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AG/11670
1 septembre 2015
101e séance plénière – matin

L’Assemblée générale transmet au Sommet des chefs d’État et de gouvernement de septembre les 17 objectifs et 169 cibles du « programme de développement durable à l’horizon 2030 »

Après deux années de négociations intenses dont la transparence et le caractère inclusif ont été salués par beaucoup, l’Assemblée générale a transmis, ce matin, au Sommet des chefs d’État et de gouvernement de septembre, les 17 objectifs et 169 cibles de « Transformer notre monde: le programme de développement durable à l’horizon 2030 ».*

L’Assemblée générale, qui avait adopté le document le 2 août dernier, passe donc le relais au Sommet que le Secrétaire général a convoqué du 25 au 27 septembre 2015 au Siège de l’ONU.  Aujourd’hui, M. Ban Ki-moon a déclaré qu’une nouvelle ère s’ouvre, avec un « tournant crucial » symbolisé par un programme à l’horizon 2030 « qui vise haut » et qu’adopteront les 150 dirigeants, chef d’État et de gouvernement qui ont promis d’être à New York.  Le pape François prononcera un discours dès le 25 septembre.

Dans « Transformer notre monde: le programme de développement durable à l’horizon 2030 », dont l’ambition est de ne laisser personne de côté, les dirigeants du monde affirment que jamais encore ils ne s’étaient engagés à mettre en œuvre un programme aussi « vaste et universel », composé de 17 objectifs de développement durable assortis de 169 cibles « intégrées et indissociables ».  « Merci, a dit le Secrétaire général, d’avoir conduit l’humanité si loin, dans ce voyage collectif vers un monde meilleur pour tous les peuples du monde et maintenant marchons avec détermination pour arriver à destination. »

La mise en œuvre de ce « résultat historique » et de ce « triomphe du multilatéralisme », selon les mots du Président de la soixante-neuvième session de l’Assemblée générale, M. Sam Kutesa, suppose un « Partenariat mondial revitalisé », soutenu par les politiques et les mesures concrètes définies dans le Document final de la troisième Conférence internationale sur le financement du développement qui s’est tenue à Addis-Abeba, du 13 au 16 juillet 2015, déclarent les dirigeants du monde dans leur programme.

Les 17 objectifs concernent l’élimination de la pauvreté dont une élimination complète de l’extrême pauvreté d’ici à 2030, soit les personnes qui vivent avec moins de 1,25 dollar par jour, l’élimination de la faim, l’accès à la santé, l’accès à l’éducation, l’égalité des sexes, l’accès à l’eau et à l’assainissement et l’accès à l’énergie.  C’est le Forum politique de haut niveau, sous les auspices de l’Assemblée générale et du Conseil économique et social (ECOSOC) qui jouera « un rôle central » dans le contrôle du suivi et de l’examen au niveau mondial de la mise en œuvre du programme. 

Les objectifs concernent aussi la promotion de la croissance économique, la construction d’infrastructures résilientes et d’une industrialisation durable, la réduction des inégalités dans les pays et entre les pays, la viabilité des villes et des établissements humains, les modes de consommation et de production durables, la lutte contre les changements climatiques, la conservation des océans, la restauration des écosystèmes terrestres, la promotion de sociétés pacifiques et ouvertes, et le renforcement du partenariat mondial.

Les intervenants ont été nombreux à se féliciter de l’aboutissement d’un processus de négociations qui est considéré, selon les termes du représentant du Brésil, comme « le plus transparent et le plus inclusif de l’histoire de l’Organisation ».  Son homologue du Pérou s’est dit heureux que l’ONU soit en mesure de commémorer son soixante-dixième anniversaire avec en mains un instrument aussi ambitieux.  Les représentants du Groupe des 77 et de la Chine, des pays les moins avancés (PMA) et des petits États insulaires en développement (PEID), parmi d’autres, ont salué en particulier le fait que le futur programme tienne compte de leurs spécificités et difficultés particulières.

S’il est vrai que le succès de la mise en œuvre des nouveaux objectifs dépendra de la capacité des États de les intégrer dans leurs stratégies nationales de développement, le représentant du Sénégal, au nom du Groupe des États d’Afrique, comme ceux de l’Inde et de l’Iran, ont mis en garde contre une confusion entre universalité et conformité.  La mise en œuvre doit être respectueuse des valeurs et spécificités culturelles nationales.

