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CS/11600
14 octobre 2014
7278e séance – matin

Somalie: les efforts politiques en cours doivent permettre la tenue d’élections crédibles en 2016, souligne le Représentant spécial du Secrétaire général

La Somalie « se réveille doucement d’un terrible cauchemar », a déclaré ce matin, aux membres du Conseil de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), M. Nicholas Kay, qui intervenait par visioconférence depuis Mogadiscio.  Présentant le rapport du Secrétaire général sur la question, M. Kay a souligné que les efforts politiques en cours en Somalie devraient aboutir à la tenue d’élections crédibles en 2016, lesquelles permettront, a-t-il dit, d’ouvrir la voie à la paix et à la stabilité durables dans le pays.  

M. Kay a par ailleurs salué les succès militaires enregistrés dans le cadre de l’opération océan Indien, tout en reconnaissant que les conditions de sécurité en Somalie restent précaires.  Comme l’indique le Secrétaire général dans son rapport, le nombre d’incidents graves attribués au groupe Al-Chabab au cours des trois derniers mois reste très élevé.  

Le représentant de la Somalie est intervenu pour demander au Conseil de sécurité de répondre favorablement à la demande de son pays d’interdire l’exportation du charbon de bois depuis la Somalie.  « Lutter contre le commerce du charbon de bois fera une réelle différence dans la lutte contre Al-Chabab et, par conséquent, dans la vie des Somaliens », a jugé M. Awale Ali Kullaawe.

Pour le Représentant spécial de l’Union africaine pour la Somalie et Chef de la Mission d’observation militaire de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), M. Maman S. Sidikou, la communauté internationale doit honorer ses engagements en matière d’assistance à la consolidation de l’état de droit et à la fourniture des services de base, « faute de quoi, a-t-il prévenu, la menace terroriste s’éloignera pour mieux revenir ».

Les situations humanitaire et économique ont également été abordées.

M. Kay a d’abord souligné que la Somalie, avec l’aide de la communauté internationale, connaissait une période de transformation sans équivalent dans son histoire récente.  « Nous devons saisir les opportunités qui se présentent en continuant d’accompagner la Somalie », qu’il a décrite comme « un pays qui se réveille doucement d’un terrible cauchemar ».  

Le Chef de la MANUSOM s’est réjoui des progrès politiques réalisés par le Gouvernement somalien dans les domaines clefs que sont la réconciliation nationale, la formation fédérale et la mise en place d’administrations régionales.  « La capacité de ces administrations temporaires doit être développée avec l’appui de la communauté internationale, y compris l’ONU, et il est impératif que ce processus soit inclusif », a-t-il insisté, en exprimant l’espoir que, d’ici à la fin de l’année, « nous disposerons d’une nouvelle carte de la Somalie fédérale ».  

M. Kay a ensuite expliqué que les progrès politiques et la démocratisation en cours devraient avoir pour finalité la tenue d’élections crédibles en 2016, dont l’issue contribuera à ouvrir la voie à l’instauration d’une paix et d’une stabilité durables en Somalie.  C’est ainsi qu’il a exhorté le Président, le Premier Ministre et le Parlement somaliens à atténuer les tensions politiques qui conduisent à la paralysie bureaucratique et retardent l’opérationnalisation de la Commission électorale nationale indépendante et de la Commission nationale des frontières.  « L’examen constitutionnel doit commencer sans délais », a-t-il également demandé.

Abordant la situation en matière de sécurité, M. Kay a rendu hommage aux opérations conjointes menées par l’AMISOM et l’Armée nationale somalienne dans le cadre de l’opération océan Indien, dont l’objectif est la reprise des zones aux mains des miliciens Al-Chabab.  « Avec la mort de son leader Ahmed Godane, le 1er septembre dernier, le groupe Al-Chabab est indéniablement affaibli », a-t-il assuré.  Le Représentant spécial pour la Somalie a néanmoins insisté sur le fait que les actions militaires ne suffiraient pas à éradiquer la menace terroriste dans le pays, en soulignant à ce propos la nécessité de renforcer le financement des programmes de démobilisation des combattants.  « Nous devons également nous attaquer de manière résolue au trafic du charbon de bois qui sert à financer le terrorisme en Somalie », a-t-il encore noté.

