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AG/11603
15 décembre 2014
Soixante-neuvième session 72e séance plénière – matin

L’Assemblée reçoit un texte qui « encourage les États à divulguer tous les dossiers sur la mort de Dag Hammarskjöld » et condamne, dans un autre texte, « tout appel à la haine religieuse »

L’Assemblée générale a été saisie aujourd’hui d’un projet de résolution encourageant les États à divulguer tous les dossiers sur la mort de Dag Hammarskjöld, deuxième Secrétaire général de l’ONU, disparu en 1961 dans un accident d’avion*.  L’Assemblée, qui ne s’est pas prononcée sur ce texte, a en revanche adopté une résolution condamnant « tout appel à la haine religieuse ». 

C’est le représentant de la Suède qui a présenté le projet intitulé « Enquête sur les conditions et les circonstances de la mort tragique de Dag Hammarskjöld et des personnes qui l’accompagnaient ».  De nationalité suédoise, Dag Hammarskjöld a été le Secrétaire général de l’ONU de 1953 à 1961.

Il a été, a rappelé le représentant suédois, le concepteur de la diplomatie préventive et en déployant la première opération de maintien de la paix, en 1956, pour la crise du Canal de Suez, il a jeté les bases de ce qui est devenu l’élément le plus important et le plus visible de la boîte à outil des Nations Unies.

Nous savons aussi, a poursuivi le représentant, que dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961, un avion suédois qui transportait 16 personnes s’est écrasé à Ndola en Zambie, tuant tous les passagers.  Au fil des ans, un certain nombre d’études ont été publiées sur le contexte, les circonstances et la cause de l’accident mais sans se prononcer définitivement sur ses raisons.  Dag Hammarskjöld était dans la région pour des consultations avec l’Opération des Nations Unies au Congo (ONUC).  

Le 21 mars dernier, le Secrétaire général a transmis à l’Assemblée générale le rapport de la « Commission Hammarskjöld** » dans lequel il a dit noter de nouveaux éléments de preuve, ajoutant: « il existe des éléments de preuve supplémentaires qui, pour des raisons de sécurité nationale, restent classifiés confidentiels par plusieurs gouvernements plus de 50 ans après les faits ».

Le projet de résolution prie donc le Secrétaire général de désigner un groupe d’experts indépendants chargé d’examiner les nouvelles informations et d’évaluer leur valeur probante et encourage les États Membres à divulguer tous les dossiers pertinents en leur possession et à communiquer au Secrétaire général toutes informations pertinentes sur la mort de Dag Hammarskjöld et des personnes qui l’accompagnaient.

L’Assemblée générale, qui ne s’est pas prononcée, a en revanche adopté une résolution sur « la promotion du dialogue, de l’entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix » dans laquelle elle condamne « tout appel à la haine religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence, qu’il soit fait usage pour cela de la presse écrite, des médias audiovisuels ou électroniques ou de tout autre moyen*** ».

« Le clash des civilisations est évitable et réversible », a assuré le représentant du Pakistan en présentant ce texte qui encourage également les États Membres et les organisations intergouvernementales et non gouvernementales à mener des activités à l’appui du Plan d’action pour la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022) de l’UNESCO.  

Dans la seconde résolution**** portant sur la suite donnée à la Déclaration et au Programme d’action en faveur d’une culture de paix, adoptés en 1999, l’Assemblée note qu’il importe que la culture de la paix soit dûment prise en compte dans le programme de développement pour l’après-2015.  Elle se félicite également du succès du Forum de haut niveau sur la culture de la paix qu’elle a tenu le 9 septembre dernier. 

Le représentant du Maroc a parlé de la stratégie de « dé-radicalisation » adoptée par son pays et qui se base sur le triptyque de la sécurité religieuse, de la prévention sécuritaire et du développement humain.  C’est dans ce cadre que le Maroc offre une formation aux techniques de lutte contre le terrorisme dont la première a été inaugurée avec le Mali à travers notamment la formation au Maroc de 500 imams maliens.  D’autres pays comme la Côte d’Ivoire, le Niger, la Libye, la Tunisie et la Guinée ont sollicité le concours du Maroc pour faire bénéficier les imams d’une telle formation, a assuré le représentant.