Plusieurs délégations ont tenu à exprimer ou à réitérer leurs réserves sur les dispositions relatives à l’accès à la santé sexuelle et procréative, y compris la planification familiale, à l’éducation sexuelle, au « genre », au concept du mariage, sans oublier la rationalisation des subventions aux énergies fossiles ou les droits des migrants.

« Vous avez surmonté vos différences pour le bien commun de l’humanité et après trois ans de négociations, vous êtes parvenus  à un accord sur une vision audacieuse de la transformation du monde », a commenté le Secrétaire général de l’ONU, en prévenant que les efforts contre les changements climatiques en décembre à Paris seront un « élément crucial » pour le succès de notre entreprise. 

L’an prochain, a-t-il aussi prévenu, d’autres étapes « cruciales » devront être franchies: le Sommet humanitaire mondial en mai à Istanbul, la Conférence Habitat III, en octobre à Quito et la session extraordinaire de l’Assemblée générale sur le problème mondial des drogues. 

*A/69/L.85

APPLICATION ET SUIVI INTÉGRÉS ET COORDONNÉS DES TEXTES ISSUS DES GRANDES CONFÉRENCES ET RÉUNIONS AU SOMMET ORGANISÉES PAR LES NATIONS UNIES DANS LES DOMAINES ÉCONOMIQUE ET SOCIAL ET DANS LES DOMAINES CONNEXES; SUITE DONNÉE AUX TEXTES ISSUS DU SOMMET DU MILLÉNAIRE: PROJET DE RÉSOLUTION (A/69/L.85)

Déclarations

M. SAM KUTESA, Président de la Soixante-neuvième session de l’Assemblée générale, a souligné que le succès du 2 août 2015 était le couronnement attendu de près de deux années de préparatifs et de négociations intensifs et inclusifs.  Il a fallu beaucoup d’efforts, de souplesse et d’esprit de compromis pour arriver à ce stade.  Nous devrions tous être fiers de ce que nous avons accompli ensemble, a-t-il lancé, devant « un résultat historique », un « triomphe du multilatéralisme » qui prouve que la communauté mondiale peut travailler ensemble pour traiter des problèmes urgents auxquels est confrontée l’humanité tout en prenant les engagements nécessaires au bien-être de tous.

En plaçant l’élimination de la pauvreté, l’amélioration des conditions de vie de tous, la transformation des économies et la protection de la planète au cœur de ces objectifs, le nouveau programme se veut « ambitieux, inclusif et porteur de changements », a-t-il remarqué.  Il ne laisse personne sur le bord de la route.  M. Kutesa a assuré que les 17 objectifs de développement durable étaient complets et traitent des trois dimensions, économique, social et environnemental, du développement durable de manière intégrée.  Bien que les objectifs soient applicables de manière universelle, le document prend en compte les circonstances nationales, les différents niveaux de développement et des besoins particuliers des pays les moins avancés (PMA), des pays en développement sans littoral, des petits États insulaires en développement (PIED) et de l’Afrique. 

Il nous reste à assurer une application réussie de ce programme, a prévenu le Président en invitant à en intégrer les objectifs dans les plans de développement nationaux, à mobiliser les ressources financières nécessaires, à développer et transférer les technologies tout aussi nécessaires, à renforcer les capacités et à assurer un suivi efficace.  Avec le programme d’Addis-Abeba sur le financement du développement, nous avons désormais un cadre complet, a-t-il souligné.  En nous embarquant tous ensemble dans ce voyage collectif, nous devons tenir notre promesse de ne laisser personne sur le bord de la route, a conclu le Président.  

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’ONU, a déclaré qu’une nouvelle ère s’ouvrait aujourd’hui, avec un « tournant crucial ».  Notre quête de développement a été inspiré depuis 15 ans par les huit Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), a-t-il rappelé, avant de se remémorer que, lors du Sommet Rio+20, les États Membres s’étaient lancés dans l’élaboration des objectifs de développement durable qui sont au centre du document que l’Assemblée générale transmet aujourd’hui. 

