23 mai 2020

Note du rédacteur en chef : Quelques semaines après le début de la pandémie de COVID-19, le Secrétaire général des Nations Unies António Guterres a exhorté les gouvernements à placer les femmes au centre de leurs efforts pour se remettre de la pandémie.

« Il faudrait commencer par nommer des femmes à des postes de direction, assurer une représentation égale et les encourager à la prise de décision », a-t-il déclaré. « L’égalité des sexes et les droits des femmes sont essentiels pour traverser ensemble cette pandémie, se remettre plus rapidement et construire un meilleur avenir pour tous. »

Depuis, les femmes ont continué de jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre le virus, que ce soit en tant que médecins, pourvoyeuses de soins, travailleuses de première ligne ou à la tête d’organisations ou de partis politiques. Padmini Murthy, éminente professionnelle de la santé, professeur et autrice, apporte sa contribution avec cet article « Le leadership des femmes dans la promotion de la santé et du bien-être dans le monde », qui tombe à point nommé, alors que nous célébrerons au cours de l’année le 25e anniversaire de la Conférence de Beijing sur les femmes.

Introduction

Les femmes ont joué un rôle de premier plan, de manière formelle et informelle, et dans toutes les disciplines, dans l’amélioration de l’état de santé de leur famille et des communautés du monde entier. Malheureusement, elles sont souvent victimes de discriminations et n’ont pas la possibilité d’exploiter pleinement leur potentiel pour promouvoir le bien commun. Aujourd’hui, alors que nous approchons de la fin de la deuxième décennie du XXIe siècle, et que la communauté mondiale s’emploie à offrir à tous une couverture sanitaire universelle, il est primordial que le leadership des femmes dans la santé mondiale soit renforcé afin de faire progresser l’objectif de développement durable (ODD) 3, visant à « permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge », ainsi que l’ODD 5, visant à « parvenir à l’égalité des sexes et à autonomiser toutes les femmes et toutes les filles ».

La situation actuelle

Dans le monde, les femmes supportent de manière disproportionnée la charge de la maladie et meurent prématurément en raison d’inégalités fondées sur le sexe; ces indicateurs négatifs se traduisent par des disparités en matière d’accès aux services de santé de base, à la nutrition et aux possibilités d’éducation. À la lumière de ces disparités flagrantes, il n’est pas surprenant que le leadership politique dans le domaine de la santé mondiale soit faussé : l’équilibre entre les sexes est inexistant, la plupart des postes de direction importants étant occupés par des hommes. Lorsque des politiques sont formulées sur les questions de la santé et du bien-être des femmes, les femmes elles-mêmes ont rarement voix au chapitre.

Dans le monde entier, près d’un million de jeunes femmes et de filles meurent prématurément en raison de complications liées à la grossesse et à l’accouchement ainsi que de maladies spécifiques aux femmes, telles que le cancer du col de l’utérus et du sein qui, si ces maladies sont détectées tôt, peuvent être traitées dans les pays où elles ont accès au dépistage et aux services de prévention1. L’état de santé déplorable des femmes dans le monde peut être attribué au manque de leadership aux échelons politiques les plus élevés ainsi qu’au fait que les questions de santé qui leur sont spécifiques ne sont pas prioritaires. En outre, les recherches ont montré que la négligence de la santé des femmes a un lien de cause à effet avec la discrimination persistante fondée sur le sexe dans l’accès à l’éducation, à l’emploi, aux possibilités économiques et aux normes de genre rigides2.

Le fait d’aborder les disparités entre les sexes en matière de leadership dans le secteur de la santé mondiale ne résoudra pas à lui seul tous les problèmes de santé des femmes, mais sera une étape importante. Des études ont montré que les femmes qui occupent des postes de direction sont plus susceptibles de soutenir les établissements de santé, les soins prénatals et l’immunisation que leurs homologues masculins.

Le rôle des femmes leaders dans les domaines de la santé et de l’autonomisation des femmes

Selon un récent rapport publié en juillet 2019 par ONU-Femmes, « seulement 24,3 % de tous les parlementaires nationaux étaient des femmes en février 2019, une lente progression par rapport à 11,3 % en 19953 ». Il est intéressant de noter le statut de la santé publique dans les communautés mondiales où les femmes sont représentées de manière appropriée dans les parlements. Selon des données compilées en octobre 2019 par l’Union interparlementaire, la représentation parlementaire des femmes était de 61,3 % au Rwanda, de 53,2 % à Cuba et de 53,1 % en Bolivie4.   

