L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SE MET À L’HEURE DU RAPPROCHEMENT ENTRE LES RELIGIONS ET LES CULTURES

AG/10630
4 octobre 2007

L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SE MET À L’HEURE DU RAPPROCHEMENT ENTRE LES RELIGIONS ET LES CULTURES

4/10/2007
Assemblée générale
AG/10630
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SE MET À L’HEURE DU RAPPROCHEMENT

ENTRE LES RELIGIONS ET LES CULTURES


« Nous vivons une période sans précédent grâce à l’Internet et à tout un réseau de télécommunications et de liens économiques qui, bien que contribuant au rapprochement et à l’enrichissement de notre expérience humaine, révèlent les faiblesses de notre compréhension mutuelle », a déclaré ce matin Srgjan Kerim, le Président de l’Assemblée générale, à l’ouverture du Dialogue de haut niveau sur la compréhension entre les religions et les cultures et la coopération pour la paix.


La réunion d’aujourd’hui intervient à un moment particulièrement bienvenu, puisque les juifs célèbrent la Torah et les musulmans approchent de la fin du mois sacré du ramadan, a constaté le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon.  Il est grand temps, a-t-il poursuivi, d’affirmer que la diversité est une vertu et pas une menace.  Il est temps d’insister sur le fait que notre humanité commune vaut mieux que nos différences, a-t-il encore dit.


Au cours du débat ministériel, auquel sont intervenues 23 délégations sur les 79 prévues, plusieurs théories ont été avancées pour expliquer la persistance de la mésentente.  Aussi, le représentant du Pakistan, a-t-il estimé que les manifestations d’incompréhension rencontrées aujourd’hui entre les cultures et les civilisations ne sont pas le résultat de divergences entre les religions, mais de divergences sur des questions politiques telles que les crises au Moyen-Orient.


Le représentant pakistanais a déploré qu’en Occident, des stéréotypes négatifs circulent sur l’islam comme une religion hostile qui propage le terrorisme et l’extrémisme.  Il a dénoncé des expressions telles que « islamo-fascisme » et s’est dit préoccupé par les campagnes contre « l’islamisation de l’Europe » et les résistances à la construction de mosquées et de minarets.


Aux États-Unis, s’est défendue la représentante américaine, des millions d’Américains vivent leur foi musulmane en toute tranquillité.  Elle a toutefois dénoncé le fait que la liberté de religion soit de plus en plus souvent confondue avec la liberté que l’on prend au nom de la religion.


Plusieurs propositions ont été faites pour accélérer le rapprochement entre les peuples.  Le Ministre des affaires étrangères de la Thaïlande a recommandé une stratégie en trois étapes dont la première consisterait à ce que chaque région identifie le meilleur moyen de promouvoir la tolérance et le respect de la diversité, en visant les communautés de base.  Rien ne peut être imposé de l’extérieur et certainement pas de l’ONU, a prévenu le Ministre.


La seconde étape consisterait à identifier les groupes cibles, afin de déterminer les instruments appropriés pour renforcer l’appui à la culture de paix et de tolérance.  Les jeunes constituent un groupe cible par excellence et l’instrument clef est l’éducation.  Le Ministre a par exemple proposé de multiplier les programmes d’échanges qui exposent les jeunes à « l’autre ». Il a été rejoint sur ce point par de nombreux intervenants, dont la représentante des États-Unis, qui a préconisé la banalisation de ces programmes.


Une troisième étape, a poursuivi le Ministre thaïlandais, serait de coordonner et de consolider les divers efforts au niveau mondial, en évitant les doubles emplois.  Cette position a été fermement appuyée par le Haut Représentant pour l’Alliance des civilisations, Jorge Sampaio.  Il est de la plus haute importance d’assurer une étroite coordination entre toutes les activités menées par les organes clefs des Nations Unies, a-t-il dit, en rappelant que « c’est la raison pour laquelle on m’a nommé à ce poste ».


L’Alliance des civilisations est une initiative lancée en 2004 par le Premier Ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, qui vise à rapprocher les institutions et les sociétés civiles pour surmonter les préjugés et malentendus entre peuples de différentes cultures et religions.


Une réunion ministérielle du Groupe des Amis de l’Alliance des civilisations s’est tenue la semaine dernière, au cours de laquelle l’élan en faveur de l’amélioration des relations interculturelles ne s’est pas démenti.  Les ministres ont fait part d’un appui inconditionnel aux initiatives dans les domaines des médias, de la jeunesse et de l’éducation.  Le premier Forum annuel de l’Alliance se tiendra en janvier à Madrid.


Aujourd’hui, deux tables rondes ont poursuivi la réflexion.  Elles ont porté sur les défis auxquels se heurte aujourd’hui la coopération interreligieuse et culturelle, et sur les pratiques et stratégies optimales pour relever ces défis.


Le Dialogue de haut niveau se poursuivra demain, en séance plénière, à partir de 10 heures.



DIALOGUE DE HAUT NIVEAU SUR LA COMPRÉHENSION ENTRE LES RELIGIONS ET LES CULTURES ET LA COOPÉRATION POUR LA PAIX


Rapport du Secrétaire général sur le dialogue, l’entente et la coopération entre religions et cultures au service de la paix (A/62/337)


Dans ce rapport, le Secrétaire général recommande à l’Assemblée générale de proclamer une année internationale du dialogue entre les religions et les cultures, comme elle envisageait de le faire dans sa résolution 61/221.  Avant cela, Ban Ki-moon, rend d’abord compte des activités menées par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), l’Alliance des civilisations et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), dans le domaine du dialogue entre les religions et les cultures.  Ces renseignements complètent ceux qui ont été fournis par le Directeur de l’UNESCO dans son rapport annuel sur la Décennie internationale de la promotion d’une culture de la paix et de la non-violence au profit des enfants du monde (A/62/97).


Le Secrétaire général rappelle ainsi que le dialogue interculturel fait partie intégrante du projet de stratégie à moyen terme (2008-2013) élaboré pour l’UNESCO.  Fondé sur la constatation explicite du fait que la promotion de la diversité culturelle est indissociable de la promotion du dialogue, ce projet énonce précisément l’importance des échanges et du dialogue interculturels pour la cohésion sociale, la réconciliation et la paix, et en fait l’un des objectifs des programmes.  Cette stratégie englobe le dialogue interconfessionnel, des initiatives spécifiques aux échelons régional et sous-régional, la définition d’un ensemble de valeurs et de principes communs, une thématique axée sur les cinq domaines de compétence de l’UNESCO (l’éducation, les sciences naturelles, les sciences humaines et sociales, la culture ainsi que la communication et l’information), l’engagement multipartite et le dialogue visant à faire progresser le respect des droits fondamentaux de la femme.


Aux fins d’établir des liens durables entre les communautés en faveur du dialogue, cette stratégie prévoit notamment plusieurs mesures: privilégier une éducation de qualité; échanger des renseignements sur les valeurs communes à différents environnements culturels au moyen du système des savoirs locaux et autochtones; mettre en valeur le rôle joué par la culture pendant et après les conflits pour favoriser la réconciliation, ce grâce au patrimoine culturel; et souligner l’importance de l’existence de médias libres, indépendants et pluralistes pour prévenir les conflits violents et promouvoir la compréhension mutuelle.  En termes d’orientations générales, l’UNESCO dresse le bilan des pratiques en usage en matière de dialogue interculturel qui visent à aider les décideurs à élaborer des stratégies politiques consensuelles au service du pluralisme culturel.  Un groupe d’étude sur le dialogue interculturel, chargé de déterminer quelle suite donner aux résolutions, recommandations et autres actions entreprises sur le terrain par différents acteurs des Nations Unies, a ainsi été mis sur pied depuis décembre 2006.


Créée en 2005 à l’initiative de l’Espagne et de la Turquie, sous les auspices des Nations Unies, l’Alliance des civilisations cherche, explique le Secrétaire général, à améliorer l’entente et la coopération entre les nations et les peuples, quelles que soient leur culture et leur religion, et ce faisant, à contribuer à la lutte contre les forces qui alimentent la polarisation et l’extrémisme.  L’Alliance, qui depuis avril 2007 a l’ancien Président du Portugal, Jorge Sampaio à sa tête, soutient toute une gamme de projets et d’initiatives, notamment la mise en place d’un centre d’échanges en ligne de pratiques optimales, d’outils et de ressources sur le dialogue transculturel et les projets de coopération.  Elle est également en train de mettre sur pied un mécanisme d’intervention rapide impliquant les médias, afin qu’il existe des tribunes pour mener des débats constructifs et faire connaître différentes opinions lorsque des questions transculturelles avivent les tensions.  Elle travaille en outre à plusieurs autres initiatives comme la création d’un fonds pour les médias afin de promouvoir les productions qui transcendent les cultures, les religions et les pays ou encore l’ouverture d’un centre pour l’emploi des jeunes, destiné à offrir davantage de possibilités d’emplois aux jeunes au Moyen-Orient. 


