continue dans la société.  Elle a expliqué que l’éducation était primordiale, car elle permet aux jeunes d’acquérir des connaissances, la compréhension de l’autre, l’ouverture d’esprit, la tolérance et le respect de l’état de droit et des droits de l’homme.   

Mme MALEEHA LODHI (Pakistan) a insisté sur le lien direct entre la montée de l’extrémisme religieux et l’existence de conflits, d’interventions et d’occupation étrangères ou encore de discriminations ethniques et religieuses.  Elle a expliqué la radicalisation des jeunes constatée dans certains pays occidentaux par leur marginalisation économique mais aussi par le phénomène grandissant de l’islamophobie.  « Une mesure essentielle pour lutter contre ce phénomène serait l’adoption d’une législation prohibant les insultes contre les religions et établissant une distinction claire entre liberté d’expression et discours de haine ».  Mme Lodhi a ensuite déclaré que l’autonomisation économique des jeunes devrait être un élément essentiel de toute stratégie de déradicalisation.  Enfin, la déléguée a détaillé les efforts de son pays pour lutter contre l’extrémisme violent, en soulignant une répression accrue des discours de haine, une plus grande régulation des écoles religieuses et l’adoption de mesures contre la glorification du terrorisme sur Internet.

M. GHOLAMALI KHOSHROO (République islamique d’Iran) a décrit une situation complexe montrant que l’extrémisme et le terrorisme se répandent aussi bien dans les capitales occidentales que dans des villages de certains pays islamiques.  Il a aussi noté que l’islamophobie se répandait en Occident, semant la haine et la peur dans les sociétés.  « Est-ce que les jeunes ont contribué à la montée de ces phénomènes ou alors sont-ils des victimes? » s’est-il interrogé.  Les jeunes ne doivent pas se laisser embrigader dans ces fabrications mentales, a-t-il souligné.

Les centres qui propagent ces idéologies, faussement islamiques, dépensant des milliards de dollars par l’utilisation de chaines de télévision satellitaires, des médias sociaux et traditionnels, a-t-il prévenu, sont en train de renforcer la propagation de l’ignorance et de la violence.  Le représentant iranien a aussi souligné que cette propagande prenait pour cible l’islam, présentant cette religion comme le plus grand danger et encourageant le conflit entre l’islam et l’Occident.  M. Khoshroo a tenu à préciser que toutes ces idéologies, et encore moins le terrorisme et les médias qui propagent la peur, ne représentent pas l’islam.  C’est pourquoi il a invité les jeunes à prendre leur distance avec l’islamophobie et l’idéologie takfiriste, en prônant aussi une relation entre l’islam et l’Occident fondée sur une interaction constructive et le respect mutuel.

M. MARTIN SADJIK (Autriche) a déclaré que le phénomène des combattants terroristes étrangers, qui se rendent dans des zones de conflit, comme en Iraq et en Syrie, représentait une nouvelle menace sécuritaire.  Pour sa délégation, le débat d’aujourd’hui montre que la communauté internationale doit redoubler d’efforts pour contrer le recrutement de jeunes par des extrémistes.  M. Sadjik a suggéré que l’on continue d’examiner les facteurs sous-jacents qui conduisent à leur radicalisation et, en particulier, que l’on promeuve l’éducation et l’emploi des jeunes.

Il faudrait, a-t-il poursuivi, que les jeunes comprennent qu’ils ont le droit de participer au processus de prise de décisions et qu’ils soient encouragés à le faire.  Il faudrait également trouver des mécanismes innovants, via Internet et les médias sociaux, pour « remplacer les messages de haine par des messages d’espoir ».  Les organisations de la société civile doivent être renforcées, de même que les partenariats avec le secteur privé.  Pour sa part, l’Autriche participe activement à l’Alliance des civilisations et intensifie sa coopération contre le terrorisme avec les pays des Balkans occidentaux, a précisé M. Sadjik qui, en tant que Président du Conseil économique et social, a présidé les sessions du Forum de la jeunesse en 2014 et 2015.

