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POP/699
19 février 1999

LE FORUM DE LA HAYE A PROUVE QUE LE PROGRAMME D'ACTION DE LA CIPD DONNE DES RESULTATS, DECLARE NAFIS SADIK A LA SEANCE DE CLOTURE

19 février 1999


Communiqué de Presse
POP/699


LE FORUM DE LA HAYE A PROUVE QUE LE PROGRAMME D'ACTION DE LA CIPD DONNE DES RESULTATS, DECLARE NAFIS SADIK A LA SEANCE DE CLOTURE

19990219 Les représentants adoptent un rapport proposant des mesures propres à réaffirmer l'actualité de l'agenda de La Haye

La Haye, 12 février 1999 (FNUAP) -- "Nous nous sommes montré les uns aux autres et nous avons montré au monde que le Programme d'action de la CIPD n'est pas seulement un morceau de papier. Nous avons prouvé qu'il donne des résultats", a dit aujourd'hui aux participants du Forum de La Haye, le docteur Nafis Sadik, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP). "Dans tous nos pays, certaines mesures ont été prises pour en faire une réalité; et en de nombreux autres l'application progresse très rapidement."

Le Forum, consacré à l'examen des progrès accomplis dans l'application du Programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), tenue au Caire en 1994, a pris fin aujourd'hui après l'adoption d'un rapport énonçant des conclusions et proposant des mesures propres à réaffirmer l'actualité de l'agenda de La Haye, qui recouvrent les cinq thèmes du Forum : création d'un environnement propice aux programmes de population; égalité des sexes et affranchissement des femmes; droits et santé en matière de reproduction, y compris la planification familiale et la santé sexuelle; renforcement des partenariats; et financement. Les représentants de 177 Etats ont approuvé le rapport durant la séance plénière finale tenue cet après-midi au Centre néerlandais de conférences.

Organisé par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), le Forum de La Haye faisait partie de la CIPD+5, une série d'examens couronnée par une session extraordinaire de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations Unies, qui se tiendra à New York du 30 juin au 2 juillet. La réunion a passé en revue les réalisations des différents pays depuis l'accord du Caire, discernant les succès, les obstacles à surmonter et les priorités. Le rapport du Forum, établi par le secrétariat et adopté en séance plénière, n'est pas un texte issu de négociations, et il servira de document de base à la Commission de la population et du développement, quand elle se réunira du 24 au 31 mars en tant que Comité préparatoire de la session extraordinaire de l'Assemblée générale.

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Dans une conférence de presse, le docteur Sadik a mis en relief quelques-unes des principales conclusions :

- Le concept de santé en matière de reproduction et de sexualité est de plus en plus largement accepté;

- Les problèmes de santé des adolescents en matière de reproduction sont désormais à l'ordre du jour; en même temps, beaucoup de jeunes n'ont pas encore accès aux informations et services appropriés, et la détermination politique de reconnaître le droit des adolescents à la santé en matière de reproduction est encore faible dans certains pays;

- Dans un nombre croissant de pays, les femmes et les adolescents ont désormais droit à la confidentialité et au respect de la vie privée de la part des prestataires de services;

- De nombreux pays ont promulgué des plans d'action pour l'égalité des sexes, qui visent à promouvoir et protéger les droits des femmes;

- Peu de progrès ont été réalisés en matière de réduction des taux élevés de mortalité maternelle dans un certain nombre de pays; les gouvernements devraient promouvoir la maternité sans danger, y voyant un problème de droits de la personne humaine, et lui donner une priorité accrue;

- L'épidémie du VIH/sida s'est considérablement aggravée depuis 1994. Il est nécessaire de fixer des repères pour mesurer les progrès réalisés en matière de prévention de la diffusion de la maladie;

- La pratique de l'avortement dans des conditions dangereuses doit être traitée comme un problème de santé publique et rendue moins fréquente grâce à la fourniture d'informations et de services de planification familiale, y compris la contraception d'urgence;

- Il convient de fournir aux réfugiés et autres personnes en situation d'urgence des soins de santé en matière de reproduction;

- Les pays ne doivent tolérer à aucun degré toutes les formes de violence, à savoir notamment le viol, l'inceste, les violences sexuelles et le trafic sexuel dont sont victimes les femmes et les enfants;

- Les pays doivent s'efforcer d'atteindre l'objectif convenu d'affecter 0,7 % de leur produit intérieur brut à l'aide publique au développement (APD); au moins 4 % de l'APD devrait être consacré aux activités de population.