Son homologue du Bénin a évoqué l’Initiative africaine d’éducation à la paix et au développement par le dialogue interreligieux et interculturel que devrait lancer son pays en 2015.  Cette Initiative, a-t-il expliqué, vise à contrer la résurgence de l’extrémisme religieux en Afrique, en s’attaquant à ses racines.

Dans le monde d’aujourd’hui, le véritable fossé n’oppose plus l’Est à l’Ouest, pas plus qu’il n’oppose les riches aux pauvres, les pays en développement aux pays développés et encore moins les différentes religions entre elles.  Les défis et difficultés actuels découlent de l’antagonisme entre modérés et extrémistes, a confirmé le représentant de Brunei Darussalam, au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) qui participe au « Mouvement mondial des modérés ». 

La prochaine réunion de l’Assemblée générale sera annoncée dans le Journal des Nations Unies.

*A/69/L.42 ; **A/68/800***A/69/L.41****A/69/L.34

CULTURE DE LA PAIX

Rapport du Secrétaire général sur la promotion d’une culture de paix, du dialogue, de l’entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix (A/69/413)

Le rapport fournit un aperçu général des activités menées par les principales entités des Nations Unies dans le domaine du dialogue, de l’entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix depuis l’adoption des résolutions. 

Dans son rôle de chef de file, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) continue de miser sur son Programme d’action pour une culture de la paix et de la non-violence ainsi que sur le Plan d’action pour la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022) pour inciter les partenaires à s’engager activement à promouvoir un dialogue et une compréhension mutuelle. 

De son côté, l’Alliance des civilisations des Nations Unies a mené un examen stratégique de ses activités et élaboré un plan pour la période 2013-2018 reflétant une nouvelle vision.  Au niveau intergouvernemental, en septembre 2013 et 2014, le Président de l’Assemblée générale a convoqué un Forum de haut niveau sur la culture de la paix.  La Commission de consolidation de la paix a continué de promouvoir une culture de paix et de non-violence dans toute entreprise menée au lendemain d’un conflit à l’échelon national.   

Le rapport décrit aussi les activités des Volontaires des Nations Unies (VNU), d’ONU-Femmes, de l’Université des Nations Unies (UNU), de l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR), de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Département de l’information des Nations Unies (DPI) qui déploie ses diverses ressources, notamment son réseau mondial de centres d’information des Nations Unies, afin de mieux faire connaître la Journée internationale de la paix, observée le 21 septembre, dont le thème en 2014 portait sur le droit des peuples à la paix.  Par exemple, quelque 500 étudiants des États-Unis et de la République démocratique du Congo (par le truchement d’une liaison vidéo avec la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo) ont participé à une conférence en présence du Secrétaire général et des Messagers de la paix sur le thème de la paix.

En outre le système des Nations Unies œuvre en faveur du dialogue interreligieux en se rapprochant des organisations confessionnelles et en les associant à ses activités de politique générale et de plaidoyer.  En sa qualité de convocateur du Groupe de travail interorganisations créé dans le but d’encourager les organismes religieux à s’investir dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a par exemple accueilli une table ronde des donateurs sur le thème « Religion et développement pour l’après-2015 » en mai 2014.  

Le Programme commun des Nations Unies sur le VIH et le sida (ONUSIDA) a, en 2014, renforcé ses activités dans cinq domaines principaux: direction et plaidoyer, appui visant à intensifier la prestation de services par les organisations confessionnelles et à l’intégrer dans les réponses nationales, solutions aux problèmes des droits de l’homme, lutte contre la stigmatisation et la discrimination et problèmes délicats tels que la sexualité et la violence sexiste dans le contexte du VIH.  Au Népal, par exemple, ONU-Femmes a appuyé la formation d’un réseau interreligieux national pour lutter contre la violence à l’égard des femmes.

Dans ce rapport, le Secrétaire général décrit aussi la manière dont le dispositif des Nations Unies pour les droits de l’homme favorise une culture de paix et le dialogue sous divers angles.  Il parle de la promotion du droit à la paix, des droits culturels et des droits des autochtones.  Il ajoute que les travaux des mécanismes des droits de l’homme sur la discrimination raciale et les droits des minorités sont également très pertinents dans le présent contexte, en particulier dans la perspective de la lutte contre les discours de haine raciale, la promotion de l’éducation interculturelle et la garantie des droits des minorités religieuses par la promotion du dialogue interreligieux.  Ces travaux ont été activement encouragés par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales.

