Imprimer
CS/11676
26 novembre 2014
7325e séance – matin

Sous la présidence de l’Australie, le Conseil de sécurité dresse le bilan d’un mois de novembre particulièrement soutenu

Le Conseil de sécurité s’est réuni, ce matin, pour dresser le bilan des travaux d’un mois de novembre particulièrement chargé et que la délégation de la France a comparé, non sans humour, à un « marathon de New York », qui a été couru sur un rythme proche du « sprint ».

Le représentant de l’Australie, M. Gary Quinlan, dont le pays assurait la présidence mensuelle du Conseil de sécurité, a noté que le maintien de la paix est resté plus que jamais une priorité pour le Conseil, dans un contexte de complexité croissante marqué par la « montée des menaces asymétriques ».

« Nous devons répondre à la demande de maintien de la paix tout en explorant les moyens efficaces de faire face aux défis auxquels sont confrontées les missions sur le terrain, en particulier les attaques ciblant des Casques bleus », a-t-il expliqué, en estimant que des missions « plus robustes » doivent être autorisées à recourir à la force si nécessaire.

En organisant une réunion « sans précédent » sur le rôle de la Police des Nations Unies, a-t-il dit, le Conseil de sécurité a appelé au renforcement de la composante police des missions de l’ONU.  Celle-ci est « en première ligne » pour protéger les civils dans des situations de conflit et postconflit souvent délicates et multidimensionnelles.  Partisan de cette approche, le représentant du Tchad a toutefois souligné la nécessité de recruter un personnel possédant les « compétences linguistiques requises ».

Marquée par un dialogue avec les chefs de la police de trois missions, cette séance avait été saluée par l’ensemble des membres du Conseil, notamment la Jordanie et l’Argentine.  Pour la représentante du Luxembourg, la tenue de cette réunion était tout particulièrement opportune « à l’approche de l’examen des opérations de maintien de la paix, qui sera conduit par le Groupe indépendant de haut niveau ».

Dans la foulée du débat d’hier, le Président du Conseil a annoncé l’adoption, « dans les prochains jours », d’une résolution sur les 15 régimes de sanctions du Conseil de sécurité, qui demande, entre autres, que les 20 entités qui contribuent à leur mise en œuvre coordonnent davantage leurs efforts ».  Réagissant à cette annonce, la délégation de la Lituanie a souhaité que ce texte soit adopté « dans les meilleurs délais », tandis que celle de la Fédération de Russie a réaffirmé qu’elle était opposée à la banalisation des sanctions.

Pour sa part, le représentant du Chili, qui est également le Président du Comité des sanctions concernant la Côte d’Ivoire, a réitéré l’appui de sa délégation à l’élargissement du mécanisme du Médiateur -qui ne s’applique actuellement qu’au Comité des sanctions contre Al-Qaida- à tous les autres organes de sanctions.  Le délégué a également vanté les mérites des visites de pays, qui permettent de se faire, a-t-il dit, une idée plus complète de l’impact des sanctions et de la meilleure manière de les mettre en œuvre.

Reconnu comme un des « temps forts » du Conseil ce mois-ci, le débat public sur le terrorisme avait été l’occasion, pour le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, de condamner « les crimes épouvantables de l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL) » et le détournement des préceptes de l’Islam, a rappelé le Président du Conseil. 

Si celui-ci a encouragé le Conseil à tirer le meilleur parti des outils à sa disposition et à coordonner plus efficacement ses efforts en matière de « lutte contre l’idéologie extrémiste », les représentants de la France et du Luxembourg, entre autres, ont plaidé pour que la lutte antiterroriste s’inscrive dans le respect le plus strict des droits de l’homme.

Au cours du mois écoulé, la situation en Syrie est restée à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, a rappelé le représentant de l’Australie, qui a fait observer que les seuls progrès enregistrés étaient limités au démantèlement des arsenaux chimiques.  Ce dernier, a-t-il précisé, avait été réalisé grâce au cadre de surveillance établi par la résolution pertinente du Conseil.