M. OH JOHN (République de Corée) a estimé qu’il n’y avait « pas de solution toute faite pour ce problème multidimensionnel » et que la prévention de la radicalisation passait par une approche diversifiée.  Il faut commencer par comprendre pourquoi les messages des groupes extrémistes attirent tant de jeunes issus de différentes sociétés et diffuser des messages persuasifs qui les convaincront que les idéologies propagées sont fausses et vides.  Ensuite, l’engagement des communautés vis-à-vis des jeunes revêt une importance particulière pour prévenir la radicalisation.

Pour le représentant, la bonne gouvernance, la protection des droits de l’homme et le développement sont également essentiels pour répondre aux griefs et au désespoir qui nourrissent l’extrémisme.  Quant à l’éducation, elle doit permettre d’enseigner aux générations futures les valeurs de la dignité humaine, de la diversité et de la tolérance. 

Mme IVANA PAJEVIC (Monténégro) a constaté que le risque de l’extrémisme augmentait là où les jeunes n’ont pas d’éducation ni de confiance en l’avenir, ce qui les rend plus vulnérables aux messages radicaux.  Elle a jugé indispensable d’impliquer les jeunes dans la lutte contre l’extrémisme violent.  À travers son système éducatif, le Monténégro prépare les jeunes à penser par eux-mêmes, à coopérer, à communiquer et à prendre des risques.  Par des programmes spécifiques, tels que le projet « Autonomisation des jeunes » entrepris avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Gouvernement du Monténégro s’efforce de donner aux jeunes les moyens de devenir membres à part entière de leur communauté.

M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER, Haut-Représentant de l’Alliance des civilisations des Nations Unies, a souligné que des sociétés pacifiques et inclusives ne peuvent pas être construites de façon durable sans la participation et l’engagement des jeunes.

Les deux tiers de la population mondiale sont des jeunes et 80% d’entre eux vivent dans des pays en développement, en majorité en Afrique et au Moyen-Orient, a-t-il rappelé.  « Notre débat sur la jeunesse, la paix et la sécurité, a été jusqu’à présent limité », a cependant regretté M. Al-Nasser.  Il a estimé que la dimension culturelle était essentielle pour parler de ces questions, en particulier « pour protéger leurs esprits et leurs cœurs de l’influence de la radicalisation ».

Pour le Haut-Représentant, la communauté internationale manque encore d’une politique intégrée, d’engagements et de priorités pour satisfaire les aspirations des jeunes dans le monde entier.  À cet égard, l’Alliance des civilisations vient compléter les efforts des organes de l’ONU et des États Membres. 

Il a notamment évoqué le programme de bourses qui permet à des jeunes de comprendre d’autres cultures et traditions, le Fonds de solidarité de la jeunesse qui travaille avec plus de 10 000 organisations de la jeunesse dans le monde entier, le Prix interculturel de l’innovation ou encore le projet Entrepreneurs pour le changement social.

Même si les évènements récents ont montré que les jeunes peuvent être amenés à commettre des crimes d’une violence innommable, il ne faut pas oublier que « l’âge en soi n’est pas un facteur de risque », a rappelé  M. Al-Nasser.  De nombreux pays avec une forte proportion de jeunes n’ont pas souffert de la violence, grâce à un niveau de PIB élevé et à l’existence d’une protection sociale.  « La plupart des jeunes ne sont pas violents et ne participent pas à des conflits armés », a-t-il insisté.

Le Haut-Représentant a proposé de dépasser les stéréotypes et d’examiner les facteurs sous-jacents à travers des approches centrées sur les êtres humains.  En effet, beaucoup de jeunes souffrent de privation, de discrimination et d’exclusion.  À cet égard, leur engagement dans les associations communautaires élargit leur sentiment d’appartenance et sert de dissuasion.

M. Al-Nasser a voulu voir dans les jeunes une « énorme force de progrès social, de développement et, en fin de compte, de progrès humain ».  Aujourd’hui,  a-t-il constaté, les jeunes sont plus ouverts au changement, plus tournés vers l’avenir et plus idéalistes.  C’est la raison pour laquelle leur participation est essentielle dans la consolidation de la paix, a-t-il conclu après avoir noté que trop d’États ne prêtent pas suffisamment attention à leur population de jeunes. 