Déclarations

Au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les-Grenadines) a commencé par souligner que la CARICOM représentait « l’essence même de la diversité culturelle ».  Elle a estimé que le règlement pacifique des conflits et des différends était crucial pour le développement social et économique.  Malheureusement, la pauvreté et les inégalités persistantes provoquent un ressentiment et une intolérance croissants.  C’est pour cette raison que la CARICOM croit que le programme de développement pour l’après-2015 doit faire en sorte que tous les pays, et pas seulement quelques-uns, jouissent des bienfaits de la mondialisation.

Se référant au rapport du Secrétaire général, Mme King a souhaité que les peuples soient équipés des moyens de contrecarrer les discours haineux, de surmonter les stéréotypes et de promouvoir la coexistence pacifique dans la diversité.  Les principes de paix, de tolérance, de coopération, de dialogue et de respect mutuel de tous doivent cimenter l’éducation des jeunes.  En conclusion, la représentante a cité Malala Yousafzai, prix Nobel de la paix 2014, qui a illustré combien l’éducation était « un outil puissant contre l’oppression ». 

Au nom de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. DATO ABDUL GHAFAR ISMAIL (Brunei Darussalam) a tenu à marquer sa solidarité avec le peuple de l’Australie, au moment où se déroule à Sydney une prise d’otages.  « Nous sommes fermement engagés dans la lutte contre la radicalisation », a-t-il dit avant d’indiquer que l’ASEAN œuvrait à l’établissement d’ici à 2015 d’une communauté au sein de laquelle des individus de confessions, d’ethnies, de langues et de cultures différentes vivraient ensemble dans l’harmonie.

Le délégué a affirmé que le véritable fossé dans le monde d’aujourd’hui n’oppose plus l’Est à l’Ouest, pas plus qu’il n’oppose les riches aux pauvres, les pays en développement aux pays développés et encore moins les différentes religions entre elles.  « En effet, les défis et difficultés actuels découlent de l’antagonisme entre modérés et extrémistes. »  Il a détaillé les efforts de paix de l’ASEAN, citant en particulier sa participation au Mouvement mondial des modérés.  « Nous soutenons également l’initiative pour un dialogue interreligieux adoptée dans le cadre du Dialogue Asie-Europe », a-t-il dit, avant de dire également son soutien pour tous programmes visant à sensibiliser les jeunes à cette question.

Le délégué a souligné l’importance qu’il y a à ce que la culture de la paix soit dûment considérée lors de l’élaboration du programme de développement pour l’après-2015.  « Il ne peut y avoir de développement sans paix », a-t-il insisté, apportant le soutien résolu de l’ASEAN aux efforts de l’ONU visant à promouvoir cette culture par le biais notamment du Plan d’action pour la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022).

Mme PEMIKAR LUSANANON (Thaïlande) a dit que la politique intérieure et extérieure de la Thaïlande accorde la priorité au renforcement de la modération pour promouvoir une meilleure compréhension et le respect mutuel entre les différentes civilisations, cultures, religions, croyances et convictions.  Chaque personne dans une société doit être équipée pour reconnaître et stopper les discours de haine, les préjugés et la discrimination.  La Thaïlande est fermement convaincue que la liberté d’expression, les droits de l’homme et l’état de droit sont de solides fondations pour cultiver la paix et l’harmonie dans des sociétés multiculturelles.

Après avoir énuméré les initiatives auxquelles son pays prend part, la représentante a estimé que la promotion d’une culture de paix durable requiert une approche holistique exigeant l’implication des États Membres, des organismes pertinents des Nations Unies et toutes les autres parties prenantes.  La Thaïlande, a-t-elle dit, appuie le rôle constructif des différents acteurs et souligne, en particulier celui des femmes et des médias.

La représentante s’est dite horrifiée par le fait que les religions, porteuses d’un message de paix, aient été mal interprétées et déformées, devenant la force motrice de la violence et du terrorisme.  Il faut, a-t-elle préconisé, promouvoir une bonne compréhension de l’essence même des religions, de la foi et des convictions et s’appuyer sur le rôle constructif des leaders religieux, des milieux universitaires et des médias.

