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AG/EF/3242
9 octobre 2009

La Deuxième Commission réfléchit aux moyens de promouvoir une nouvelle coopération pour la sécurité alimentaire mondiale

09/10/2009
Assemblée générale
AG/EF/3242
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Deuxième Commission

Table ronde - matin


LA DEUXIÈME COMMISSION RÉFLÉCHIT AUX MOYENS DE PROMOUVOIR UNE NOUVELLE

COOPÉRATION POUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE MONDIALE


Pour sa première table ronde de cette session, la Deuxième Commission (économique et financière) s’est emparée d’un thème qui a fait la une des débats internationaux au cours des deux dernières années, marquées par une sévère crise alimentaire et une hausse incontrôlable des prix agricoles sur les marchés internationaux qui ont causé troubles sociaux et instabilité politique dans de nombreux pays.  C’est pour faire face à ces défis que la question de la promotion d’une nouvelle coopération pour la sécurité alimentaire mondiale a été inscrite à l’ordre du jour de la Commission économique et financière et que celle-ci a tenu ce matin cette table, en présence de quatre experts et du Président de la Commission, M. Park In-kook, qui a modéré la discussion interactive.


Après leur hausse vertigineuse en 2008, les prix des denrées alimentaires se sont stabilisés, a rappelé M. Park.  Mais la persistance de la crise financière mondiale, tout comme la multiplication des sècheresses et des inondations imputables aux changements climatiques, pourraient provoquer une nouvelle flambée, a-t-il averti.  Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 100 millions de personnes de plus souffriront de la faim cette année, portant à 1,017 milliard le nombre de celles qui sont sous-alimentées à travers le monde, « la pire statistique jamais atteinte ».  Comme l’a fait observer le Président de la Deuxième Commission, dans un contexte de crises multiples et interdépendantes, des approches multidimensionnelles sont indispensables pour relever à la fois les défis posés par la crise alimentaire, la crise économique et financière, et les changements climatiques.


Ainsi, alors que la production alimentaire mondiale doit doubler d’ici à 2050, l’agriculture doit quant à elle, dans le même temps, entreprendre sa « révolution verte » pour contribuer à la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, a indiqué M. Park.  Parallèlement, la protection sociale et les dispositifs de sécurité doivent être renforcés pour garantir le droit à l’alimentation des groupes vulnérables et tenir compte en particulier du phénomène de la « faim insoupçonnée », où des carences en micronutriments, dans la mesure où elles favorisent l’apparition de maladies infectieuses, compromettent le développement physique et mental, réduisent la productivité des travailleurs et augmentent le risque de décès prématurés.



Table ronde sur le thème « Nouvelle coopération pour la sécurité alimentaire mondiale »


Déclarations liminaires


Mme RAJUL PANDYA-LORCH, Directrice de cabinet et Chef de l’initiative alimentation, agriculture et environnement à l’horizon 2020 de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), a rappelé que la flambée des prix des denrées alimentaires résultait d’une combinaison de facteurs: la hausse des revenus et la croissance démographique, la hausse de la demande énergétique mondiale, la faible croissance du secteur agricole, et enfin, la spéculation et la crise financière.  Mais cette dernière crise, et la récession économique qu’elle a provoquée, menace à tout moment d’aggraver l’insécurité alimentaire actuelle, a-t-elle prévenu.  Ses principales conséquences, a expliqué l’experte, sont la raréfaction des capitaux traditionnellement investis dans l’agriculture; le poids de la dette, qui limite l’expansion des petites exploitations et la réduction de l’investissement public.  La hausse du chômage et la baisse de la masse salariale des travailleurs à faible qualification, ainsi que la réduction des envois de fonds des migrants, sont deux autres facteurs aggravants à prendre en considération, a-t-elle ajouté.  Face à une telle situation, une redéfinition de la notion même de partenariats est nécessaire, a estimé Mme Pandya-Lorch, qui a suggéré d’envisager le problème conjointement avec ceux du développement agricole, de la lutte contre les changements climatiques, de la santé, de la protection sociale, des ressources naturelles ainsi que de la surveillance et de l’anticipation des crises.