Il semble que le nombre de femmes occupant des postes de direction a des effets positifs, comme le montrent les indices de santé au Rwanda. Le pays a fait des progrès considérables dans la réduction des taux de mortalité maternelle. En 2012, il était en bonne voie d’atteindre les cibles liées à la réduction de la mortalité infantile et maternelle5.

Dans un autre exemple, une étude réalisée par Sonia Bhalotra et Irma Clots-Figueras a examiné si les femmes politiques en Inde jouaient un rôle important dans la fourniture de services de santé publique équitables et accessibles aux femmes par rapport à leurs collègues masculins. Elles ont conclu que les femmes élues jouaient un véritable rôle de catalyseur en matière d’amélioration de la santé publique des électeurs et des électrices qu’elles représentaient. L’étude a souligné les préférences sociales des femmes politiques indiennes qui privilégient les investissements dans des initiatives, comme l’amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, qui contribuent directement et indirectement à l’amélioration de la santé des femmes et de leur bien-être social. En outre, elles ont donné la priorité à l’accès des services prénatals et postnatals aux femmes de leurs communautés6.

Le rôle des femmes qui occupent des postes de direction aux Nations Unies dans la promotion de la santé mondiale

Les femmes nommées à des postes de direction dans les diverses organisations des Nations Unies ont été à l’avant-garde de l’amélioration de la santé et du bien-être des populations dans le monde entier.

En 1998, Mme Gro Harlem Brundtland, ancienne Première Ministre de Norvège, a été la première femme à être nommée à la tête de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle a présidé deux programmes de santé mondiale : l’initiative Faire reculer le paludisme et l’initiative Pour un monde sans tabac. Depuis le début des années 2000, l’initiative Faire reculer le paludisme a jeté les bases pour l’éradication du paludisme dans un grand nombre de pays. Sous la direction du Dr Margaret Chan, des travaux ont été menés pour promouvoir le concept de couverture sanitaire universelle. En 2008, l’OMS et ses partenaires des secteurs privé et public ont conclu un accord historique, la Stratégie mondiale et le Plan d’action pour la santé publique, l’innovation et la propriété intellectuelle qui vise à promouvoir l’accès universel, à un coût plus abordable, aux médicaments essentiels7.

Parmi les femmes nommées à des postes de direction aux Nations Unies qui ont œuvré à l’amélioration du bien-être des femmes, notamment par le biais de la santé reproductive et l’accès à la contraception, figurent les anciennes Directrices exécutives du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) les Dr Nafis Sadik et Thoraya Obaid8 ainsi que l’actuelle Directrice exécutive Natalia Kanem.

Phumzile Mlambo-Ngcuka, Directrice exécutive d’ONU-Femmes, visite le camp de réfugiés rohingya à Coxʼs Bazar, au Bangladesh, et rencontre des femmes et des filles réfugiées. 31 janvier 2018. ONU-Femmes/Allison Joyce

Mmes Carol Bellamy, Ann M. Veneman et Henrietta H. Fore, en tant que Directrices exécutives du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), ont joué un rôle important dans l’élaboration d’initiatives et de programmes visant à améliorer la santé des enfants et à renforcer les partenariats mondiaux pour promouvoir l’autonomisation des adolescentes.

Mmes Michelle Bachelet et Phumzile Mlambo-Ngcuka, en tant que Directrices exécutives de l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU-Femmes), ont été à l’avant-garde de la promotion de l’égalité des sexes.

Les femmes qui occupent des postes de direction jouent un rôle déterminant, d’hier à aujourd’hui

Elizabeth Blackwell

Elizabeth Blackwell, née au Royaume-Uni, a été la première femme à obtenir un diplôme de médecin aux États-Unis. En 1857, elle a créé l’Infirmerie de New York pour les femmes et les enfants9.

Anandibai Gopalrao Joshi

Anandibai Gopalrao Joshi a eu le privilège d’être l’une des premières femmes médecins indiennes à suivre une formation aux États-Unis. Elle a surmonté de nombreux obstacles, notamment la persécution, afin de réaliser son rêve de devenir médecin. Elle est aujourd’hui considérée comme un modèle qui a ouvert la voie à de nombreuses jeunes femmes en Inde souhaitant étudier la médecine10

Eleanor Roosevelt

La trente-deuxième Première dame des États-Unis a été l’une des femmes leaders et icônes la plus respectée de son époque. Eleanor Roosevelt a défendu l’égalité des droits pour les femmes et les minorités. Elle a également été présidente de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies et est considérée comme la force motrice à l’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme11.

