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CS/11687
9 décembre 2014
7329e séance – matin

Le Forum de Bangui, une étape majeure sur la voie de la réconciliation nationale centrafricaine, assure M. Hervé Ladsous devant le Conseil de sécurité

En dépit d’une situation toujours volatile après les violences qui ont secoué le pays en octobre, le processus politique en République centrafricaine (RCA) progresse, a assuré, ce matin devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Hervé Ladsous, qui a salué les préparatifs du Forum de Bangui sur la réconciliation nationale.

Tandis que la période de transition a été prolongée de six mois, jusqu’à août 2015, les préparatifs de la tenue de ce Forum dès janvier prochain sont engagés, a indiqué M. Ladsous.  Dans ce cadre, un processus de consultations locales a été ouvert avec le concours de la MINUSCA.  « Entre le 29 novembre et le 3 décembre, a-t-il précisé, les ministres du Gouvernement de transition représentant 16 préfectures de la République centrafricaine ont tenu des réunions avec des responsables locaux du Gouvernement et les leaders communautaires. »

« Il y a un consensus croissant sur la nécessité de traiter l’ensemble des questions au cœur de la crise », a-t-il affirmé, en présentant aux membres du Conseil le rapport* du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine.

Pour le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, le Forum de Bangui doit permettre la conclusion d’un accord entre un large éventail d’acteurs à l’échelle nationale en ce qui concerne la reconstitution des forces armées nationales et la réforme du secteur de la sécurité, le désarmement, la démobilisation et la réintégration des groupes armés, et d’autres questions politiques de première importance, comme l’état de droit, la justice pénale et la justice en période de transition, la gouvernance, la décentralisation et l’avenir économique du pays.

Le Forum devrait aussi être l’occasion de façonner le processus de réconciliation à long terme dont le pays a si cruellement besoin, ajoute le Chef de l’Organisation dans son rapport.  Ce Forum, souligne-t-il, ouvre la voie aux élections présentielle et législatives prévues pour août 2015.

Avec le soutien des partenaires internationaux, le Forum, a poursuivi M. Ladsous, devra être assorti de mécanismes pour surveiller la mise en œuvre de ses principales recommandations.  « Divers chefs du mouvement ex-Séléka, de plus en plus fragmenté, et du mouvement anti-balaka ont publiquement exprimé leur soutien au dialogue national, y compris à ce Forum », s’est-il réjoui.  À cet égard, il a cité la transformation du mouvement anti-balaka en une formation politique, le Parti centrafricain pour l’unité et le développement (PCUD).

L’éclatement croissant des principaux groupes armés opérant en République centrafricaine constitue de fait un obstacle important à la stabilisation du paysage politique « dans la perspective d’élections libres, régulières, transparentes et ouvertes à tous », a prévenu, de son côté la Présidente du Comité des sanctions concernant la République centrafricaine, l’Ambassadeur Raimonda Murmokaitė, de la Lituanie, qui a présenté le rapport** de ce Comité.

« La rivalité entre les représentants politiques des groupes armés qui convoitent des postes ministériels et entre les commandants militaires qui cherchent à contrôler les ressources est à l’origine des luttes intestines entre des éléments de l’ex-Séléka et des factions anti-balaka rivales », ce qui fait peser, a-t-elle prévenu, un danger sur le processus électoral.

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix s’est dit préoccupé par le fait qu’à ce jour, seulement l’Union européenne, la France et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) avaient débloqué des fonds à l’appui du processus électoral centrafricain, auquel prête également assistance la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA).

Le succès des scrutins d’août 2015 reposera sur l’engagement ferme des autorités du pays, qui doivent adopter une loi électorale révisée et s’entendre sur les questions en suspens, comme son calendrier exact et la méthodologie retenue pour l’inscription sur les listes électorales, a-t-il rappelé.  « Les autorités nationales doivent lancer de toute urgence une procédure qui garantisse la pleine participation des personnes déplacées et de celles qui sont de retour », a souligné M. Ladsous, en assurant que des mesures seraient prises par la MINUSCA pour créer un environnement sécuritaire propice au bon déroulement des élections.

C’est d’autant plus nécessaire dans un pays où la présence de l’État est faible, « si ce n’est nulle par endroits ».  Les civils sont en permanence menacés et l’impunité toujours de mise, a fait observer le Secrétaire général adjoint.  Les troupes de la MINUSCA, de l’opération française Sangaris et de la Force de l’Union européenne (EUFOR) ont été également visées par des attaques lancées par des anti-balaka, tandis que des éléments de l’ex-Séléka regroupés dans trois camps de Bangui ont récemment menacé de faire exploser une cache d’armes à moins de se voir fournir une assistance continue, a-t-il fait remarquer.

Dans le cadre de la réforme du secteur de la sécurité, des mesures ont déjà été prises pour constituer, avant la tenue du Forum de Bangui, le premier bataillon des Forces armées de la République centrafricaine, les FACA, et vérifier les éléments qui le formeront, a souligné le Secrétaire général adjoint.  « Chacun de ces militaires a signé une déclaration sur l’honneur par laquelle il s’engage à respecter les droits de l’homme et le droit humanitaire », a-t-il expliqué.

Après avoir fait état de violences intercommunautaires ponctuelles dans l’est et le centre du pays, M. Ladsous a annoncé le déploiement à hauteur de 80% de ses effectifs autorisés de la MINUSCA et ce, afin de permettre aux Casques bleus de s’acquitter de leur mission la plus importante, qui est la protection des civils.

La Présidente du Comité des sanctions a précisé qu’à ce jour, seulement 31 États Membres, dont deux États africains n’appartenant pas à la région concernée, ont soumis au Comité leur rapport.  Elle a donc encouragé tous les États Membres, en application de la résolution 2127 (2013) du Conseil de sécurité, à faire rapport au Comité sur les mesures qu’ils ont prises pour respecter l’embargo sur les armes imposé à la République centrafricaine.

Mme Murmokaitė a annoncé qu’elle conduira une délégation pour effectuer une visite dans le pays au début de l’année prochaine.

 

*     S/2014/857

**    S/2014/762

 

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