« Vous avez lancé, a dit le Secrétaire général aux États Membres, une réflexion, des consultations et des négociations inédites, au niveau international.  Vous avez demandé à un nombre illimité de personnes ce à quoi le monde de 2030 doit ressembler.  Vous avez écouté la société civile, les universitaires, le secteur privé et tant d’autres, établissant par là-même une

nouvelle norme pour impliquer toutes les parties prenantes à la formulation des politiques onusiennes.  Vous vous êtes parlé et vous avez mené un dialogue constructif.  Vous avez surmonté vos différences pour le bien commun et après trois ans de négociations, vous êtes parvenus, au début de ce mois, à un accord sur une vision audacieuse de la transformation du monde. » 

L’agenda 2030 vise haut, s’est réjoui le Secrétaire général en passant en revue ses points saillants.  Il traduit, a-t-il relevé, un changement de paradigme.  C’est un accord dont on peut être fier et dont la mise en œuvre nécessitera que toutes les parties prenantes défendent sa cause.  Des données et des indicateurs fiables seront essentiels pour mesurer les progrès et faire en sorte que les efforts touchent chacun d’entre nous.  2015 est une année à marquer d’une pierre blanche, a poursuivi le Secrétaire général: l’accord sur le financement du développement a été conclu à Addis-Abeba en juillet dernier et les efforts pour dessiner une nouvelle voie pour les changements climatiques en décembre à Paris seront un « élément crucial » pour le succès de notre entreprise. 

L’an prochain, d’autres étapes « cruciales » devront être franchies: le Sommet humanitaire mondial en mai à Istanbul, la Conférence Habitat III, en octobre à Quito et la session extraordinaire de l’Assemblée générale sur le problème mondial des drogues.  Le Secrétaire général a demandé aux États Membres de faire preuve du même engagement, de la même souplesse et de la même vision qu’aujourd’hui non seulement pour approuver le nouvel agenda mais aussi pour affirmer un engagement politique fort en faveur de sa bonne mise en œuvre. 

M. Ban s’est félicité de ce que plus de 150 dirigeants et sa sainteté le pape François aient décidé de venir au Siège de l’ONU pour ouvrir cette nouvelle ère du développement durable.  Nous devons agir avec la plus grande ambition et mobiliser le maximum de volonté politique.  Il y a 70 ans, les Nations Unies sont nées de l’expérience et de la conviction de grands hommes et femmes qui ont connu les horreurs de la guerre.  Avec la résolution adoptée aujourd’hui, les Nations Unies ont mené la communauté internationale à une conjonction de décisions qui contribuera à réaliser le rêve des pères fondateurs d’un monde de paix et de dignité pour tous.  « Merci d’avoir conduit l’humanité si loin, dans ce voyage collectif vers un monde meilleur pour tous les peuples du monde et maintenant marchons avec détermination pour arriver à destination », a conclu le Secrétaire général.

Au nom du Groupe des 77 et de la Chine, le représentant de l’Afrique du Sud a commenté un document « certes imparfait » mais qui offre un équilibre politique en faveur d’un objectif de développement durable ambitieux, prenant en compte les intérêts des pays en développement.  Il s’est félicité de ce que le document fasse de la lutte contre la pauvreté sous toutes ses formes, une priorité et des priorités nationales, un élément fondamental.   

Au nom des 14 États membres de la Communauté des caraïbes (CARICOM), son homologue de la Jamaïque a salué un document « sans précédent » axé avant tout sur l’individu.  Elle a confirmé le soutien de la CARICOM à un programme de développement qu’elle a défini comme « porteur de changements visant à assurer un développement durable pour les générations futures ». 

Au nom des pays les moins avancés (PMA), le représentant du Paraguay a salué la transparence de tous les travaux préparatoires qui, depuis Rio+20, ont mené à l’adoption de ce texte.  Il a particulièrement souligné la vulnérabilité des pays en développement sans littoral aux chocs économiques et aux contractions des indicateurs économiques.  Il s’est félicité de ce que le document reconnaisse que chaque pays est confronté à des difficultés particulières dans sa quête de développement durable et qu’en conséquence, il est essentiel de tenir compte des priorités nationales.  Il a dit l’importance des partenariats pour le partage des expériences et le transfert des technologies. 