M. Y. HALIT ÇEVIK (Turquie) a souligné l’importance cruciale d’empêcher les jeunes de se rendre dans les zones de conflit, comme l’exige la résolution 2178 (2014) du Conseil de sécurité.  Il a cité l’exemple d’un jeune Américain ayant pris part à une attaque-suicide en Syrie qui avait pu se rendre dans ce pays à plusieurs reprises, au vu et su des autorités américaines.  « Ce cas tragique nous rappelle l’importance d’une étroite coopération et d’un échange accru d’informations. »

Le délégué a ensuite plaidé pour une meilleure intégration des personnes issues de l’immigration afin de contrecarrer l’attrait que les groupes radicaux pourraient exercer sur elles.  La persistance de conflits peut également favoriser la propagation d’idées extrémistes parmi les jeunes, a-t-il dit.  Enfin, il a affirmé que la protection des jeunes vis-à-vis de l’endoctrinement radical passait par le développement d’un message de paix et de tolérance s’inscrivant dans la lutte commune contre le racisme, la xénophobie, l’islamophobie, l’antisémitisme et les persécutions visant les chrétiens et autres groupes.

M. GIORGI KVELASHVILI (Géorgie) a considéré que le manque total de respect envers les principes fondamentaux du droit international et les droits de l’homme avait contribué à éroder la confiance entre les pays et les peuples et à la montée de l’extrémisme violent et de la radicalisation de la jeunesse dans certaines parties du monde.  Par exemple, a-t-il dit, « la sécurité européenne est remise en question par la conduite agressive de la Russie contre ses voisins, en particulier la Géorgie et l’Ukraine ».  Lorsque des médias contrôlés par l’État encouragent des formes extrêmes de nationalisme et une idéologie violente pour justifier l’annexion de terres étrangères, la radicalisation des jeunes devient un phénomène courant, a-t-il insisté.  La Géorgie, a assuré son représentant, appuie les efforts internationaux concertés entrepris pour combattre l’EIIL.  Il a ajouté que son pays avait déjà rejoint trois groupes de travail pour lutter contre le financement, la propagande et les combattants terroristes étrangers.  

M. KAREL J. G. VAN OOSTEROM (Pays-Bas) s’est dit convaincu que l’approche utilisée par les Pays-Bas pour contrer l’extrémisme violent passait par le renforcement du rôle des familles et des communautés.  Il a aussi parlé du concept de « triangle de l’éducation » qui implique les parents, les écoles et l’environnement social.  Pour atteindre les parents, des sessions d’échanges sont organisées dans les mosquées par exemple, afin de discuter des méthodes de recrutement des djihadistes et des dangers que rencontrent les enfants sur Internet.  Les professionnels de l’éducation, quant à eux, sont formés pour reconnaître les signes de radicalisation des jeunes et agir en conséquence.  Les autorités agissent aussi au sein des communautés en autonomisant les leaders de groupes de jeunes afin qu’ils soient des chantres de la tolérance. 

Ce déploiement communautaire implique, a noté M. Van Oosterom, la participation des écoles, des municipalités, de la police, de la société civile et des groupes politiques et religieux.  Le représentant a, par ailleurs, indiqué que sur le plan international, les Pays-Bas étaient impliqués dans plusieurs initiatives européennes et mondiales de lutte contre l’extrémisme.  Avant de conclure, il a suggéré que les jeunes soient davantage impliqués, en tant que partenaires, dans la prévention des conflits et la promotion de la tolérance.

Mgr BERNARDITO AUZA, Observateur permanent du Saint-Siège, a déclaré que l’étape fondamentale dans la lutte contre la radicalisation des jeunes était de travailler avec les familles et de les aider dans leurs efforts pour éduquer les enfants et les jeunes aux valeurs du dialogue et du respect des autres, pour équiper les jeunes à mieux résister à ce qui paraît comme un appel attrayant pour une cause supérieure et à l’aventure avec des groupes extrémistes.  Renforcer le débat public peut aussi encourager les jeunes à évacuer leurs frustrations afin qu’ils ne succombent aux idéologies extrémistes.  Le débat public peut également aider les États à développer leurs politiques de lutte contre les groupes extrémistes, a estimé Mgr Auza.

