26 juillet 2022

Plus de 150 ministres de l’éducation examinent les axes clés de la transformation de l’éducation en amont du Sommet de septembre

Les gouvernements et les principales parties prenantes définissent des stratégies nationales pour mener à bien les actions prioritaires, lors du dernier jour du pré-Sommet des Nations Unies sur la transformation de l’éducation. 

PARIS, LE 30 JUIN – Les ministres et vice-ministres de l’éducation de 154 pays et près de 2 000 participants, inspirés par l’appel au ralliement lancé par les jeunes, se sont réunis au Siège de l’UNESCO, à Paris, afin de discuter de la transformation de l’éducation.

Ce pré-Sommet, prélude au Sommet des chefs d’États sur la transformation de l’éducation convoqué par le Secrétaire général de l’ONU à New York, en septembre prochain, se tient après plus de deux années du plus grand bouleversement de l’apprentissage jamais enregistré, provoqué par la pandémie de COVID-19. La rencontre vise à impulser un tournant décisif mondial vers des lendemains plus durables, pacifiques, comme le préconise le Rapport « Notre Programme commun ».

Il s’agit de remédier à la fois aux retards d’apprentissage et aux profondes défaillances structurelles des systèmes d’éducation dans le monde entier. À mi-parcours avant la date butoir de l’objectif de développement durable relatif à l’éducation du Programme 2030, les participants ont affirmé avec force que le monde ne devait pas se contenter de redresser la barre mais qu’il fallait transformer l’éducation à partir de la base.

Les dirigeants politiques, de nombreux jeunes militants, des experts, des représentants de la société civile et du secteur privé se sont dits résolus à passer de la réforme à la transformation de l’éducation. Ils ont mis l’accent sur les axes clés suivants : l’inclusion, la qualité de l’apprentissage, le rôle de l’enseignant, la connectivité numérique et les modes de financement adéquats et innovants.

Le pré-Sommet a débuté par un Forum des jeunes rassemblant de jeunes militants et des représentants de la jeunesse, dont la voix et les idées seront essentielles dans les conclusions du Sommet.

La Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Mme Amina J. Mohammed, a insisté sur le fait qu’il ne suffirait pas de reconstruire l’éducation en mieux, mais qu’il serait impératif de la construire différemment pour l’avenir. Elle a appelé la jeunesse à se rassembler pour former un mouvement mondial à l’échelle des pays en faveur de la transformation de l’éducation.

En conclusion des travaux, Mme Mohammed a indiqué la voie à suivre en vue du Sommet : « Lorsque les chefs d’États se rendront au Siège des Nations Unies en septembre, il est indispensable qu’ils évoquent directement le système éducatif qu’ils souhaitent pour l’avenir et les engagements qu’ils sont prêts à prendre pour y parvenir – et la façon dont ils peuvent assurer cette transformation en s’employant à stimuler la reprise, accélérer la réalisation des ODD et repenser l’éducation pour l’avenir ».

Présentant l’objectif de transformation comme le principe moteur essentiel du Sommet, la Présidente de l’Éthiopie et Présidente de la Commission internationale de l’UNESCO sur Les futurs de l’éducation, Mme Sahle‑Work Zewde, a appelé à « renforcer le dialogue public et une participation plus inclusive permettant d’intégrer ceux qui sont souvent exclus ». La Commission a adressé au pré‑Sommet une déclaration proposant l’établissement d’un nouveau contrat social pour l’éducation fondé sur cinq axes de changement.

Le Président de la Sierra Leone, M. Julius Maada Bio, a insisté sur le droit fondamental que constitue l’éducation : « Nous devons mettre à profit ce pré-Sommet de manière stratégique pour rassembler toutes les forces derrière la notion essentielle d’éducation inclusive de qualité et d’apprentissage pour tous tout au long de la vie. En effet, l’éducation n’est pas un privilège. C’est un droit humain fondamental. Nous défendons collectivement l’idée selon laquelle l’éducation n’est pas un coût mais un investissement en faveur d’un avenir durable pour nos sociétés, nos enfants et notre planète ».

La Directrice générale de l’UNESCO, Mme Audrey Azoulay, a donné l’alerte sur la crise de l’éducation mondiale, en soulignant que celle-ci était bien antérieure à la pandémie : « Au début de l’année 2020, avant la pandémie, 259 millions d’enfants n’étaient pas scolarisés – soit un sixième de la population mondiale de cette tranche d’âge. Et ce sont plus de 770 millions d’adultes qui ne savaient ni lire ni écrire, dont deux tiers de femmes, ce qui révèle la persistance des inégalités. Mais cette situation s’est considérablement aggravée du fait de la pandémie ». Mme Azoulay a appelé à une révolution de l’éducation, notamment pour faire face aux enjeux de la transformation numérique et du changement climatique.

Le Comité directeur de haut niveau (CDHN) chargé de la coordination et du suivi de l’ODD 4 à l’échelle mondiale devra veiller à ce qu’il soit donné suite aux mesures au-delà du Sommet sur la transformation de l’éducation, notamment en contribuant au volet consacré à l’éducation du Sommet de l’avenir, prévu en 2023. Sous la présidence conjointe du Président de la Sierra Leone et de la Directrice générale de l’UNESCO, le CDHN a lancé un appel urgent aux chefs d’États et de gouvernements afin qu’ils placent l’éducation au premier plan de leurs préoccupations politiques.