La culture de paix passe aussi par le renforcement des capacités et l’éducation.  Il faut mettre l’accent sur la jeunesse et savoir que promouvoir la notion de paix comme partie intégrante de la culture des jeunes contribuera sans aucun doute à la réalisation de nos objectifs.  La représentante a conclu en jugeant urgent de formuler des politiques plus efficaces et d’explorer de nouveaux outils et mécanismes pour prévenir et combattre la propagation rapide des discours et des incitations à la haine par Internet.

M. ABDULAZIZ ALALI (Qatar) a dit que la paix passe par l’apport de solutions aux causes sous-jacentes de la violence.  Le représentant a prôné une coopération au développement et une lutte contre la pauvreté efficaces.  Le représentant a aussi insisté sur la promotion des droits de l’homme et de l’état de droit.  Il a souligné l’importance de la participation de tous à l’instauration d’une culture de paix, notamment les jeunes.  Après avoir passé en revue les initiatives nationales, le représentant a souligné, à son tour, que l’éducation est le vecteur principal de la paix, l’une des trois dimensions stratégiques du programme de développement pour l’après-2015.

M. HUSSEIN HANIFF (Malaisie) a réitéré qu’il était important de respecter les principes fondamentaux de la Déclaration et du Programme d’action en faveur d’une culture de paix, adoptés par l’Assemblée générale en septembre 1999.  L’Assemblée devrait redoubler d’efforts pour promouvoir une telle culture.  Le représentant s’est dit convaincu que le dialogue interculturel et interconfessionnel, de même qu’une culture de la modération et une meilleure compréhension entre les peuples, permettront à terme de « lutter contre la radicalisation et l’extrémisme ». 

Le représentant a fait part de l’expérience de la Malaisie qui, en tant que pays multiethnique, multiculturel, et multiconfessionnel, a introduit « le principe de la Malaisie unie » en mettant l’accent sur un développement équilibré et sur la promotion des clauses morales et du dialogue.  La participation de tous et l’échange de vues sont essentiels pour parvenir au développement économique, a-t-il conclu. 

M. AKAN RAKHMETULLIN (Kazakhstan) a indiqué qu’il était possible de combattre l’extrémisme et les préjugés grâce à l’éducation, la promotion des valeurs, un usage approprié des nouvelles technologies et la libre circulation des informations.  Il a souligné la nécessité d’œuvrer à un désarmement complet et général et à un contrôle effectif des armes de destruction massive et des armes de petit calibre si la communauté internationale veut l’instauration d’une paix durable.  Il a ensuite détaillé les efforts de son pays pour promouvoir une culture de paix, citant en particulier le mécanisme sans précédent pour le dialogue interethnique et interreligieux que constitue l’Assemblée du peuple du Kazakhstan, par laquelle les quelque 130 groupes ethniques et les près de 20 communautés religieuses du pays peuvent faire entendre leur voix.  « Le Kazakhstan, premier pays eurasiatique à présider l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en 2010 et Président en 2011 et 2012 de l’Organisation de la coopération islamique, continue de promouvoir le dialogue interreligieux sur la scène internationale comme régionale. » 

En conclusion, il a indiqué que son pays veillait à fournir aux enfants et aux jeunes une éducation morale et religieuse avant de faire pièce au vide spirituel et renforcer les fondations morales de la société.  « Cela a permis d’immuniser nombre de personnes contre les dangers de l’autodestruction morale et de la dépravation. »

M. ABDERRAZZAK LAASSEL (Maroc) a averti que nous sommes tous désormais devant un tournant historique au niveau mondial, politique et économique.  Il importe que les espaces de dialogue, telle que l’Alliance des civilisations, soient préservés, en vue de contrecarrer les chantres du radicalisme, du terrorisme, de la dissension, du séparatisme et des doctrines mystificatrices.  En ces temps troublés où certains s’appliquent à exciter des idéologies et des groupes les uns contre les autres, il est de la responsabilité des Amis de l’Alliance des civilisations de continuer de travailler avec lucidité, sagesse et résolution et de façon plus que jamais opérationnelle, a dit le représentant. 

Il a parlé de la stratégie de « dé-radicalisation » adoptée par son pays et qui se base sur le triptyque de la sécurité religieuse, de la prévention sécuritaire et du développement humain.  C’est dans ce cadre que le Maroc offre une formation aux techniques de lutte contre le terrorisme dont la première a été inaugurée avec le Mali à travers notamment la formation au Maroc de 500 imams maliens.  D’autres pays comme la Côte d’Ivoire, le Niger, la Libye, la Tunisie et la Guinée ont sollicité le concours du Maroc pour faire bénéficier les imams d’une telle formation, a assuré le représentant.  Le Ministère des Habous qui supervise cette formation envisage de construire un institut à Fez, dédié à cette formation pour répondre à la demande de plus en plus croissante. 