Mgr Auza a ajouté qu’une politique publique équilibrée jouait un rôle clef dans la facilitation de l’intégration des immigrants dans la société en tant que citoyens.  Des politiques qui découragent les préjugés xénophobes ou racistes sont très nécessaires et contribuent au respect des valeurs religieuses et socioculturelles saines, a-t-il souligné.  La religion constitue une partie puissante de ces systèmes de valeurs.  Des politiques d’éducation qui cherchent à minimiser ou éliminer la composante de la foi des identités individuelles et collectives pourraient laisser les jeunes désorientés, aliénés, marginalisés et exclus et sensibles aux messages de groupes extrémistes.  « Nous pouvons contrer les recruteurs extrémistes en encourageant ceux qui inspirent confiance et sont respectés parmi leurs pairs de s’exprimer sur les plateformes que ces groupes utilisent eux-mêmes pour recruter de nouveaux membres, comme les médias sociaux.  Les chefs religieux et les organisations religieuses doivent condamner les messages de haine au nom de la religion et donner aux jeunes une formation religieuse qui favorise la compréhension et le respect entre les peuples qui pratiquent des fois différentes », a insisté Mgr Auza. 

M. VLADIMIR DROBNJAK (Croatie) a, sur une note positive, estimé que les jeunes pouvaient être « au cœur même de la solution à l’extrémisme violent ».  Ils peuvent influencer et inspirer leurs pairs, sensibiliser le public et encourager un débat dans la société, à condition d’avoir les moyens de développer tout leur potentiel.  C’est la raison pour laquelle l’éducation et la sécurité des jeunes sont indispensables, a souligné le représentant.  L’éducation en particulier est une arme puissante pour lutter contre les discours haineux et l’ignorance.  De même, l’emploi des jeunes revêt une importance fondamentale.

M. Drobnjak a prôné une approche intégrée et multidisciplinaire, qui mette l’accent sur le développement et s’intéresse à la discrimination sociale et politique, à l’exclusion et à la marginalisation, pour empêcher le recrutement de nouveaux terroristes.

M. CHRISTOPHER GRIMA (Malte) a rappelé que l’extrémisme violent se nourrissait de la désespérance des jeunes.  Une meilleure compréhension des besoins et aspirations des jeunes est cruciale pour lutter contre la radicalisation, a-t-il affirmé.  M. Grima a également souligné la nécessité d’édifier des sociétés plus inclusives et tolérantes qui ne laissent personne sur le bord du chemin.  À cette fin, le délégué a plaidé pour une approche participative permettant aux jeunes de se sentir davantage membres de la société.  « L’éducation est capitale pour doter les jeunes du savoir et des instruments qui leur permettront en fin de compte de rejeter l’extrémisme violent », a-t-il dit.  En conclusion, M. Grima a détaillé les programmes mis en place dans son pays pour promouvoir l’autonomisation des jeunes et une meilleure inclusion sociale des minorités culturelles, ethniques et religieuses.

M. KAIRAT ABDRAKHMANOV (Kazakhstan) a indiqué que le Kazakhstan avait lancé un programme de lutte contre l’extrémisme religieux et le terrorisme pour la période 2013-2017.  Il a précisé que près de 600 millions de dollars avaient été engagés à cet effet pour établir des mesures préventives de lutte contre l’extrémisme parmi les jeunes.  Il a assuré que le Gouvernement avait mis en œuvre une approche visant à contrer les idéologies extrémistes dirigées vers les jeunes.  Le Kazakhstan est un pays multiethnique et multiconfessionnel, a-t-il rappelé, avant d’ajouter qu’au cours du cinquième Congrès des religions mondiales et traditionnelles, prévu à Astana, au Kazakhstan, en juin prochain, les participants vont discuter de paix et de développement.

M. MICHAEL DOUGLAS GRANT (Canada) a réaffirmé que son pays était partisan de mesures législatives fortes pour renforcer la sécurité nationale et avait, ainsi, promulgué une loi antiterroriste prévoyant des mesures répressives contre la propagande terroriste sur les sites Internet nationaux.  Il a aussi recommandé de renforcer la résilience des communautés pour empêcher les jeunes de tomber dans le radicalisme.  Le Gouvernement canadien travaille en ce sens avec les communautés, pour éduquer et offrir des possibilités aux jeunes à risques comme alternatives à la violence.  Il a parlé de la table ronde transculturelle sur la sécurité qui permet une discussion franche sur les conditions propices au développement de l’extrémisme violent.  Le Canada organise également des ateliers visant à approfondir le dialogue avec les jeunes.  