Au nom des petits États insulaires en développement, le représentant de Tonga s’est félicité de l’esprit de collaboration, de souplesse et de transparence qui a présidé à l’adoption de ce texte.  Il a voulu que l’on accorde la plus grande attention aux menaces qui pèsent sur les océans « dont nous dépendons tous », d’autant plus que ces océans sont « le pilier » des économies des petits États insulaires.  Il a jugé indispensable que la Conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques parvienne à un accord juridiquement contraignant en décembre à Paris. 

Au Conseil de coopération du Golfe (CCG), la représentante du Qatar a salué la participation de toutes les délégations aux discussions qui ont abouti à ce texte.  Elle a toutefois exprimé ses réserves sur certains paragraphes, précisant que, selon l’entendement de son pays, le terme « mariage précoce » fait référence au mariage des enfants qui est de toute manière interdit par la législation qatarie.  Elle a aussi précisé que les points sur la santé reproductive pourraient contrevenir à la Charia.  Quant aux dispositions sur l’héritage, elle a affirmé que les lois nationales respectent les droits des femmes qui héritent souvent plus que les hommes.  Quant au terme « genre », nous estimons qu’il désigne l’homme ou la femme et par « famille », nous comprenons une cellule composée d’un homme, d’une femme et d’enfants.  La représentante a regretté que le document ne mentionne nulle part la famille comme contributrice du développement durable.  Sur les migrants, elle a invoqué le droit « d’exécuter nos décisions ».

Au nom de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), le représentant des Maldives a mentionné les dégâts causés en Dominique par le dernier ouragan pour rappeler les vulnérabilités particulières des petits États insulaires en développement.  Au terme de trois années de « dur labeur », il s’est dit enthousiasmé par l’adoption du document final le 2 août dernier et encouragé par la souplesse dont ont fait preuve toutes les délégations.  Quant au suivi du programme, il a demandé que l’on œuvre de concert et que l’on aide les pays à la traine.  Il a souhaité un appui plus grand aux pays comme le sien pour améliorer la collecte des données.

Au nom de la Bolivie, du Brésil, de la Colombie, du Costa Rica, de l’Équateur, de l’Inde, de la Jamaïque, du Mexique, du Nicaragua, du Pérou et des Philippines, le représentant de l’Indonésie a estimé que les amendements apportés aux cibles 2.5 et 15.6, relatives à l’accès aux ressources génétiques, auraient pu être rédigées sans apporter des changements aussi profonds.  Il a en effet rappelé que les textes initiaux avaient été discutés de manière approfondie avant de faire l’objet d’un consensus.  Les amendements, a-t-il souhaité, ne devraient pas saper le niveau d’ambition des autres processus mondiaux.  Les cibles devraient être interprétées et appliquées conformément au Protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation.  La réalisation de ces cibles est essentielle pour la sécurité alimentaire et la nutrition, la santé et la gestion durable de la biodiversité.

La représentante du Venezuela a exprimé quelques réserves, en s’inquiétant d’abord que le préambule reflète une vision alignée sur les intérêts du monde occidental.  Elle a aussi émis une réserve sur le concept d’« énergie moderne pour tous », dénonçant un manque de clarté.  Quant à l’objectif 12 C relatif à la rationalisation des subventions aux combustibles fossiles, elle a vu là une ingérence dans les affaires intérieures des États tout comme le Programme d’action d’Addis-Abeba qui parle de la même rationalisation.  Nous ne pouvons accepter les mesures de contrôle ou de surveillance des politiques nationales.  Elle a aussi émis des réserves sur l’objectif 14.C relatif à la conservation des océans, Venezuela n’étant pas partie à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.

Le représentant du Kazakhstan a estimé que ce document et sa stratégie unifiée est le fruit d’un processus inclusif et transparent « sans précédent ».  Il s’agit d’une chance à saisir qui n’intervient qu’une fois par génération, a-t-il estimé avant de saluer une ère de transformation sans précédent dans l’histoire de l’humanité. 

Son homologue du Japon a remercié toutes les délégations, les observateurs et toutes les autres parties prenantes.  « Si le texte n’est pas parfait, nous avons néanmoins entre les mains un bon programme orienté vers l’avenir et l’intérêt de nos enfants dont nous pouvons être fiers. » 

La représentante de la Colombie a salué l’adoption d’un texte, fruit d’un travail de trois ans.  « Aujourd’hui pour la première fois, nous sommes saisis d’un programme universel de 169 cibles intégrées prenant en compte les trois piliers du développement durable », a dit la représentante avant d’appeler pour la mise en œuvre à une collaboration entre les institutions aux niveaux international, régional et national.  Elle a dit l’importance de partenariat et souligné le souci de responsabilisation qui devrait prendre la forme de rapports nationaux périodiques.

