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CS/11622
30 octobre 2014
7293e séance – matin

Conseil de sécurité: « la poursuite des violences aggravent la crise humanitaire en Syrie et dans la région », affirme la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires

« La situation en Syrie, à en juger par les souffrances de son peuple, s’aggrave », a constaté avec amertume, ce matin, la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires, Mme Kang Kyung-wha.  Lors de la réunion mensuelle que le Conseil de sécurité consacre à la crise syrienne, Mme Kang s’est dite révoltée par le châtiment collectif infligé aux civils.  « Le mépris des parties au conflit pour le peuple syrien –sa sécurité comme ses droits– ainsi que pour l’avenir du pays est flagrant », a-t-elle dit aux membres du Conseil qui, à l’issue de son exposé, devaient tenir des consultations sur la situation au Moyen-Orient.

Renvoyant dos à dos les parties, en premier lieu l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL) et le Gouvernement syrien, elle les a exhortées à respecter leurs obligations internationales en matière de protection des populations.  « Les parties doivent autoriser l’accès aux personnes dans le besoin », a-t-elle également rappelé, en demandant en outre à la communauté internationale d’honorer ses engagements en termes de financement des opérations humanitaires.

Mme Kang a ainsi souligné que près d’un million de personnes dans le besoin étaient toujours hors d’atteinte et, qu’à ce stade, seulement 39% de l’appel humanitaire d’un montant de 2,3 milliards de dollars avaient été financés. 

La Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires, qui s’exprimait au nom de la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, Mme Valerie Amos, a déclaré que la poursuite des violences à travers le pays était la cause principale de l’aggravation de la situation humanitaire  en Syrie.  Elle a indiqué qu’en septembre, des attaques indiscriminées contre des zones densément peuplées, y compris contre des écoles et des hôpitaux, avaient fait de nombreuses victimes civiles. 

Des dizaines de milliers de Syriens ont été contraints de quitter leur foyer en raison de ces violences, certains fuyant pour la deuxième ou la troisième fois, a-t-elle précisé.  En octobre, le bombardement d’une école à Homs avait fait 50 morts, dont 29 enfants.  « Le 27 octobre, deux autres écoles de la partie d’Alep contrôlée par le Gouvernement syrien ont été bombardées. »  « Au cours du mois dernier, 200 000 personnes ont fui l’avancée brutale de l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL), cherchant refuge en Turquie. »  « Près de 14 000 d’entre elles ont ensuite cherché refuge en Iraq, augmentant le nombre de réfugiés et de personnes déplacées dans ce pays », a-t-elle détaillé.

La Sous-Secrétaire générale a affirmé que l’EIIL et d’autres parties au conflit en Syrie tuaient et détruisaient villages et villes dans la plus grande impunité, l’opposition armée ayant intensifiée ses attaques et le Gouvernement syrien continuant ses bombardements aux barils d’explosifs.  « Le 25 octobre, un petit camp de personnes déplacées à Idlib a été la cible de ce type de bombardement, causant la mort de nombreuses personnes, dont des femmes et des enfants », a-t-elle ainsi signalé. 

Ces violations graves du droit international humanitaire doivent être universellement condamnées, a-t-elle dit, en prévenant que tant que les parties au conflit continueront à ignorer leurs obligations et agir au mépris des demandes formulées dans les résolutions 2139 et 2165 du Conseil de sécurité, il y a aura de nouvelles tragédies.

La Sous-Secrétaire générale a ensuite souligné qu’en dépit des énormes défis auxquels ils font face, l’ONU et ses partenaires continuent de fournir une assistance à des millions de personnes dans le besoin, près de 4 millions d’individus ayant reçu une aide alimentaire au cours du mois de septembre.  « À ce jour, 1,6 million de traitements ont été administrés en dépit des conditions extrêmement difficiles dans lesquelles travaille le personnel humanitaire », a-t-elle indiqué.  Concernant l’assistance aux frontières, elle a rappelé que, depuis l’adoption de la résolution 2165 (2014), 400 000 personnes regroupées dans ces zones avaient été prises en charge par les équipes conjointes de l’ONU et des ONG.  L’acheminement de l’aide humanitaire dans certaines des zones les plus touchées par le conflit ne peut toujours pas se faire, a-t-elle ajouté.  Pour sa part, le Programme alimentaire mondial (PAM) s’est trouvé, de nouveau, dans l’incapacité de porter assistance aux quelque 600 000 personnes visées par l’EIIL dans les gouvernorats de Deir ez-Zorand et de Raqqa, a-t-elle fait remarquer, en précisant qu’il avait dû diviser par deux les quantités livrées à Alep et Idlib. 

La Sous-Secrétaire générale a ensuite exhorté le Gouvernement syrien à lever les obstacles administratifs qui entravent la fourniture de l’aide alimentaire et médicale.  « Près de 241 000 personnes sont toujours assiégées par les forces gouvernementales à Yarmouk, mais aussi dans les zones rurales situées dans les environs de Damas ».  « Nourriture, médicaments: tout cela est à portée de main de ceux qui en ont désespérément besoin.  Si les parties le permettent, nous pourrons les distribuer.  Nous pourrons sauver des vies humaines, mais nos demandes restent toujours sans réponse.  Cela est absolument inacceptable », a-t-elle martelé.

S’agissant du financement des opérations humanitaires, Mme Kang a déploré que l’appel de 2,3 milliards de dollars n’ait été financé à ce stade qu’à hauteur de 39%.  « Les conséquences sont dramatiques: l’aide alimentaire va être réduite, et ce sont plus de 4 millions de Syriens qui vont en pâtir.  Un million de personnes ne recevront ni couvertures, ni vêtements chauds, ni fuel pour faire face à l’hiver », a-t-elle prévenu.  « J’appelle donc la communauté internationale à redoubler d’efforts pour que nous puissions répondre à des besoins sans cesse grandissants », a insisté Mme Kang.

Concluant son exposé, la Sous-Secrétaire générale a déclaré que si la communauté des travailleurs humanitaires continuait d’œuvrer sans relâche pour fournir une aide aux populations, seule une solution politique prenant en compte les causes véritables du conflit permettra de résoudre la crise qui sévit en Syrie et dans la région depuis plus de trois ans.

 

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