Le représentant a expliqué la collaboration de son pays avec le Bureau de l’UNESCO et a rappelé le discours du Roi Mohammed qui disait: « Depuis des lustres, le Maroc a été et demeure un carrefour de tolérance et de cohabitation, un havre de compréhension et de coexistence et un point de départ pour l’instauration de passerelles de communication sur les plans civilisationnel et culturel, entre différentes sociétés, en dépit de la diversité de leurs religions et de leurs croyances et de la multitude de leurs origines et de leur provenance ».

M. JUNICHI SUMI (Japon) a fait valoir que les femmes étaient des « agents de la paix » et qu’elles pouvaient contribuer de façon significative à la prévention et à la résolution des conflits.  Conformément à la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité, le Japon s’est attaché à promouvoir activement leur rôle à cet égard.  Comme l’a déclaré le Premier Ministre du Japon, M. Shinzo Abe, à l’Assemblée générale en septembre dernier, le Japon continue d’œuvrer « pour éliminer la culture de la guerre du cœur des personnes ». 

C’est dans cet esprit, a expliqué le représentant, que le Japon se félicite de la tenue récente, aux Nations Unies, du Forum de haut niveau sur la culture de paix, qui a mis l’accent sur le rôle joué par les femmes et les jeunes dans la promotion de ladite culture, a ajouté M. Sumi.  Il s’est référé au préambule de la résolution sur la suite donnée à la Déclaration et au Programme d’action en faveur d’une culture de paix, qui mentionne « l’importance d’une plus grande participation des femmes à la prévention et à la résolution des conflits, ainsi qu’aux activités de promotion de culture de paix, notamment dans les situations d’après-conflit ». 

M. MOHAMED KHALED KHIARI (Tunisie) a rappelé que son pays avait, depuis des siècles, hébergé plusieurs cultures et plusieurs fois, du fait de sa position stratégique entre l’Europe, le monde arabe et l’Afrique.  Il a souligné la nécessité d’approfondir les concepts de paix, de tolérance et de dialogue, qui contribuent à renforcer le développement économique et la stabilité sociale.  Il a invité toutes les parties prenantes à déployer des efforts pour disséminer une culture de dialogue entre les peuples, en tirant profit des cadres disponibles et des programmes présentés par les Nations Unies.

Le développement de l’extrémisme, la radicalisation et les dangers terroristes, qui menacent la paix et la sécurité mondiales et la stabilité des sociétés, rendent plus nécessaire que jamais la nécessité d’une culture de paix.  Le représentant a salué le rôle de l’UNESCO et le Plan d’action pour la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022).  Il a également reconnu l’importance de l’Alliance des civilisations des Nations Unies qui a élaboré un plan stratégique pour la période 2013-2018.  Il a souhaité que cette vision soit reflétée dans le programme de développement pour l’après-2015.  Enfin, il a souligné l’importance d’éduquer les jeunes à la paix.

M. MICHEL TOMMO MONTHE (Cameroun) a indiqué que la paix était comme l’oxygène.  « Quand elle est là, nous ne nous rendons pas compte de son importance et la négligeons », a-t-il dit.  Il a rappelé que la devise de son pays commençait précisément par le mot de paix.  Le Cameroun partage la position du Secrétaire général, selon laquelle la paix doit être dûment prise en considération dans le programme de développement pour l’après-2015, a-t-il affirmé.  Le délégué du Cameroun a souligné la nécessité « d’élever dans l’esprit des hommes les défenses de la paix » et rappelé que son pays adhérait à cet effet à l’Initiative « L’Éducation, avant tout ».  Il a affirmé que la célébration, chaque année, de la Journée internationale de la paix et de la Journée de la non-violence, était l’occasion de promouvoir le désarmement, le développement économique, la dignité humaine et la tolérance, en particulier au Cameroun, « cette Afrique en miniature ».  « La paix se cultive au quotidien dans l’esprit des hommes », a-t-il souligné en conclusion.