Melinda Gates

Melinda Gates est la co-fondatrice de la Fondation Bill & Melinda Gates et est reconnue comme un leader mondial de la promotion de l’autonomisation des femmes et de la santé par le biais de divers programmes créés par son organisation. En 2012, elle a fait un don de 560 millions de dollars pour améliorer l’accès à la contraception des femmes vivant dans des pays à revenu faible et intermédiaire12.  

Conclusion

Depuis l’Antiquité, les femmes ont dû relever de nombreux défis pour être reconnues comme leaders et pour améliorer leur vie ainsi que celle de leurs semblables. Au cours des deux derniers siècles, cependant, elles ont pris de l’importance en tant que leaders, militantes et défenseurs de droits. En plus de celles mentionnées précédemment, de nombreuses autres femmes ont joué un rôle prépondérant dans le monde en surmontant la discrimination, la persécution et les préjugés sexistes. Parmi elles figurent des personnalités telles que Marie Curie, Leymah Gbowee, Mère Teresa, Rosa Parks, Ada Lovelace, Rosalind Franklin, Florence Nightingale, Wangari Maathai, Gloria Steinem et Malala Yousafzai. Toutes ces femmes ont contribué à améliorer la vie de millions de personnes et ouvert la voie aux femmes leaders actuelles et futures pour faire de même.

Notes
 
1Rafael Lozano et al., « Global and regional mortality from 235 causes of death for 20 age groups in 1990 and 2010: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2010" », The Lancet, vol. 380, n° 9859 (décembre 2012), pp. 2095–128. 

2Karen A. Grépin et Jeni Klugman, Maternal health: a missed opportunity for development, The Lancet, vol. 381, No. 9879 (May 2013), pp. 1691-1693.
Disponible sur le site https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(13)60981-2/fulltext.

3L’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, « Faits et chiffres : le leadership et la participation politique ». Juin 2019. Disponible sur le site http://www.unwomen.org/en/what-we-do/leadership-and-political-participation/facts-and-figures.

4Union interparlementaire, « Les femmes dans les parlements nationaux ». 1er octobre 2019. Disponible sur le site http://archive.ipu.org/wmn-e/world.htm.

5Rwanda, Ministre de la santé et al., Success Factors for Women's and Children's Health: Rwanda (Genève, Organisation mondiale de la santé, 2015), p. 7. Disponible sur le site https://www.who.int/pmnch/knowledge/publications/rwanda_country_report.pdf.

6Jennifer A. Downs et al., « Increasing women in leadership in global health », Academic Medicine, vol. 89, n° 8 (août 2014), p. 1103. Disponible sur le site https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24918761; Sonia Bhalotra et Irma Clots-Figueras, « Health and the political agency of women », IZA Document de travail n° 6216 (Bonn, décembre 2011), p. 3. Disponible sur le site https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1977802.

7Organisation mondiale de la santé, « Anciens Directeurs généraux ». (2020). Disponible sur le site  https://www.who.int/dg/who-headquarters-leadership-team/former-directors-general.

8Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), « Directeurs exécutifs précédents ». Disponible sur le site https://www.unfpa.org/previous-executive-directors (consulté le 23 mars 2020).

9Debra Michals, dir., « Elizabeth Blackwell », National Women’s History Museum. (Alexandria, VA, 2015).  Disponible sur le site https://www.womenshistory.org/education-resources/biographies/elizabeth-blackwell.

10Histoire des femmes scientifiques, « Anandibai Gopalrao Joshi ». Disponible sur le site https://scientificwomen.net/women/gopal_joshi-anandi-112 (consulté le 23 mars 2020).

11Betty Boyd Caroli, « Eleanor Roosevelt », in Encyclopedia Britannica. Disponible sur le site https://www.britannica.com/biography/Eleanor-Roosevelt (consulté le 23 mars 2020).

12Mae Merriweather, « Melinda Gates: Increasing Global Philanthropy Through Leadership ». Richtopia. Disponible sur le site https://richtopia.com/women-leaders/melinda-gates-biography-philanthropy-leadership (consulté le 23 mars 2020).

 

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