Pour sa part, M. DAVID NABARRO, Coordonnateur de l’Équipe spéciale de haut niveau du Secrétaire général sur la crise mondiale de la sécurité alimentaire, a fait état de la cohérence démontrée à l’échelle du système des Nations Unies pour répondre aux conséquences de l’augmentation des prix des denrées alimentaires.  Le système de l’ONU, a-t-il affirmé, s’est engagé à apporter une aide immédiate aux pays qui en ont besoin en prenant en compte les besoins des agriculteurs concernés, mais aussi à assurer des investissements de long terme et à veiller à l’autosuffisance alimentaire des communautés.  M. Nabarro a ensuite évoqué la mobilisation des États Membres, qui ont commencé de réunir davantage de ressources pour assurer leur propre sécurité alimentaire, mais aussi celle des pays connaissant des difficultés.  L’Union européenne a ainsi lancé un nouveau programme qui permettra d’allouer un milliard d’euros à la relance de la sécurité alimentaire de 60 pays du monde entier, a expliqué le Coordonnateur, tandis que le G-8 a promis 20 milliards de dollars pour les années à venir.  De son côté, le Gouvernement espagnol, lors d’une conférence organisée en janvier dernier à Madrid, a été à l’origine d’une nouvelle initiative visant à reconnaître le droit universel à l’alimentation.  À cette occasion, des promesses de contribution d’un montant d’un milliard d’euros ont été faites, s’est félicité M. Nabarro.


M. PEDRO MEDRANO, Directeur du Bureau de liaison de New York et Directeur régional pour l’Amérique latine et les Caraïbes du Programme alimentaire mondial (PAM), a prévenu d’emblée que la malnutrition avaient des conséquences à court terme, mais aussi à long terme, puisqu’elle compromet la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), notamment de l’Objectif numéro 1, dont la réalisation viserait à réduire de moitié, à l’horizon 2015, le nombre de personnes qui, à travers le monde, vivent avec moins d’un dollar par jour.  Comme Mme Pandya-Lorch, M. Medrano a préconisé qu’une réponse immédiate et globale soit trouvée, qui prenne en compte tous les aspects d’un problème multidimensionnel.  Cette réponse doit se traduire par des investissements dans l’agriculture, un renforcement des régimes de protection sociale, et une aide alimentaire d’urgence aux populations les plus vulnérables, a-t-il recommandé.  Il a rappelé que le PAM fait actuellement face à un déficit budgétaire de trois milliards de dollars, son programme de travail, d’un coût de 6,7 milliards de dollars visant à fournir une assistance à 108 millions de personnes dans 74 pays.  Le déficit de ressources dont souffre le PAM ne représente seulement que 0,01% des plus de 20 trillions (vingt mille milliards) de dollars qui ont été promis par les États industrialisés pour soutenir leurs institutions financières défaillantes et financer les « paquets de stimulation » de leurs économies après l`éclatement de la crise.  Pourtant, a fait observer le Directeur du Bureau du PAM à New York, investir dans l’alimentation et les programmes de nutrition constitue aussi une solution économique de long terme.


M. ARTHUR GETZ ESCUDERO, Directeur chargé de la promotion du changement d’orientation mondiale et des systèmes alimentaires à Heifer International, -une organisation qui lutte contre la faim et la sous-alimentation-, a rappelé que la culture agricole et l’élevage étaient des éléments déterminants pour lutter à la fois contre l’insécurité alimentaire et les changements climatiques.  Heifer International a ainsi financé en 2008 un projet de développement agricole visant à améliorer la production laitière en Afrique de l’Est pour répondre aux besoins d’un million de personnes.  Doté d’un fonds de garantie, le projet représente un investissement de long terme qui permet d’accorder des crédits aux fermiers et de renforcer leurs capacités de production.  Par ailleurs, le Groupe de travail sur le bétail, du Kenya, est une alliance de parties prenantes visant à faire des éleveurs du pays les acteurs de leur propre développement, a indiqué le panéliste.  M. Escudero a ensuite souligné l’importance de surmonter le fossé qui existe entre les campagnes et les villes dans de nombreux pays en développement, car ces deux entités représentent deux facettes de la solution au problème de la sous-alimentation.