L’Alliance collabore également avec des organisations de la société civile, qui cherchent à renforcer l’entente et la coopération transculturelles et interconfessionnelles.  Elle organisera son premier forum international en janvier 2008, et dont le but sera de mettre sur pied des initiatives communes et de promouvoir des projets pour améliorer les relations entre les cultures et les communautés.


Le FNUAP, poursuit le Secrétaire général, offre, lui, une assise concrète et axée sur les droits au dialogue entre les religions et les cultures grâce aux travaux qu’il mène depuis des décennies auprès d’autorités religieuses.  Il œuvre dans les domaines visés dans son mandat: la dynamique démographique (urbanisation et migration par exemple), la santé en matière de procréation et l’égalité des sexes.  Sur le terrain, le FNUAP contribue au renforcement des capacités des agents religieux du changement et à leur mobilisation.  Depuis que l’Assemblée générale a adopté sa résolution 61/221, le FNUAP a multiplié les activités et contribué au dialogue entre les religions et les cultures en mettant en œuvre des programmes spécifiques au Bangladesh, au Honduras ou en Ouganda.  Le Fonds a aussi créé et consolidé deux groupes thématiques interculturels chargés d’intégrer les questions autochtones dans les programmes, comme en Équateur ou en Bolivie.


Le Secrétaire général conclut son rapport en faisant observer que le système des Nations Unies a multiplié les activités visant à promouvoir le dialogue entre les cultures et les religions, et il se mobilise de plus en plus pour contribuer à la réalisation de cet objectif.  Ces activités viennent utilement étayer les initiatives que prennent les États Membres et d’autres acteurs internationaux pour favoriser le dialogue.  Dans les rapports annuels qu’il adressera au Secrétaire général, Jorge Sampaio, Haut Représentant pour l’Alliance des civilisations, formulera des propositions quant à l’action que le système des Nations Unies devrait mener dans ce domaine.


Déclarations


M. SRGJAN KERIM, Président de la soixante-deuxième session de l’Assemblée générale, a rappelé qu’en organisant ce Dialogue de haut niveau, l’Assemblée prenait des mesures concrètes en vue de faire progresser les valeurs de tolérance et de coopération, consacrées par la Charte des Nations Unies et la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Il a noté que nous vivons une période sans précédent grâce à l’Internet et à tout un réseau de télécommunications et de liens économiques qui, bien que contribuant au rapprochement et à l’enrichissement de notre expérience humaine, révèlent les faiblesses de la compréhension mutuelle.  Nous avons pourtant l’occasion et la responsabilité de remplacer l’intolérance et la discrimination par la compréhension et la tolérance mutuelle.  Les Nations Unies en particulier ont un rôle crucial à jouer dans la promotion d’un tel dialogue et dans la promotion de la liberté fondamentale selon laquelle nous devons tous respecter le principe de liberté de religion ou de croyance.  Ce faisant, nous devons aussi reconnaître que les crimes commis au nom de la religion sont les pires que l’on puisse commettre et que la religion ne peut servir de prétexte à la guerre.


Plusieurs recommandations ont été faites lors du débat thématique organisé plus tôt cette année par l’Assemblée et consacré aux « civilisations et défis pour la paix »: il faut reconnaître le droit légitime des autres pour avoir un dialogue significatif.  Par ailleurs, les chefs spirituels doivent s’appuyer sur la tolérance de leur propre foi pour promouvoir la compréhension mutuelle au sein de leurs communautés.  Nous devons utiliser tous les outils à notre disposition, y compris les médias et les campagnes de sensibilisation, pour lancer ce dialogue à l’échelle mondiale.  De leur côté, les gouvernements doivent aussi véhiculer de telles valeurs dans leurs programmes scolaires, afin d’éradiquer les stéréotypes qui nourrissent l’incompréhension.  Ce dialogue ne sera aussi couronné de succès qu’à condition que l’ensemble des composantes de la société, qu’il s’agisse du secteur privé, de la société civile, des groupes religieux et des ONG, y participent pleinement.  Cette année, alors que nous fêtons le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, beaucoup continuent de voir leurs droits déniés ou violés.  Je suggère personnellement la réconciliation comme bon compromis entre l’oubli et la mémoire, a-t-il ajouté.  Il a rappelé en conclusion les paroles de Dante Alighieri, pour qui le plus beau cadeau que Dieu nous ait fait est celui de la volonté et de la liberté, avec celui de l’intelligence.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’ONU, a déclaré que partout où il s’est rendu depuis sa nomination, il avait constaté des aspirations communes à la paix, à la liberté et à la prospérité.  Pourtant, trop souvent, ce sont les peuples qui aspirent aux mêmes qui souffrent aussi des mêmes préjudices.  Ils craignent tous ce qui est différent d’eux.  Maintenant qu’on peut se rendre aux quatre coins du monde très facilement, on est amené à rencontrer moins de gens comme nous et plus de gens comme « l’autre ».  Cet état de fait a alimenté des tensions interculturelles et interreligieuses et dresser les uns contre les autres de larges segments de la population mondiale.  Il est donc urgent de remédier à cette tendance inquiétante, a prévenu M. Ban Ki-moon, en jetant les bases d’un dialogue interculturel constructif.  Il est grand temps d’affirmer que la diversité est une vertu, et pas une menace, a-t-il poursuivi.  Il est temps d’insister sur le fait que notre humanité commune est beaucoup plus importante que nos différences.  Il est grand temps, enfin, d’engager un dialogue constructif entre personnes, communautés et nations.


L’Assemblée générale, a estimé le Secrétaire général, est la plate-forme universelle idéale pour initier un tel dialogue.  La réunion d’aujourd’hui intervient d’ailleurs à un moment particulièrement bienvenu, puisque les juifs célèbrent la Torah et les musulmans approchent de la fin du mois sacré du Ramadan.  De telles occasions nous rappellent que les hommes et les femmes de foi du monde entier peuvent être réunis plutôt que divisés, par leurs convictions et leurs croyances et dans quelque chose qui les transcende, a affirmé le Secrétaire général.  Rappelant ensuite qu’une réunion ministérielle de l’Alliance des civilisations avait eu lieu la semaine dernière, il s’est félicité de ce que le nombre des membres de l’Alliance ait presque doublé depuis sa séance inaugurale.  Le Secrétaire général a conclu en disant qu’en regardant la salle de l’Assemblée générale, il pouvait voir que les États Membres étaient unis dans leur choix du dialogue plutôt que de la confrontation.


M. MANUEL L. DE CASTRO, Vice-Président de la République des Philippines, a affirmé que la promotion du dialogue interreligieux et interculturel ainsi que la coopération est devenue la pierre angulaire de la politique de son pays en faveur de la paix et du développement.  Il a ajouté que ce concept n’était toutefois pas nouveau puisque l’histoire des Philippines son pays a été formée par la diversité religieuse et culturelle.  Ainsi, la Constitution des Philippines promeut la protection des droits et du bien-être de tous les Philippins, et particulièrement des minorités religieuses et communautés autochtones.  M. de Castro a souligné qu’un dialogue interculturel et interconfessionnel avait déjà eu lieu au début des années 1960 entre organisations religieuses dans la partie musulmane de Mindanao, au sud des Philippines. Le plan de développement des Philippines (2004-2010), le cadre d’action de gouvernance mis en place par l’actuelle administration confèrent au dialogue entre confessions, à l’éducation et aux plaidoiries un rôle majeur dans la conduite des programmes de  réconciliation dédiés aux communautés affectées par des conflits.  Le Vice-Président a en outre affirmé que son pays avait mis en place un plan d’action sur le dialogue et la coopération interconfessionnelle entre 2006 et 2010 et visant à renforcer les partenariats entre la société civile et le gouvernement ainsi que leurs aptitudes à promouvoir le dialogue entre cultures et la solidarité dans les domaines éducatif, de la formation, du processus de paix, de la réduction de la pauvreté, de la protection des droits de l’homme, de l’autonomisation des femmes, de la lutte contre la corruption, de la protection de l’environnement, et dans les campagnes de sensibilisation.  Il a par ailleurs souligné que la Présidente avait créé en juin dernier un Comité National pour la coopération interconfessionnelle visant à renforcer la mise en application des politiques gouvernementales dans ces secteurs.  Il a également déclaré que le congrès philippin avait approuvé la loi en 1997 sur la reconnaissance des droits des peuples autochtones.  Dans cet esprit, il a indiqué que les enseignements coraniques ont été institutionnalisés dans toutes les écoles élémentaires accueillant des étudiants musulmans, et que les universités commencent à incorporer dans leurs programmes des études sur la paix. Il a ainsi affirmé que  le dialogue interculturel était essentiel pour transmettre les valeurs de paix et de respect, et qu’il permet de prévenir les conflits religieux entre groupes ethniques.


