AG/10476

KOFI ANNAN PROPOSE LA CRÉATION D’UNE INSTANCE PERMANENTE POUR RENFORCER LA COOPÉRATION ENTRE ÉTATS DANS LE DOMAINE DES MIGRATIONS INTERNATIONALES

6 juin 2006
Assemblée généraleAG/10476
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Assemblée générale

88e séance plénière – après midi


KOFI ANNAN PROPOSE LA CRÉATION D’UNE INSTANCE PERMANENTE POUR RENFORCER LA COOPÉRATION ENTRE ÉTATS DANS LE DOMAINE DES MIGRATIONS INTERNATIONALES


Face à un phénomène -191 millions de migrants dans le monde- dont les opportunités et les défis continueront d’évoluer, le Secrétaire général de l’ONU a suggéré aujourd’hui la création d’une instance permanente, de nature volontaire et consultative, pour poursuivre le débat, la mutualisation d’expériences et l’échange d’idées.  « De nature volontaire et consultative » parce que, s’est expliqué Kofi Annan, « je n’imagine pas une minute que les gouvernements pourraient renoncer au contrôle de leurs frontières ou de leurs politiques dans un domaine aussi essentiel pour l’identité et la souveraineté nationales ».


Le Secrétaire général présentait un rapport très attendu sur les migrations internationales et le développement*, en prévision du Dialogue de haut niveau sur le même sujet que l’Assemblée générale tiendra les 14 et 15 septembre 2006.  Souhaitant que ce Dialogue marque non pas la fin mais le début d’une sérieuse coopération mondiale, Kofi Annan a prévenu que le phénomène des migrations exige de l’humanité qu’elle réinvente constamment sa réponse d’une manière qui nécessitera que les gouvernements intensifient leur coopération.


Accompagnées des politiques voulues et du strict respect des droits des migrants, les migrations internationales peuvent être très profitables au développement tant dans les pays d’où viennent les migrants que dans ceux où ils arrivent, a précisé Kofi Annan, en citant son rapport.  Est-ce que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles?  Non, a répondu le Secrétaire général, en dénonçant le danger des passeurs et des trafiquants, des employeurs sans scrupules, des réactions xénophobes, y compris de la part de l’autorité publique, des tensions sociales nées de la différence des traditions et des cultures ou encore de la fuite des cerveaux. 


Kofi Annan a aussi dénoncé les tentatives de mettre fin aux migrations qui ne réussiraient qu’au prix « d’un déploiement de la force publique d’une ampleur telle qu’il menacerait la liberté et la prospérité de tout pays qui y aurait recours ».  Nous pouvons tous apprendre des uns et des autres, a renchéri le Président de l’Assemblée générale, Jan Eliasson de la Suède, qui a prôné le dialogue pour « élargir la compréhension commune » du lien entre migrations internationales et développement.


Après l’allocution du Secrétaire général, l’Assemblée générale a poursuivi ses travaux.  Sur recommandation de sa Commission des questions politiques spéciales et de la décolonisation (Quatrième Commission), l’Assemblée a fait siennes les propositions, recommandations et conclusions formulées par le Comité spécial chargé de l’étude d’ensemble de toute la question des opérations de maintien de la paix sous tous leurs aspects**.


      Après avoir inscrit à l’ordre du jour de sa soixante-deuxième session la convocation de la quatrième session extraordinaire consacrée au désarmement, l’Assemblée a décidé, aujourd’hui, de créer ultérieurement un groupe de travail à composition non limitée chargé d’examiner les objectifs et l’ordre du jour de ladite session, y compris la création éventuelle d’un comité préparatoire***.


      Enfin, l’Assemblée a répondu à la requête du Secrétaire général visant à inscrire à l’ordre du jour de sa soixantième session la question intitulée « Prorogation du mandat des juges permanents du Tribunal international pour le Rwanda »****.  Le Secrétaire général rappelle, en effet, que le mandat actuel de ces juges échoit le 24 mai 2007 et que le Statut du Tribunal ne prévoit pas de prorogation.  Il juge donc nécessaire que le Conseil de sécurité, organe de tutelle du Tribunal, et l’Assemblée, organe qui procède à l’élection des juges, approuvent la prorogation au 31 décembre 2008 du mandat des juges actuels.


*     A/60/871

**    A/60/478/Add.1 et A/C.4/60/L.19

***   A/60/L.55

****  A/60/238


MIGRATIONS INTERNATIONALES ET DÉVELOPPEMENT


Déclarations


M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a indiqué que son rapport met particulièrement l’accent sur l’impact que les migrations internationales ont à la fois sur les pays de destination et sur les pays d’origine.  Le rapport, a-t-il estimé, montre bien que ces migrations, accompagnées des politiques voulues, peuvent être très profitables au développement tant dans les pays d’où viennent les migrants que dans ceux où ils arrivent.  Mais il souligne aussi qu’il est indispensable, pour qu’elles soient ainsi profitables, que les droits des migrants eux-mêmes soient respectés et défendus.