Il a cependant déploré les difficultés d’accès humanitaire aux victimes dont s’est fait hier l’écho la Coordonnatrice des secours d’urgence de l’ONU, Mme Valerie Amos.  « Pour proroger la durée de l’autorisation établie par la résolution 2165 (2014), il est nécessaire de réfléchir aux moyens d’en accélérer sa mise en œuvre », a-t-il lancé aux autres membres du Conseil.

De son côté, la délégation de la Chine a estimé que l’« inaction » du Conseil face au conflit israélo-palestinien, marqué ces dernières semaines par une escalade de la violence sur l’Esplanade des mosquées, n’était « plus de mise » et qu’il devait envisager rapidement des consultations à huis clos pour examiner le projet de résolution qu’a fait circuler le Royaume-Uni.

Le représentant de la France a préconisé, quant à lui, que la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUSCO) soit renforcée, « sur la base de la revue stratégique attendue pour la fin du mois de décembre relative à la mise en œuvre des résolutions 2098 et 2147 du Conseil ».

« La neutralisation des groupes armés est une nécessité, mais le retour à la stabilité durable en RDC ne pourra se faire sans la mise en œuvre de réformes indispensables et l’application de l’Accord-cadre », a insisté le délégué.  « La Mission a un rôle essentiel à jouer dans cette perspective », a-t-il affirmé. 

Pour le représentant du Rwanda, il ne peut plus y avoir de délai supplémentaire « au-delà de la date butoir du 2 janvier 2015 » pour désarmer les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).  Le Gouvernement congolais, a-t-il estimé, doit envisager dès maintenant une « action opérationnelle » contre les milices qui refusent de se soumettre à ce processus et continuent de commettre des violations des droits de l’homme.

Fustigeant la « rhétorique provocatrice » de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), le représentant de la République de Corée a encouragé le Conseil de sécurité à demeurer vigilant et à envisager d’adresser un message ferme aux dirigeants de ce pays.

Après avoir rappelé que sa délégation avait été contrainte de s’abstenir au moment du vote sur la résolution 2183 (2014), le représentant de la Fédération de Russie s’est dit opposé à ce que l’on « pousse » la Bosnie-Herzégovine à s’intégrer à tout prix à l’Union européenne.  Il a ensuite dénoncé le manque de respect de cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine, où « les troupes gouvernementales ont été renforcées et les armes lourdes n’ont pas été retirées », a-t-il accusé.

Quelques jours après la séance consacrée à Ebola, le représentant du Tchad a salué l’attention accordée par le Conseil à la crise sanitaire provoquée par cette épidémie en Afrique de l’Ouest.  « Comme l’a souligné le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, il est temps d’envisager la nature de l’aide internationale qui serait apportée dans la phase de l’après-Ebola », tandis que le délégué des États-Unis a prôné un « investissement accru pour préparer les pays voisins [de ceux touchés] à contenir le virus ».

Son homologue du Nigéria a estimé que les résultats les plus probants obtenus jusqu’à présent étaient précisément le fait des pays voisins.  Il a cependant sollicité un appui continu de la communauté internationale, « sous l’égide incontournable des Nations Unies ».

Enfin, tandis que la représentante de l’Argentine se réjouissait de la systématisation des séances récapitulatives du Conseil, le délégué de la Fédération de Russie a exprimé un « manque d’enthousiasme » pour cette pratique « inutile », qui donne à des membres l’occasion de se livrer à des interprétations « orientées » de certaines situations, comme celle en Syrie.

« Dans le monde du théâtre, lorsqu’il y a plus d’acteurs sur scène que de spectateurs dans la salle, il est temps de changer de représentation », a fait remarquer le représentant russe.

Le Conseil de sécurité est devenu l’« otage » d’une tendance à organiser de nombreuses réunions au détriment de l’impact qu’il peut concrètement avoir sur le terrain, tout en reconnaissant que l’Australie avait réussi, au cours de ce mois, à concilier les deux « avec créativité ».

Avant la clôture de la séance, de nombreux membres du Conseil de sécurité ont souhaité bonne chance au Tchad pour sa présidence du Conseil pendant le mois de décembre.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.