M. de Castro a déclaré que son pays avait également été très actif  pour promouvoir le dialogue interconfessionnel sur le plan régional, que ce soit au sein du Mouvement des non-alignés, du Groupe des 77, des réunions Asie-Europe, des forums régionaux asiatiques et du Pacifique. Tous les participants ont accepté ce concept, s’est-il félicité.  Par ailleurs, après avoir accueilli l’année dernière le dialogue de CEBU sur la coopération interconfessionnelle régionale pour la paix, le développement et la dignité humaine, les Philippines ont coparrainé cette année le dialogue interconfessionnel d’Asie Pacifique en Nouvelle-Zélande, par lequel plus de 150 nations participantes se sont engagées à rapprocher et construire des ponts entre communautés religieuses et gouvernements pour promouvoir la paix et la sécurité dans la région.  L’intervenant a conclu en plaidant pour la mise en œuvre d’efforts stratégiques coordonnés sur le dialogue et la coopération entre religions par le renforcement des partenariats entre les gouvernements, le système des Nations Unies  et la société civile.


M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a tenu à rappeler que les trois principales religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l’islam, ont un héritage commun et s’accordent sur de nombreuses valeurs universelles telles que la paix, l’honnêteté, la dignité, la coopération, la patience, la tolérance et l’harmonie.  M. Akram a souligné que les manifestations d’incompréhension rencontrées aujourd’hui entre les cultures et les civilisations ne sont pas le résultat de divergences entre les religions mais de divergences sur des questions politiques telles que les crises au Moyen-Orient.


Le 11 septembre, a-t-il poursuivi, a accentué cette polarisation entre les différentes communautés religieuses.  Certaines perceptions en Occident, a-t-il déploré, véhiculent des stéréotypes négatifs sur l’islam comme une religion qui propage le terrorisme et l’extrémisme, et hostile aux valeurs occidentales.  Dans le monde musulman, a-t-il continué, il est généralement admis que l’Occident permet de manière délibérée la répression des peuples musulmans comme c’est le cas en Palestine, en Iraq et au Cachemire.


Il a regretté qu’en Occident, les musulmans sont souvent associés au « terrorisme islamique » et que des expressions telles que « islamo-fascisme » sont monnaie courante dans les média et dans les discussions pseudo-intellectuelles.  Il s’est dit préoccupé par les récentes campagnes contre « l’islamisation de l’Europe » et les obstacles à la construction de mosquées et de minarets.  La liberté d’expression, a-t-il ajouté, est utilisée comme arme pour la propagation d’insultes et de haine contre les symboles et personnalités sacrés de l’islam.


L’islam ne constitue pas une menace pour l’Occident, a-t-il tenu à souligner.  L’islam est une religion de paix et de soumission.  L’histoire ayant montré que juifs, chrétiens et musulmans ont coexisté sous les règnes musulmans, il a exprimé le souhait que les musulmans puissent aujourd’hui vivre en paix dans les pays occidentaux.  Saluant l’Alliance des civilisations promue par les Nations Unies, il a ajouté qu’il est nécessaire de promouvoir, tant aux niveaux national qu’international, une meilleure compréhension entre les différentes croyances et cultures en faisant participer tous les éléments de la société.


Il a également appelé tous les pays à interdire les organisations extrémistes et la littérature de haine, la diffamation des personnalités religieuses sous le prétexte de la liberté d’expression.  Il a finalement fait des propositions relatives à la réforme des programmes scolaires, et à l’adoption de politiques bien réfléchies pour la protection des minorités religieuses.  Dans certaines sociétés où la migration a créé un mélange soudain de foi et de culture et des processus d’intégration graduelle et pacifique, il serait peut-être utile, a suggéré le représentant, de mettre en place des mesures d’établissement de la confiance pour surmonter la haine et les stéréotypes dont certains ont permis l’émergence.


M. FIORENZO STOLFI, Premier Ministre et Ministre des affaires politiques et étrangères et de la planification économique de Saint-Marin, a déclaré que le renforcement du dialogue entre les cultures et les religions est une condition sine qua non pour surmonter les divisions et la méfiance, consolider la coopération entre les États et les peuples et par là même, atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Il a rappelé que lorsqu’il présidait la Commission ministérielle du Conseil de l’Europe, Saint-Marin avait organisé une Conférence européenne sur la dimension religieuse du dialogue interculturel.  Une Conférence, a-t-il ajouté, qui a connu la participation des représentants du monde diplomatique et religieux de toute l’Europe, de chercheurs et de représentants d’associations et de la presse.  À cette occasion, le représentant du Secrétaire général des Nations Unies avait mis l’accent sur la nécessité urgente de jeter des ponts et de prendre part à un dialogue interculturel constant et constructif, qui veille à la promotion de valeurs communes et d’aspirations partagées.  C’est à cette même occasion que fut présenté un « document sur le dialogue interculturel », a indiqué M. Stolfi, en ajoutant que ce projet sera publié par le Conseil de l’Europe en 2008, année qui sera également consacrée par l’Union européenne au Dialogue interculturel.


Saint-Marin, a poursuivi le Premier Ministre, a aussi été coauteur d’une résolution sur l’élimination de toutes les formes de discrimination basée sur la religion qui après avoir été soumise au Conseil des droits de l’homme, le sera à la Troisième Commission.  D’autre part, le Conseil de l’Europe a confié à Saint Marin la coordination de la première réunion annuelle consacrée à la dimension religieuse du dialogue entre les cultures qui se tiendra au printemps 2008 avec la participation de 47 États Membres et des représentants du monde religieux et de la société civile, a-t-il annoncé.  Cependant, a poursuivi M. Stolfi, le dialogue ne saurait être séparé du respect par les cultures et les religions, des valeurs communes qui constituent les fondements de la coexistence au sein de la communauté internationale et de la coopération entre les peuples, en l’occurrence le respect des droits de l’homme, des règles démocratiques, de l’état de droit et des principes de justice.


Reconnaissant la complexité des problèmes qui caractérisent  chaque fois plus les réalités nationales, le Premier Ministre a estimé qu’il ne faisait aucun doute que le dialogue aidera à surmonter la peur, le rejet de l’autre, la discrimination culturelle ou religieuse, le radicalisme et la violence.  Il a souligné que les actions menées par les ONG, le secteur privé et les media étaient d’une grande importance et a conclu en indiquant qu’au niveau national, la participation dans des campagnes thématiques pouvait devenir le moteur d’une action qui impliquerait dûment les jeunes.


M. VARTAN OSKANIAN, Ministre des affaires étrangères de l’Arménie, a déclaré que la situation géographique de son pays avait encouragé depuis toujours le peuple arménien à nouer des liens économiques et culturels avec d’autres pays et civilisations.  Ce phénomène a été renforcé du fait du génocide et de la diaspora arménienne ayant établi des communautés très soudées dans de nombreux pays du monde.  Les Arméniens survivants du génocide ont été bien accueillis et ont pu s’intégrer dans le Moyen-Orient arabe.  Les différences religieuses n’ont pas fait obstacle à leur inclusion.  Pour édifier la paix, nous ne pouvons que privilégier le respect mutuel des droits collectifs et individuels de tous les peuples, a-t-il ajouté.  La lutte de nos frères dans le Haut-Karabagh est exactement cela, a plaidé le Ministre, une lutte pour le droit de vivre libre.  Qu’il s’agisse des Palestiniens ou des habitants du Darfour, ils ne demandent que le droit légitime de vivre libres et dans la dignité.  Les frustrations, le ressentiment et les hostilités qui frappent les victimes de la xénophobie et du racisme ne devraient jamais êtres minimisées, a souligné le Ministre, qui a estimé que cela devrait tous nous préoccuper.  Notre but est de construire un pays et un monde où les droits des groupes et des individus seront un jour respectés à tous les niveaux.  Rappelant que la religion était utilisée pour déchirer les peuples, de même que le sont les inégalités sociales, M. Oskanian a cependant rappelé que c’était aussi la foi et l’humanité qui rassemblaient tous les peuples.