Le rapport montre très clairement, a poursuivi Kofi Annan, que nous sommes au beau milieu d’une nouvelle ère de migrations et que les migrations internationales de nos jours sont bien un phénomène mondial.  Revenant sur le caractère « très profitable » des migrations, il a estimé que ce n’est pas un hasard si bon nombre de pays qui étaient, il n’y a pas si longtemps, essentiellement des sources de migrants, tels que l’Irlande ou encore la République de Corée, ont connu un développement spectaculaire et jouissent maintenant d’une économie florissante qui attire les migrants.


Les avantages, tant pour les pays d’origine que pour les pays de destination, influent fortement sur le développement, puisque les deux catégories comprennent de nombreux pays en développement.  En fait, certains pays en développement, comme la Malaisie et la Thaïlande, sont en ce moment en train de passer d’une catégorie à l’autre, a signalé le Secrétaire général.


Reconnaissant qu’il serait naïf de prétendre que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes des migrations, le Secrétaire général a dit trop bien connaître les dérives auxquelles de nombreux migrants sont exposés, que ce soit en transit, lorsqu’ils sont la proie de passeurs et de trafiquants, ou dans les pays où ils s’installent, où ils sont souvent exploités par des employeurs sans scrupules et subissent les réactions xénophobes de certaines parties de la population de souche, y compris parfois même des représentants de l’autorité publique.


De la même façon, a-t-il dit, on ne peut qu’avoir conscience des tensions sociales et culturelles qui ont vu le jour dans de nombreux pays où d’importantes populations d’origine étrangère se sont récemment établies, en particulier lorsqu’elles ont des traditions ou des croyances qui diffèrent considérablement de celles auxquelles les résidents de longue date dans le pays sont habitués.  


La plupart d’entre nous, a-t-il encore dénoncé, doit aussi avoir conscience des effets négatifs ressentis dans certains pays d’origine, en particulier lorsque des travailleurs dotés de compétences dont le pays a cruellement besoin, par exemple dans le secteur de la santé, sont « siphonnés » par l’étranger où ils bénéficient de meilleures conditions et de meilleurs salaires.


Pour toutes ces raisons, il semble clair que peu de pays peuvent se permettre de se contenter de jouir des avantages des migrations sans chercher à les gérer.  Mais il serait tout aussi insensé, a prévenu Kofi Annan, de chercher à y mettre totalement un terme, puisqu’un tel résultat ne pourrait être atteint que par un déploiement de la force publique d’une ampleur telle qu’il menacerait la liberté et la prospérité de tout pays qui y aurait recours.


Il n’est donc pas surprenant que de plus en plus de gouvernements cherchent à canaliser le flux de migrants, que ce soit en provenance ou en direction de leur pays, de façon à optimiser les avantages tout en réduisant au minimum les effets pervers.  Aussi, les pays de destination cherchent-ils à choisir des migrants qui possèdent les compétences dont ils ont le plus besoin, tandis que les pays d’origine cherchent à faire en sorte que les mandats envoyés par les migrants aient des retombées sur l’ensemble de leur population, à travailler avec les communautés de migrants à l’étranger et à donner à ceux-ci des incitations pour qu’ils reviennent au pays et y investissent les compétences et les capitaux acquis à l’étranger.


Bon nombre de ces politiques nécessitent une coopération entre les gouvernements concernés, a estimé le Secrétaire général, en craignant que deux journées de dialogue ne suffisent.  Le phénomène des migrations internationales se poursuivra et les opportunités et les défis qui y sont associés continueront d’évoluer.  L’humanité, a encore prévenu le Secrétaire général, devra constamment réinventer sa réponse, de manières qui, sans aucun doute, nécessiteront que les gouvernements intensifient leur coopération.


N’imaginant pas une minute que les gouvernements pourraient renoncer au contrôle de leurs frontières ou de leurs politiques dans un domaine aussi essentiel pour l’identité et la souveraineté nationales, le Secrétaire général a préconisé l’établissement d’une instance permanente, de nature volontaire et consultative, en vue de poursuivre le débat, la mutualisation d’expériences et l’échange d’idées.


M. JAN ELIASSON (Suède), Président de l’Assemblée générale, a souligné que les migrations internationales sont un phénomène mondial qui nous affecte tous.  Avec 191 millions de migrants dans le monde, ces migrations ont un impact tant sur les pays de destination que sur les pays d’origine.  Nous pouvons tous apprendre des expériences des uns et des autres, a-t-il dit en encourageant le dialogue pour élargir la compréhension commune de la relation entre les migrations internationales et le développement.


Le Président de l’Assemblée a rappelé que lors du Sommet mondial de 2005, les chefs d’État et de gouvernement ont reconnu la nécessité de relever les défis et les opportunités que les migrations présentent dans les pays de destination, d’origine et de transit.  Ils ont également vu dans le futur Dialogue de haut niveau une occasion de discuter des aspects multidimensionnels des migrations internationales et du développement pour identifier les voies et moyens d’optimiser les avantages et de minimiser les impacts négatifs.


L’organisation du Dialogue n’a pas été chose facile, a reconnu le Président. Citant la Conférence sur la population et le développement de 1994 au Caire, l’examen du premier rapport sur la question par la Deuxième Commission, l’année dernière, et les conférences et sommets qui ont suivi celle du Caire, le Président a estimé que les Nations Unies disposent déjà d’une riche série de principes, d’objectifs et de recommandations qu’il faut ajouter à celle présentée l’année dernière par la Commission mondiale sur les migrations internationales.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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