AUCUN INSTRUMENT DE DEVELOPPEMENT N’EST PLUS EFFICACE QUE L’EDUCATION DES FILLES ET L’EMANCIPATION DES FEMMES, RAPPELLE KOFI ANNAN

SG/SM/9118
16 janvier 2004

AUCUN INSTRUMENT DE DEVELOPPEMENT N’EST PLUS EFFICACE QUE L’EDUCATION DES FILLES ET L’EMANCIPATION DES FEMMES, RAPPELLE KOFI ANNAN

16/01/2004
Communiqué de presse
SG/SM/9118


AUCUN INSTRUMENT DE DEVELOPPEMENT N’EST PLUS EFFICACE QUE L’EDUCATION DES FILLES ET L’EMANCIPATION DES FEMMES, RAPPELLE KOFI ANNAN


    On trouvera ci-après le discours liminaire que le Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, a prononcé, le 15 janvier dernier, à l’occasion du gala annuel de la Coalition internationale pour la santé de la femme:


    Nane et moi-même sommes ravis d’être parmi vous. Je suis ému à l’idée que vous avez choisi de m’honorer ce soir. Je tiens avant tout à rendre hommage à la Coalition internationale pour la santé de la femme pour le travail extraordinaire qu’elle fait dans le monde entier.


    La Coalition internationale pour la santé de la femme et ses partenaires prennent de remarquables initiatives dans le domaine de la santé et des droits des filles et des femmes dans le monde entier. Si les pionniers comme vous étaient plus nombreux, le monde serait dans un meilleur état. Et je ne suis pas du tout surpris que ce type d’initiatives soit surtout lancé par les femmes car je l’ai déjà observé un peu partout.


    Vous illustrez le rôle de plus en plus critique que la société civile joue dans l’amélioration des conditions de vie partout dans le monde. Au cours des dernières dizaines d’années, ce rôle a pris une tout autre dimension – alors que les groupes de la société civile se sont fait militants, décideurs et alliés des gouvernements dans l’action sur le terrain. Aujourd’hui, la réussite des interventions de l’Organisation des Nations Unies passe souvent par une alliance avec la société civile.


    N’oublions pas que cette année marque le dixième anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement – Conférence d’importance historique tenue au Caire en 1994, sous les auspices de l’Organisation des Nations Unies. Comme vous le savez, de cette conférence a émergé un remarquable consensus sur les mesures à prendre pour que la santé génésique soit reconnue comme droit de la personne. Les participants s’y sont également mis d’accord sur une panoplie d’actions visant l’égalité des sexes, le développement, ainsi que la justice économique et sociale.


    Six ans plus tard, le consensus du Caire nous a préparé à l’adoption des objectifs du Millénaire pour le développement, par tous les pays comme voie à suivre pour améliorer le sort des hommes au XXIe siècle.


    L’adoption des objectifs du Millénaire pour le développement, comme on dit, a été un moment inspiré dans l’histoire de l’Organisation. Les huit engagements en question vont de la réduction de moitié de la proportion des gens vivant dans la misère à l’arrêt de la propagation du sida, de la réduction de la mortalité infantile à l’élimination de l’écart de scolarisation entre les filles et les garçons – autant d’objectifs à atteindre en 2015 au plus tard. Ils représentent un ensemble d’objectifs simples, mais ayant la force de l’évidence, que tout homme et femme, de New York à New Delhi, de Lima à Luanda, peut facilement comprendre et chercher à atteindre.


    En d’autres termes, les objectifs du Millénaire pour le développement sont un appel auquel chacun peut et doit répondre. La Coalition internationale pour la santé de la femme a pour sa part répondu très nettement. Vous faites preuve d’un extraordinaire dynamisme, et vous êtes extrêmement actifs dans la réalisation concrète des objectifs du Millénaire pour le développement. Vous avez compris qu’un des meilleurs moyens de le faire est d’éduquer les filles et les femmes et de les rendre autonomes.