M. EUSÈBE AGBANGLA (Bénin) a souligné la complexité des rapports entre les sociétés modernes et les religions, qu’elles soient endogènes ou du livre, d’une part, et entre leurs adeptes, d’autre part.  « Or, à y voir de plus près, des passerelles et des points de convergences existent et peuvent être cultivés entre les religions », a-t-il dit, ajoutant qu’ils pouvaient être consolidés à travers l’éducation des jeunes à la tolérance, à l’ouverture d’esprit et à l’enseignement du fait religieux dans les écoles.  « Les médias, en particulier les réseaux sociaux, ont également un rôle à jouer comme vecteur potentiel de l’intolérance et de la haine ou, au contraire, comme promoteur du rapprochement entre les cultures pour la paix. »

Le délégué du Bénin a souligné la nécessité d’œuvrer à des initiatives nouvelles, notamment en Afrique, qui iraient au-delà de la riposte sécuritaire légitime contre tous les types d’extrémisme violent.  « Seule la systématisation d’un dialogue interreligieux et interculturel sincère nous aidera à vaincre la fatalité dans ce domaine », a-t-il dit, ajoutant que c’était là le sens et la portée de l’Initiative africaine d’éducation à la paix et au développement par le dialogue interreligieux et interculturel que devrait lancer son pays le 29 mai 2015.  Cette initiative, a-t-il expliqué, vise à contrer la résurgence de l’extrémisme religieux en Afrique, en s’attaquant à ses racines.  En conclusion, M. Agbangla a demandé l’appui et la contribution de tous les États Membres afin d’assurer le succès de cette initiative, porteuse, selon lui, de promesses immenses.

M. OSCAR LEÓN GONZALES (Cuba) a estimé que le plein développement d’une culture de paix dépendait de plusieurs éléments essentiels: le respect de la vie, la non-violence, le dialogue et la coopération; le respect des principes de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique des États; le règlement pacifique des différends; les efforts en faveur du développement et la protection de l’environnement pour les générations futures.  Au niveau national, a-t-il dit, l’école, la famille et la société doivent inculquer les valeurs nécessaires à la culture de paix dès le plus jeune âge.  Au niveau international, les États Membres doivent se conformer à la Charte des Nations Unies et au droit international en général. 

« La culture de paix n’est pas compatible avec des actions visant à renverser des gouvernements légitimement constitués en vertu de la décision souveraine de leurs peuples », a averti M. Gonzales.  De même, la culture de paix n’est pas compatible avec la présence d’armes nucléaires et de destruction massive.  En outre, a-t-il ajouté, le fait d’imposer des intérêts nationaux à d’autres peuples par des blocus économiques, commerciaux, financiers et militaires entrave « de façon criminelle et immorale » le progrès vers une culture de paix.  À cet égard, il a estimé que la proclamation de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes comme « Zone de paix » constituait une contribution importante à la culture de paix, conforme à la volonté politique de ses membres.  

M. RY TUY (Cambodge) a souligné le lien intrinsèque entre paix et développement.  En tant que pays postconflit, ravagé par le fléau de la guerre et travaillant à sa réhabilitation, le Cambodge, a dit le représentant, envisage la culture de paix comme son assise.  Le Cambodge attache une grande importance à l’établissement des mesures de confiance au niveau régional et à la diplomatie préventive.  Se félicitant des efforts de l’ASEAN en la matière, le représentant a jugé crucial d’inculquer à la jeune génération les valeurs de la paix et de la vie en harmonie.

M. GHOLAMHOSSEIN DEHGHANI (République islamique d’Iran) a déploré la multiplication des éléments « maléfiques », opposés à toute culture de paix, en particulier au Moyen-Orient.  Il a espéré que les deux projets de résolution examinés aujourd’hui et les nobles idéaux qu’ils contiennent, permettront de saper l’appui dont bénéficient les groupes terroristes en Iraq et en Syrie.  « Mon pays est résolument engagé en faveur de la bonne entente entre les cultures et les peuples », a-t-il dit, rappelant que son pays a organisé la semaine dernière une Conférence internationale contre la violence et l’extrémisme, dont le plan d’action, adopté à son issue, a été approuvé par l’ONU.

Le délégué a affirmé que le virus de l’extrémisme était aussi contagieux que le virus Ebola et aussi toxique que le dioxyde de carbone.  Soulignant la nécessité de renforcer la coopération mondiale contre tous les ennemis de la paix, il a rappelé que l’extrémisme violent n’était le propre d’aucune religion ou groupe ethnique.  « La violence commise au nom de la religion est une distorsion absolue de la religion », a-t-il conclu.  