Dialogue interactif


Ouvrant la discussion interactive, le représentant de l’Éthiopie a déclaré qu’il était encourageant de constater la prise de conscience qui se fait autour du problème de l’insécurité alimentaire.  Il a expliqué que le Gouvernement éthiopien avait mis en place un programme visant à renforcer l’agriculture, et a émis l’espoir qu’un consensus se ferait au niveau international à ce sujet.  À cet égard, le représentant a souhaité savoir quand les 20 milliards de dollars promis par le G-20 en faveur de la relance de l’agriculture seraient effectivement débloqués. 


Rappelant que le continent africain avait besoin d’une aide internationale d’un montant d’au moins 72 milliards de dollars pour réaliser les OMD, son homologue de la Jamahiriya arabe libyenne a estimé lui aussi que des efforts devaient être déployés à l’appui du développement agricole des pays africains, qui ont déjà commencé de diversifier leurs cultures au niveau national. 


Après avoir rappelé que certains facteurs conjoncturels à l’origine de la crise avaient été surmontés, le représentant de la France a cependant reconnu que de nombreuses questions structurelles continuent de se poser.  Il a indiqué l’intérêt tout particulier que porte le Gouvernement français à un partenariat mondial en faveur de la sécurité alimentaire, préconisant à cet égard un renforcement du dialogue politique et une amélioration de la cohérence de l’action des différentes parties prenantes.  La coopération de tout le système des Nations Unies nous parait également essentielle, a poursuivi le représentant, avant d’estimer que le Sommet sur la sécurité alimentaire mondiale, convoqué par la FAO à Rome en novembre prochain, constituera une étape importante à cet égard.


De son côté, le représentant du Guatemala a rappelé que dans son pays, divers projets avaient permis de venir en aide à des milliers d’agriculteurs pour qu’ils renforcent leurs capacités de production.  Toutefois, il persiste une crise alimentaire aiguë dans une région particulière du pays, crise aggravée par la diminution des revenus des habitants et la persistance d’une sècheresse de longue durée due aux changements climatiques, a-t-il déploré.  Aussi, comme l’a proposé la France, il faut rechercher une plus grande synergie et cohérence de la part des acteurs concernés, a souligné le représentant.  . 


Répondant à ces interventions, M. David Nabarro, Coordonnateur de l’Équipe spéciale de haut niveau du Secrétaire général sur la crise mondiale de la sécurité alimentaire, a indiqué que, pour mettre en œuvre cette coopération internationale, il fallait mobiliser entre 25 et 40 milliards de dollars par an. 


Le représentant de l’Iran s’est élevé pour sa part contre l’application de droits de propriété intellectuelle sur les semences agricoles et le maintien des subventions agricoles, qui sont deux pratiques qui vont à l’encontre des intérêts des pays en développement.  Le représentant de l’Algérie a, quant à, lui estimé qu’il n’était pas possible de réaliser la sécurité alimentaire sans parvenir à un consensus autour de l’enjeu du droit à l’alimentation.


S’exprimant au nom de l’Union européenne, le représentant de la Suède a reconnu que des investissements massifs devaient être consentis pour renforcer l’agriculture des pays en développement.  Le représentant des États-Unis a souligné, quant à lui, les efforts récents déployés par la communauté internationale dans le domaine de la sécurité alimentaire, qui sont des efforts auxquels les États-Unis ont fortement contribué.  Il a ensuite rappelé l’importance de continuer à privilégier la coopération Sud-Sud et Nord-Sud, notamment dans les projets de développement agricoles.  Le représentant s’est enfin demandé quelle serait la meilleure façon de concrétiser les diverses résolutions adoptées à l’issue des grandes conférences et sommets des Nations Unies.


Réagissant à certaines des interventions, Mme Pandya-Lorch, de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, a noté que, même si, aujourd’hui comme il y a 50 ans, un milliard de personnes souffrent toujours de la faim, il faut prendre en compte le fait que le monde compte trois milliards d’habitants de plus aujourd’hui.  Il y a donc, a-t-elle relevé, des progrès à faire de toute urgence dans la lutte contre la sous-alimentation.  Et même si, en Afrique, le problème de la faim se pose de manière plus urgente qu’ailleurs, a ajouté Mme Pandya-Lorch, c’est en Asie du Sud-Est que se trouvent désormais le plus grand nombre de personnes souffrant de la faim.  L’experte a donc de nouveau appelé à investir dans la recherche scientifique et technologique, ainsi que dans les infrastructures, le secteur de la santé, l’éducation, et l’amélioration du statut de la femme.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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