S’attardant sur la situation sécuritaire dans le pays, M. Kay a estimé que les efforts de développement des institutions pertinentes restaient insuffisants, la réforme du secteur de la sécurité devant s’appuyer sur un plan « coordonné et réaliste », soutenu par les partenaires internationaux de la Somalie.  Après avoir salué la récente visite du Représentant spécial du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé et l’annonce faite par le Gouvernement fédéral de la Somalie de son intention de ratifier la Convention sur les droits des enfants, il a demandé instamment à ce dernier d’instaurer un moratoire sur la peine de mort.  « Le Secrétaire général appuie l’engagement de l’AMISOM de faire toute la lumière sur les allégations de crimes sexuels commis par ses troupes », a-t-il en outre rappelé.

Le Chef de la MANUSOM a ensuite évoqué la situation humanitaire et économique dans le pays. 

Rappelant que près de 3 millions de personnes dépendent actuellement d’une aide extérieure pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, il s’est dit satisfait de ce que, depuis la fin du mois d’août, deux fois plus de foyers reçoivent une aide alimentaire.  « En raison d’un accès limité aux zones les plus touchées par la crise humanitaire, plus de 300 000 tonnes de fournitures ont été distribuées par avion à des dizaines de milliers de personnes ».  « Mais les avions cargos ne peuvent pas distribuer les quantités requises et c’est pourquoi il faudrait sécuriser les routes », a-t-il insisté. 

Pour ce qui est des réformes économiques menées par le Gouvernement, il a notamment salué la création d’un organe de contrôle chargé de superviser les activités du Comité de gouvernance financière ainsi que le renforcement de la transparence des finances publiques.  Dans le cadre du « New Deal pour la Somalie », il a rappelé que les autorités somaliennes étaient tenues d’améliorer la sécurisation des flux d’aide venus des donateurs. 

« Le Cadre stratégique intégré que l’ONU s’apprête à signer avec le Gouvernement fédéral somalien permettra à celui-ci de mieux tenir les engagements pris au titre du ‘New Deal’ », a-t-il promis.

« Dans le cadre du ‘New Deal’, le Gouvernement somalien mène des réformes profondes en matière de réformes des finances publiques et du budget, la capacité des bureaux du Vérificateur général et du Comptable général ayant été renforcée à cette fin », a indiqué, de son côté, le représentant somalien, M. Awale Ali Kullaawe.  « Un budget annuel a été présenté, la Banque centrale de Somalie est désormais dirigée par un nouveau gouverneur et un Comité de gouvernance financière, liant le Gouvernement fédéral et les institutions financières internationales, a été mis en place pour assurer une plus grande transparence », a-t-il encore détaillé. 

Le représentant a également souhaité souligner les gages de bonne volonté du Gouvernement somalien, en précisant que « les grands axes de la Vision politique pour 2016 » correspondaient aux priorités les plus urgentes du Gouvernement fédéral: l’examen de la Constitution et sa mise en œuvre, la conclusion du processus de formation fédérale et la démocratisation du pays.  « L’objectif à atteindre est, comme vous l’avez dit, l’organisation d’élections crédibles en 2016 », a-t-il répondu à M. Kay, en indiquant que son pays attendait les résultats de l’évaluation par l’AMISOM, des besoins en matière d’assistance au processus électoral. 

M. Kullaawe a ensuite remercié l’assistance internationale à la lutte contre les groupes armés sévissant en Somalie.  « Nous espérons que le jour viendra rapidement où l’Armée nationale somalienne sera en mesure d’assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire somalien, cela sans l’appui de forces extérieures », a-t-il déclaré.  Le Conseil de sécurité doit répondre favorablement à la demande que lui a adressée son pays pour interdire l’exportation de charbon de bois depuis la Somalie et renforcer l’application des embargos sur les armes, a-t-il souhaité.  « Lutter contre le commerce du charbon de bois, en particulier, fera une réelle différence dans la lutte contre le groupe Al-Chabab et, par conséquent, dans la vie des Somaliens », a jugé M. Kullaawe.

S’exprimant par visioconférence depuis Addis-Abeba, le Représentant spécial de l’Union africaine pour la Somalie et Chef de la Mission d’observation militaire de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), M. Maman S. Sidikou, a pour sa part tenu à signaler qu’en dépit des succès militaires remportés dans le cadre de l’opération océan Indien, « les miliciens Al-Chabab ont encore des combattants et des ressources ».  « Certaines factions de ce groupe se sont rapprochées de l’État islamique en Iraq et au Levant. »  M. Sidikou a été clair: la communauté internationale doit honorer ses engagements en matière d’assistance à la consolidation de l’état de droit et à la fourniture des services de base, « faute de quoi la menace terroriste s’éloignera pour mieux revenir ».

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