6 avril 2020 — Les armes ne se sont pas tues, partout et dans l’instant. L’appel au « cessez-le-feu mondial » lancé le 23 mars par le Secrétaire général de l’ONU pour mieux combattre la pandémie de COVID-19 est néanmoins suivi d’effets. Dans plusieurs conflits armés, des signes d’apaisement se font jour, même s’il faudra un engagement diplomatique soutenu pour convertir ces promesses en actes.

« Les difficultés de mise en œuvre sont énormes car les conflits se sont multipliés depuis des années, la méfiance est profonde », a reconnu Antonio Guterres la semaine dernière, conscient que « tout gain initial est fragile et facilement réversible ».

Reste que cet appel aux belligérants du monde entier est soutenu désormais par plus de 70 pays, des organisations régionales comme l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA), des dirigeants religieux tels que le pape François et l’archevêque de Cantorbéry, et des réseaux et organisations de la société civile.

Témoin de cette mobilisation populaire, la pétition en ligne initiée le 30 mars par l’organisation non gouvernementale Avaaz en appui à l’appel du chef de l’ONU totalisait ce lundi plus de 1,8 million de signatures.   

Bien qu’aucune interruption des combats n’ait pour l’heure été constatée dans les principales zones de conflit, les Nations Unies maintiennent leurs efforts sur le terrain.  Avec de premiers résultats.

Quand les belligérants répondent positivement

Dès le 24 mars, le Front démocratique national des Philippines (NDFP) a fait savoir que le Parti communiste des Philippines (CPP) cessait temporairement les hostilités avec le gouvernement en réponse à l’appel onusien. Le président Rodrigo Duterte avait auparavant annoncé un cessez-le-feu unilatéral, effectif du 19 mars au 15 avril, pour faciliter la riposte au coronavirus, qui a déjà contaminé 3 246 personnes dans le pays, pour 152 décès, selon les chiffres publiés lundi par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Si les affrontements se poursuivent au Myanmar entre l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan et les forces armées gouvernementales, ces dernières ont déclaré « respecter » le principe d’un cessez-le-feu tout en le jugeant « irréaliste ». Le gouvernement s’est néanmoins engagé à renforcer son aide humanitaire à l’État rakhine, tandis que plusieurs groupes armés ont appelé à un arrêt des hostilités. Le 1er avril, l’Alliance de la fraternité a étendu son cessez-le-feu unilatéral jusqu’au 30 avril.

En Afrique, où le virus s’étend peu à peu, les Forces de défense camerounaises de défense (SOCADEF), branche armée du Mouvement de libération du peuple africain (APLM), l’un des groupes séparatistes des régions anglophones du Cameroun, a annoncé, le 25 mars, un cessez-le-feu pour une durée de 14 jours. Ce pays comptait lundi 555 cas de COVID-19, selon l’OMS.

Le gouvernement du Soudan a, quant à lui, fait état d’une cessation unilatérale des hostilités, de même que la plupart des mouvements armés, notamment l’Armée de libération du Soudan/Abdul Wahid (SLA/AW), inquiète des conditions humanitaires au Darfour. De son côté, le Mouvement de libération du peuple du Soudan-Nord/ Abdelaziz Al-Hilu a décidé de prolonger de trois mois son arrêt des combats dans plusieurs zones sous son contrôle, sauf cas de légitime défense.

Sur le continent américain, l’appel de M. Guterres a eu un écho particulier en Colombie, où l’OMS recensait lundi 1 406 cas confirmés et 32 décès.  L’Armée de libération nationale (ELN), deuxième guérilla du pays, a annoncé, le 29 mars, un cessez-le feu unilatéral. Présenté comme un « geste humanitaire », il est entré en vigueur le 1er avril.

Là où l’espoir est de mise

En République centrafricaine, pays encore relativement épargné par la maladie, les mots du Secrétaire général ont été relayés le 25 mars par son Représentant spécial, Mankeur Ndiaye. La Mission de stabilisation de l’ONU (MUNISCA) a depuis engagé un dialogue avec les groupes armés pour que tous les signataires de l’Accord de paix du 6 février 2019 s’approprient l’appel à un cessez-le-feu mondial.

L’appel de M. Guterres a aussi renforcé le cessez-le-feu conclu par les belligérants au Soudan du Sud, lequel permet d’envisager la formation d’un gouvernement provisoire d’union nationale. Si l’accord de paix de 2018 n’est pas encore pleinement mis en œuvre, le Représentant spécial du Secrétaire général, David Shearer, poursuit ses efforts pour faire progresser ce processus ainsi que le principe d’une cessation durable des hostilités, alors que le pays a confirmé ce week-end son premier cas de COVID-19.

