À l’occasion de la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda, Dakar a accueilli une cérémonie empreinte d’émotion et de recueillement. Entre gestes symboliques, témoignages poignants et discours forts, les participants ont rappelé l’urgence de transformer la mémoire en action pour prévenir de nouvelles tragédies.
Une cérémonie marquée par le recueillement et l’unité
Organisée en présence de l’ambassadeur du Rwanda, de membres de la communauté Rwandaise au Sénégal, du corps diplomatique et du ministre Sénégalais de la Culture et de l’Artisanat, représentant le gouvernement, la cérémonie s’est déroulée dans une atmosphère solennelle.
Les hymnes du Rwanda et du Sénégal ont ouvert la commémoration, suivis de prières prononcées par une pasteure et un imam, illustrant un moment fort de communion interreligieuse. L’allumage de bougies par l’assistance, ensuite disposées pour former le chiffre 32, a symbolisé les années écoulées depuis le génocide de 1994.
Un poème en kinyarwanda, « Ishavu » (« Mon chagrin »), de Denise Mukabutera, récité par de jeunes Rwandais, est venu rappeler la profondeur de la douleur et la nécessité de la transmission.
Le témoignage marquant d’une rescapée sauvée par un casque bleu sénégalais
Moment fort de la cérémonie, la diffusion de témoignages de rescapés a profondément ému l’assistance.
La voix de Laeticia Nyirandabaruta a particulièrement résonné à Dakar. Cette dernière a raconté avoir survécu grâce à l’intervention du capitaine Sénégalais Babacar Faye, engagé au sein de la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR), qui lui a permis d’échapper aux massacres. Un récit poignant qui souligne l’engagement et le courage de soldats Sénégalais dans le cadre des opérations de maintien de la paix.

Journée de commémoration du génocide des Tutsis à Dakar, 7 avril 2026. ©CINU Dakar, Cheikh Seye
Les Nations Unies : « commémorer ne suffit pas »
Les messages des Nations Unies ont été lus par Pierre Lucas, Représentant du Programme Alimentaire Mondial au Sénégal, (PAM).
Celui du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, insiste sur la nécessité d’aller au-delà du souvenir : « commémorer les morts ne suffit pas ». Il appelle à tirer les leçons du passé, à lutter contre les discours de haine et à « renforcer les institutions qui contribuent à prévenir les atrocités criminelles ». Quant à celui de Madame le Coordonnateur résident de l‘ONU au Sénégal, Aminata Maïga, il réaffirme qu’ « au-delà du devoir de mémoire, cette journée nous invite à renouveler notre engagement en faveur des principes fondamentaux qui guident l'action de l'organisation des Nations Unies ».
Rwanda et Sénégal : mémoire, vigilance et solidarité
Dans son intervention, l’Ambassadeur du Rwanda, Festus Bizimana, a rappelé que le génocide fut le résultat d’une idéologie construite et diffusée dans le temps, avertissant que ces mécanismes restent d’actualité. Il a appelé à une vigilance constante et à un engagement actif pour faire de la mémoire un rempart contre la haine. Se souvenir, a -t-il dit, « ce n’est pas seulement regarder en arrière. C'est éclairer, c’est protéger l'avenir car l'idéologie du génocide n'est pas morte » et d’ajouter « là où la haine n'est pas combattue elle grandit là où la vérité est relativisée, elle s'affiche et là où le silence s'installe, le danger s'annonce ».

Festus Bizimana, Ambassadeur du Rwanda au Sénégal. 7 avril 2026. ©CINU Dakar, Cheikh Seye
Représentant le gouvernement Sénégalais, le Ministre de la Culture et de l’Artisanat, Amadou Ba, a réaffirmé la solidarité du Sénégal avec le peuple Rwandais. Il a salué la résilience et la reconstruction du Rwanda, tout en appelant à renforcer la lutte contre les discours de haine et à promouvoir la paix, la justice et la cohésion sociale. Amadou Ba a rappelé l’existence d’une « stèle commémorative du génocide à la place du souvenir pour servir de lieu de recueillement et de prières ». Il a aussi précisé que « le Sénégal à travers sa représentation diplomatique au Rwanda, organise, à Kigali, le 31 mai de chaque année, une journée de commémoration des victimes du génocide contre les Tutsis et rend hommage au Capitaine Mbaye Diagne qui a sacrifié sa vie le 31 mai 1994 en sauvant des centaines de vies humaines ». (NDR : le Capitaine Mbaye Diagne était un casque bleu sénégalais, observateur militaire de la MINUAR)
Se souvenir pour prévenir
À Dakar, cette commémoration du 32ᵉ anniversaire du génocide des Tutsis, Kwibuka 32, a rappelé une conviction partagée : au-delà de la mémoire, c’est l’action collective qui permettra de prévenir les tragédies futures.
Plus qu’un devoir de souvenir, un engagement pour l’avenir.



