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CS/11553
9 septembre 2014

Conseil de sécurité: « l’épidémie d’Ébola est la plus grave menace posée au Libéria depuis la fin de la guerre », déclare la Représentante spéciale du Secrétaire général

La Représentante spéciale du Secrétaire général et Coordonnatrice des opérations des Nations Unies au Libéria, Mme Karin Landgren, a déclaré ce matin devant le Conseil de sécurité que les Libériens font face à la menace la plus grave qu’ils aient connue la fin de la guerre.

 

Le Ministère de la santé du Libéria estime le nombre d’infections au virus Ébola à 2 070 personnes, et dénombre déjà plus de 1 200 morts.  Ces chiffres semblent être inférieurs à la réalité, a prévenu Mme Landgren qui présentait le rapport* du Secrétaire général sur la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL).  Elle a relevé que les répercussions économiques, sociales, politiques et sécuritaires de l’épidémie au virus Ébola affectent profondément le pays. 

 

M. Marten Grunditz, de la Suède, en sa qualité de Président de la configuration Libéria de la Commission de consolidation de la paix (CCP), a rappelé que le Libéria restait un État fragile en pleine transition postconflit, et il a prévenu qu’une aide internationale était nécessaire pour éviter que le pays ne perde les progrès accomplis à ce jour en termes de développement et de stabilité.

 

Sur le plan sanitaire, la Représentante spéciale a évoqué des pratiques culturelles qui auraient contribué à la propagation de l’épidémie.  Elle a par exemple noté que les rites funéraires, consistant pour les membres de la famille à procéder au lavage des cadavres de leurs proches décédés, ont favorisé l’expansion de l’épidémie d’Ébola, causant ainsi d’autres décès.  Elle a recommandé qu’il soit mis fin à ces pratiques rituelles, avec l’aide et l’accord des autorités religieuses et traditionnelles.

 

Mme Landgren a également noté que le système de santé du Libéria, le plus faible de l’Afrique de l’Ouest, a vu 160 de ses travailleurs contracter la maladie, ce qui a provoqué 80 décès parmi les personnels hospitaliers et sanitaires.  Elle a déploré le fait que de nombreux travailleurs de la santé n’aient pas les équipements adéquats pour accomplir leur travail et ne reçoivent pas la formation dont ils ont vraiment besoin pour faire face à la situation.  Ils sont de plus mal rémunérés, a regretté Mme Landgren.

 

Le Ministre de la défense nationale du Libéria, M. Brownie J. Samukai, est intervenu ce matin devant le Conseil de sécurité et a indiqué que la propagation du virus avait débuté au mois de mars dernier dans quelques villages et qu’aujourd’hui, « il se répandait comme un feu de brousse », touchant désormais 9 des 15 districts du pays.  Le Ministre a indiqué que les « faibles infrastructures sanitaires du Libéria » sont aujourd’hui débordées, et que le pays souffre d’un manque de capacités logistiques et d’expertise autant que d’une insuffisance de ressources financières pour pouvoir faire face à l’épidémie.

 

La Représentante spéciale a en outre regretté le fait que de nombreuses communautés nient jusqu’à l’existence du virus Ébola, préconisant la prise de mesures visant à mobiliser les communautés afin de faire face à cette épidémie.  Elle a aussi suggéré que les personnes infectées soient extraites de leurs communautés et dirigées vers des centres spéciaux de prises en charge.  Il faut aussi simplifier les cérémonies de mise en terre pour les rendre plus rapides et plus sûres et établir une traçabilité robuste des foyers de contamination tout en menant une recherche active des cas d’infection.  Mme Landgren a souligné que pour être mises en œuvre, ces mesures requièrent que les équipes aillent de communauté en communauté et de maison en maison.  La Représentante spéciale a en outre déploré le déficit de centres spécialisés capables d’assurer la prise en charge des malades atteints du virus Ébola, et a salué la mise en place prochaine de 4 nouveaux centres à Monrovia offrant une capacité de 500 lits.

 

La priorité immédiate, a quant à lui remarqué M. Marten Grunditz, Président de la configuration Libéria de la Commission de consolidation de la paix, est de mener une lutte sans relâche contre ce virus mortel et de répondre aux besoins humanitaires causés par l’épidémie.  Mais, a-t-il ajouté, il faut que les efforts menés soient en lien avec les objectifs à long terme, comme le renforcement du secteur de la santé, la mise en œuvre des processus de réconciliation nationale et le renforcement des institutions nationales libériennes.  Il a également recommandé que la question de l’admission du Libéria à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) soit examinée, afin de stimuler la croissance et le développement du pays dont l’économie est fortement touchée.

 

Mme Landgren a pour sa part relevé que la fermeture des frontières et les restrictions imposées aux déplacements des populations et des personnes ont porté un coup dur à l’économie du pays.  Elle a par exemple noté que 10 000 travailleurs forestiers ont perdu leur emploi, et que le Ministre des finances du Libéria a annoncé que le pays fait face à un manque à gagner de 57 millions de dollars.  Les prévisions de croissance sont passées désormais de 5,9% à 2,9% pour l’année en cours, s’est-elle inquiétée.