M. IFTEKHAR AHMED CHOWDHURY (Bangladesh) a considéré la coopération internationale comme « un préalable pour la poursuite de la paix globale, de la sécurité et du développement ».  Le Bangladesh insiste pour que celle-ci soit basée sur l’inclusion sociale, l’égalité et l’équité, la dignité humaine et la justice.  Ceci est essentiel, a-t-il affirmé, pour la promotion de la tolérance, de la compréhension et du respect universel.  Aucun pays ne peut agir seul ou réussir dans ce monde globalisé, a prévenu le représentant, en jugeant nécessaire de promouvoir une meilleure compréhension entre religions, croyances et cultures.


Il est souhaitable, a-t-il assuré, de renforcer le message de respect universel pour les cultures et les religions par tous et pour tous.  Les Nations Unies peuvent jouer le rôle de catalyseur pour la promotion de cet objectif.  Le représentant a estimé que « Le défi qui se trouve devant nous est celui de transformer la diversité de nos cultures, religions, traditions et coutumes en une force unique.  Cette force peut contenir la prolifération des conflits ethniques, religieux et civils.  Elle peut aussi éliminer le sentiment d’insécurité et de peur.  En dernière analyse, a-t-il affirmé, cette force peut contribuer à la transition globale de la « culture de la guerre » à « la culture de la paix ».


Le Dialogue interreligieux et la coopération pour la paix constituent un cadre approprié pour faire avancer notre objectif commun. Le Bangladesh, a dit le représentant, apporte son appui total à cet agenda. Le pays, a rappelé le représentant, a d’ailleurs eu l’honneur d’encourager l’adoption de la Déclaration et le Programme d’action sur la culture de paix en 1999.  Il participe également au Groupe des Amis de l’Alliance des civilisations.  Chaque année, le pays met sur la table une résolution sur la « culture de la paix » qui bénéficie d’un appui important des États Membres.  Le Bangladesh figure aussi au nombre des pays ayant coparrainé la proclamation de la « Journée internationale de non-violence » fixée le 2 octobre.  En avril de cette année, le Bangladesh a ratifié la Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité de l’expression culturelle.


M. SAMPSON K. BOAFO, Ministre des chefferies et de la culture du Ghana, a indiqué que dans la perspective de la mondialisation, chaque nation devrait aspirer à une coexistence pacifique.  Les sociétés modernes plurielles, si elles désirent garantir la paix et préserver le bien-être de leurs citoyens, ne peuvent se permettre de payer le prix du monologue culturel et religieux ou encore du fondamentalisme religieux, a-t-il poursuivi.  Certaines valeurs et certains principes sont universellement partagés par les civilisations, qu’elles soient occidentales, européennes, asiatiques ou africaines, a relevé le ministre ghanéen.


Au Ghana, a-t-il dit, la diversité culturelle a ses racines dans l’institution des chefferies qui joue une fonction vitale dans l’édification de la paix, en partenariat avec le gouvernement.  Les institutions religieuses œuvrent également, de concert avec le Gouvernement, pour créer un environnement caractérisé par la paix, et ce, en dépit des différentes cultures qui coexistent.  Il n’y a pratiquement pas de conflit entre les cultures et les religions au Ghana.  La culture et la religion se sont tant et si bien fondues qu’il devient difficile d’identifier une ligne de division, a encore déclaré le Ministre qui a invité tous les pays confrontés à des défis d’ordre interreligieux et interculturels à se rendre dans son pays pour y trouver des solutions durables.


M. TAREK MITRI, Ministre des affaires étrangères, de la culture et de l’immigration de la République libanaise, a jugé que cette réunion était extrêmement importante en raison des différences qui existent dans les relations entre pays et des menaces qui trouvent leurs racines dans l’ignorance.  Le Ministre a regretté que des politiques extrêmes poussent les sociétés à devenir individualistes et à cultiver l’hostilité.  Il est dans l’intérêt de la communauté internationale d’ouvrir le dialogue pour faire face aux nouvelles formes de violence, de terrorisme et de désinformation.  Des promesses ont été faites en ce sens, a-t-il dit, et il est maintenant urgent que les pays traduisent leurs engagements dans la réalité.  Le Ministre a appelé les États à parvenir à une meilleure définition du dialogue et des règles permettant de l’atteindre.


Au Liban, a-t-il poursuivi, nous posons le dialogue au niveau de notre conscience nationale et nous avons reconnu son importance pour renforcer la citoyenneté et la coexistence.  Une meilleure compréhension entre communautés reste toutefois nécessaire.  Notre souci de préserver l’unité met en effet en péril la diversité, a–t-il admis.  Toutefois le dialogue, qui implique que l’on accepte les différences, peut fournir les moyens de rapprocher diverses factions même s’il n’éliminera pas les rivalités.  L’expérience libanaise nous a appris que le dialogue pouvait contribuer à  éteindre « le feu » des différents conflits.  Un dialogue réel demeure une alternative au « choc de l’ignorance », a conclu le Ministre.


M. NITYA PIBULSONGGRAM, Ministre des affaires étrangères de la Thaïlande, a déclaré que les différences d’idées ou de valeurs, que ce soit dans les systèmes politiques ou l’héritage culturel, n’étaient pas des obstacles à la coopération.  Or notre génération fait aujourd’hui face à une culture croissante d’intolérance et d’extrémisme, d’irrespect et de violence.  Ce « choc » des civilisations constitue l’antithèse absolue de ce que représentent les Nations Unies, a-t-il affirmé.  Nous ne pouvons pas rester impassibles.  Une telle intolérance, quelle qu’en soit la cause, si elle n’est pas prise en considération, ne fera qu’exacerber davantage l’incompréhension entre les peuples.  Pour cette raison, le Dialogue qui nous réunit aujourd’hui est particulièrement bienvenu.  Comment lancer une action concrète, s’est-il demandé?


La première mesure, a-t-il estimé, doit être prise au niveau national et régional.  Ainsi, en Thaïlande, la nouvelle constitution continue de protéger et de promouvoir les libertés religieuses, a fait valoir le Ministre.  Un dialogue interconfessionnel est organisé au niveau local par des leaders religieux pour discuter des problèmes qui se posent à tous, comme la dégradation de l’environnement, par exemple.  Les pays d’Asie du sud-est, qu’ils soient majoritairement musulmans, chrétiens ou bouddhistes œuvrent actuellement à l’établissement d’une Communauté de l’ANASE, où la diversité est promue comme une force.  Chaque nation, chaque région doit pouvoir identifier le meilleur moyen de promouvoir la tolérance et le respect de la diversité en touchant les communautés de base.  Rien ne peut être imposé de l’extérieur et certainement pas de l’ONU qui peut pourtant encourager les choses, a dit le Ministre.


La seconde étape consisterait à identifier les groupes cibles, afin de déterminer les instruments appropriés pour renforcer l’appui à la culture de paix et de tolérance.  Les jeunes constituent un groupe cible par excellence et l’instrument clé est l’éducation. Une éducation qui inculque la tolérance et le respect des valeurs des autres cultures et religions.  Le Ministre a par exemple proposé de multiplier les programmes d’échanges qui exposent les jeunes à « l’autre ».  Une troisième étape serait de coordonner et de consolider les divers efforts au niveau mondial, en évitant les doubles emplois.  Le Ministre a, par exemple, proposé que le prochain rapport du Secrétaire général sur la question comprenne les activités menées en dehors du système des Nations Unies, y compris aux niveaux régional et sous-régional.


M. SVEN ALKALAJ, Ministre des affaires étrangères de la Bosnie-Herzégovine, a affirmé que le dialogue entre civilisations, cultures et religions permettait de résoudre les conflits -aux niveaux international, national et local- en réduisant les malentendus, la suspicion, et en posant les bases d’une résolution pacifique des conflits.  Il a rappelé que son pays, par sa position charnière entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud, bénéficiait d’un environnement de tolérance et de diversité apprécié.  Il a ainsi souligné que les religions chrétienne, juive et musulmane y sont toutes représentées.  La Bosnie-Herzégovine est « un pont entre civilisations », a-t-il soutenu. La richesse de cette coexistence entre religions, a-t-il poursuivi, est présente dans la culture, la littérature, l’architecture du pays.


