DÉCLARATION DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

SG/SM/9642-GA/10315
8 décembre 2004

DÉCLARATION DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

08/12/2004
Communiqué de presse
SG/SM/9642
GA/10315


DÉCLARATION DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE


      On trouvera ci-après le texte du discours prononcé par le Secrétaire général, Kofi Annan, dans le cadre de la présentation du rapport du Groupe de personnalités de haut niveau, devant l’Assemblée générale:


Vous avez reçu la semaine dernière le rapport du Groupe de personnalités de haut niveau, intitulé « Un monde plus sûr: notre affaire à tous ».


À mes yeux, ce rapport est excellent en ce sens que la sécurité collective au XXIe siècle y est envisagée de façon globale et sous un angle nouveau.


L’une de ses idées principales est celle-ci: du fait de la mondialisation, nous vivons dans un monde où les menaces sont indissociables les une des autres et où riches et pauvres, faibles et puissants sont tout aussi vulnérables.  Nul pays ne peut à lui seul répondre à ces menaces et nulle menace ne peut être véritablement tenue en échec à moins que l’on ne s’attaque aussi aux autres menaces.


Pour cela, nous avons besoin de politiques à l’échelle mondiale et d’organisations internationales qui soient efficaces et efficientes.  L’Organisation des Nations Unies a obtenu de bons résultats sur plusieurs fronts, mais son action est souvent sous-estimée.  Quoi qu’il en soit, l’Organisation doit évoluer – peut-être même de façon radicale – si elle veut pouvoir répondre aux difficultés à venir.


Nous n’insisterons jamais assez sur ce qui est en jeu, non seulement pour l’Organisation, mais aussi pour les peuples du monde, ces peuples dont la sécurité est la raison d’être de l’Organisation.  Si nous n’agissons pas résolument et collectivement, les menaces décrites dans le rapport pourraient avoir raison de nous.


Souhaitons-nous réellement que les coûts humains du VIH/sida s’alourdissent au point de provoquer l’effondrement des sociétés et des États?


Voulons-nous vraiment assister à une prolifération effrénée dans le domaine nucléaire?


La prochaine fois que la menace d’un génocide se profilera, nous résignerons-nous encore une fois à rester passifs jusqu’à ce qu’il soit trop tard?


Souhaitons-nous élever nos enfants dans un monde où de petits groupes de terroristes peuvent à tout moment assassiner des centaines de milliers de personnes?


Excellences, la réponse à toutes ces questions ne peut être qu’un Non retentissant!  Nous nous devons d’accorder toute l’attention voulue à la prévention afin de tenir en échec l’ensemble des menaces auxquelles nous devons faire face.


Nous avons le choix entre renoncer à la notion de sécurité collective ou tout mettre en œuvre pour faire en sorte qu’elle signifie véritablement quelque chose et montrer de façon pratique et décisive que nous sommes capables d’arrêter un programme d’action et de prendre les mesures qui s’imposent dans les années à venir.


Ne nous leurrons pas: cela n’ira pas sans difficultés.  J’ai invité les membres du Groupe à examiner les questions les plus épineuses qui nous divisent et à me présenter des recommandations qui s’inscrivent dans une optique à long terme et qui peuvent être suivies d’effets.  Ils ont répondu à mes attentes.  La balle est désormais dans votre camp.  Il vous appartient de donner suite à leurs recommandations et de faire de 2005 une année de changement pour l’Organisation.


Comme vous le savez, le Groupe a fait plusieurs recommandations.  Certaines relèvent de ma compétence et j’ai l’intention d’y donner suite sans tarder.  En particulier, j’entends jouer un rôle de chef de file, comme le Groupe me l’a demandé, afin de promouvoir une stratégie globale de lutte contre le terrorisme qui soit fondée sur des principes et je me propose de vous en présenter les grandes lignes en 2005.


D’autres recommandations, telles que celles qui ont trait à la réforme du Secrétariat, ont des incidences budgétaires.  Je me tiens à votre disposition pour vous présenter des précisions à ce sujet ainsi qu’un plan de mise en œuvre fondé sur vos recommandations.


