La Coordination civilo-militaire humanitaire ‑(CMCoord) est le pont qui permet aux acteurs humanitaires et militaires d'opérer dans la même crise sans compromettre les principes humanitaires ni ralentir le travail de sauvetage.

Cela permet de garantir le partage d'informations et la déconfliction des mouvements afin que l'accès humanitaire et la neutralité soient protégés, et que les communautés comprennent clairement qui fait quoi et pourquoi.

Nous nous entretenons avec Ronaldo Reario, qui travaille au Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Jakarta, à l'occasion du 30e anniversaire de CMCoord :

Vous avez travaillé pendant vingt ans avec CMCoord. Quelle crise a le plus marqué votre pratique ?

Le tremblement de terre en Haïti en janvier 2010 a eu un impact considérable sur mon activité de coordinatrice de la gestion des catastrophes. Ce fut une mission difficile, tant sur le plan personnel que professionnel.

Nous avons connu un afflux massif de « secouristes », ce qui a posé plusieurs défis, car beaucoup sont arrivés sans aucune connaissance des principes humanitaires, de la coordination ou du code de conduite des ONG.

C'était difficile à gérer, notamment sur le plan militaire, avec environ 36 forces militaires étrangères déployées bilatéralement à travers le pays.

Mais les défis engendrent aussi des opportunités. J'ai compris que nous avions besoin d'un mécanisme conçu pour renforcer le leadership, la ‑prise de décision et la responsabilisation des groupes sectoriels humanitaires.

Cela se concrétise en faisant correspondre les tâches humanitaires prioritaires, validées/certifiées par les responsables du groupe, aux capacités militaires disponibles pendant la période critique au cours de laquelle la tâche humanitaire doit être réalisée pour sauver des vies.

Avez-vous un exemple de la manière dont CMCoord a permis une action humanitaire plus sûre ou plus rapide ?

Au ‑Cachemire sous administration pakistanaise, notre camp de base se situait à environ 1 700 mètres d’altitude, tandis que les villages touchés par la crise atteignaient des altitudes de 1 800 à 2 100 mètres. Les équipes humanitaires n’étaient ni équipées ni formées pour faire face à un terrain aussi difficile.

Nous avons demandé au commandant de division s'il était possible d'évaluer ces villages en 10 jours, car l'hiver approchait à grands pas. Il s'est tourné vers ses commandants de brigade et leur a demandé : « Pouvons-nous le faire en sept jours ? »

Ce qui suivit fut tout simplement extraordinaire : un ‑recensement complet porte-à-porte dans ces villages en seulement sept jours.

Nous leur avons fourni cinq à sept questions clés. Ils ont collecté et consolidé les données, puis nous les ont transmises.

Cela nous a permis de revoir notre appel humanitaire et de planifier nos opérations sur la base d'éléments de preuve que nous n'aurions jamais pu obtenir par nous-mêmes, même pas en un mois.

Cela démontre ce que les forces armées peuvent accomplir lorsqu'elles comprennent pleinement la mission humanitaire qu'elles peuvent mener à bien pendant cette période critique.