Le Ministre a déclaré qu’un dialogue interculturel portant des messages de tolérance, de respect et de compréhension mutuelle, constituait un élément clé quant à l’amélioration des relations et de la coopération entre les peuples et les pays.  Il a rappelé que son pays, par son expérience et son histoire, pouvait pleinement contribuer au dialogue des cultures et des religions sur la scène internationale.  La Bosnie Herzégovine est très fière de son Conseil interreligieux, de ses efforts et de son énorme potentiel pour le futur, a-t-il ainsi affirmé.  Il a réitéré l’engagement de son pays à bâtir une société digne d’éloges,  avec les plus fortes normes éthiques, fondée sur le dialogue, la compréhension et l’acceptation des différences et de la diversité, pour promouvoir la paix.  A cet égard, Il a souligné le rôle majeur de l’éducation dans la transmission de ces valeurs.  M. Alkalaj a conclu en déclarant que nous ne devons pas seulement respecter nos différences, mais plutôt apprendre à les utiliser pour apprécier ce qui nous distingue.


M. KOUDADIO KOMOE AUGUSTIN, Ministre de la culture et de la Francophonie de Côte d’Ivoire, a évoqué le patrimoine culturel riche et diversifié de son pays qui engage les citoyens à une appropriation de leurs us et coutumes pour mieux participer au dialogue des cultures et par conséquent à l’affirmation de « l’exception culturelle ivoirienne ».  En effet, a expliqué le Ministre, la Côte d’Ivoire constitue une véritable mosaïque ethnique, car on y dénombre 60 ethnies différentes qu’ont peut regrouper en quatre grands groupes.  La Côte d’Ivoire accueille par ailleurs sur son sol entre 4 et 5 millions d’étrangers, soit au moins le tiers de sa population, un cas presque unique au monde.  Sur le plan linguistique, a-t-il précisé, le pays présente également une grande diversité puisqu’on y dénombre quelque 70 langues.  Sur le plan religieux, la Côte d’Ivoire offre au monde un modèle de syncrétisme et de coexistence interconfessionnelle pacifique.  Il n’existe pas de religion majoritaire et la cohabitation des religions n’a suscité aucun conflit majeur, chaque citoyen vivant sa foi dans la stricte observance de la liberté de culte et la laïcité de l’État.


Le Ministre a également évoqué les alliances interethniques, véritable ciment social, qui sont des pactes entre les peuples et des groupes ethniques.  Ces accords constituent un contrat social scellé entre les communautés impliquées.  La crise militaro-politique dont sort, progressivement mais résolument, la Côte d’Ivoire a permis de réaffirmer l’importance de la solidarité tant à l’échelle nationale, régionale que mondiale.  Le Ministre a souligné que la crise ivoirienne, sa problématique et son processus de règlement, est un exemple patent du caractère incompressible de l’exception culturelle et du dialogue des cultures.


Le Ministre a évoqué par la suite la culture sous différentes facettes.  Celle-ci, dit-il, a trait à la recherche d’un monde et d’un bonheur commun.  C’est pourquoi, tous ceux qui ont recours à la violence, parfois au nom de la religion travestissent le message de celle-ci.  Il nous faut, a-t-il suggéré, sortir de cette spirale de méfiance, d’intolérance et de violence, et restaurer les religions dans leur rôle éminemment éthique.  Si des personnes différentes, culturellement ou sur le plan de la foi, dépassaient leur méfiance, elles découvriraient à quel point des personnes différentes en apparence partagent et vivent des valeurs communes.


CHEICK TIDIANE SY, Ministre de la justice du Sénégal, a estimé que les crises qui secouent le monde sont souvent dues aux divergences religieuses, à l’intolérance et à l’extrémisme de certains hommes, qui au nom de prétendues convictions religieuses ou culturelles, commettent les pires exactions, dont les principales victimes sont souvent les femmes ou les enfants innocents.  Pour éradiquer un phénomène en augmentation, il a proposé d’instaurer un dialogue ouvert qui permette d’aller au-delà des clichés, et dont le premier postulat serait le respect mutuel.  Prenant l’exemple de son pays où la coexistence entre les 95% de musulmans et les 5% de chrétiens est qualifiée de paisible, et où les mariages mixtes ne sont pas rares, le Ministre a solennellement réitéré l’appel du Président du Sénégal Abdoulaye Wade en faveur d’un Sommet sur le Dialogue Islamo-Chrétien.


Il a indiqué, à l’instar de son Président, « qu’il était inacceptable que les convictions de plus d’un milliard de musulmans continuent d’être attaquées par des individus mal intentionnés au nom d’une prétendue liberté d’expression sans borne, et que toute liberté trouve ses limites dans la responsabilité.  Pour le Ministre, la quête de la paix et de l’harmonie incombe à tous, mais les médias ont un rôle de premier plan à jouer.  Il s’est dit en faveur d’un dialogue qui permette d’échapper à une forme standardisée de pensée, cette dernière menant à l’hégémonie d’une certaine civilisation.


Révérend MIGUEL D’ESCOTO BROCKMANN , Envoyé spécial du Président du Nicaragua, Daniel Ortega Saavedra, a déclaré que rien au monde n’était aussi urgent que de se libérer de la néfaste accoutumance humaine à la violence, que ce soit pour s’approprier le bien d’autrui ou pour faire usage du droit à la légitime défense.  De là, la nécessité d’une culture de la paix pour contrecarrer la culture de la guerre, de la mort et de la destruction ou du terrorisme sous les noms de guerre à faible intensité, guerre préventive ou sous n’importe quel autre nom sous lequel on prétend camoufler le terrorisme, a-t-il souligné.  Le Révérend D’Escoto Brockmann a rappelé que c’était précisément dans le but de mettre fin à la spirale de la guerre que fut créée, au milieu du siècle dernier, l’Organisation des Nations Unis.  Il a néanmoins constaté que du point de vue de son efficacité en vue d’éviter les guerres, force serait de conclure que l’Organisation n’a pas du tout été efficace.  Il a relevé que c’est chez les États Membres les plus puissants de l’Organisation que l’on pouvait davantage observer l’accoutumance à la guerre comme méthode visant à faire avancer leurs intérêts.


Le dialogue politique international n’a pas été capable de faire cesser les guerres dont le nombre va en augmentant, a-t-il poursuivi. Pendant ce temps, a remarqué l’Envoyé du Nicaragua, l’immense majorité des États Membres ne fait qu’observer car, dans le dialogue politique, on considère comme « politiquement incorrect » d’attirer l’attention sur, ou de critiquer, les puissants, y compris dans les cas des violations les plus flagrantes de la Charte.  Il devient donc nécessaire de transcender le dialogue purement politique et de nous retrouver sur le terrain, plus profond, de notre humanité partagée, c’est-à-dire sur le terrain de nos religions, où siègent nos croyances les plus enracinées quant à la valeur et au sens de la vie humaine, a ajouté le révérend D’Escotto Brockmann, avant d’indiquer que  la loi suprême de l’amour, sans exceptions ni exclusions, est sans aucun doute la valeur première unissant toutes les religions.  Insistant sur l’unicité de Dieu, il a cité en conclusion une anecdote relatée par Louis Fischer qui, ayant remarqué que Gandhi avait un portrait de Jésus Christ sur le mur, s’était exclamé: « Mais vous êtes chrétien?  Pourquoi cette image de Jésus sur le mur?  Ce à quoi Gandhi avait répondu « bien sûr que je suis chrétien et musulman et hindou et bouddhiste et juif ».


M. METROPOLITAN VALENTIN D’ORENBOURG, Leader de l’Église orthodoxe de la Fédération de Russie, a déclaré que la religion était trop souvent utilisée pour justifier le terrorisme.  Selon lui, le problème le plus important d’une société lorsqu’elle perd le fait religieux, c’est son atomisation.  Privé de la dimension spirituelle et verticale de la vie, l’homme se réfugie dans l’argent et les choses matérielles, qui ne suffisent pas à lui donner une direction véritable.  Il s’est déclaré persuadé que c’était la moralité traditionnelle qui constituait la base du respect mutuel des religions et des cultures.  L’éducation des jeunes générations aux religions traditionnelles devrait donc être renforcée pour leur permettre de se faire une idée plus précise des différences entre les peuples.  Il a cité en exemple le modèle interreligieux qui prévaut en Fédération de Russie, qui reconnait le droit des uns et des autres à vivre librement leurs croyances, que ce soit aux niveaux public ou privé.  Par ailleurs, en 1998, un Conseil interreligieux russe fondé sur le principe d’inviolabilité des religions, a été mis sur pied.  M. D’Orenbourg s’est ensuite félicité des initiatives prises par les Nations Unies telles que l’Initiative tripartite en faveur de la paix et l’Alliance des civilisations.  Il a suggéré, pour sa part, de créer à l’ONU une plate-forme multilatérale pour permettre aux représentants des grandes religions du monde entier d’échanger leurs points de vue.