Prévenir la radicalisation de la violence est une responsabilité collective, a-t-il ajouté, en soulignant le rôle de chaque citoyen, des familles, des chefs religieux, de la police, du Gouvernement et des communautés.  L’ONU joue également un rôle crucial pour aider les États à mettre en œuvre les stratégies antiterroristes, a-t-il ajouté.  Le représentant a encouragé les États à soutenir les efforts multilatéraux de lutte contre le terrorisme, comme le Centre Hedayah créé par le Forum mondial de lutte contre le terrorisme.  C’est le premier centre international consacré à la formation, au dialogue, à la recherche et à la collaboration sur la lutte contre l’extrémisme violent, a-t-il précisé.

M. ERVIN NINA (Albanie) a affirmé que les enfants qui vivent dans des zones affectées par les conflits représentent une cible facile pour les groupes terroristes comme l’État islamique d’Iraq et du Levant, les Chabab ou Al-Qaida.  Malheureusement, le recrutement d’enfants se fait aussi sur Internet, à travers les médias sociaux.  Même s’il est alimenté par divers facteurs, l’extrémisme religieux a été placé au centre du débat mondial et le rôle et l’influence des dirigeants religieux dans la société se retrouvent en première ligne, a constaté le représentant.  

La lutte contre l’extrémisme violent doit aller de pair avec la bonne gouvernance, l’état de droit, le respect des droits de l’homme, une croissance économique durable avec des opportunités pour tous, la participation des jeunes et des femmes, l’éducation et l’implication des communautés, a poursuivi M. Nina.  L’école à elle ne suffit pas et il faut combiner une variété d’outils pour changer les mentalités.

M. MUHAMMAD ANSHOR (Indonésie) a indiqué qu’un programme de lutte contre l’extrémisme, à long terme et efficace doit prévoir l’autonomisation des jeunes comme élément central.  Il a souligné qu’étant donné que l’extrémisme comprend des aspects physiques et idéologiques, l’Indonésie a mis en place une réponse nationale qui prend en compte une approche dite douce et une autre ferme.  Il a fait observer qu’une approche ferme comprend des mesures d’application de la loi, tandis que l’approche douce vise à influencer les esprits et les cœurs des populations. 

Dans ce combat contre l’extrémisme, il est important de forger des communautés plus résilientes, afin qu’elles soient à même de contrer la propagation des idées haineuses, a-t-il estimé.  Le représentant a aussi prôné le dialogue afin, a-t-il expliqué, de réduire l’intolérance au sein de la société.  Le Gouvernement indonésien promeut aussi la culture de la paix et de la tolérance, a assuré M. Anshor.  Il a par ailleurs rappelé qu’au cours du Forum mondial de l’Alliance des civilisations des Nations Unies, qui s’était tenu l’an dernier en Indonésie, les jeunes avaient insisté sur l’importance d’inclure la compréhension interculturelle et la consolidation de la paix dans les curricula d’éducation.

M. BOGUSLAW WINID (Pologne) a rappelé que le premier pilier de la stratégie mondiale de lutte contre le terrorisme de l’ONU était le pilier socioéconomique.  Il a relevé que le chômage, le manque d’éducation et de perspectives professionnelles constituaient autant de raisons qui rendaient les jeunes vulnérables à la propagande extrémiste.  Il a souhaité qu’une approche globale fût arrêtée pour contrer la montée de l’extrémisme violent, estimant que les efforts devaient être concentrés sur l’éducation et la promotion du dialogue interconfessionnel, afin de contrer ce qu’on désigne par « le choc des civilisations » que promeuvent les extrémistes. 

Il a en outre salué l’initiative des autorités marocaines qui ont mis en place, depuis 2008, un programme de formation des imams.  M. Winid a aussi appelé à une coordination renforcée entre les différents organes de l’ONU officiant dans la lutte contre le terrorisme.  Il a invité par ailleurs la communauté internationale à faire davantage pour mettre fin aux conflits qui déchirent le Moyen-Orient et qui conduisent à la radicalisation des jeunes.