M. CHRISTOPHE LOBRY BOULANGER, Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a affirmé que la promotion de l’intégration sociale et la culture de non-violence et de paix est un des trois objectifs stratégiques que la Fédération s’est fixés pour la décennie en cours.  Dans ce cadre, la Fédération est convaincue que les femmes, les jeunes et les enfants sont des moteurs puissants du changement; l’éducation et le volontariat étant les « piliers cruciaux » de la transformation sociétale qui mène à la culture de non-violence et de paix.  Le représentant a attiré l’attention sur les conditions difficiles des femmes dans le monde et sur les initiatives de sa Fédération en la matière. 

S’attardant sur l’importance de l’éducation, il s’est dit convaincu qu’elle doit inculquer des qualités telles que l’empathie, l’art de ne pas juger, l’écoute, la pensée critique, la communication non violente, la négociation et la médiation.  Quand « elle touche le cœur », l’éducation renforce l’appréciation et le respect véritables de la diversité.  L’essence de l’éducation est donc « d’apprendre à être et d’apprendre à vivre ensemble ».  Mais comment être non violent dans des situations violentes?  La réponse commence par acquérir la capacité de « se sentir soi », d’analyser les situations sous l’angle humanitaire puis de s’impliquer dans des actions constructives.  La famille, l’école, les médias et les communautés sont toutes des plateformes potentielles d’éducation à la culture de non-violence et de paix.  Le représentant a insisté sur le volontariat, une forme d’éducation non formelle, qui est le catalyseur de la cohésion sociale.  C’est un excellent moyen, s’est-il expliqué, de contribuer à la communauté en travaillant avec des gens issus de contextes, de cultures et de religions différentes. 

Adoption de la résolution sur la promotion du dialogue, de l’entente et de la coopération entre les religions et les cultures au service de la paix (A/69/L.41)

Dans cette résolution, l’Assemblée générale réaffirme que la compréhension mutuelle et le dialogue entre les religions et les cultures sont des aspects importants du dialogue entre les civilisations et de la culture de paix.  Elle condamne tout appel à la haine religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence, qu’il soit fait usage pour cela de la presse écrite, des médias audiovisuels ou électroniques ou de tout autre moyen.  Elle demande aux États Membres d’envisager le dialogue entre les religions et les cultures comme un élément important des efforts en faveur de la paix, de la stabilité sociale et de la pleine réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et de prendre dûment en considération la culture dans le débat en cours sur le programme de développement pour l’après-2015.

L’Assemblée se félicite de l’adoption du Plan d’action pour la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022) par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).  Elle accueille avec satisfaction la déclaration adoptée lors du sixième Forum de l’Alliance des civilisations, qui s’est réuni à Bali (Indonésie), du 28 au 30 août 2014, sur le thème « L’unité dans la diversité: célébrer la diversité pour des valeurs communes et partagées » et attend avec impatience la prochaine réunion du Forum, qui se tiendra en Azerbaïdjan en 2016.

L’Assemblée souligne que toute personne a droit à la liberté d’expression, un droit qui comporte des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales et peut en conséquence être soumis à certaines restrictions qui doivent toutefois être expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires au respect des droits ou de la réputation d’autrui ou à la sauvegarde de la sécurité nationale, de l’ordre public ou de la santé ou de la moralité publiques.

Explications de position

Le représentant de l’Arménie a espéré que la décision de tenir le prochain Forum sur l’Alliance des civilisations en Azerbaïdjan, en 2016, découragera ce pays de poursuivre sa « politique d’hostilité » vis-à-vis de l’Arménie.  

Son homologue de l’Italie a, au nom de l’Union européenne, salué un texte qui « s’améliore au fil des années » mais qui ne reprend cependant pas toutes les préoccupations de l’Union européenne.  Pour cette dernière, la liberté de religion et de croyance s’applique aux individus en tant que détenteurs de droits.  L’Union européenne attache aussi une grande importance à la société civile et souligne que « le dialogue ne peut réussir que dans un environnement où toutes les voix peuvent se faire entendre et dans un paysage médiatique libre et ouvert ».  Enfin, la représentante a espéré que la suggestion visant à faire de cette résolution un texte biennal sera retenue.

 

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