Imprimer
CS/11599
14 octobre 2014
7277e séance – matin

Haïti: le Conseil de sécurité proroge d’un an le mandat de la MINUSTAH et réduit ses effectifs militaires et de police

Constatant qu’au cours de l’année écoulée, Haïti a fait des progrès sur la voie de la stabilisation, le Conseil de sécurité a décidé de proroger, ce matin, d’un an –jusqu’au 15 octobre 2015-, le mandat de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH).

En adoptant à l’unanimité la résolution 2180 (2014), le Conseil a également décidé que l’effectif global de la MINUSTAH serait ramené à 2 370 soldats pour sa composante militaire et à 2 601 personnes pour sa composante de police.

Il suit en cela les recommandations* du Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, partisan d’un retrait de la MINUSTAH « en deux temps ».  La deuxième phase pourrait voir la force restante « encore réduite », à la suite de l’élection présidentielle en 2015 et de la mise en place d’un nouveau gouvernement, « si la situation le permet ».

Avec ces effectifs plus restreints, la composante militaire n’aiderait les institutions haïtiennes que si la Police nationale d’Haïti n’était pas en mesure de rétablir l’ordre avec l’appui de la composante de police de la MINUSTAH, explique le Secrétaire général.

Considérant qu’il s’agit là d’« une tâche des plus cruciales », le Conseil prie la Mission de continuer de redoubler d’efforts pour encadrer et former les agents de la Police et de l’administration pénitentiaire haïtiennes.

Comme le Secrétaire général, le Conseil affirme également que tout aménagement de la configuration de la force devrait dépendre des conditions de sécurité sur le terrain, notamment dans le contexte des prochaines élections législatives et locales et du scrutin présidentiel, ainsi que du développement croissant des capacités de l’État haïtien.

En dépit de ces assurances, des membres du Conseil, mais aussi des pays contributeurs de troupes à la MINUSTAH, se sont élevés contre la réduction « drastique » de ces effectifs.  Ainsi, le représentant du Chili, M. Cristián Barros, a estimé qu’une telle décision pourrait entamer la capacité de prévention de la Mission en cas de crise.

Partageant le même avis, son homologue de l’Argentine, qui préside les travaux du Conseil de sécurité pour le mois d’octobre, a déclaré que sa délégation ne s’était pas portée coauteur du texte car, a précisé Mme Maria Cristina Perceval, il ne reflète pas suffisamment les vues exprimées par les pays fournisseurs de contingents, dont le sien, dans le cadre des négociations avec le Groupe des amis d’Haïti.

Pour la représentante de l’Argentine, la situation en Haïti ne s’est pas améliorée au point de justifier une réduction aussi conséquente des effectifs militaires de la MINUSTAH.  C’est tout particulièrement vrai lorsque l’on constate que la Police nationale haïtienne ne dispose encore ni de moyens ni d’autonomie nécessaires pour assurer la sécurité dans le pays, a-t-elle fait remarquer.

« Toute diminution de la présence militaire sur le terrain doit être prise à l’aune de ce qui se passe sur le terrain et non d’autres considérations », a martelé, de son côté, M. Barros, suivi en ce sens par ses homologues du Guatemala et de l’Équateur.

Pour le représentant du Guatemala, M. Fernando Carrera Castro, la résolution adoptée aujourd’hui compromet en outre la poursuite de la mise en œuvre du plan de consolidation conditionnel de la MINUSTAH pour la période 2013-2016, qui axe les activités de la Mission sur un ensemble de tâches convenues avec le Gouvernement haïtien.

Pour sa part, le représentant de l’Équateur, M. Xavier Lasso, a estimé que les « incertitudes relatives au processus électoral à venir » n’avaient pas suffisamment été prises en compte, selon lui, dans le cadre de cette décision de réduire les effectifs de la MINUSTAH pour des raisons de toute évidence « budgétaires ».

En revanche, le représentant du Royaume-Uni, M. Mark Lyall Grant, a souligné qu’Haïti, n’ayant pas connu de conflit militaire depuis longtemps –les Casques bleus ne sont intervenus qu’à deux reprises pour des incidents sécuritaires au cours de la période examinée–, la Mission ne pourrait pas mener « indéfiniment » des tâches de stabilisation.

Sa collègue des États-Unis, Mme Samantha Power, a abondé en ce sens, en ajoutant que la situation sur le terrain devrait « plus que jamais » motiver les décisions du Conseil quant au mandat de la MINUSTAH.  Elle a en aussi noté que la Mission « avait contribué -et continue de le faire- à rétablir la sécurité dans le pays.

Présentée par les États-Unis, la résolution que le Conseil de sécurité vient d’adopter encourage la MINUSTAH à redoubler d’efforts pour fournir un soutien logistique et une assistance technique pour aider le Gouvernement haïtien à lui donner les moyens d’étendre son autorité sur l’ensemble de son territoire et de promouvoir la bonne gouvernance et l’état de droit à tous les niveaux.

*S/2014/617

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.