    Toutes les études sans exception montrent qu’aucun instrument de développement n’est plus efficace que l’éducation des filles et l’émancipation des femmes. Aucune autre politique n’est plus susceptible d’augmenter la productivité, de diminuer la mortalité infantile et maternelle, d’améliorer l’état nutritionnel et de protéger la santé, y compris par la prévention du sida. La pleine participation des femmes donne des résultats immédiats : les familles sont en meilleure santé; elles mangent mieux; leur revenu et leur épargne augmentent. Or, ce qui est vrai pour les familles l’est aussi pour les collectivités, et finalement pour des pays entiers.


    Et pourtant, sur le nombre d’adultes analphabètes dans le monde, qui dépasse les 860 millions aujourd’hui, deux tiers sont des femmes. La plupart des 100 millions d’enfants non scolarisés sont des filles.


    Pendant ce temps plus d’un demi-million de femmes continuent à mourir chaque année de maladies et de lésions évitables, dues à une grossesse ou à un accouchement difficiles. Dans de nombreuses régions du monde, le sida se propage aujourd’hui plus rapidement chez les femmes que chez les hommes. Il est choquant que dans certaines parties de l’Afrique subsaharienne, la probabilité d’être infecté par le VIH est six fois plus grande pour une fille que pour un garçon – fait dont j’ai honte en tant qu’Africain. Plusieurs facteurs contribuent à cet état de choses, des sévices et de la contrainte imposés par les hommes plus âgés, qui ont souvent plusieurs partenaires, jusqu’à l’ignorance et au manque d’autonomie des filles et des femmes.


    Des questions de moralité aux questions de mortalité, les filles et les femmes paient le prix fort. Quand les parents, du fait de la pauvreté ou d’autres difficultés, doivent choisir quels enfants iront à l’école, ce sont souvent les filles qui n’y vont pas. Quand il faut apporter un complément au revenu familial, il y a plus de chances que ce soient les filles qui aillent travailler. Même quand les filles sont scolarisées, leur assiduité et leurs résultats en pâtissent car elles doivent souvent faire des tâches ménagères au lieu de faire leurs devoirs. Quand les filles sont enceintes, l’administration scolaire les forcent à abandonner leur scolarité. Et quand une catastrophe frappe la famille – maladie, guerre, obligation de fuir ou dénuement – ce dont souvent les filles et les femmes, entre 5 et 65 ans, qui ont pour tâche de préserver l’unité familiale.


    Les effets du sida sur leur vie montrent combien ce fardeau est pesant. Ce sont les filles, plutôt que les garçons, qui s’occuperont des malades et qui accompliront les tâches ménagères. Privées d’école, les filles ne savent pas comment se protéger contre le virus. Sans instruction, elles sont forcées de consentir à des relations sexuelles précoces et risquent du même coup d’être contaminées. Elles paient lourdement le fait de ne pas avoir fréquenté l’école, et finissent par payer de leur vie.


    Et pourtant, l’éducation est peut-être le seul moyen de sortir de ce cercle vicieux. La clef de tous ces problèmes qui s’entrecroisent, sida, pauvreté, inégalité, n’est autre que l’éducation pour tous et l’émancipation des femmes.


    On dit souvent que l’éducation renforce les moyens d’action des filles en renforçant leur assurance et en leur permettant de prendre des décisions en connaissance de cause au sujet de leur existence. Pour qui assiste à des galas de bienfaisance comme celui-ci, cette déclaration évoque l’obtention de diplômes universitaires, le gain de revenus ou la réussite professionnelle. Mais pour la plupart des filles dans le monde, il s’agit de choses bien plus fondamentales. Il s’agit d’échapper aux pièges qu’est le travail des enfants ou aux dangers que fait courir le fait de devoir enfanter alors que l’on est encore dans l’enfance; il s’agit de gérer les grossesses de façon à ce qu’elles ne menacent pas votre santé, vos moyens de subsistance, voire votre vie; il s’agit de faire en sorte que vos enfants, à leur tour, puissent exercer leur droit à l’éducation.