Mme CRISTINA PUCARINHO (Portugal) a relevé que les jeunes étaient à la fois les agents, les bénéficiaires et les victimes des changements sociétaux importants.  Ils cherchent à s’intégrer dans un ordre existant tout en servant de force de transformation de cet ordre.  L’une des causes pour lesquelles les jeunes s’engagent dans l’extrémisme violent est l’absence de sens d’appartenance, a-t-elle remarqué.  Elle a prôné une approche générale et multidimensionnelle pour s’attaquer aux causes sous-jacentes de l’extrémisme des groupes armés non étatiques, comme la pauvreté, le manque d’accès à l’éducation, l’exclusion sociale, le chômage et la faible participation à la vie politique.

D’un autre côté, il nous faut, a-t-elle ajouté, mettre en place une stratégie de communication efficace pour prévenir la radicalisation et l’apparition du terrorisme.  Mme Pucarinho a plaidé en faveur d’une approche globale et transsectorielle de l’extrémisme violent des jeunes, compte tenu de l’ampleur du problème.  Elle a assuré que son pays avait apporté son soutien au programme des Nations Unies pour la jeunesse adopté il y a 20 ans, avant d’insister sur l’importance de la culture de paix, de justice et de droits de l’homme, ainsi que sur le respect de toutes les religions et cultures.

Mme LANA ZAKI NUSSEIBEH (Émirats arabes unis) a noté que « dans la région du Moyen-Orient, les conflits brutaux et non résolus dans des pays tels que la Syrie, l’Iraq, la Libye et le Yémen, de même que la longue occupation israélienne, avaient fracturé l’ordre sécuritaire ».  Ces crises, a-t-elle déploré, ont laissé des vides politiques qui ont exacerbé l’extrémisme et déstabilisé toute la région.  Se référant à Daech, elle a dit qu’infliger des souffrances humaines au nom de la religion était « une violation des enseignements et de la doctrine islamiques ».

Pour leur part, a expliqué la représentante, les Émirats arabes unis luttent contre l’extrémisme à travers l’éducation égale pour tous, y compris les filles, la formation des jeunes au marché du travail et la responsabilisation des jeunes.  À Abu-Dhabi, le Conseil musulman des anciens a été créé pour promouvoir les valeurs pacifiques et les enseignements de l’islam dans le monde entier.  En partenariat avec des organisations nationales et internationales, les Émirats arabes unis aident les réfugiés de Syrie et d’Iraq et appuient des programmes centrés sur la jeunesse en Égypte.

Mme HUSNIYYA MAMMADOVA (Azerbaïdjan) s’est inquiétée de la tendance croissante des jeunes à adhérer volontairement aux organisations terroristes pour des raisons idéologiques et ou socioéconomiques.  Ces idéologies pseudo-religieuses sont devenues des tactiques de recrutement efficaces, a-t-elle noté.  Parmi les facteurs qui favorisent ce recrutement, elle a mentionné les conflits armés et l’occupation étrangère qui se prolongent, ainsi que le manque de possibilités pour les jeunes dans des contextes de privations socioéconomiques.  Il y a aussi l’intolérance et le racisme, auxquels il faut opposer le dialogue interculturel et entre les religions.  Enfin, elle a estimé que c’est l’ignorance, et non la religion, qui alimente l’extrémisme.

La représentante a conseillé d’adopter des politiques holistiques pour faire progresser la jeunesse à tous les niveaux.  Elle a rappelé que son pays avait accueilli, en octobre 2014, le premier Forum mondial sur les politiques en faveur de la jeunesse.  Organisé à l’initiative du Secrétaire général de l’ONU, en partenariat avec son Envoyé pour la jeunesse, le PNUD, l’UNESCO et le Conseil de l’Europe, cet évènement avait rassemblé plus de 700 représentants de 165 États, a-t-elle précisé.  Elle a ajouté qu’il s’était conclu par l’adoption de l’Engagement de Bakou pour les politiques de la jeunesse, qui appelle à soutenir le Programme mondial d’action pour la jeunesse. 

