LE SECRETAIRE GENERAL APPLAUDIT A LA PETITION PORTANT 10 MILLIONS DE SIGNATURES EN FAVEUR DE LA DECLARATION DES DROITS DE L'HOMME

SG/SM/6826
10 décembre 1998

LE SECRETAIRE GENERAL APPLAUDIT A LA PETITION PORTANT 10 MILLIONS DE SIGNATURES EN FAVEUR DE LA DECLARATION DES DROITS DE L'HOMME

10 décembre 1998


Communiqué de Presse
SG/SM/6826


LE SECRETAIRE GENERAL APPLAUDIT A LA PETITION PORTANT 10 MILLIONS DE SIGNATURES EN FAVEUR DE LA DECLARATION DES DROITS DE L'HOMME

19981210 On trouvera ci-après le texte de la déclaration que Kofi Annan a faite le 8 décembre au Palais de Chaillot, lors d'une cérémonie marquant le cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, à laquelle un album reproduisant 10 millions de signatures en faveur des droits de l'homme lui a été remis par le Secrétaire général d'Amnesty International :

Je suis profondément bouleversé. Le déferlement des signatures nous dit qu'en cet anniversaire, le plus grand nombre s'est prononcé; 10 millions d'entre nous ont tenu à signer et marquer les droits de l'homme de leur empreinte. C'est à Amnesty International et au Body Shop que nous sommes redevables de cette admirable réalisation, et nous les en remercions. Le mouvement qui a permis à chacun de voter avec son stylo, son ordinateur ou son empreinte digitale traduit fort bien l'universalité effective de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Premièrement, ces signatures recueillies aux quatre coins du monde proviennent d'autant de cultures et de pays que l'inspiration et les êtres auxquels nous devons la Déclaration elle-même, rédigée voilà un demi-siècle. Originaires pour la plupart d'entre eux du monde non occidental, les hommes de savoir dont le débat a donné naissance à ce document constituaient un groupe éminemment représentatif. Ils apportaient à leur tâche historique à la fois le souvenir récent de la guerre mondiale et les enseignements immuables de toutes les grandes traditions culturelles et religieuses : tolérance, fraternité et paix universelle.

Deuxièmement, cette rencontre montre que 50 ans s'étant écoulés, nous sommes parvenus à sortir des salles de conférence pour mener notre action en faveur des droits de l'homme dans les pays, les villes et les villages répartis sur toute la surface du globe. Alors que nous nous réunissons ici aujourd'hui, à l'endroit même où a été signée la Déclaration, des signatures sont remises également aux bureaux de l'ONU dans le monde entier. Ceux-ci

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oeuvrent en nombre toujours croissant à promouvoir et protéger les droits de l'homme, en conjuguant leurs forces avec des organisations inappréciables comme Amnesty. Le Haut Commissaire aux droits de l'homme, Mary Robinson, et son équipe apportent actuellement une assistance technique à quelque 58 pays.

Troisièmement, cette campagne témoigne de la force grandissante du partenariat mondial entre l'ONU, la société civile et le secteur privé. Je mise beaucoup sur ce que ce partenariat peut apporter dans les années à venir. Telle est la réalité nouvelle; telle est la diplomatie du jour.

Ce que la campagne a montré aussi, c'est que les communications électroniques sont vraiment devenues l'outil de tous. Au service de mouvements comme le vôtre, l'ordinateur le plus courant peut ouvrir la voie à la solidarité humaine. Voilà ce qui se passe lorsque les individus sont unis par une conviction inébranlable et des armes aussi puissantes que toutes les autres de notre siècle : le courrier électronique et Internet.

En 1997, ces mêmes armes ont aidé la société civile à faire prévaloir l'interdiction des mines terrestres. En cette année des droits de l'homme, elles ont permis aux ONG de jouer un rôle décisif dans la création de la Cour pénale internationale. Je veux croire que vous continuerez de tenir les gouvernements en éveil, en 1999 et dans les années qui suivront.

À Paris, en ce moment même, quelque 300 militants venus d'une centaine de pays s'emploient précisément à cela. Ils sont réunis pour demander aux gouvernements d'aider les défenseurs des droits de l'homme en butte aux attaques. Cinquante ans après que les gouvernements ont proclamé la Déclaration universelle, la déclaration du Sommet des défenseurs permettra de faire entendre la voix de ces gens très courageux — avocats, journalistes, syndicalistes, hommes et femmes de tous les horizons qui risquent leur liberté, leur vie même, dans certains cas, pour défendre et faire valoir nos droits à tous. Nous leur devons, à ces défenseurs de notre liberté, de faire tout ce que nous pouvons pour défendre la leur. La pression exercée sur les gouvernements porte enfin ses fruits.

Demain, l'Assemblée générale adoptera, 14 ans après qu'elle a été proposée pour la première fois, une déclaration énonçant les droits des défenseurs et obligeant les États à les protéger contre la violence, les menaces, les représailles, la discrimination et tous autres actes arbitraires. Cette consécration officielle ne s'est que trop longtemps fait attendre.

Cette pétition mondiale a fait appel à la conscience collective. La réponse est devant nous aujourd'hui : 10 millions de noms et d'empreintes digitales. Nous voyons la planète dire oui aux droits de l'homme. Nous entendons un engagement vibrant et résolu à agir pour le bien, plutôt qu'une

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protestation chagrine et silencieuse contre le mal. Nous voyons 10 millions de personnes allumer ensemble les chandelles de l'espérance, plutôt que maudire seules les ténèbres.

Les 30 années que j'ai passées à l'ONU m'ont appris que la communauté internationale est la plus forte lorsqu'elle s'attache à faire entendre la voix des "peuples des Nations Unies", de ce "Nous" sur lequel ouvre notre Charte. Elles m'ont appris que lorsque nous nous entendons à tous les coins du monde pour changer quelque chose, nous parvenons généralement à le faire.

Lorsque 10 millions d'êtres humains disent "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que les droits reconnus dans la Déclaration universelle deviennent une réalité dans le monde entier", il y a fort à parier qu'ils seront entendus. Lorsqu'ils s'engagent à faire tout ce qui est en leur pouvoir, il y a fort à parier que ce pouvoir opérera. Je conseillerais vivement à ceux qui n'ont pas encore compris de quoi il retourne de prêter la plus grande attention à ce qui se passe aujourd'hui.

Car aujourd'hui les peuples du monde retrouvent un terrain d'entente. Car aujourd'hui les habitants de la planète ont parlé, parlé d'une seule voix. Car ils ont mis notre conscience en demeure. Nous ne saurions les ignorer qu'à notre péril.

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