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CS/11592
8 octobre 2014
7274e séance – matin

Le Ministre malien des affaires étrangères rejette l’idée d’une fédération et appelle à une force d’intervention contre des terroristes aux liens de plus en plus étroits avec l’« État islamique »

 

Le Ministre malien des affaires étrangères et le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix ont dressé aujourd’hui un bilan mitigé de la situation au Mali, alors que le Conseil tenait sa séance trimestrielle sur l’évolution de la situation sécuritaire et politique au Mali.  MM. Abdoulaye Diop et Hervé Ladsous se sont réjouis de la reprise imminente du dialogue intermalien. 

Le Ministre malien des affaires étrangères a rejeté l’idée d’une fédération malienne, fait quatre remarques devant le Conseil et proposé la création d’une force d’intervention rapide capable de lutter efficacement contre les éléments terroristes.  Il est crucial, a-t-il dit, d’empêcher que les liens avec Daesh se solidifient au risque d’embraser la région du Sahel.   

« Les pourparlers en cours à Alger sont une occasion à ne pas manquer d’apporter une solution durable à la crise que traverse le Mali depuis peu », a acquiescé le Ministre malien des affaires étrangères, en citant le rapport du Secrétaire général dont est saisi le Conseil de sécurité.

Dans ses quatre remarques, le Ministre a insisté sur le fait que son gouvernement rejetait « catégoriquement » toute demande de création d’une fédération ou d’un nouvel État dans l’État malien, « qui est contraire à sa Constitution, aux résolutions pertinentes de l’ONU et aux engagements pris dans la feuille de route du processus d’Alger ».  M. Abdoulaye Diop a ainsi jugé que les mouvements armés devaient faire preuve de « réalisme » et saisir la main tendue du Gouvernement malien qui a fait des offres répondant aux aspirations profondes des populations des régions du nord, notamment en termes de libre administration des collectivités et de gestion des spécificités locales. 

Aux membres du Conseil de sécurité, il a demandé d’exercer toute leur influence pour amener les mouvements armés signataires de la feuille de route d’Alger à « se mettre ensemble pour négocier de bonne foi afin de faciliter la conclusion d’un accord global et définitif; à respecter scrupuleusement l’Accord de cessez-le-feu du 23 mai ainsi que la Déclaration de cessation des hostilités du 24 juillet 2014; à se démarquer des groupes terroristes et autres narcotrafriquants, sous peine de sanctions; et à reprendre le processus de cantonnement de leurs unités dans les plus brefs délais, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et à l’Accord préliminaire de Ouagadougou ». 

Face au retour en force des djihadistes dans le nord du Mali et à la multiplication des agressions contre les troupes de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), le Conseil de sécurité, a voulu le Ministre, doit doter cette dernière de moyens appropriés pour pouvoir exécuter pleinement son mandat, protéger les civils et les Casques bleus.  

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, qui intervenait par vidéoconférence depuis Bamako, a en effet rendu hommage aux neuf Casques bleus nigériens « lâchement assassinés » le 3 octobre dernier lors d’une embuscade contre un convoi de la MINUSMA dans la région de Gao.  « Pas plus tard qu’hier, une base de l’ONU à Kidal a été la cible de tirs de roquettes, tuant un Casque bleu sénégalais », a ajouté M. Hervé Ladsous, qui a souligné que la Mission avait enregistré un taux record d’attaques depuis son déploiement, il y a 13 mois. 

« Trente et un Casques bleus ont péri au cours de cette période et 66 ont été blessés, dont certains grièvement », a-t-il déploré, expliquant l’insécurité croissante par la combinaison de deux facteurs: la réduction de la présence française dans le nord du pays et la quasi-disparition des Forces maliennes de sécurité et de défense de la zone.  « De fait, l’ONU et la MINUSMA sont les seules forces étrangères sur le terrain, et à ce titre elles sont les cibles privilégiées des fauteurs de troubles, djihadistes et autres trafiquants. » 

Nul n’ignore, a prévenu le Ministre malien des affaires étrangères, que le chef du groupe terroriste Ansar Eddine, Iyad AG Aghanli, qui figure depuis longtemps sur la liste du Comité contre le terrorisme, circule librement dans le nord du Mali et qu’il vient de prêter allégeance à « l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL) ».  Le Mali, s’est-il alarmé, court à nouveau le risque d’être la destination de hordes de terroristes déboutés d’autres régions du monde.  Il faut que la communauté internationale envoie aux terroristes un signal fort, le seul auquel ils sont sensibles, a pressé le Ministre. 

À cet égard, M. Diop a appelé le Conseil à réviser le mandat de la MINUSMA et à renforcer ses capacités et ses moyens pour lui permettre de faire face au regain de la violence sur le terrain et a estimé que le Conseil devrait peut-être envisager la mise en place d’une force d’intervention rapide capable de lutter efficacement contre les éléments terroristes.  « Il est crucial d’empêcher que les liens avec Daesh se solidifient au risque d’embraser la région du Sahel.  Pour ce faire, le Conseil de sécurité doit exiger la pleine coopération des groupes armés du nord du Mali dans la lutte contre le terrorisme, conformément aux engagements pris à Alger », a dit M. Abdoulaye Diop. 

L’environnement dans le nord ne relève plus du maintien de la paix, a tranché le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.  M. Hervé Ladsous a expliqué que: « Dans le nord, l’ONU fait face à des menaces asymétriques –attaques-suicide, tirs de mortiers, embuscades, mines- auxquelles nous devons faire face en comptant sur le soutien des pays voisins, des équipes d’appui à la Mission mais aussi des groupes armés parties prenantes au processus de paix ».  « La MINUSMA ne doit, ne peut pas être une cible », a-t-il martelé.

À 10 jours de la reprise du dialogue intermalien, a poursuivi M. Hervé Ladsous, les acteurs du conflit entrent dans une phase « importante et délicate ».  Il a appelé ceux « qui campent toujours sur des positions de principe », à faire les compromis nécessaires pour trouver rapidement un accord durable et crédible.  M. Ladsous s’est dit optimiste, le Président Ibrahim Boubacar Keita lui ayant assuré qu’il accordait une priorité absolue à la réussite du processus politique en cours.  « Lors de notre rencontre, le Président Keita a noté avec satisfaction qu’à la différence des crises précédentes, la crise actuelle bénéficie d’un engagement fort de la communauté internationale en faveur d’un Mali uni, républicain et laïque. » 

Ces principes de base ont été réaffirmés à l’occasion de la réunion de haut niveau tenue, à New York, il y a 10 jours, a rappelé M. Ladsous, avant de faire sienne la formule du Président malien: « non au fédéralisme, oui à la régionalisation ».  Précisant que cet objectif visait l’instauration d’une gouvernance impartiale, la restauration de l’état de droit, l’accès de tous les Maliens aux services sociaux de base et aux opportunités économiques et la reconnaissance des identités culturelles sur l’ensemble du territoire malien, le Secrétaire général adjoint a exhorté les signataires de l’Accord préliminaire de Ouagadougou à « ne plus perdre de temps »: « un accord doit voir le jour pour que puisse s’enclencher, sans délai, la transition vers un rétablissement de l’autorité de l’état dans le nord du Mali ». 

 

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