 

Elle a ensuite indiqué que le processus démocratique au Libéria se trouve modifié par l’épidémie.  Il est probable que les élections sénatoriales prévues en octobre prochain n’auront pas lieu, a-t-elle noté, expliquant que la Commission nationale électorale a proposé de les repousser à la deuxième semaine de décembre.  Dans le même ordre d’idées, les consultations sur la réforme constitutionnelle ont été reportées.

 

De nombreux officiels du Gouvernement libérien, a relevé Mme Landgren, ont franchi les frontières et vivent hors du pays, malgré les avertissements de l’exécutif, qui menace de les considérer comme démissionnaires.  Elle a également relevé que de nombreux Libériens ne croient pas que leur Gouvernement a les moyens de faire face à l’épidémie.  Un grand nombre de Libériens, y compris de la

diaspora, appellent à la mise en place d’un gouvernement de transition, a indiqué Mme Landgren.  Elle a aussi souligné que les gains acquis dans la mise en place d’institutions démocratiques, après la fin de la guerre, sont aujourd’hui mis à mal par l’épidémie.

 

La Représentante spéciale a par ailleurs rappelé que le 6 août dernier, la Présidente du Libéria, Mme Ellen Johnson Sirleaf, a déclaré un état d’urgence de 90 jours, ainsi que le couvre-feu sur l’ensemble du territoire nationale, qui va de 23 heures à 6 heures du matin.  Elle a indiqué que les forces armées et de police ont été mobilisées afin de maintenir en quarantaine les sites d’infection les plus touchés.

 

Mme Landgren a déploré le fait que ces mesures d’isolation ne soient pas menées de manière efficiente, et a notamment regretté que les personnes maintenues en isolation ne soient pas suffisamment nourries, et que les communautés placées sous quarantaine ne soient pas associées à ces mesures gouvernementales.  L’une des conséquences de ces décisions, a-t-elle expliqué, est la montée des tensions, comme cela a été observé avec la confrontation qui a opposé les forces de l’ordre à la population le 20 août dernier dans la partie ouest de la capitale, Monrovia, causant la mort d’un jeune homme de 15 ans.  Mme Landgren a par ailleurs regretté que les mesures de restrictions imposées aux déplacements des personnes sur le territoire national du Libéria soient appliquées de manière peu claire et avec très peu de coordination de la part des autorités.   

 

Depuis la fin du mois de juillet, a relevé la Représentante spéciale, la MINUL se consacre exclusivement au soutien qu’elle apporte à la réponse nationale contre Ébola.  Ses activités sont réparties sur quatre domaines prioritaires que sont la sécurité et l’état de droit, la logistique, la communication et la sensibilisation, et la coordination aux niveaux central et local.  Elle a précisé que la Mission ne participe pas aux opérations de quarantaine, mais qu’elle assure le suivi de toutes les opérations de sécurité menées dans le contexte de l’état d’urgence.

 

Le Ministre de la défense du Libéria a, pour sa part, dit soutenir la proposition du Secrétaire général de modifier le mandat de la MINUL pour les trois prochains mois, afin que les efforts soient focalisés vers l’éradication de l’épidémie au Libéria.  Il a relevé qu’aucun personnel de la MINUL n’a été infecté à ce jour, et il a plaidé pour que les pays contributeurs de troupes à la Mission puissent permettre à leurs ressortissants de rester au Libéria afin d’aider le pays en ce moment crucial. 

 

Même si les activités de la MINUL sont restées en berne dans les domaines de la réforme constitutionnelle et du renforcement des capacités des institutions sécuritaires, Mme Landgren a précisé que la Mission n’a pas mis fin aux activités liées à ses mandats, notamment dans les domaines tels que ceux de la sécurité, de l’état de droit et de la protection des civils ou du suivi du respect des droits de l’homme.

 

Les forces de la MINUL continuent, en accord avec les autorités nationales libériennes, de se retirer de certains districts du pays, a ensuite indiqué la Représentante spéciale.  Depuis juin dernier, la MINUL n’a désormais plus de présence militaire fixe dans 7 des 15 districts du Libéria, mais elle a maintenu une présence de son personnel civil dans tout le pays.  Mme Landgren a également dit que la crise sanitaire actuelle a freiné l’élan des opérations conjointes entre la MINUL et l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) à la frontière des deux pays.  Elle a néanmoins précisé que cette zone frontalière est restée calme au cours de cette année.

 

Déplorant l’isolement dont sont victimes tous les pays touchés par l’épidémie d’Ébola, elle a indiqué que l’ONU a entrepris de mettre en place un centre de soins spécifiques contre le virus Ébola à l’attention des personnels de la MINUL, des personnels diplomatiques, et d’autres équipes internationales qui sont à pied d’œuvre contre l’épidémie.

 

*   S/2014/598

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