Son homologue de la République de Corée a lui aussi salué un programme « ambitieux et sans précédent ».  Les pays doivent s’efforcer d’intégrer ces objectifs dans leurs stratégies nationales de développement.  « Mettre en œuvre ce programme d’ici à 2030 nécessitera un changement de mentalité », a-t-il prévenu.

Le représentant de l’Inde s’est félicité de ce que le programme ait placé l’élimination de la pauvreté au cœur des priorités, en se disant confiant quant à la capacité des États de réaliser les objectifs fixés.  Que le programme et la mise en œuvre ne confondent pas « universalité » et « conformité » et tiennent dûment compte des priorités nationales.

Au nom du Groupe des États d’Afrique, le représentant du Sénégal a souhaité que la mise en œuvre des 17 objectifs et 169 cibles soit en adéquation avec le Document final de la troisième Conférence internationale sur le financement du développement et les futures conclusions de la Conférence sur les changements climatiques de décembre.  Il est indispensable, a-t-il insisté, que la mise en œuvre soit respectueuse des lois et priorités, des valeurs culturelles et éthiques, du contexte religieux et des droits de l’homme, dans chaque pays.  Le représentant a prévenu que les dispositions relatives à l’orientation sexuelle et aux soins de santé génésiques ne sauraient être appliquées au mépris des valeurs, lois et dispositions nationales.  Il a estimé que la cible 3.7 relative à l’accès de tous à des services de soins de santé sexuelle et procréative devait tenir compte de l’âge, en estimant que l’objectif d’une éducation sexuelle complète ne pouvait se substituer au droit des parents de choisir le type d’éducation qui convient le mieux à leurs enfants.  Le droit à une information et à une éducation sexuelle ne saurait s’exécuter au mépris de l’autorité parentale. 

Sur le même ton, le représentant a prévenu, s’agissant de la cible 5.4 visant à « faire une place aux soins et travaux domestiques non rémunérés et les valoriser », que la notion de « ménage » ne pouvait s’appliquer qu’à une famille constituée d’un homme et d’une femme.  « Nous comprenons que le mot ‘ genre ’ utilisé à plusieurs reprises dans ce Document signifie uniquement « sexe masculin ou féminin », a-t-il aussi insisté.  Nous ne pouvons accepter des dispositions qui incluraient les concepts « d’orientation sexuelle », a-t-il encore insisté, ajoutant que la mise en œuvre des objectifs de développement durable ne pouvait servir de prétexte pour tenter d’uniformiser les valeurs culturelles des peuples du monde.  

Le représentant de la République islamique d’Iran a dit apprécier que le principe d’appropriation nationale soit la base de la mise en œuvre du nouveau programme.  Il a insisté sur l’élément central que constitue le Forum politique de haut niveau sur le développement durable, l’invitant à faire preuve de leadership.  Il ne peut y avoir qu’un seul mécanisme pour présenter les rapports nationaux.  Tout modèle en la matière doit faire l’objet d’un accord.  La mise en œuvre du programme, a-t-il prévenu à son tour, ne saurait aller à l’encontre des concepts sociaux et culturels des pays, s’agissant en particulier de l’éducation sexuelle, du genre, de la santé sexuelle et reproductive et de la famille. 

Son homologue du Mexique a estimé que l’adoption du programme par le Sommet de septembre serait, après plus de trois ans de négociations, « une décision historique ».  Il a mis l’accent sur la protection de tous les droits de l’homme des migrants en plaidant pour que ceux-ci puissent travailler et jouir de leurs droits indépendamment de leur statut migratoire.  Quant au suivi du nouveau programme, il a espéré qu’il serait basé sur les mandats de la résolution 68-1 et 67-290 de l’Assemblée générale.

