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CS/11652
18 novembre 2014
7314e séance – matin

Iraq: la menace posée par l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL) au centre des discussions du Conseil de sécurité

Le Chef de la MANUI salue le renforcement de la coopération entre le Gouvernement iraquien, le Gouvernement de la région du Kurdistan et les forces locales

Les répercussions politiques, sécuritaires et humanitaires de la montée en puissance régionale de l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL) ont été au cœur de la réunion trimestrielle que le Conseil de sécurité consacre aux activités de la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI).  Le Chef de la Mission a notamment imputé la crise actuelle à l’échec de la transition du pays vers la démocratie.  Il a toutefois salué la réaction du Gouvernement iraquien face à l’avancée de l’EIIL, en notant les efforts menés pour sceller des alliances entre l’armée nationale et les tribus locales et renforcer la coopération sécuritaire avec le Gouvernement régional du Kurdistan.  Ce dernier point est souligné dans le rapport du Secrétaire général dont étaient saisis, ce matin, les membres du Conseil.

Pour sa part, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Zeid Ra’ad Al-Hussein, a appelé à traduire en justice les auteurs de crimes odieux perpétrés par l’EIIL et ses affidés.  Il n’a en outre pas manqué de souligner que, de leur côté, les Forces de sécurité iraquiennes continuaient « elles aussi » de commettre des violations des droits de l’homme.  Après avoir encouragé le Gouvernement iraquien à adhérer au Statut de Rome, qui avait institué la Cour pénale internationale (CPI), M. Al-Hussein a tenu à rendre hommage aux nombreux universitaires musulmans qui, dans une lettre rendue publique, avaient démontré que l’idéologie « de violence et de mort » de l’EIIL n’avait rien à voir avec l’Islam.

« Cent soixante-treize millions de dollars sont nécessaires de toute urgence pour répondre aux besoins des personnes déplacées dans le Kurdistan iraquien », a souligné la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, Mme Valerie Amos.  « Si le Programme alimentaire mondial (PAM) ne reçoit pas 85 millions de dollars au cours des prochains jours, alors il ne sera pas possible d’acheter ou d’acheminer des vivres et 2 millions de personnes risquent d’être privées de cette aide », a-t-elle prévenu.

Participant également à cette réunion, le représentant de l’Iraq, M. Mohamed Alhakim, a assuré le Conseil de sécurité de la détermination de son gouvernement de venir en aide à la population civile, de lutter contre l’EIIL et contre la corruption et d’améliorer ses relations avec les pays voisins.  Avec l’appui des pouvoirs locaux et de la MANUI, le Gouvernement iraquien déploie des efforts continus pour assister les milliers de personnes déplacées qui, a-t-il dit, ont subi de lourdes épreuves.

À l’issue de la séance, le Conseil avait prévu de tenir des consultations sur la situation en Iraq.

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Iraq et Chef de la MANUI, M. Nickolay Mladenov, est d’abord revenu sur les conséquences politiques, dans le pays, de la montée en puissance, au cours des derniers mois, de l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL).

Il a rappelé que la stratégie de l’EIIL, en diffusant la peur dans toutes les communautés, était de détruire l’État iraquien et de le remplacer par un « État de la terreur se renforçant par le génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ».  À cette fin, a-t-il dit, l’EIIL utilise certaines régions comme base arrière en Iraq et en Syrie pour progresser dans la région et menacer la paix et la sécurité internationales.  Pour M. Mladenov, la crise en Iraq a été aggravée par les problèmes politiques, sociaux et économiques non résolus et qui ont entravé pendant longtemps la transition vers la démocratie.  Il a ainsi expliqué que le cocktail explosif d’absence d’accord sur la mise en œuvre de la Constitution iraquienne, de différends religieux et l’exposition du pays aux tensions régionales avaient constamment affaibli la confiance des citoyens iraquiens envers les autorités de leur pays et alimenté, ainsi, la violence. 

Le Chef de la MANUI a ensuite estimé que, face au risque d’effondrement de l’Iraq, les leaders politiques, communautaires et religieux s’étaient rassemblés autour d’une stratégie commune appuyée et facilitée par la Mission.  Il s’est réjoui que les dirigeants du pays aient reconnu la nécessité que la réponse à l’EIIL devrait être basée sur la Constitution, l’unité nationale et la réconciliation.  Après avoir encouragé le Gouvernement iraquien à consolider ses efforts d’inclusion des tribus dans la lutte « nécessaire » contre l’EIIL, il a salué la conclusion récente d’accords, dans les provinces d’Anbar et Ninewa, entre les autorités et les forces locales. 