    Il s’agit d’être capable de percevoir un salaire alors que les femmes avant vous n’en percevaient pas; de vous protéger contre la violence et d’exercer des droits que les femmes avant vous n’ont jamais su qu’elles avaient; de prendre part à la prise de décisions économiques et politiques; enfin, il s’agit d’éduquer vos enfants à faire de même, et leurs enfants après eux. Il s’agit de mettre un terme à l’engrenage de la pauvreté et de l’impuissance, qui jusque-là semblait sans fin. Il s’agit de réaliser une profonde révolution sociale qui renforcera les pouvoirs des femmes et transformera les relations entre les femmes et les hommes à tous les niveaux de la société.


    Tel doit être notre objectif pour la génération à venir. On compte à présent 1,2 milliard d’adolescents dans le monde – le plus grand nombre de filles et de garçons que le monde ait jamais connu. Dans le monde en développement, plus de 40 % de la population est âgée de moins de 20 ans. L’avenir dépend des décisions prises par ces jeunes gens. La confiance qu’ils ont en eux-mêmes, leur respect mutuel, leur accès à une information exhaustive précise et à l’éducation, y compris l’information sur l’hygiène sexuelle et l’accès à des services de santé complets, seront déterminants non seulement pour leur bien-être, mais aussi pour celui du reste du monde.


    Cette révolution ne peut être imposée de l’extérieur. Mais il est bel et bien possible de l’encourager, en fournissant un appui aux personnes servant de force mobilisatrice, qui apparaissent dans tous les types de société. Cet encouragement doit être votre mission.


    Permettez-moi de vous donner un exemple du type de personnes dont nous avons besoin pour montrer la voie. Nane et moi-même avons rencontré en Éthiopie une belle jeune femme qui avait appris une semaine après son vingt et unième anniversaire qu’elle était infectée par le VIH. Deux ans durant, elle a consacré tout son temps à aller parler dans les écoles de la prévention de l’infection à VIH. Nane lui a dit que les jeunes gens l’écouteraient probablement elle mieux que moi. Elle était tout à fait d’accord. Nous n’oublierons jamais ce qu’elle a nous a dit ensuite : qu’il était important que les jeunes gens voient comme elle avait l’air en bonne santé, pour qu’ils comprennent qu’il n’est pas possible de se fier aux apparences pour savoir si un partenaire potentiel a ou non le sida.


    Prenez l’exemple des femmes dans un district du Tamil Nadu, en Inde, où il y a 15 ans le taux d’analphabétisation était nettement en dessous de la moyenne nationale. Tout en apprenant à lire et écrire, ces femmes voulaient enseigner aux femmes vivant dans d’autres villages plus éloignés ce qu’elles avaient appris. Comment y parvenir? Elles ont appris à faire du vélo, et trois ans plus tard, l’ensemble du district était pleinement alphabétisé.


    Prenez encore l’exemple de l’Initiative Girls’ Power au Nigéria, qui s’efforce de renforcer les moyens d’action politiques et sociaux des femmes nigérianes. Avec son organisation soeur, elle éduque et éclaire les adolescentes –et les adolescents– sur leur santé et leurs droits.


    Comme je l’ai dit au commencement, je ne suis pas du tout surpris que c’est en majorité parmi les femmes que l’on trouve ces personnes qui sont une force d’inspiration. Et, comme certains d’entre vous m’ont déjà entendu le dire, lorsqu’il s’agit de résoudre nombre des problèmes rencontrés aujourd’hui, je crois au pouvoir d’action des filles.


    C’est parmi les jeunes gens comme ceux-ci que se trouvent les héros et les héroïnes d’aujourd’hui. C’est à nous de leur donner les moyens d’espérer. Je vous suis profondément reconnaissant à vous, membres et tenants de la Coalition internationale pour la santé de la femme, de faire exactement cela et d’être de formidables partenaires de la famille des Nations Unies.


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