Le représentant du Brésil a salué un processus de négociations considéré comme « le plus transparent et le plus inclusif de l’histoire de l’Organisation ».  Il s’est rallié au consensus et a relevé que le préambule illustre « le délicat équilibre » trouvé au sein du Groupe de travail de l’Assemblée générale.  Nous aurions, a-t-il avoué, préféré un libellé « plus précis » sur les droits de l’homme car nous nous engageons à mettre en œuvre ce programme pour tous les groupes y compris les LGBT.  L’universalité est une percée, s’est réjoui le représentant, se félicitant que l’on reconnaisse le principe de la responsabilité commune mais différenciée.  En ce qui concerne les paragraphes 30 et 31 sur les changements climatiques, il a estimé qu’il reflète là encore un délicat équilibre qui pourrait mener au consensus à Paris, sans pour autant préjuger du résultat de la Conférence.  Les objectifs de développement durable intègrent les moyens de mise en œuvre, a-t-il aussi noté avec satisfaction, rappelant néanmoins que les délégations n’avaient pas pu se mettre d’accord sur l’aide publique au développement (APD).

Le représentant de l’Équateur a exprimé des réserves sur la cible 12.C relative à la rationalisation des subventions aux combustibles fossiles, comme il l’avait fait l’an passé lors de la présentation du rapport du Groupe de travail, car cette disposition va à l’encontre de la Constitution nationale.  Il a aussi rappelé que son pays entend interpréter la cible 5.6 relative à l’accès aux soins de santé sexuelle et procréative à la lumière de sa Constitution.

Son homologue de la Chine s’est félicité, à son tour, que le programme s’appuie sur les principes des Nations Unies et celui de la responsabilité commune mais différenciée.  Il a également salué le mécanisme de suivi « solide » qui a été prévu, en promettant que la Chine est prête à conjuguer ses efforts à ceux des autres pour assurer le succès du programme.

Le représentant du Pérou a déclaré que l’intégration sociale doit être « le fil rouge » d’un programme axé sur l’élimination de la pauvreté.  Il s’est dit heureux de voir que l’ONU sera en mesure de commémorer son soixante-dixième anniversaire avec en mains un instrument « aussi ambitieux ».  Il a conclu en adhérant aux propos de l’Indonésie sur les ressources génétiques.

« Le développement, ce sont des actions pas des mots », a prévenu son homologue de la Hongrie en souhaitant que la mise en œuvre du programme s’appuie sur un partenariat mondial véritable impliquant tous les acteurs dont les gouvernements, la société civile et le secteur privé.  Les plans nationaux de mise en œuvre seront « décisifs ». 

Le représentant de l’Égypte a insisté sur le droit de chaque État d’exercer la souveraineté sur ses ressources.  Mais, a-t-il reconnu, il revient à chaque État de faire en sorte que ses activités n’aient pas d’incidence négative et environnementale sur les autres.  Le représentant a aussi insisté sur le fait que les objectifs de santé reproductive ne sauraient se traduire par le droit des enfants ou des adolescents d’accéder à des informations sans un accord parental.

Son homologue du Soudan a espéré que la coopération internationale et l’ONU joueront un rôle déterminant dans la mise en œuvre, au niveau national, des objectifs de développement durable.  Aucun pays, a prévenu le représentant, n’acceptera des termes et des concepts imposés de l’extérieur et qui sont contraires à ses valeurs et spécificités culturelles. 

Le représentant de l’Islande a mis l’accent sur les objectifs relatifs à la parité et à l’utilisation durable des ressources naturelles, se félicitant en particulier des dispositions sur la viabilité de la pêche.  La gestion des ressources naturelles est d’autant plus essentielle que nous voyons déjà l’état de dégradation des océans, a-t-il remarqué.  Les objectifs de développement durable et les cibles ont été rédigés de manière à les rendre concis et compréhensibles par l’opinion publique, a-t-il fait observer, relevant qu’il y a parfois un mélange de textes nouveaux et anciens.