Lors de la séance de clôture, Mme Eveline Herfkens, Ministre néerlandaise de la coopération pour le développement, a demandé aux pays donateurs de se montrer aussi généreux qu'ils avaient été résolus dans leurs propos. Les pays en développement, a-t-elle dit, doivent choisir judicieusement leurs priorités et faire un usage efficace des ressources, car ils ont ce choix.

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La représentante de l'Allemagne a expliqué, au nom de l'Union européenne et des Etats associés d'Europe centrale et d'Europe de l'Est, que l'Union se servira du rapport du Forum pour préparer la réunion du Comité préparatoire qui se tiendra du 24 au 31 mars. Elle a exprimé l'espoir que les conclusions et propositions aideront à rendre aussi concret que possible le rapport du Secrétaire général à la session extraordinaire. Ce rapport devra être, d'autre part, aussi bref et pragmatique que possible, afin d'aider à faire avancer le processus du Caire au cours des cinq prochaines années.

Le Représentant permanent du Bangladesh auprès de l'Organisation des Nations Unies, M. Anwarul Karim Chowdhury, a présenté les principales sections du rapport relatives aux conclusions et aux mesures proposées. Il a signalé que le rapport avait été établi au cours de six séances de la grande Commission, dont il était Président.

Après l'adoption du rapport, quelques délégations ont présenté des observations; certaines ont déclaré qu'il faudrait marquer clairement que les résultats du Forum n'avaient aucun caractère contraignant pour les pays.

Dans sa déclaration de clôture, le docteur Nafis Sadik a estimé que le Forum avait permis de montrer que le travail réalisé était rentable. "Nous faisons beaucoup avec peu. Dans un monde qui a tant de mal à dégager des ressources pour le développement, nous avons montré que les programmes de population comptent au nombre des meilleurs investissements que n'importe quel pays, donateur ou en développement, peut effectuer" a-t-elle ajouté.

"Par-dessus tout", a poursuivi le docteur Sadik, "nous avons montré que les programmes de développement ont un effet positif sur la vie de chacun, et que cet effet est direct, rapide et décisif. Les programmes de population et de développement sauvent des vies de femme. Ils aident à protéger la famille. Ils offrent des choix qui vont bien au-delà du choix élémentaire concernant le nombre d'enfants et l'espacement de leur naissance. Ils libèrent l'esprit et dynamisent le caractère. À tous ces titres, ils sont solidement fondés sur des principes éthiques et moraux."

Malgré les progrès signalés lors du Forum plusieurs tâches restent à accomplir, a indiqué également le docteur Sadik. En effet, dans certains pays, la détermination de répondre aux besoins des adolescents sur le plan de la santé en matière de reproduction est encore peu affirmée et il convient de considérer leurs problèmes avec pragmatisme. Les besoins des femmes et des adolescentes dans les situations d'urgence requièrent plus d'attention et il faut préciser davantage et respecter les normes de qualité des soins. La Directrice exécutive a applaudi aux appels lancés par certains participants à tous les pays, les invitant à affecter à l'APD 0,7 % de leur PIB et à réserver 4 % de l'APD aux activités en matière de population; elle a félicité les Pays- Bas et d'autres pays donateurs de leur soutien dans ce domaine.

"Ce que nous avons fait au Caire, ce que nous avons fait ici et ce que nous ferons pendant le reste de l'année 1999 et les années suivantes garantira l'avenir non seulement de nos proches ou de nos compatriotes, mais de tous les êtres humains, où qu'ils vivent", a affirmé le docteur Sadik.

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"Nous livrons ensemble une bataille qui recommence chaque jour; et chaque jour nous impose de renouveler notre engagement, de renouveler notre partenariat. C'est une bataille que nous pouvons gagner; gagnons-la ensemble. Commençons dès maintenant."