Parallèlement, le 27 mars, le ministère des affaires étrangères de l’Ukraine et les entités contrôlant les régions de Donetsk et Louhansk ont déclaré soutenir l’appel du chef de l’ONU. Dans le même temps, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a exhorté les parties à répondre dans les actes, au moment où les affrontements s’intensifient dans la zone de conflit.

Si l’appel au cessez-le-feu mondial n’a reçu aucun soutien officiel en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés, la coopération entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne – ainsi qu’indirectement le Hamas à Gaza – a atteint des niveaux rarement égalés en réponse à l’épidémie. Des efforts salués par Nickolay Mladenov, Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, qui entretient des contacts étroits avec les différentes parties.

Même signes positifs à Chypre, où les parties grecque et turque, loin de se livrer bataille sur le terrain, intensifient leur communication dans le contexte actuel. Pour le Secrétaire général de l’ONU, le défi de la lutte contre la pandémie vient rappeler celui de la réunification de l’île.

Les situations plus critiques

Au Yémen, théâtre de la pire crise humanitaire au monde, le gouvernement et les rebelles houthistes ont exprimé leur soutien à l’appel de l’ONU. Une position également adoptée par les séparatistes du Conseil de transition du Sud. Pourtant, on assiste à une nouvelle escalade du conflit, comme en témoignent les tirs de drones houthistes contre l’Arabie saoudite. Dans ce contexte, Martin Griffiths, Envoyé spécial du Secrétaire général, s’efforce de réunir les parties pour préparer avec elles la gestion de la crise sanitaire à venir et la possibilité d’un cessez-le-feu à l’échelle nationale.

Alors que la COVID-19 a fait ses deux premiers morts en Syrie, Geir Pedersen, Envoyé spécial dans ce pays ravagé par dix ans de guerre, a appelé les parties, le 24 mars, à un cessez-le-feu total et immédiat pour permettre une action coordonnée contre la pandémie. L’appel a été soutenu par les Forces démocratiques syriennes (FDS) et la Coalition nationale syrienne (CNS). Pendant ce temps, l’accord de cessez-le-feu russo-turc à Edleb tient toujours, mais reste fragile, tandis que des échanges de tirs sont signalés dans le nord du pays.

L’appel du 23 mars a par ailleurs appuyé les efforts de paix en cours en Afghanistan. Les négociations interafghanes attendues à la suite de l’accord du 29 février entre les États-Unis et les Talibans doivent en effet porter sur un cessez-le-feu général et permanent. La Mission de l’ONU dans le pays (MANUA) a averti les parties que le meilleur moyen de faire face à la crise sanitaire actuelle était de cesser les combats, ce qu’a réitéré le Conseil de sécurité, le 31 mars. Les violences ont néanmoins regagné en intensité ces dernières semaines, alors que 337 cas confirmés de la maladie étaient recensés lundi.

En Libye, enfin, la pause humanitaire destinée à répondre à l’urgence de la COVID-19 n’a pas duré. Elle avait été demandée par l’ONU et acceptée – à la veille de l’appel de M. Guterres – par le gouvernement puis par l’Armée nationale libyenne (ANL) du général Khalifa Haftar. Les combats ont depuis repris et se sont intensifiés sur toutes les lignes de front. Face à cette impasse, la Mission d’appui de l’ONU (MANUL) s’emploie, avec ses partenaires internationaux, à entretenir l’élan suscité par la Conférence de Berlin, en janvier, tout en implorant les parties et leurs soutiens étrangers à observer une trêve.

Devant ces « circonstances extrêmement difficiles », le Secrétaire général a lui-même invité tous les pays ayant une influence sur les belligérants à faire « tout leur possible pour que le cessez-le-feu devienne réalité ».

COVID-19 : Signez l'appel pour un cessez-le-feu mondial !

Le Secrétaire général de l'ONU appelle à un cessez-le-feu mondial immédiat, et il prend de l'ampleur ! Joignons-nous tous à lui pour faire taire les armes au milieu de la crise du COVID-19. Signez l'appel !

Face au Covid-19, ennemi implacable, le Secrétaire général de l’ONU appelle à un cessez-le-feu mondial (23 mars 2020)