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SG/SM/8583
20 janvier 2003

LA LUTTE CONTRE LA MENACE TERRORISTE EXIGE UN RENFORCEMENT DU ROLE DES NATIONS UNIES, DECLARE KOFI ANNAN DEVANT LE CONSEIL DE SECURITE

20/01/2003
Communiqué de presse
SG/SM/8583


                                                            SC/7639


LA LUTTE CONTRE LA MENACE TERRORISTE EXIGE UN RENFORCEMENT DU ROLE DES NATIONS UNIES, DECLARE KOFI ANNAN DEVANT LE CONSEIL DE SECURITE


On trouvera ci-après la déclaration faite aujourd’hui par le Secrétaire général, M. Kofi Annan, à la réunion ministérielle du Conseil de sécurité sur la question du terrorisme en tant que menace contre la paix et la sécurité internationales:


Par sa réunion d’aujourd’hui, le Conseil de sécurité manifeste la ferme volonté de la communauté internationale de faire face au fléau du terrorisme. Votre présence ici, au niveau ministériel, démontre l’importance que le monde attache à l’efficacité de la lutte contre cette menace mondiale.


Le terrorisme est en effet une menace qui exige une réponse à l’échelle mondiale. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, le monde concentre plus que jamais son attention sur le terrorisme et sur les moyens de le tenir en échec. Le tragique bilan en vies humaines d’attentats terroristes comme ceux de Moscou, de Bali et de Mombasa montre clairement que le combat n’est pas gagné. Le terrorisme fait certes déjà l’objet d’une attention et d’une concertation accrues, mais il faudra une action suivie et de longue durée pour lui trouver une véritable solution.


L’Organisation des Nations Unies se doit de jouer un rôle de plus en plus important dans la dissuasion d’éventuels terroristes en établissant des normes internationales efficaces et en indiquant clairement que tout acte de violence ayant pour cible des civils est inacceptable.


L’Organisation doit également faire tout ce qui est en son pouvoir pour que les terroristes n’aient pas l’occasion de commettre leurs effroyables crimes. Le Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité continuera de jouer un rôle essentiel dans ce domaine, de même que les efforts que nous déployons de concert pour prévenir la prolifération des armes de destruction massive.


Il convient de redoubler d’efforts pour assurer l’universalité, la vérification et la pleine mise en oeuvre des principaux traités concernant les armes de destruction massive, renforcer les contrôles nationaux portant sur l’exportation des matériels nécessaires à leur production et faire de l’acquisition ou de l’utilisation de ces armes par des groupes non étatiques un crime.


De par le mandat qui lui a été confié de veiller à l’application des conventions et normes internationales de lutte contre le terrorisme, le Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité continuera d’être au coeur des efforts déployés à l’échelle mondiale dans la lutte contre le terrorisme.


Enfin, il sera nécessaire de maintenir une vaste coopération internationale en définissant clairement les tâches des diverses organisations internationales, régionales et sous-régionales en la matière. Je me félicite à cet égard de l’initiative du Comité contre le terrorisme de tenir une réunion avec les organisations internationales, régionales et sous-régionales au début du mois de mars de cette année. J’espère que cette réunion constituera une étape importante sur la voie d’une coopération internationale durable en matière de lutte contre le terrorisme. Je propose également que la lutte contre le terrorisme constitue l’un des grands axes de la réunion que j’organiserai avec d’importantes organisations régionales cette année.

Monsieur le Président,


Le terrorisme international représente une menace grave et de plus en plus lourde. Le terrorisme est un fléau mondial qui a des incidences mondiales; ses méthodes sont le meurtre et le chaos mais ses conséquences touchent chacun des aspects des travaux de l’Organisation des Nations Unies – du développement à la paix en passant par les droits de l’homme et la prééminence du droit.


L’Organisation des Nations Unies a un rôle indispensable à jouer dans la mise en place du cadre juridique et organisationnel au sein duquel la campagne internationale de lutte contre le terrorisme pourra se dérouler. Nous ne devons toutefois jamais perdre de vue le fait que sacrifier la liberté ou les principes du droit au sein des États – ou déclencher de nouveaux conflits entre les États au nom de la lutte contre le terrorisme – revient à offrir aux terroristes la victoire qu’aucun de leurs actes ne pourrait jamais leur donner.


Alors que nombreux sont ceux qui, à juste titre, louent l’unité et la fermeté d’engagement de la communauté internationale dans cette lutte cruciale, des questions importantes et urgentes se posent sur ce que l’on peut appeler les dommages indirects de la guerre contre le terrorisme – atteintes à la présomption d’innocence, aux précieux droits de l’homme, à la légalité et à l’essence même de la gouvernance démocratique.


À l’échelon national, le risque est que, dans notre souci de sécurité, nous nous retrouvions sacrifiant des libertés essentielles, ce qui affaiblirait notre sécurité commune au lieu de la renforcer, et causerait ainsi une érosion par l’intérieur du mode de gouvernement démocratique. Qu’il s’agisse du traitement réservé aux minorités ici dans les pays occidentaux, des droits des migrants et des demandeurs d’asile, de la présomption d’innocence, ou du droit à une procédure régulière, la vigilance doit être de règle pour tous les citoyens sérieux, afin qu’il n’y ait pas des groupes entiers de nos sociétés qui se trouvent stigmatisés et punis pour le comportement répréhensible de quelques-uns.


À l’échelon international, nous voyons recourir de plus en plus souvent à ce que j’appelle le « mot en T » – l’appellation de terrorisme – pour diaboliser des adversaires politiques, étouffer la liberté de parole et bâillonner la presse, et priver de leur légitimité pourtant réelle des revendications politiques. Nous voyons trop souvent des États connaissant des tensions avec leurs voisins faire un usage opportuniste de la lutte contre le terrorisme pour menacer de recourir à de nouvelles interventions militaires – ou les justifier – dans un différend ancien.


De même, des pays qui luttent contre diverses formes d’agitation ou de rébellion sont tentés d’abandonner le processus lent et difficile, mais parfois indispensable, de la négociation politique, au profit de l’option, qui semble à tort facile, de l’action militaire.


De même qu’il n’y a jamais d’excuse pour le terrorisme, il n’y a jamais lieu d’ignorer des revendications authentiques. Il est indéniable qu’une cause est salie lorsque quelques scélérats s’en réclament en commettant des assassinats. Mais il n’en est pas moins urgent d’examiner la cause, d’entendre la revendication, de rectifier l’injustice, faute de quoi nous risquons de nous retrouver perdants dans l’esprit et dans le cœur d’une bonne partie de l’humanité.


Nous devons agir avec détermination et régler les différends politiques et les conflits anciens qui sous-tendent l’appui au terrorisme, l’alimentent et le suscitent. Ce n’est pas récompenser le terrorisme que d’agir ainsi, ni en récompenser les auteurs; c’est affaiblir leur capacité de trouver des refuges et de recruter des adeptes, pour quelque cause que ce soit, dans quelque pays que ce soit.


Tout en s’employant à résoudre le problème du terrorisme, l’Organisation des Nations Unies et ses membres ne doivent pas perdre de vue l’action internationale plus vaste dont ils sont chargés. S’il est urgent et indispensable d’empêcher les actes de terrorisme, il n’est pas moins indispensable de poursuivre les buts consacrés dans la Charte des Nations Unies. C’est dans la mesure où l’Organisation pourra lutter efficacement contre la pauvreté et l’injustice, contre les souffrances, contre la guerre, qu’elle aura aussi des chances d’aider à mettre fin aux situations servant de justification à ceux qui veulent commettre des actes de terrorisme.


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