Il a qualifié de « cruciaux » les paragraphes 57, 58 et 55 sur les droits de l’homme et a regretté le libellé de la cible 5.a, à savoir « entreprendre des réformes visant à donner aux femmes les mêmes droits aux ressources économiques, ainsi qu’à l’accès à la propriété et au contrôle des terres et d’autres formes de propriété, aux services financiers, à l’héritage et aux ressources naturelles, dans le respect du droit interne ».  Il a vu là « une condition » posée à l’exercice de certains droits de la femme non conforme au Programme d’action de Beijing.  Il s’est également dit déçu par la cible 5.4 sur les soins et travaux domestiques non rémunérés auxquels il faut faire place et valoriser.  Il a en effet dénoncé la mention « en fonction du contexte national ».  Il a enfin jugé « peu réaliste » la date butoir de 2020 prévue pour la cible 3.6 visant à « diminuer de moitié à l’échelle mondiale le nombre de décès et de blessures dus à des accidents de la route ayant trait aux accidents de la route ». 

Le représentant du Tchad a salué l’inclusion dans le programme, des principes de responsabilité commune mais différenciée et d’appropriation nationale, ainsi que du soutien affiché à l’Agenda 2063 de l’Union africaine et à son Plan d’action décennal.  Il a également apprécié que l’on tienne compte des priorités des PMA et des pays en développement sans littoral, ainsi que du lien entre paix, sécurité et développement.  Il a rappelé l’importance pour les pays africains de pouvoir transformer sur place leurs ressources naturelles.  Conscient de l’écart énergétique à combler entre les pays, il a salué les dispositions du programme, avant d’en venir aux réserves.  Le représentant a réitéré le fait que son pays ne soit pas tenu par la cible 5.6 sur l’accès de tous aux soins de santé sexuelle et procréative.  Il a aussi prévenu que la planification familiale mentionnée dans la cible 3.7 ne saurait être interprétée comme le recours systématique à l’avortement.  Le représentant a aussi émis des réserves concernant la référence au « mariage précoce » et l’identité sexuelle, avant d’insister sur l’importance qu’il y a à respecter les convictions éthiques et religieuses des sociétés. 

Son homologue de la Fédération de Russie a estimé que le programme reflète de façon équilibrée les liens entre les trois dimensions du développement durable.  Le point fort de ce programme, a-t-il estimé, réside dans le fait que l’on ait prévu les moyens de mise en œuvre.  Mais, a constaté le représentant, certains thèmes importants ne sont pas mentionnés, comme la question des drogues envisagée seulement sous l’angle de la prévention mais pas de la production ni du trafic.  L’amélioration de l’accès à Internet n’est pas non plus prévue, a-t-il regretté.  Estimant que le nouveau programme doit unir nos efforts et non les détourner, il a appelé tous les acteurs de sa mise en œuvre à respecter les priorités nationales et à éviter d’imposer aux pays en développement des principes qui ne sont pas les leurs.  Il a aussi estimé que la mention « composantes de la société » devait être comprise comme une référence aux groupes sociaux, souhaitant que cela ne crée pas des catégories « artificielles ».  En ce qui concerne la référence aux conférences et sommets des Nations Unies, il a estimé qu’il s’agissait seulement des processus auxquels son pays a participé et des textes qu’il a approuvés.  Nous ne sommes tenus de respecter que les obligations des droits de l’homme découlant des textes auxquels la Fédération de Russie est partie, a-t-il insisté. 

Le représentant de l’Argentine a rappelé la responsabilité première des pays dans la réalisation des objectifs de développement durable, un développement qui n’est possible que si solidarité entre les pays existe et que la collaboration régionale et sous-régionale est encouragée.  Il a prôné un réel engagement de la communauté internationale, notamment des pays développés, pour bâtir un monde dans lequel le respect des droits de l’homme soit assuré. 

Son homologue de la Turquie a félicité les cofacilitateurs des négociations et précisé que le fait que son pays ait adhéré à un texte qui fait référence à la Convention sur le droit de la mer, à laquelle la Turquie n’est pas partie, ne signifie qu’il a changé sa position.

Le représentant des États-Unis s’est félicité de l’adoption d’un texte qui tienne compte des différents niveaux de développement et spécificités des uns et des autres.  Il a précisé que la disposition relative à la souveraineté de chaque État sur ses ressources naturelles doit être lue parallèlement aux responsabilités de l’État vis à vis des droits de l’homme.  Le représentant a ensuite insisté pour dire que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est l’enceinte adéquate pour négocier les questions commerciales.  Le programme de développement durable ne modifie en rien les dispositions de l’OMC relatives aux accords sur les droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC).  « Nous aiderons les plus vulnérables à réaliser ce programme mais nous savons qu’il s’agit d’un programme universel qui exige l’action de chacun », a-t-il dit. 