M. HIDAYAT ORUJOV, chef du Comité d’État sur les relations avec les organisations religieuses de l’Azerbaïdjan, a déclaré que bien que la mondialisation rapproche les peuples, elle fait ressortir les particularités des religions et des mentalités.  Nous vivons à une époque de renforcement des replis identitaires et religieux, a-t-il regretté, qui prennent des formes hypertrophiées, raison pour laquelle il est nécessaire de promouvoir le respect et la tolérance.


Rappelant que la tolérance est une valeur chère à son pays, forgée à travers son histoire de convergence de civilisations, il a souligné que l’Azerbaïdjan était devenu la deuxième patrie de nombreux fidèles d’autres religions persécutés à travers l’histoire, ce qui explique sa diversité ethnique et confessionnelle.  Aucun fait de xénophobie n’a jamais été constaté dans mon pays, a-t-il affirmé, tout en ajoutant que divers groupes y sont installés depuis longtemps et s’y sentent chez eux, comme c’est le cas de la présence juive depuis 2005 ans qui n’a connu aucune discrimination.  Le christianisme figure également parmi les religions principales de notre pays, a-il-observé, en précisant qu’on trouve côte à côte en Azerbaïdjan des mosquées, des églises et des synagogues.


Cependant, il a déploré avec amertume l’occupation de certaines terres de son pays par l’Arménie qu’il a accusé de mener une politique d’épuration ethnique.  Au Haut Karabakh, a-t-il dit, les Azerbaidjanais ont fui, poussés par les forces armées de l’Arménie.


Il a ensuite mentionné que l’Arménie détruit tous les monuments religieux et historiques de son peuple, malgré les demandes répétées des leaders azerbaïdjanais et de la communauté internationale de respecter les traités internationaux unis pour la protection des monuments historiques.  Il a déploré le sort de ses « frères » qui sont condamnés au sort de réfugiés et a appelé la communauté internationale à agir en faveur de son peuple qui croit et pratique la tolérance.


M. ROD KEMP (Australie) a déclaré que bien que le droit à la liberté de religion ou de croyance constitue un droit essentiel et une composante fondamentale de toute société harmonieuse et soit inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, il n’en reste pas moins que dans de multiples régions du monde, nombre de personnes ne jouissent pas de telles libertés: elles ne peuvent prier librement et elles souffrent de discrimination.  L’intolérance et l’extrémisme religieux continuent de menacer la sécurité, la paix et la stabilité mondiales, a-t-il ajouté, soulignant qu’il était important de défendre la liberté religieuse et de reconnaître que l’on pouvait et devait permettre que des idées et des croyances différentes puissent coexister et prospérer.  En effet, la tolérance et le respect du pluralisme constituent des valeurs essentielles pour des sociétés ouvertes, a-t-il ajouté.


Il a fait valoir la diversité de la société australienne diverse, tant du point de vue culturel que linguistique, 300 langues y sont parlées et un large éventail de religions pratiquées.  Le Gouvernement australien veille à la promotion de l’acceptation et du respect des différences entre les Australiens de toute origine culturelle et religieuse et dans ce contexte, le pays a mis en œuvre depuis plusieurs années le programme « Vivre en harmonie ».  L’objectif est de rassembler les Australiens de différentes origines afin de les amener à forger un sentiment d’appartenance, de respect mutuel et de compréhension mutuelle, a précisé M. Kemp.  Dans le cadre de ce programme, plus de 50 projets visant à promouvoir le dialogue interconfessionnel ont été financés.  Le  représentant de l’Australie a indiqué qu’en 2006 son pays s’est doté d’un Plan d’action national pour édifier la cohésion sociale, l’harmonie et la sécurité, bénéficiant d’un financement de 35 millions de dollars australiens sur une période de quatre ans.  Le Plan prévoit, entre autres, la création d’un centre de recherches et d’études islamiques, de promotion de la compréhension de la foi interreligieuse à travers une coopération entre les écoles, l’engagement dans des projets intercommunautaires, des stages de formation à la gestion des crises et de matériels didactiques spécifiques.


M. Kemp a ensuite indiqué que l’Australie encourage aussi la coopération interconfessionnelle grâce à sa participation au Dialogue interreligieux régional avec l’Indonésie, la Nouvelle-Zélande et les Philippines.  Il a signalé que l’édition 2007 de ce Dialogue a conduit à un accord sur la Déclaration et le Plan d’action de Waitangi.  Le Plan d’action contient les recommandations faites par les délégués en vue d’un futur engagement régional sur la problématique interconfessionnelle, notamment dans les domaines de la création de partenariat, de l’éducation et des moyens de communication.  Les dialogues interconfessionnels constituent des espaces importants en vue de la promotion de la paix, de la tolérance et de la compréhension par le biais d’une collaboration avec les groupes de la société confessionnelle et religieuse dans la région et au-delà, a-t-il conclu.


S’exprimant au nom de l’Union Européenne, M. JOAO GOMES CRAVINHO, Secrétaire d’État aux affaires étrangères et à la coopération du Portugal, a affirmé que l’Europe avait un rôle clef à jouer dans la promotion de la compréhension interculturelle et interreligieuse avec d’autres régions du monde. « L’Union européenne est fondée sur les principes de liberté, démocratie, respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que des règles de droit » a-t-il ajouté.  Il a souligné que la compréhension et l’acceptation mutuelles des valeurs de base entre Européens de tous horizons culturels, sociaux ou religieux, étaient cruciales pour garantir une cohabitation pacifique et une cohésion sociale.  Il a rappelé que les politiques d’intégration et de non-discrimination de l’Union européenne, indispensables au dialogue, trouvent leurs origines dans le respect des principes d’égalité devant la loi, de prohibition de la discrimination et du combat contre le terrorisme, de la diversité culturelle, linguistique et religieuse, et de l’égalité entre les sexes.  Le Secrétaire d’État a en outre déclaré que la culture européenne a été enrichie par les influences extérieures au travers de son histoire, et qu’à contrario, les idées européennes ont eu une profonde influence sur de nombreuses cultures dans le monde. 


Des Européens de diverses origines sociale, culturelle et religieuse contribuent aujourd’hui à la diversité et à la prospérité de l’Europe.  Cette dernière a une identité multiple, reflétant une panoplie d’influences venues des migrations et de la mondialisation.  Le Secrétaire d’État a ajouté que l’Europe s’attachait à cet effet à développer et à renforcer le dialogue avec ses communautés, minorités ethniques et religieuses en incluant notamment son engagement positif avec les musulmans de et hors d’Europe.  M. Cravinho a par ailleurs souligné que les cadres politique et juridique de l’UE sont essentiels pour assurer la paix et la cohésion sociale, et marginaliser le radicalisme et l’extrémisme.  Il a insisté sur la grande activité de l’Union européenne dans la promotion de la compréhension interculturelle et interreligieuse.  Le processus Euromed-Barcelone fournit ainsi le cadre du dialogue entre l’Union et ses voisins méditerranéens, et dans lequel a été créé la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue des cultures dont le but est le rapprochement des civilisations vivant de part et d’autre de la Méditerranée.  En outre, l’ASEM, qui réunit 43 États asiatiques et européens, a permis de favoriser la compréhension mutuelle des religions et promouvoir la diversité culturelle, mais également d’accélérer les échanges culturels, intellectuels, éducatifs entre européens et asiatiques.  L’Europe soutient aussi l’Initiative sur l’alliance des civilisations qui, avec l’aide des Nations-Unies, vise à intensifier les actions collectives entre diverses sociétés pour combattre l’extrémisme, surmonter les barrières culturelles et sociales entre l’Occident et les mondes musulmans, et réduire les tensions et la polarisation entre les sociétés dont les valeurs culturelles et religieuses diffèrent.


M. Cravinho a par ailleurs plaidé en faveur d’une action globale, concertée, cohérente et complémentaire, mise en place par l’Alliance et les Nations Unies, pour accroître le dialogue et la compréhension interconfessionnelle.  En outre, il a affirmé que le document du Conseil de l’Europe sur le dialogue interculturel sera adopté en Novembre 2007, et aura pour objectif de développer un sens de la communauté et d’appartenance à un monde multiculturel.  Enfin, l’Année européenne du dialogue interculturel, dont le budget atteint 10 millions d’euros, présentera en 2008 une grande variété de projets et d’activités en vue de promouvoir la diversité culturelle et religieuse.