Monsieur le Président, permettez-moi d’insister tout particulièrement sur l’une des recommandations du Groupe, celle dans laquelle ils ont engagé les États Membres à approuver la création de la Direction de la sécurité et à en financer intégralement les opérations et les ont invités à m’aider à titre

prioritaire à mettre en place, en 2005, un nouveau système de sécurité du

personnel.  Les événements récents nous ont montré de la façon la plus cruelle possible à quel point cela était nécessaire.  Des enquêtes approfondies ont révélé que les pertes que nous avons subies étaient dues en grande partie à des défaillances dans notre système de sécurité.


Ces défaillances doivent être corrigées.  Permettez-moi de vous rappeler encore une fois que le personnel des Nations Unies sert dans des conditions dangereuses non pas pour mon plaisir ni pour le sien, mais parce que vous autres, États Membres, avez décidé que son intervention pouvait faire une différence.  Malheureusement, nous ne pouvons pas nous acquitter des missions qui nous sont confiées dans un monde de plus en plus dangereux et incertain si nous ne disposons pas d’arrangements adéquats en matière de sécurité.  Je vous engage encore une fois à prendre les décisions qui s’imposent en la matière afin de faciliter l’exécution des mandats confiés à l’Organisation.


Certaines des recommandations du Groupe sont adressées à différentes entités du système des Nations Unies – à de grands organes ou organismes ou aux institutions spécialisées.  Je suis convaincu que chacune de ces entités les examinera avec toute la diligence voulue.


D’autres, enfin, sont des recommandations de politique générale, telles que celles concernant le rapport entre sécurité et développement.


Il importe maintenant que tous les États Membres aient la possibilité de se faire entendre au sein de l’Assemblée générale et de débattre ensemble de tous les aspects du rapport.  Je sais que vous envisagez de le faire en regroupant les questions à examiner et j’approuve votre démarche.


En mars, je vous soumettrai un rapport sur la suite donnée à la Déclaration du Millénaire.  Dans ce document, je m’inspirerai largement des idées formulées dans le rapport du Groupe, mais je m’appuierai aussi sur les débats que vous tiendrez au cours des mois à venir.  J’espère que le sommet qui se tiendra en septembre 2005 nous permettra de faire un large tour d’horizon et de prendre des décisions au sujet des grandes options.


Mais, comme je l’ai souligné dans la note qui accompagnait le rapport que je vous ai fait distribuer la semaine dernière, il y a un grand nombre de recommandations que l’on peut examiner avant le mois de septembre.  Là où nous pouvons parvenir à un accord et passer à l’action rapidement, nous ne devrions pas hésiter à le faire.


J’ai dit que l’année 2005 serait importante.  En fait, il s’agit d’une étape critique.  Nous devons faire des progrès et nous entendre sur les changements dont l’Organisation a besoin.


Il ne s’agit pas seulement d’améliorer celle-ci.  Il s’agit d’examiner, de la seule manière possible, les dangers réels qui nous guettent.


Cela nous mènera bien au-delà de 2005.  J’attends avec intérêt de travailler avec vous tous, non seulement pour que cette année à venir soit productive, mais aussi pour entamer le dialogue et les réformes nécessaires, qu’il faudra poursuivre au cours des années suivantes.


Enfin, Monsieur le Président, permettez-moi de dire une fois encore toute ma gratitude au Président et aux membres du Groupe et à l’équipe de recherche pour leur excellent travail.  De l’usage légitime de la force à la définition du terrorisme, ils ont su, malgré les grandes différences entre leurs opinions initiales, dégager une position commune sur des questions qui, pendant des années, ont divisé et paralysé la communauté internationale.  Je trouve cela très encourageant.  Cela m’autorise à espérer que les pays du monde s’emploieront eux aussi, par votre entremise, vous qui êtes leurs représentants, à surmonter leurs divergences et, par là même, à donner un nouveau sens et une nouvelle légitimité à l’expression « Nations Unies ».


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