M. IHOR YAREMENKO (Ukraine) a affirmé que la composante militaire de l’agression perpétrée par la Fédération de Russie contre l’Ukraine était loin d’être la plus dangereuse.  Une propagande féroce et duplice émanant de médias contrôlés par l’État russe est un autre élément clef de cette agression, a-t-il dit.  Le délégué a estimé que la communauté internationale devrait être alarmée par l’efficacité de cette propagande de type soviétique, notamment auprès des jeunes.  Il a ensuite mentionné des informations selon lesquelles des adolescents, certains ayant moins de 15 ans, participeraient aux activités « de gangs prorusses » dans l’est de l’Ukraine.  Enfin, le délégué a fait état de témoignages selon lesquels le recrutement de mercenaires se dérouleraient dans les campagnes russes pour renforcer les rangs des « gangs terroristes » opérant dans le Donbass.

M. JEAN-FRANCIS R. ZINSOU (Bénin) a souligné la nécessité d’investir en faveur des jeunes en leur permettant de jouir de leurs droits fondamentaux et de participer aux décisions visant leur épanouissement.  Il a également demandé des investissements pour assurer la sécurité humaine afin de renforcer la résilience des populations en général et de la jeunesse en particulier.

Le Bénin souhaite que le futur programme de développement pour l’après-2015 dote les États des ressources nécessaires afin d’offrir des opportunités qui donneront « un rêve sain » aux jeunes, a-t-il dit.  Le délégué a aussi invité la communauté internationale à « changer la donne pour des millions de jeunes désemparés si elle veut couper l’herbe sous le pied des mouvements extrémistes religieux violents ».  Enfin, M. Zinsou a détaillé l’apport de son pays pour réaliser cet objectif avec la mise en place de l’Initiative africaine d’éducation à la paix et au développement par le dialogue interreligieux et interculturel dont le lancement aura lieu à Cotonou, du 26 au 28 mai 2015.

Reprenant la parole pour réagir à la déclaration de l’Ukraine, le représentant de la Fédération de Russie a dénoncé les méthodes illégitimes adoptées par le Gouvernement ukrainien pour renverser un pouvoir légitime.  En outre, a-t-il noté, Kiev ferme les yeux sur la montée de l’intolérance et de l’extrémisme.  Le 2 mai dernier, des dizaines de personnes avaient été brûlées à vif à Odessa, s’est-il indigné.  Cette vague de violence a submergé les jeunes, a-t-il dit, en ajoutant que les bataillons volontaires au Donbass étaient acquis à la cause extrémiste.  Le représentant a noté par ailleurs qu’une loi ukrainienne reconnaît comme héros les personnes ayant combattu aux côtés des fascistes et des nationalistes ukrainiens.  Ces soi-disant héros ukrainiens ont adopté un document, en 1941, prévoyant que le Gouvernement ukrainien rétabli allait coopérer avec le IIIe Reich.  Il s’est aussi inquiété de l’impunité après les attaques à Maidan, Odessa et Marioupol qui, à ce jour, n’ont pas encore fait l’objet d’enquêtes sérieuses.  En outre, un discours haineux est constamment diffusé dans les écoles ukrainiennes, a-t-il aussi affirmé. 

Le représentant de l’Ukraine a répondu en présentant des chiffres « pour illustrer l’ampleur de l’extrémisme en Ukraine ».  Il a rappelé que l’Ukraine, l’an dernier, avait mené deux campagnes électorales, l’une présidentielle, l’autre législative.  L’un des deux partis minoritaires a obtenu 1,16% et l’autre 0,7% des voix, ne recevant ainsi pas assez de voix pour obtenir un siège au Parlement ukrainien.  Vingt-neuf partis avaient participé aux élections, a-t-il fait remarquer, tout en précisant qu’on ne pouvait pas parler d’extrémisme.  « Mon pays a promulgué une loi pour célébrer la mémoire des victimes de la Deuxième Guerre mondiale à une certaine date et pour commémorer, à une autre date, notre victoire », a-t-il assuré.  En août 1939, a-t-il rappelé, l’Union soviétique avait signé un accord avec l’Allemagne pour la division de l’Europe.  Il a aussi rappelé que l’Union soviétique avait attaqué la Pologne.  Enfin, le représentant ukrainien a fait remarquer qu’un congrès de partis ultra-radicaux et d’extrême droite s’était tenu à Saint Pétersbourg le 22 mars, qui a d’ailleurs fait réagir la fédération des communautés juives.  « Dans ces conditions, comment peut-on parler de fascisme en Ukraine? » s’est-il interrogé.

 

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