LE COMITE DE LA DECOLONISATION ENTEND DES PETITIONNAIRES SUR LE STATUT FUTUR DE PORTO RICO

AG/COL/133
19 juin 1997

LE COMITE DE LA DECOLONISATION ENTEND DES PETITIONNAIRES SUR LE STATUT FUTUR DE PORTO RICO

19 juin 1997


Communiqué de Presse
AG/COL/133


LE COMITE DE LA DECOLONISATION ENTEND DES PETITIONNAIRES SUR LE STATUT FUTUR DE PORTO RICO

19970619 Le Comité spécial chargé d'étudier la situation en ce qui concerne l'application de la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuple coloniaux a procédé ce matin à l'audition de pétitionnaires sur la situation de Porto Rico. Les interventions ont porté sur les dispositions du projet de loi Young actuellement en discussion au Congrès américain qui prévoit un référendum sur le statut futur du territoire au plus tard en décembre 1998. Aux termes de ce projet de loi, les citoyens américains devront se prononcer sur trois options; l'intégration de Porto Rico à un Marché commun; la souveraineté séparée, ou le statut d'Etat. Ce projet de loi, ont critiqué les pétitionnaires, nie en fait le droit à l'autodétermination des Portoricains. En tout état de cause, ce droit ne peut être discuté qu'au sein des Nations Unies en vertu de la résolution 1514 relative à la mise en oeuvre de la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance.

Les représentants des organisations suivantes ont pris la parole: Collège des avocats de Porto Rico; Congrès national pour les droits des Portoricains; Parti nationaliste de Porto Rico; Parti indépendantiste portoricain; Comité Porto Rico 1898; Congrès national Hostosiano et Parti populaire démocratique. Le Comité spécial a entendu un membre de la Chambre des représentants des Etats-Unis.

Au titre des questions diverses, le Président en exercice du Comité spécial a porté à l'attention des membres une communication du représentant de la Guinée-Bissau dans laquelle il se joint à la déclaration prononcée par la Sierra Leone lors de l'examen de la question du Timor oriental tout en spécifiant qu'il restait en désaccord sur certains points. Le représentant de l'Indonésie a pris note de cette communication. Le Comité reviendra sur la question à sa prochaine séance qui aura lieu cet après-midi à 15 heures.

Audition de pétitionnaires sur Porto Rico

M. MANUEL FREMIN ARRAIZA, Collège des avocats de Porto Rico, a expliqué que le Collège s'emploie à remplir une fonction patriotique et professionnelle pour mettre fin à la situation coloniale. Il n'a cessé depuis sa création de dénoncer la situation et de demander aux Etats-Unis de résoudre cette question. La force morale du Collège est d'encourager la promotion de l'identité nationale et il s'est constitué depuis longtemps en rempart le plus puissant contre le colonialisme qui se manifeste principalement par l'absence de pouvoir et de souveraineté politiques. La tâche du Collège se limite, dans ce cadre, à aider le processus constitutionnel. Le Collège estime qu'il est temps de saisir la Cour internationale de justice du différend entre Porto Rico et les Etats-Unis. Cela est d'autant plus urgent que le Congrès américain est sur le point de passer une loi qui ne l'obligerait plus à respecter la volonté de l'électorat de Porto Rico en tant que tel. Nous nous trouvons devant une étape cruciale de l'histoire du peuple portoricain et les Etats-Unis ont l'obligation d'accélérer le processus d'autodétermination sous la surveillance des Nations Unies. Le peuple de Porto Rico ne demande pas une faveur mais il tient à faire valoir son droit à décider de son propre avenir, a conclu le pétitionnaire.

Mme IRIS B. ALFONSO, Congrès national pour les droits portoricains, a indiqué que son organisation, basée au Etats-Unis, a pour objectif d'organiser la défense des Portoricains aux Etats-Unis. Indiquant que les Portoricains aux Etats-Unis ont été victimes de violations des droits de l'homme, elle a demandé la libération des prisonniers politiques portoricains des prisons américaines. La pétitionnaire a dénoncé le non-respect des dispositions de la résolution de 1960 de l'Assemblée générale. Elle a exhorté le Comité spécial à exiger de l'Assemblée générale des rapports établis par les Etats-Unis sur la situation à Porto Rico. Elle a demandé en outre la révision de la résolution adoptée par le Comité spécial en 1991. Les Etats-Unis maintiennent un position coloniale à Porto Rico. 70% des lois de Porto Rico sont d'inspiration américaine. Elle a estimé que les Etats-Unis ne respectent pas l'autorité des Nations Unies en la matière. Juillet 1998 marque le centenaire du colonialisme de Porto Rico par les Etats Unis. Elle a prié instamment le Comité spécial de garder la question de Porto Rico à son ordre du jour.