Mme KAREN HUGUES, Sous-secrétaire d’État pour la diplomatie publique et les affaires publiques des États-Unis, a rappelé qu’entre autres libertés, la Déclaration universelle des droits de l’homme consacrait la liberté de religion.  Voyageant dans le monde entier, j’ai rencontré des personnes de bonne volonté de toute foi, a-t-elle ajouté.  Mais elle s’est déclarée préoccupée par le fait que la liberté d’avoir une religion était de plus en plus confondue avec la liberté que l’on prend au nom de la religion.  Ainsi, elle est parfois, au même titre que l’ethnie, source de divisions.  Nous vivons dans un monde de haine où la religion est pervertie à des fins politiques, a-t-elle regretté.  Elle a cependant tenu à rassurer les musulmans sur le fait que les Américains ne les confondaient pas avec les terroristes, soulignant que plusieurs millions de musulmans pratiquent paisiblement leur culte aux États-Unis.  Mme Hugues a cité ensuite le Président de l’Afghanistan, Hamid Karzaï, qui a déclaré tout récemment que les attentats terroristes n’étaient jamais qu’un détournement de la religion à des fins meurtrières.  Le moment est donc venu pour que les gens de bonne volonté et de toutes confessions se liguent contre les extrémistes, a-t-elle appelé, précisant que l’Amérique souhaitait relancer le dialogue en ce domaine.  Le Gouvernement américain encourage le dialogue interconfessionnel à travers des programmes d’échanges culturels et religieux dans le monde entier.  Nous avons aussi dépêché des musiciens pour promouvoir la tolérance et prouver que les cultures peuvent s’enrichir mutuellement.  Enfin, nous encourageons les Américains à se rendre à l’étranger pour tirer le meilleur parti possible des autres cultures, a conclu Mme Hugues.


M. VIKTAR GAISENAK, Vice-Ministre des affaires étrangères de Bélarus, a déclaré que l’intolérance religieuse, la xénophobie et l’opposition des cultures minent la paix et la stabilité.  C’est la raison pour laquelle, a-t-il ajouté, il est d’une importance capitale d’établir et de maintenir le dialogue entre les civilisations basé sur le respect, la compréhension et la tolérance.  Il a souligné la nécessité, dans le cadre d’un dialogue international, de respecter les droits et de préserver l’identité culturelle des États et des peuples afin de maintenir la paix et la sécurité internationales.


Le Vice-Ministre a rappelé que son pays abrite plus de 140 groupes ethniques et 3 000 organisations religieuses, dont 25 confessions, tout en soulignant son attachement à la liberté de conscience qui est non seulement assurée au niveau de sa législation mais aussi par le biais de mesures pratiques.  Il a ensuite réaffirmé l’attachement de son pays à la diversité et à la coopération entre les cultures, ainsi que le rôle de son pays dans les initiatives que l’ONU mène dans la promotion de la diversité religieuse et culturelle. Il a notamment suggéré l’intégration, dans les plans et stratégies nationaux, du dialogue entre les religions, afin de s’assurer que toutes les associations religieuses bénéficient de manière équitable du développement et du progrès économique.


Il a tenu à saluer la création d’un centre de coordination sur le dialogue interreligieux et le dialogue interculturel au sein du Secrétariat des Nations Unies, de même qu’il a encouragé l’utilisation des technologies de l’information et l’implication de toutes les ressources des agences spécialisées de l’Organisation.  Au sujet de la rencontre ministérielle du Mouvement des pays non alignés à Téhéran en septembre 2007, il a rappelé que pour la première fois, les Ministres des affaires étrangères ont inscrit à leur ordre du jour le thème de la diversité culturelle et des droits de l’homme, de même qu’ils ont adopté une déclaration et un programme d’action et décidé d’établir un centre traitant de ce thème.


Mme HELENA BAMBASOVA, Vice-Ministre aux affaires étrangères de la République tchèque, s’est jointe à la déclaration faite par le Portugal, au nom de l’Union européenne, puis a déclaré qu’au fil des siècles, les habitants du territoire de la République tchèque, pays situé en plein centre de l’Europe, ont été témoins des répercussions désastreuses de nombreuses périodes d’intolérance religieuse et de non respect de la diversité culturelle et d’opinion.  De nombreuses personnes ont dû s’exiler pour pouvoir préserver leurs idéaux et leurs croyances, et nous nous enorgueillissons du fait que beaucoup d’entre elles ont emmené avec elles à l’étranger leurs idéaux de coopération pacifique et de tolérance culturelle, a-t-elle ajouté.


Lorsque la République tchécoslovaque a vu le jour en 1918, a indiqué la Vice-Ministre, la liberté religieuse, la liberté de culte et de conscience ont été garanties par la Constitution, jetant ainsi les bases d’un dialogue interreligieux, d’un partenariat entre religion sur un pied d’égalité et d’un État démocratique reposant sur la société civile.  Après la chute du communisme, notre société s’est à nouveau ouverte au monde extérieur et nous avons commencé à apprendre de nouvelles leçons quant à l’acceptation des différences culturelles et religieuses en tant que valeur et non en tant que menace, a poursuivi Mme Bambasova, qui a également indiqué qu’il ne fallait pas se permettre de réitérer les tragédies du passé et que, pour être réellement tolérant, il faut d’abord se connaître soi-même et comprendre ses différences.


Seul le dialogue facilite une compréhension mutuelle qui permettrait de prévenir la violence et de jouer un rôle important dans le maintien de la paix et la prévention des conflits, a encore estimé Mme Bambasova, qui a cité, à cet égard, le préambule de l’Acte constitutif de l’UNESCO « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».  Nous devons apprendre de toutes les cultures et de toutes les religions.  Nous devons apprendre l’art d’établir un dialogue, a insisté Mme Bambasova, qui a préconisé que l’éducation à la tolérance ne soit pas limitée à l’école mais qu’elle concerne plutôt toute la société et pas uniquement les jeunes, mais aussi les journalistes, les enseignants et le public en général.


Elle a estimé que l’ONU devrait poursuivre le rôle critique qu’elle joue dans l’appui du dialogue, de la coopération, de la tolérance et de l’éducation en vue d’un avenir pacifique.  La tolérance est l’une des pierres angulaires de la création de l’ONU, a-t-elle souligné, avant de rendre hommage au travail de l’Alliance pour les civilisations et à son Haut Représentant, M. Jorge Sampaio.


M. LYUBOMIR KYUCHUKOV, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Bulgarie, a rappelé l’expérience historique de son pays en matière de tolérance, véritable carrefour du christianisme et de l’islam.  Il a ensuite déclaré que la réussite d’un dialogue interculturel dépendait dans une large mesure de la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales pertinentes, comme l’Union européenne.  Dans ce contexte, le partenariat de ces deux organisations s’est concrétisé par plusieurs projets, a expliqué le Vice-Ministre, qui s’est notamment félicité que l’année 2008 ait été déclarée Année européenne du dialogue interculturel.  Cette initiative vise à faciliter l’intégration des minorités ethniques et religieuses, en particulier des communautés musulmanes dans les environnements non musulmans.


Le Vice-Ministre a également cité l’exemple de son pays, qui accorde une très grande importance à l’intégration durable de la communauté Rom.  Une initiative régionale a ainsi été lancée en 2005 à Sofia, la « Décennie pour l’inclusion des Rom ».  Conçue par le PNUD, elle a été appuyée par neuf gouvernements d’Europe de l’Est et d’Europe centrale.  Elle constitue la première tentative d’améliorer les conditions de vie des Rom en Europe.  Par ailleurs, le Gouvernement bulgare a pris des mesures pour renforcer le dialogue entre Belgrade et Pristina aux niveaux de leurs Ministères de la culture, en vue de coopérer dans la restauration et la préservation des monuments religieux au Kosovo.  En 2003, le Président bulgare, Georgi Parvanov, a lancé l’idée d’un projet conjoint de « corridors culturels » dans le sud-est de l’Europe afin de promouvoir l’héritage commun de la région comme source d’une meilleure coopération économique et culturelle.


Auditions avec des représentants de la société civile:


Déclaration


Dans un message lu par Iqbal Riza, Conseiller spécial du Secrétaire général pour l’Alliance des civilisations, M. JORGE SAMPAIO, Haut Représentant des Nations Unies pour l’Alliance des civilisations, a déclaré que le débat que mène l’Assemblée générale aujourd’hui est particulièrement pertinent dans la mesure où il fait reconnaître au plus haut niveau la nécessité d’apaiser les tensions culturelles et religieuses croissantes.  Nul doute que les Nations Unies ont un rôle de chef de file à jouer pour défaire la polarisation croissante des cultures et des sociétés, source de conflit à une époque menacée par le choc des civilisations.  À cet égard, il est de la plus haute importance d’assurer une étroite coordination entre toutes les activités menées par les organes-clés des Nations Unies impliqués dans les activités liées au dialogue interculturel et interreligieux.