Clôturant la séance, M. Nicolas Biegman, Ambassadeur des Pays-Bas auprès de l'OTAN et Président du Forum, a rappelé que le consensus du Caire avait jeté de profondes racines et que l'approche des problèmes de population et de santé en matière de reproduction qui se fonde sur les droits de la personne humaine était en train de s'imposer dans le monde entier. La communauté internationale sait maintenant ce qu'elle veut faire, et cela explique que le Forum ait été relativement exempt de tensions. Le manque de ressources, a-t- il déclaré, semble être le principal obstacle aux programmes de population et de santé en matière de reproduction, même si l'approche correcte est désormais adoptée. "Allons par le monde et répandons la bonne parole", a-t-il conclu.

Documentation

Résumé des conclusions et des mesures proposées

On trouvera ci-après un résumé de certaines des conclusions et des mesures proposées qui figurent dans le rapport du Forum :

Les pays donateurs aussi bien que les pays en développement doivent remplir leurs engagements financiers. En matière de financement, il faut donner priorité à la prévention du VIH/sida, et l'objectif fixé ici par le Programme d'action de la CIPD (1,3 milliard de dollars) doit être atteint sans retard. Les pays donateurs et les pays en développement doivent augmenter sensiblement leurs contributions au FNUAP, afin de le mettre mieux à même d'aider les pays, surtout ceux pour lesquels il est l'unique source d'assistance en matière de population. Le secteur privé, à savoir notamment les fondations, les organisations non gouvernementales (ONG) et les sociétés transnationales, doit lui aussi fournir davantage de fonds aux activités en matière de population.

La communauté internationale et les gouvernements ont besoin de créer des conditions propices qui permettront aux pays en développement de réaliser une croissance économique soutenue et de se doter des moyens de gérer les ressources mises à leur disposition. Il faut aider les pays à éliminer la pauvreté en instituant un système d'échanges internationaux ouvert et équitable, en encourageant les investissements directs, en annulant une partie des dettes et en veillant à ce que les programmes d'ajustement structurel répondent aux préoccupations sociales et écologiques. L'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes doivent trouver place dans les mesures de développement et les réformes du secteur sanitaire doivent donner priorité aux services de santé en matière de reproduction sensibles aux sexospécificités. Les pays qui sortent de guerres ou de luttes civiles, qui ont subi des catastrophes causées par le climat ou des crises économiques doivent recevoir une aide financière et technique spéciale, affirme le rapport, afin de les mettre mieux à même de faire face aux problèmes de population et de développement.

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Il faut veiller à faire respecter les droits des migrants, en particulier des femmes; un dialogue doit s'ouvrir entre les pays de départ, de passage et de destination afin de protéger les droits des migrants et de garantir leur accès aux services de base. Les Etats doivent adhérer à la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille.

Dans le domaine de l'égalité des sexes et [de] l'autonomisation des femmes, il convient d'intégrer une perspective appropriée en la matière dans tous les programmes, politiques et activités, y compris au niveau de la prestation des services. Il faut prendre des mesures pour éliminer les attitudes et pratiques traditionnelles, religieuses et culturelles de caractère négatif, qui subjuguent les femmes et renforcent l'inégalité des sexes. Il convient de surveiller l'impact qu'exercent sur les femmes la mondialisation de l'économie et la privatisation des secteurs sociaux et sanitaires, ainsi que d'adopter des mesures propres à en atténuer les effets, surtout pour les pauvres. Les gouvernements et le secteur privé doivent mener l'action voulue pour éliminer tous les écarts et inégalités entre les sexes qui touchent à la participation des femmes au marché du travail. Il convient d'instituer et de faire respecter les politiques ou lois garantissant une rémunération égale pour un travail de valeur égale.