Prenant la parole devant une assemblée de responsables politiques, la représentante des jeunes au sein du Comité directeur de haut niveau, Mme Kenisha Arora, a fait valoir que l’éducation était le fondement du changement : « Lorsque les gens sont éduqués, la société est transformée. L’acquisition de compétences financières se traduit en liberté financière et en développement économique. La maîtrise des outils numériques entraîne la transformation numérique. L’éducation au changement climatique aboutit à l’action climatique ».

Les stratégies visant à assurer l’apprentissage numérique et à étendre la connectivité ont été au cœur des échanges, à la suite de la dépendance à l’égard des technologies observée pendant la pandémie de COVID‑19, qui a mis en lumière les inégalités. Rien qu’en Afrique subsaharienne, seuls 43 % de la population ont accès à Internet. Des pays ont partagé les initiatives en cours en vue de mettre en place des systèmes scolaires résilients face aux crises, en fournissant des équipements à l’Afrique du Sud, à l’Égypte, à l’Éthiopie, au Ghana, au Kenya et au Sénégal, ainsi qu’en mettant au point des applications nécessitant peu de ressources dans le domaine de l’alphabétisation.

Il a également été reconnu qu’aider les enseignants à devenir des facilitateurs et des guides vers une nouvelle façon d’apprendre était un impératif essentiel pour repenser les systèmes éducatifs. Dans la perspective du pré-Sommet, la Conférence régionale des Ministres de l’éducation de l’Asie et du Pacifique a inscrit l’émergence d’une génération d’enseignants hautement qualifiés parmi les principaux éléments permettant de mener à bien sa priorité relative à la transformation de l’éducation et des systèmes éducatifs, soulignant la nécessité de politiques visant à attirer des enseignants qualifiés.

Les débats ont mis l’accent sur le renforcement des fondamentaux de l’apprentissage et sur la question de l’apprentissage tout au long de la vie, en passant par tout l’éventail des besoins et des priorités en matière d’éducation. En Amérique latine et dans les Caraïbes, l’attention a été appelée sur la reprise dans le domaine de l’apprentissage, qui comprend la réintégration des enfants et des jeunes déscolarisés ou non-scolarisés, l’établissement de systèmes d’alerte rapide permettant d’aider et de repérer les élèves à risque, ainsi que l’élaboration de politiques s’adressant aux personnes n’ayant pas achevé leur scolarité.

Le financement de l’éducation est depuis longtemps confronté à une crise, ce qui est ressorti comme une urgence dans tous les débats, et à quoi s’ajoutent les coûts supplémentaires relatifs aux pertes d’apprentissage.

Une grande attention a été accordée à l’élargissement de la base de revenus consacrés à l’éducation, en intensifiant l’action concernant la fiscalité, l’endettement et d’autres difficultés, notamment dans les pays en développement.

Mme Jutta Urpilainen, Commissaire européenne chargée des partenariats internationaux, a exhorté la communauté internationale à « continuer à intensifier ses investissements. Malgré les tensions géopolitiques, nous ne pouvons pas prendre de retard sur les engagements pris en matière d’aide à l’éducation ». L’Union européenne fournit plus de la moitié de l’aide publique au développement en faveur de l’éducation à l’échelle mondiale depuis que la Commission a décidé de faire passer de 7 % à 13 % son budget consacré à l’éducation.

M. Gordon Brown, Envoyé spécial des Nations Unies pour l’éducation mondiale, a vivement encouragé les responsables politiques à investir davantage dans l’éducation en mobilisant toutes les sources possibles, et a appelé les donateurs et les banques multilatérales de développement à contribuer à rendre le mécanisme international pour le financement de l’éducation opérationnel à temps pour le Sommet.

Mme Catherine Russell, Directrice générale de l’UNICEF, a souligné la valeur de l’apprentissage, même dans les contextes les plus difficiles : « Quiconque a déjà vu des enfants fréquentant des écoles de fortune dans des camps de réfugiés, ou des filles recevant un enseignement informel dans des lieux où il leur est impossible de se rendre à l’école, ou encore des enfants handicapés – les plus exclus de tous – en classe avec leurs camarades, a été témoin de cette joie et de cet enthousiasme pour l’apprentissage ».

Nommé récemment Conseiller spécial auprès du Secrétaire général de l’ONU pour le Sommet, M. Leonardo Garnier a insisté sur le rôle des jeunes dans la transformation : « Le monde change lorsque nous le changeons. Les jeunes n’ont pas à demander la permission d’y avoir une place. Si vous ne l’avez pas, prenez-la. Si vous ne pouvez pas la prendre, créez-la ».

Les gouvernements sont désormais vivement encouragés à synthétiser leurs consultations nationales en vue du Sommet de septembre, lors duquel les chefs d’État et de gouvernement annonceront leurs engagements nationaux en faveur de la transformation de l’éducation. Les conclusions du Sommet viendront enrichir le Sommet de l’avenir, étape majeure dans la réalisation de Notre Programme commun.

FIN