Mme LOLITA LEBRON, Parti nationaliste de Porto Rico, a demandé que les représentants de son parti soient accrédités auprès des Nations Unies, comme ce fut le cas dans les années 50. La pétitionnaire a rappelé que le Parti national a toujours dénoncé l'ensemble du processus frauduleux qui a visé à maintenir le système colonial à Porto Rico. Dans ce contexte, il a décidé de prendre les armes contre les tyrans, sacrifiant nombre de ses membres qui ont subi le sort réservé aux "terroristes". Le Comité des ressources naturelles du Congrès américain lui-même, a fini par reconnaître le caractère frauduleux du processus de création en 1953 d'un Etat librement associé à Porto Rico. En effet, Porto Rico est un Etat colonisé soumis à la

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clause territoriale donc soumis aux pleins pouvoirs du Congrès américain. Un crime politique a été commis contre tout un peuple et il faut condamner sans équivoque le processus de création d'un Etat librement associé qui est en fait une entreprise d'impérialisme. Il faut dénoncer cet acte des Etats-Unis et ce crime politique et colonial commis contre le peuple de Porto Rico et l'humanité toute entière. Comment peut-on qualifier un territoire envahi grâce à des armes d'Etat librement associé alors qu'aucun changement n'est intervenu dans la réalité coloniale depuis 1953. Le libre choix du statut politique, économique, social et culturel ne peut être que la conséquence naturelle de l'exercice du droit à l'autodétermination. Le Parti nationaliste réclame ce droit, au nom des martyrs de la liberté de Porto Rico.

M. FERNANDO MARTIN-GARCIA, Parti indépendantiste de Porto Rico, a estimé que les fondements du colonialisme s'effritent rapidement. Cette évolution n'est malheureusement pas à mettre au crédit de la volonté ferme de la communauté internationale mais doit être attribuée à la résistance héroïque du peuple portoricain et à la transformation des intérêts des Etats-Unis en ce qui concerne Porto Rico. Le pétitionnaire a indiqué que les Etats-Unis aujourd'hui font face aux coûts énormes de leur présence sur le territoire. Le projet de loi Young n'est que la manifestation du processus de réexamen de la situation coloniale à Porto Rico. Si le pétitionnaire a estimé que ce projet ne respecte pas les normes du droit international en matière de décolonisation, il l'a néanmoins qualifié d'outil précieux en l'absence d'autres dispositions. Il a souhaité que le Comité adopte une résolution qui exprime à nouveau les principes fondamentaux de la résolution 1514 de l'Assemblée générale sur le transfert des pouvoirs et exige la libération des prisonniers politiques, la réduction des activités militaires et le respect des dispositions relatives à l'autodétermination. Le Comité doit résister par tous les moyens à la tentation d'invoquer la résolution néfaste 748 dont la validité est discutable. Il doit plutôt jouer son rôle de conscience morale des processus politiques, a insisté le pétitionnaire.

Mme MARIE-PAULE RODRIGUEZ, Comité Porto Rico 1898, a souligné que Porto Rico demeure une possession coloniale du Gouvernement des Etats-Unis puisque son peuple est représenté au Congrès américain sans toutefois bénéficier du droit de vote. Le personnel du Tribunal du district fédéral continue d'être nommé par le Président des Etat-Unis et l'île sert toujours d'abri à l'installation navale la plus grande au monde. Cette présence militaire reste un bras colonisateur puisqu'une des quatre îles de Porto Rico sert depuis longtemps de tremplin aux interventions américaines en Amérique latine comme ce fut le cas pour la Grenade. Le monde des affaires américain à Porto Rico fait un chiffre d'affaires de plus de 6 milliards de dollars, élevant Porto Rico au rang de cinquième marché de consommateurs des produits américains. En dépit de cela, le taux du chômage reste élevé et le salaire moyen est estimé à moins de 30% de ceux des Etats-Unis. Les investisseurs bénéficient de quelques avantages sans être tenus de réinvestir sur le

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territoire. Aux Etats-Unis, l'immigration portoricaine continue de subir, dans tous les aspects de sa vie, la politique anglophone raciste.

L'histoire de résistance et de lutte qui a caractérisé les relations entre Porto Rico et les Etats-Unis a eu pour conséquence l'emprisonnement de milliers de patriotes et des exécutions sommaires. Aujourd'hui 16 prisonniers politiques et prisonniers de guerre se trouvent dans les prisons fédérales des Etats-Unis pour avoir voulu défendre la liberté de Porto Rico. Les membres du Comité 1898 rejette l'occupation militaire de Porto Rico et continueront à oeuvrer pour libérer les prisonniers, obtenir l'autodétermination et la justice politique, raciale et économique pour la communauté des Portoricains aux Etats-Unis. Le statut politique du territoire est actuellement débattu au Congrès américain par le biais du projet Young autorisant un référendum en 1998. Cette législation qui prétend mettre fin à cent années de colonialisme se moque toutefois des principes de l'autodétermination puisqu'elle exclut les Portoricains de la diaspora alors que les Américains de l'étranger auront le droit de se prononcer. Une telle disposition n'est pas conforme à la résolution 1514 des Nations Unies et au droit international.