Il faut faire prendre conscience des sexospécificités aux enfants des écoles, étape décisive vers l'élimination de la discrimination contre les femmes. Il faut imposer la scolarisation des filles afin de garantir l'autonomisation des femmes dans les générations futures. Il faut accélérer la participation des femmes aux activités politiques et à la prise de décisions à tous les niveaux, ainsi qu'à la prévention et à la résolution des conflits. Il faut recourir à des actions palliatives chaque fois que nécessaire et élaborer des stratégies destinées à promouvoir l'égalité des sexes dans les familles. Il faut également encourager le refus de tolérer toutes les formes de violence, à savoir notamment le viol, l'inceste, les violences sexuelles et le trafic sexuel dont sont victimes les femmes et les enfants. Les gouvernements doivent appliquer l'Accord intergouvernemental de Stockholm contre la traite des êtres humains, protéger les fillettes contre les pratiques traditionnelles nuisibles et promouvoir leur accès à la santé, à l'éducation et aux perspectives qui doivent leur être ouvertes. Les programmes scolaires doivent être réformés de manière à éliminer les stéréotypes sexuels de tous les textes d'enseignement et de formation.

Afin de promouvoir la santé et [les] droits en matière de reproduction, il faut promulguer et faire respecter une législation et des politiques qui garantissent les droits en matière de reproduction, l'égalité des sexes et l'équité entre les sexes, y compris le choix volontaire d'un époux, la structure de la famille et la détermination du nombre des enfants, de l'espacement et du moment de leur naissance. Les réformes du secteur sanitaire doivent donner un rang de priorité élevé à la santé en matière de sexualité et de reproduction et assurer l'égalité d'accès à l'information et aux services.

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Il faut promouvoir la maternité sans danger, en tant qu'aspect des droits de la personne humaine. Il faut affecter les ressources nécessaires pour répondre à la demande croissante d'accès à l'information, aux conseils, aux services et à l'éventail complet des méthodes de contraception efficaces et sans danger, y compris le pessaire et la contraception d'urgence. Les gouvernements doivent prêter appui aux services à base communautaire et aux programmes de ventes subventionnées, qui constituent un prolongement essentiel des services de soins de santé primaires; et étudier de nouvelles formes de partenariat avec le secteur privé.

Il faut traiter les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses comme un problème de santé publique et en réduire la fréquence en diminuant le nombre de grossesses non souhaitées grâce à la fourniture d'informations et services de planification familiale, y compris la contraception d'urgence.

Les gouvernements doivent, au niveau politique le plus élevé, se montrer résolus à prévenir le VIH/sida, améliorer les soins dispensés aux séropositifs et atténuer l'impact de l'épidémie du sida. Ils doivent aussi mettre en oeuvre des mesures urgentes contre l'épidémie du VIH/sida et investir dans la prévention et le traitement. Il faut lutter plus résolument contre les violences sexuelles, qui menacent les droits des fillettes et des femmes et les exposent à contracter des maladies sexuellement transmissibles (MST), dont le VIH/sida.

Les programmes de santé en matière de sexualité et de reproduction destinés aux adolescents doivent englober non seulement l'éducation sexuelle et la fourniture de contraceptifs, mais aussi des soins de santé de base, la prévention et le traitement des MST et des services d'aiguillage efficaces. Les adolescents doivent aussi être en mesure de recevoir des conseils qui répondent à leurs problèmes sexuels, les aident à prendre confiance en eux- mêmes, développent le sens de l'égalité des sexes et soient délivrés en confidentialité. Il faut élaborer des stratégies novatrices pour fournir aux adolescents des deux sexes des informations relatives à la santé en matière de reproduction en recourant à une éducation tant scolaire qu'extrascolaire, y compris les conseils des compagnons d'âge, cela afin de promouvoir l'égalité des sexes, un comportement sexuel responsable et de prévenir les grossesses non désirées. Il faut mettre au point et appliquer avec la pleine participation des adolescents des plans nationaux qui investissent dans les jeunes. Ces plans doivent englober l'éducation, la formation professionnelle, des possibilités de gagner un revenu et des informations et services de santé en matière de sexualité et de reproduction. Il faut prêter une attention particulière à l'égalité des sexes et à l'équité entre les sexes, ainsi qu'à la condition des jeunes défavorisés par la pauvreté, la race, l'ethnicité, le lieu de résidence, ou par une infirmité.

Les personnes réfugiées ou se trouvant dans des situations d'urgence, en particulier les femmes, doivent obtenir des soins de santé en matière de reproduction et être mieux protégées contre les violences sexuelles ou d'origine sexuelle.

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