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CS/11629
5 novembre 2014
7295e séance – matin

Conseil de sécurité: le Burundi en proie à des tensions préélectorales, préviennent le Représentant spécial et la Commission de consolidation de la paix

Promettant un « climat serein » en 2015, le Burundi se dit prêt à assumer ses responsabilités à deux mois du retrait du Bureau des Nations Unies

À environ six mois des élections présidentielles et législatives au Burundi, les progrès vers cet objectif restent « mitigés », a prévenu ce matin, devant le Conseil de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Burundi et Chef du Bureau des Nations Unies dans ce pays (BNUB), en affirmant que les avancées « remarquables » du dialogue politique sont aujourd’hui « soumises à rude épreuve ».

En effet, a expliqué M. Parfait Onanga-Anyanga, « alors que l’ensemble du cadre législatif est en place, avec l’adoption par consensus du Code électoral, le 3 juin dernier, par le Président de la République, suivie de l’annonce, le 18 juillet, par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), du calendrier électoral, la constitution des démembrements de la CENI aux niveaux provincial et communal a soulevé une controverse et ravivé les accusations de partialité par l’opposition ».

Le Président de la Commission électorale s’est lui-même engagé à corriger les déséquilibres identifiés, même s’il a averti qu’il serait « impossible » de satisfaire toutes les revendications, a précisé le Représentant spécial.  « Qu’elles soient fondées ou non, ces accusations reflètent la méfiance d’une partie importante de la classe politique à l’endroit de l’institution chargée d’organiser les élections de 2015. »

Annoncés par certains partis de l’opposition et associations de la société civile, le retrait et les menaces de retrait des démembrements de la CENI pourraient accroître les risques de tensions préélectorales et ouvrir la voie à des contestations postélectorales génératrices d’instabilité, a prévenu le Représentant spécial, en pointant une crise de confiance envers la Commission.

Ces tensions, a-t-il poursuivi, se trouvent également présentes dans les différents procès où comparaissent des personnalités majeures de l’opposition, qui font dire à celle-ci que la justice serait « instrumentalisée et peu libre », une accusation rejetée par le Gouvernement du Burundi, qui affirme ne pas s’immiscer dans les affaires judiciaires.

Par ailleurs, a fait observer M. Onanga-Anyanga, même si aucun accord n’a pu être trouvé sur la mise en œuvre effective du Code de bonne conduite, les assises de Gitega du 23 octobre ont favorisé une clarification du jeu politique, tout en réaffirmant le respect du principe d’inclusion sans lequel, a-t-il dit, la crédibilité du processus électoral serait battue en brèche.

Le Gouvernement burundais a préféré réaffirmer la primauté du droit sur les recommandations plus politiques agréées, a fait remarquer le Représentant spécial, qui s’est toutefois félicité de l’engagement qu’il a pris en faveur de la poursuite du dialogue politique et de la détermination de l’opposition à participer aux futures élections jusqu’à leur terme, quelles qu’en soient les contraintes.

Le Président de la formation Burundi de la Commission de consolidation de la paix (CCP), l’Ambassadeur Paul Seger, de la Suisse, a lui aussi souligné que tous les acteurs politiques avaient le droit de participer aux élections.  « L’espace politique doit être ouvert non seulement en théorie, mais aussi en pratique, et ce, dans tout le pays », a-t-il tranché, en rappelant que la responsabilité en incombe « avant tout » au gouvernement.

M. Seger a encouragé les partis d’opposition à ne pas répéter les erreurs de 2010 et à participer aux élections.  « Ils doivent afficher leur volonté de contribuer à la dynamique politique du pays afin de renforcer le processus démocratique, plutôt que de s’attarder sur des considérations à court terme », a-t-il déclaré, avant d’appeler tous les acteurs politiques à s’abstenir de comportements générateurs de tensions ou de violences politiques.

« Un climat serein entourera les élections de 2015 », a assuré, pour sa part, le Directeur général des organisations régionales et des organisations non gouvernementales au sein du Ministère des affaires étrangères du Burundi, M. Zacharie Gahutu, avant de saluer le déploiement, dès le 1er janvier 2015, d’une mission électorale onusienne.  Après avoir répété que le Burundi était déterminé à conduire, avec le soutien de l’ONU, un processus électoral « juste, inclusif et libre », il a donné des gages de bonne volonté de son gouvernement en ce sens.

« En tendant la main aux communautés religieuses, nous montrons que nous voulons ouvrir l’espace politique à tous à travers tout le pays », a-t-il par exemple souligné, en exhortant, lui aussi, les acteurs de tous bords à s’abstenir d’actes susceptibles d’attiser les tensions.

Outre l’organisation des élections, le Représentant spécial s’est félicité de la baisse significative du nombre des actes de violence politique ou d’intolérance perpétrés par des jeunes affiliés à des partis politiques et, plus largement, du déclin des violations des droits de l’homme dans le pays.  Toutefois, des incidents criminels préoccupants se sont produits en octobre dans plusieurs provinces, notamment dans la mairie de Bujumbura, s’est inquiété le Représentant spécial.

Évoquant ensuite la fermeture du BNUB, prévue le 31 décembre, M. Onanga-Anyanga a expliqué qu’elle suivait son cours, avec la réduction progressive des effectifs et le renforcement parallèle de l’équipe de pays des Nations Unies.

Le représentant du Burundi a déclaré que le retrait du BNUB laisserait un « fossé difficile à combler », mais qu’il offrait l’occasion aux autorités burundaises de prouver qu’elles sont en mesure d’assumer efficacement leurs responsabilités, en coopération avec leurs partenaires dans les domaines des droits de l’homme et du développement. 

Le Président de la formation de la Commission de consolidation de la paix a abondé en ce sens, en mettant cependant l’accent sur la nécessité, d’une part, pour le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) de nommer rapidement un coordonnateur résident au Burundi et, d’autre part, pour la communauté internationale de dégager les fonds pour financer la présence dans le pays d’une antenne du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Enfin, M. Seger a annoncé la tenue à Bujumbura, les 11 et 12 décembre prochain, d’une table ronde réunissant le Gouvernement du Burundi et ses partenaires pour dresser le bilan des progrès accomplis et des défis restants dans la mise en œuvre du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté II (CSLP-II), évoquer les conséquences de la fermeture du BNUB et évaluer les perspectives d’avenir d’un partenariat mutuel et bénéfique.

« Nous espérons que la table ronde proposée par M. Seger sera assortie de mesures concrètes destinées à garantir le financement, jusqu’à leur terme, des initiatives en cours, en particulier la Vision Burundi 2025 », a souhaité, de son côté, le représentant burundais.

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