M. CARLOS VIZCARRONDO IRIZARRY, Membre de la chambre des représentants de Porto Rico, a plaidé en faveur de la pleine reconnaissance de Porto Rico en qualité d'Etat libre associé par le biais d'un pacte qui préserverait la citoyenneté des Portoricains et reconnaîtrait la responsabilité entière du peuple portoricain sur le territoire. Par ce pacte, le niveau actuel de l'aide fédérale serait garantie et deviendrait une subvention en bloc dont 60% seraient attribués au développement économique du pays. L'association de Porto Rico aux Etats-Unis devra être consacrée par le droit international en vigueur. Cette relation ne pourra être modifiée qu'à l'issue d'un accord associant les deux parties. Il a demandé au Comité de recommander à l'Assemblée générale d'inscrire Porto Rico sur la liste des territoires non autonomes si le projet de loi Young était adopté. Ce projet de loi exclut les Portoricains du processus d'autodétermination.

M. LUIS COLON MARTINEZ, Congrès national Hostosiano de Porto Rico, a souligné que le projet de loi Young sur le statut futur de Porto Rico vise à faciliter le processus d'intégration politique, ce qui rend irréversible le statut colonial. Or Porto Rico n'est pas un territoire habité par des citoyens américains, c'est un pays et une nation pour laquelle certains ont lutté pendant près de cinq cents ans. Le contrôle politique et militaire du territoire peuvent être combattus et les Américains doivent en être convaincus. Il faudrait que l'occupation militaire de Porto Rico cesse. Il faut libérer les prisonniers politiques et reconnaître le droit des Portoricains à devenir citoyens dans leur terre. Nombre d'options politiques de politiciens portoricains permettant la transition vers la liberté ont été rejetées par les Américains. Etant donné qu'aucun instrument d'arbitrage n'existe, il revient à la Cour internationale de justice de se poser en arbitre de la controverse politique. Un avis consultatif serait une

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dénonciation importante de la situation anormale que vit Porto Rico. Pour sa part, le Comité spécial de la décolonisation doit reconnaître le droit à l'autodétermination et à l'indépendance du peuple portoricain.

M. ANNIBAL ACEVEDO VILA, Président du Parti populaire démocratique, a fait part du soutien de son parti au statut d'Etat libre associé qui est le produit de l'exercice du droit à l'autodétermination. La loi ayant consacré ce statut, il a été soumis à l'approbation du peuple de Porto Rico par un référendum qui a été accepté par une majorité de 66% des voix. La Constitution de l'Etat libre associé indique clairement que le pouvoir politique émane du peuple et souligne que celui-ci devra être consulté dans l'éventualité d'une modification de ce statut. Porto Rico n'a jamais renoncé à son droit à l'autodétermination et cette lutte pour maintenir son autonomie est toujours d'actualité. Abordant le projet de loi Young, le pétitionnaire a estimé que celui-ci vise à imposer l'annexion de Porto Rico. Ce projet indique que Porto Rico est une colonie de type classique et que les droits des habitants sont déterminés par le Congrès des Etats Unis exclusivement. Le pétitionnaire a expliqué que la proposition de son parti prévoit la convocation d'une Assemblée constituante spéciale pour que Porto Rico atteigne le plus grand degré d'autonomie possible. Il a demandé au Comité de reconnaître l'identité de Porto Rico, d'exiger des Etats-Unis le respect des droits de Porto Rico, et de recommander à l'Assemblée générale de saisir la Cour internationale de justice si un doute subsistait quant à la validité de la résolution 748.

M. GILBERTO GERENA VALENTINE, Comité conjoint pour les droits de l'homme, a qualifié le projet Young de dernier exemple de provocation conçu pour aboutir à une annexion totale de Porto Rico. Il a réaffirmé l'engagement de son Comité à continuer de lutter pour ce que mérite le peuple portoricain au même titre que tous les peuples du monde. Le parti qui cherche à promouvoir ce référendum s'efforce de s'approprier la conscience des Portoricains pour en fait leur faire perdre leur identité de latino- américains. Il est temps de décider une fois pour toutes que Porto Rico est une nation. Le gouvernement colonisateur doit savoir que Porto Rico survivra à son retrait du territoire. Il faut combattre la mentalité de certains Portoricains qui montrent un certain amour du colonisateur et leur dire qu'il se fonde sur des sentiments tels que la honte et l'horreur de soi. Il faut leur dire que le colonisateur a usurpé les meilleures terres à des fins militaires, empoisonné les ressources en eau pour assurer la prospérité aux entreprises pharmaceutiques et annihilé l'identité des Portoricains pour compromettre leur destin. De nombreuses tentatives ont été faites pour convaincre le Comité spécial de la décolonisation que Porto Rico ne doit pas faire l'objet de l'examen d'une instance internationale. Le Comité ne doit pas se laisser intimider. Le référendum prévu par le projet de loi Young ne doit pas avoir lieu car il revient aux Nations Unies d'appliquer la résolution 1514. La liberté n'est pas à discuter. Le référendum ne peut que diviser, il ne saurait rassembler.

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