C’est la raison pour laquelle on m’a nommé Haut Représentant pour l’Alliance des civilisations, a souligné Jorge Sampaio.  Dans son message, il a rendu compte de la réunion ministérielle du Groupe des Amis de l’Alliance des civilisations, qui s’est tenue la semaine dernière.  M. Sampaio a tout d’abord souligné que celle-ci avait révélé un engagement très fort en faveur de l’amélioration des relations interculturelles.  Les Ministres ont fait part d’un appui inconditionnel aux initiatives dans les domaines des médias, de la jeunesse et de l’éducation.


Le Haut Représentant leur a fait une série de suggestions, notamment le développement par les organisations internationales et les organes de la Charte de partenariats avec l’Alliance.  Il a également recommandé le développement par les pays de leurs propres stratégies nationales pour le dialogue interculturel, et la nomination par les pays et par les organisations internationales d’un Coordonnateur, qui soit à la fois responsable de la mise en œuvre de la Charte et le « point focal » dans les relations avec le Secrétariat de l’Alliance et les autres partenaires.


J’ai aussi exhorté les Ministres à tirer parti du Premier Forum annuel de l’Alliance, qui se tiendra en janvier à Madrid, a ajouté M. Sampaio, et à présenter à l’opinion publique des engagements en phase avec ces suggestions.  Saluant le rôle des acteurs non étatiques dans la promotion d’une Alliance mondiale pour la paix, il s’est réjoui en conclusion de la présence de la société civile cet après-midi.


Table Ronde 1

Défis auxquels se heurte aujourd’hui la coopération entre les religions et les cultures


Au nombre de ces défis, MOHAMMED NURAYN ASHAFA, Directeur exécutif du Centre de médiation interconfessionnel (Nigéria), a cité l’interprétation erronée des écritures, la peur de la dissolution des identités culturelles et religieuses, la peur de l’inconnu et la diabolisation de l’autre.  Une des raisons pour lesquelles les religions sont si facilement exploitées, a dit en écho PAUL KNITTER, Professeur de théologie et d’histoire des religions au Séminaire de l’Union théologique (États-Unis), est que chacune d’elles se vit comme supérieure aux autres.


Le sentiment religieux, a ajouté GAMAL I. SEROUR, Directeur du Centre islamique international d’Al Azhar (Égypte), peut être aussi facilement manipulé lorsque le sentiment d’injustice sociale prévaut au sein d’une couche de la population.  Il a été rejoint sur ce point par SOHANLAL GANDHI, Président de l’Organisation Anuvrat Global (Inde), pour qui les disparités économiques, la discrimination religieuse et le terrorisme d’État, ainsi que la montée de l’intolérance, sont à l’origine de profondes divisions tout autant que les perceptions erronées véhiculées par les médias et les moyens de communication modernes, a renchéri MANUEL MANONELLES, Directeur de la Fondation pour une culture de paix.


En tant que musulman, je n’ai rien en commun avec ceux qui tuent au nom de Dieu, a déclaré le représentant de l’Égypte, dans un bref échange interactif, avant que Paul Knitter ne rappelle que les textes sacrés de la plupart des grandes religions comportent tous des passages imprégnés de violence.  Mais aujourd’hui, à cause de la mondialisation, l’extrémisme religieux n’est plus confiné dans une zone géographique, même dans ses formes répressives les plus violentes, a fait observer ELISEO MERCADO, Professeur à l’Université Notre Dame (Philippines), qui a aussi imputé à la mondialisation et aux mouvements transfrontaliers, la floraison de minorités religieuses dans le monde.


Finalement, le monde des affaires est le meilleur exemple d’une cohabitation multiculturelle et multi religieuse réussie, s’est réjouie KATY TALL SARRE, Administratrice d’INFOGEST (Sénégal).  L’idée de mettre en place un conseil consultatif interreligieux au sein de l’ONU, a été avancée par Sohanlal Gandhi qui a conclu en citant Jonathan Swift: « Nous avons juste assez de religions pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer les uns les autres ».


Table Ronde 2

Pratiques et stratégies optimales pour la promotion de la coopération entre les religions et les cultures


« Le dialogue interreligieux est indispensable pour obtenir une paix durable, » a déclaré aujourd’hui le Révérend Dr. CARLOS CESAR TAMEZ LUNA, Recteur de la Communauté théologique du Honduras.  « Il faut vaincre l’intolérance, car la violence est le fruit de l’intolérance, et promouvoir une culture du respect et d’acceptation des différences, » a-t-il ajouté avant de saluer différentes initiatives de rassemblements œcuméniques et de forums interreligieux.


Dans cette optique, GEORGETTE F. BENNETT, Fondatrice et Directrice de la Tanenbaum Center for Interreligious Understanding, a recommandé la participation active des autorités religieuses et culturelles aux processus de paix, voire aux négociations diplomatiques. « L’autorité qui émane de ces traditions permet de créer une véritable culture de la paix et de la réconciliation », a-t-elle expliqué.


« Les dirigeants religieux ont un rôle particulier à jouer pour créer une atmosphère de coopération et de compréhension, » a poursuivi MITRA DELIRI, de la Bahà’i International Community, qui participait également à cet événement.  « Ils doivent mettre l’accent sur les principes spirituels les plus aptes à inciter à l’unité et à la justice.  La religion doit pouvoir guérir une humanité malade.  Si elle ne fait que renforcer le mal, il faut la repenser, » a-t-elle estimé.


EFFENUS HENDERSON de la Weyerhaeuser Company, quant à lui, a estimé que les dirigeants d’entreprises ont également leur rôle à jouer en matière de tolérance et de coopération interreligieuse et culturelle.  Relevant qu’il existe peu de confiance entre les dirigeants d’entreprises et les militants sociaux, il a prôné une meilleure collaboration entre les entreprises et les ONG et a mis l’accent sur l’importance de fournir des aides financières aux personnes les plus aptes à aider les communautés du monde en difficulté.


De nombreux intervenants ont également souligné l’importance de l’éducation.  « L’éducation est un élément clé pour parvenir à une réelle compréhension entre les peuples », a indiqué TATSUYA YOSHIOKA, Directeur de Peace Boat, «  mais celle-ci doit s’effectuer tout au long d’une vie et impliquer tous les niveaux de la société civile, des gouvernements et de l’ONU ».  Mitra Deliri a recommandé la création d’un programme pédagogique religieux qui inciterait tant au développement intellectuel que spirituel et permettrait ainsi, selon elle, de faire évoluer la société. 


« L’ONU devrait également encourager les délégations des États membres, son personnel ainsi que les dirigeants religieux à se familiariser avec les grands axes des principales religions du monde », a-t-elle poursuivi, « Les décideurs pourraient ainsi d’autant mieux distinguer nos points communs parmi tant de diversité culturelle et religieuse ».


Tatsuya Yoshioka, qui a récemment initié avec d’autres ONG, une série de dialogues entre Japonais et Coréens, a attiré l’attention sur l’importance de répondre aux injustices et aux erreurs du passé.  « Ces blessures sont profondes et réelles et elles font barrière à la coopération et à la compréhension entre les peuples », a-t-il averti. « Il faut dialoguer ouvertement pour mieux comprendre les points de vue de chacun au sujet de certains faits historiques et prévenir ainsi l’irruption d’autres conflits ».


Mitra Deliri a prévenu qu’un dialogue ouvert et efficace exige tout d’abord la compréhension, une compréhension qui ne peut s’effectuer sans connaissance.  Cette connaissance est le fondement même de toute cohésion sociale, a-t-elle souligné ». 


La représentante de la Bahà’i International Community a également estimé que les médias devaient diffuser des programmes qui mettent l’accent sur le respect, la prévention de conflits, les valeurs communes que partagent différentes religions et le rôle que celles-ci peuvent avoir en matière de promotion de la paix.  Quant à GERARDETTE PHILIPS de l’Islamic College for Advanced Studies, elle a estimé que la relaxation représente le « meilleur moyen d’aller vers l’autre dans la confiance et la liberté ».  Notant que la « paix est l’intelligence du cœur », elle a conseillé à l’Assemblée de retrouver une véritable « religion de cœur ».  « Il faut savoir nier le négatif et apprendre à croire en ce que nous avons de meilleur afin d’instiller une énergie positive à notre monde ».


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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