S’agissant du paragraphe 28 sur les modes de production et de consommation durables, le représentant a souligné la question de la gestion efficace des ressources.  Il a souligné que pour son pays, le transfert des technologies ne saurait être autre chose qu’un « transfert volontaire ».  Tout en appuyant l’objectif d’un accès universel à l’eau et à l’assainissement, le représentant a mis en garde contre une perception trop subjective du terme « équitable ».  Quant à la référence à l’occupation étrangère du paragraphe 35, il a reconnu la nécessité de parvenir à une solution à deux États pour régler le conflit israélo-palestinien.  Il a terminé en mettant l’accent sur la bonne gouvernance, la démocratie et l’appropriation nationale pour une bonne mise en œuvre des objectifs de développement durable.  

Le représentant d’Israël a jugé qu’utiliser le programme pour aborder des questions politiques ne peut être que « contreproductif ».  La paix à Ramallah ne passe pas par les objectifs de développement durable mais par un dialogue entre Israéliens et Palestiniens.

Son homologue de l’Arménie a dit l’importance de la diversité et rappelé que l’exclusion et la discrimination sapent le développement économique et social.  « En tant que pays sans littoral, l’Arménie attache une grande importance à la levée de tous les obstacles commerciaux », a-t-il poursuivi, avant de regretter que des amendements apportés au paragraphe 38 –« Nous réaffirmons, conformément à la Charte des Nations Unies, l’obligation de respecter l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États »- qui selon lui, ne reflètent plus pleinement les buts et principes de la Charte. 

La représentante de l’Azerbaïdjan a insisté sur l’importance de l’intégration régionale des économies, laquelle ne sera pas possible, a-t-elle estimé, tant que perdureront les conflits régionaux et tant qu’un État Membre occupera le territoire d’un autre État.  

Son homologue de la Norvège a tenu à qualifier d’« encourageant » l’esprit de compromis qui a présidé à l’adoption du programme.

Le représentant du Panama a appelé à un changement de mentalité et d’habitudes au sein des familles, de nos communautés et de nos gouvernements pour réaliser les objectifs de développement durable.    

Le représentant de l’Union européenne a remercié les personnes qui ont participé à l’élaboration du projet de document final et espéré que son adoption donnerait un élan à la COP21 de Paris en décembre.

L’Observateur du Saint Siège a jugé important que le nouveau programme place en son centre la personne humaine qui est responsable du développement.  Il a espéré que la promesse de ne laisser personne de côté se traduirait par le respect du droit à la vie, de la conception à la mort naturelle.  Il a rappelé les propos du pape François dans l’encyclique Loué sois-tu qui rappelle les liens entre les problèmes environnementaux et l’analyse des contextes humain, familial, de l’emploi et des villes, ainsi que des individus eux-mêmes.  Il a donc plaidé en faveur d’une approche plus intégrée du développement, d’une « écologie intégrale ».  Exprimant quelques réserves, il a parlé de la santé sexuelle et génésique et des droits à la santé procréative, estimant que cela renvoie à l’intégralité de la personnalité des personnes.  Il a dès lors estimé que l’avortement n’en est pas une dimension. 

S’agissant des termes « contraception » et « planification familiale », il a réitéré la position du Saint-Siège, « connue de tous », en appelant au respect des droits de l’homme.  Quant à l’emploi du terme « genre », il a souhaité qu’il se fonde sur l’identité biologique homme ou femme.  Il a par ailleurs rappelé l’importance du droit des parents à élever et éduquer librement leurs enfants, insistant sur le caractère central de la famille en tant que groupe fondamental de la société.  Il a exprimé des réserves sur le paragraphe 26 qui dit « nous nous engageons à assurer un accès universel aux services de santé sexuelle et procréative, y compris en matière de planification familiale, d’information et d’éducation ».  Il a aussi émis des réserves sur les cibles 3.7 et 5.6 qui parlent toutes deux de l’accès de tous à des services de soins de santé sexuelle et procréative.  Enfin, il a voulu que l’on continue de faire la distinction entre les traités qui entrainent des obligations juridiques contraignantes et d’autres textes qui n’ont pas la même autorité.

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