Le Représentant spécial a ainsi insisté sur le fait que seules des alliances entre l’armée iraquienne, les volontaires locaux et les soutiens internationaux permettraient de libérer les villes et les raffineries conquises par l’EIIL.  Assurant que la MANUI restait engagée à aider le Gouvernement iraquien à parvenir à une réconciliation politique durable, M. Mladenov s’est félicité des efforts entrepris pour restructurer l’armée nationale et rappelé que l’assistance technique de la Mission avait été sollicitée pour élaborer une loi sur la Garde nationale.  Par ailleurs, il a félicité, au nom du Secrétaire général, le Premier Ministre iraquien, Haidar al-Abadi, et son homologue du Gouvernement régional du Kurdistan, M. Nechirvan Barzani, de la conclusion d’un accord de coopération qui, a-t-il dit « profitera à tous les Iraquiens ».  Concernant l’appui international, le Représentant spécial a salué les initiatives en cours du Gouvernement iraquien pour renforcer la stratégie régionale contre l’EIIL, par le biais de contacts fréquents avec l’Iran, la Jordanie, le Koweït, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et les Émirats arabes unis.   

Concernant le processus de démocratisation du pays, M. Mladenov a appelé le Gouvernement iraquien à réformer en profondeur le système judiciaire et à renforcer l’état de droit ainsi que les droits de l’homme.  Il a exhorté le Gouvernement de l’Iraq à promulguer sans délai une loi d’amnistie conforme à la Constitution.  Par ailleurs, il a assuré le Conseil de sécurité que la Mission continuera à tout faire pour que les questions concernant les ressortissants koweïtiens et d’États tiers portés disparus et leurs biens soient résolues. 

« De sévères et apparemment systématiques violations du droit international et des droits de l’homme ont été perpétrées par l’EIIL  et des groupes armés y associés dans le nord de l’Iraq », a renchéri de son côté, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Zeid Ra’ad Al-Hussein.  Citant les crimes les plus odieux commis par l’EIIL, comme la réduction de femmes et de filles à l’esclavage, les meurtres, les exécutions publiques, la torture ou encore l’embrigadement d’enfants et le nettoyage ethnique, M. Al-Hussein a insisté pour que les auteurs de tels crimes soient traduits en justice.  

« Actuellement, au moins 1 500 membres de groupes ethniques et religieux sont entre les mains de l’EIIL, et leur sort nous inspire la plus grande inquiétude », a encore confié le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.  Les rapports publiés par le Haut-Commissariat et par la MANUI avaient établi que les Forces de sécurité iraquiennes avaient également agi en violation flagrante des droits de l’homme dans le pays. 

« Nous recevons continuellement des informations faisant état d’attaques violentes, de cas de harcèlements et d’arrestations illégales de journalistes », a-t-il précisé, en notant que l’application de la Loi antiterroriste de 2005 ne respectait pas les accords internationaux interdisant la torture.  « J’appelle donc le Gouvernement iraquien à adhérer au Statut de Rome et d’inclure les crimes internationaux que sont les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide dans le Code pénal iraquien. »  M. Al-Hussein a conclu en faisant référence à une lettre signée par 126 universitaires musulmans, dans laquelle ils réfutaient les affirmations de l’État islamique d’Iraq et du Levant de parler et agir au nom de l’Islam.  Tout en reconnaissant que cette lettre avait eu peu d’écho, il s’est dit rassuré par le caractère prometteur de l’approche adoptée par ces universitaires.  Il a demandé au Conseil de sécurité d’appuyer de tels efforts « afin de renverser l’idéologie de violence et de mort de l’EIIL ». 

Pour sa part, la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, Mme Valerie Amos, a dressé un bilan accablant de la situation humanitaire en Iraq, marquée par la détresse de 5,2 millions de personnes à travers tout le pays.  « Plusieurs centaines de milliers de personnes ont été déplacées dans le gouvernorat d’Anbar au début de l’année, ce qui porte leur nombre total à 2 millions », s’est alarmée Mme Amos.  « Rien qu’au cours de ces 10 dernières semaines, plus de 200 000 personnes avaient fui leur foyer à la suite des violences faisant rage dans les provinces d’Anbar, Ninive, Sala el Din, Kirkuk et Diyala », a-t-elle déploré, avant de préciser qu’à ce jour, plus de 100 000 avaient été enregistrées comme réfugiées dans les pays voisins.

« Outre les 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, 1,5 million de personnes dans les communautés d’accueil et 1,4 million d’autres vivent dans les zones de conflit avec un accès limité aux services de base », a poursuivi la Secrétaire générale adjointe, qui a fait état de 220 000 réfugiés rien qu’en Syrie.  La crise en Iraq est avant tout une « crise de protection » des civils de confessions et d’ethnicités diverses, a-t-elle rappelé, en soulignant que les femmes étaient les premières victimes de violences, d’enlèvements et de servitude sexuelle, en particulier les femmes yazidies.  « Si les combattants de l’EIIL sont à blâmer, a-t-elle accusé, ils ne sont toutefois pas les seuls à se livrer à ce type de violations. »  Mme Amos a notamment pointé la responsabilité de « groupes armés et de milices affiliées au Gouvernement iraquien ». 

Dans ces conditions, les Nations Unies et leurs partenaires ont renforcé leur action sur le terrain, « grâce à une généreuse contribution d’un demi-milliard de dollars » de l’Arabie saoudite et du soutien d’autres donateurs.  Ainsi, a affirmé Mme Amos, il a été possible d’apporter une aide alimentaire à plus de 1,4 million d’Iraquiens dans les 18 gouvernorats et des soins de santé à au moins un million d’autres.  Par ailleurs, ils sont désormais 1,5 million à avoir reçu de l’eau potable, des toilettes et des kits d’hygiène.  

En dépit de cette mobilisation, il reste encore beaucoup à faire, a reconnu la Secrétaire générale adjointe, alors que l’hiver vient de commencer.  Mais l’insécurité et les combats nous empêchent de venir en aide à tous les nécessiteux, a-t-elle déploré, en rappelant qu’environ 3,6 millions d’Iraquiens vivaient dans les territoires contrôlés par l’EIIL et des groupes armés qui leur ont prêté allégeance, et 2,2 millions d’entre eux avaient cruellement besoin d’assistance.  Mme Amos a expliqué que 173 millions de dollars étaient nécessaires pour répondre de toute urgence aux besoins des personnes déplacées dans le Kurdistan iraquien.  « Si le Programme alimentaire mondial (PAM) ne reçoit pas 85 millions de dollars au cours des prochains jours, alors il ne sera pas possible d’acheter ou d’acheminer des vivres, et 2 millions de personnes seront privées de cette aide », a-t-elle prévenu.

Le représentant de l’Iraq, M. Mohamed Ali Alhakim, a déclaré que son pays, « frappé par la plus grande menace terroriste du monde », avait toutefois réussi à organiser des élections et formé un Gouvernement qu’il a jugé représentatif de toutes les composantes de la société iraquienne.  Il s’efforce, a-t-il assuré, de remplir quatre objectifs dans l’immédiat: venir en aide à la population civile, lutter contre l’EIIL, lutter contre la corruption et améliorer ses relations avec les pays voisins.  Mme Amos a d’ailleurs relevé que le Gouvernement iraquien avait débloqué 50 millions de dollars pour construire des camps de déplacés dans le gouvernorat de Dohouk.  Celui-ci s’est en outre engagé dans une meilleure redistribution des revenus, a ajouté M. Alhakim, qui s’est félicité de l’accord conclu avec le Gouvernement de la région du Kurdistan, « favorable au règlement des questions en suspens avec Bagdad ».  Avec l’aide des pouvoirs locaux et de la MANUI, les autorités iraquiennes déploient des efforts inlassables pour assister les milliers de personnes déplacées qui ont déjà enduré de lourdes épreuves », a affirmé le représentant.

S’agissant de la coopération avec les pays voisins, le représentant de l’Iraq a souligné que la priorité était la lutte contre le terrorisme, qui a « terni notre religion et menace notre pays d’éclatement et de partition ».  Avant de conclure, M. Alhakim a salué le rôle joué par les autorités religieuses pour fédérer les communautés iraquiennes contre l’EIIL.

 

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