4 juin 2021

It is in fact a part of the function of education to help us escape, not from our own time—for we are bound by that—but from the intellectual and emotional limitations of our time.                                                                                                                                                                      - T. S. Eliot1

Il est communément admis aujourd’hui que les systèmes de l’éducation nationale sont en train de changer. Plus que jamais auparavant, il existe de nombreuses façons d’apprendre, y compris l’apprentissage traditionnel, à temps partiel, à temps plein, à distance et en ligne. En même temps, compte tenu des évolutions mondiales, il est nécessaire de réorienter les systèmes d'enseignement et d’en créer de nouveaux pour permettre aux étudiants de répondre aux nouveaux défis. Ils souhaitent apprendre de façons différentes qui répondent à leurs besoins et à leurs préférences. Il est important de répondre à cette demande et de donner aux apprenants ce qu’ils souhaitent, quand ils le souhaitent. 

Dans ce contexte, cet article a pour objectif de présenter la formulation et le développement d’un nouveau système d'enseignement et d’un nouveau mode pédagogique — le « diplôme mondial » — qui a été conçu pour combler une lacune dans l’enseignement supérieur international. Par définition, cette nouvelle norme créerait un nouveau modèle d’enseignement supérieur.

Cette proposition est concise et innovante, associant l’enseignement traditionnel et l’enseignement à distance sans supprimer les systèmes existants. S’il est établi, il révolutionnera l’enseignement international.

La déclaration de la mission « un monde, un diplôme, des capacités illimités » est au cœur de la proposition.

Le concept

La création d’un diplôme mondial comme nouveau système d'enseignement et nouveau mode pédagogique pourrait être une réponse aux lacunes actuelles alors que les pays et les étudiants sont confrontés à de nouveaux défis. Cette nouvelle norme contribuerait à rendre l’apprentissage plus ciblé, plus souple, plus actuel et plus applicable. Le projet permettrait également de mettre en place des programmes d’apprentissage tout au long de la vie ainsi que des programmes de formation continue. Il fonctionnerait en parallèle avec les diplômes traditionnels offerts par les universités dans le monde, mais ne remplacerait pas les systèmes d'enseignement supérieur existants.

Les institutions participant à ce projet signeraient un « Traité académique international » et adopteraient des « Crédits universitaires internationaux » (IAC) parallèlement aux systèmes déjà en place. Elles seraient alors en mesure de délivrer des diplômes mondiaux aux candidats qui ont réussi sans affecter le pouvoir d’attribution associé aux diplômes traditionnels. Les diplômés détenteurs d’un diplôme mondial acquerraient les mêmes droits académiques et professionnels que ceux ayant acquis des diplômes traditionnels dans le pays de l’institution qui délivre le diplôme et internationalement, lorsque cela est possible. Les diplômes mondiaux porteraient un logo et un filigrane uniques pour les différencier des diplômes traditionnels.

Plus précisément, ce qui est proposé est une méthodologie de l’enseignement supérieur « hybride » par lequel chaque étudiant composerait son propre diplôme de premier cycle et de troisième cycle quels que soient le mode d’organisation (temps plein, temps partiel, enseignement à distance), la méthode choisie (cours traditionnels, enseignement en ligne, enseignement virtuel, « Second Life »), le lieu de l’université ou même la langue utilisée dans l’institution.

Les étudiants pourraient se voir décerner un diplôme mondial par l’une des institutions du Consortium. En outre, ils seraient en mesure de créer de nouveaux programmes et d’acquérir de nouvelles connaissances sur la base des crédits universitaires qu’ils avaient déjà obtenus. Un ingénieur en génie civil, par exemple, pourrait se voir décerner un diplôme mondial et, 15 ans plus tard, retourner à l’université pour faire des études d’architecture et ajouter les crédits IAC obtenus au cours de ses études d’ingénierie passées à ceux associés à l’architecture. De cette façon, la formation continue serait améliorée et le processus d’apprentissage ne serait jamais interrompu.

Méthodologie

L’une des évolutions les plus importantes dans le domaine de l’éducation, mis à part l’application de nouvelles technologies, a été la traduction des qualifications en résultats et en compétences. Il est désormais plus facile de mesurer les valeurs éducatives pour transférer les connaissances plus efficacement.

Dans un article intitulé « The Future of Education Eliminates the Classroom, Because the World Is Your Class », Marina Gorbis, Directrice exécutive de l’Institute for the Future écrit :

«  Nous nous éloignons du modèle dans lequel l’apprentissage est organisé autour d’établissements stables, généralement hiérarchiques (écoles, collèges, universités) qui, pour le meilleur et pour le pire, ont servi de portes d’entrée à l’éducation et à la mobilité sociale. En remplacement de ce modèle prend place un nouveau système dans lequel l’apprentissage est conçu comme un flux où les ressources ne sont pas rares, mais amplement disponibles, les occasions sont nombreuses et les apprenants ont de plus en plus la capacité de plonger de manière autonome dans le flux de l’apprentissage continu et d’en sortir ».

Au lieu de se soucier de la manière de distribuer les rares ressources éducatives, le défi auquel nous devons commencer à nous attaquer dans le domaine de l’apprentissage social structuré consiste à inciter les étudiants à puiser dans les ressources d’apprentissage toujours plus nombreuses et à le faire de manière équitable afin de créer davantage de possibilités pour améliorer la vie d’un plus grand nombre de personnes. »

Photo de l’auteur, Kyriakos Kouveliotis, Vice-Président, Berlin School of Business and Innovation, Allemagne.

Selon ce point de vue, les crédits IAC, qui représentent la charge académique requise pour l’enseignement supérieur, sont l’instrument méthodologique de base pour l’accréditation du diplôme mondial. Les étudiants seraient en mesure d’accumuler des crédits IAC comme ils feraient traditionnellement ou par le biais du système européen de transfert et d’accumulation de crédits (ECTS). Similaires aux crédits ECTS, les crédits IAC sont mesurés en fonction des résultats escomptés, sur la base des méthodes d’enseignement et d’apprentissage, ainsi que des approches d’évaluation choisies et le temps disponible en termes de charge de travail des étudiants. Pour obtenir un crédit IAC, un étudiant doit accomplir 25 heures d’activité, ce qui pourrait être réalisé en assistant à des conférences ou en les visionnant, par des études individuelles ou des exercices pratiques ou en laboratoire. La seule différence serait que le lieu, le temps consacré au travail, le mode d’apprentissage et l’institution éducative seraient considérés à un niveau différent. Cela ne constituerait pas une contrainte, mais permettrait d’offrir des possibilités d’apprentissage souple et des processus d’apprentissage continu.

Cette méthodologie non seulement utilise des outils pédagogiques technologiques innovants actuels, comme l’apprentissage virtuel par le biais de « Second Life », mais aussi les dernières applications télématiques pour l’enseignement à distance et l’enseignement en ligne, où la télévision numérique et par satellite ainsi que l’Internet servent de plates-formes éducatives.

Surtout, l’étudiant est au cœur de la méthodologie du diplôme mondial et des crédits IAC. Le modèle didactique est centré sur les dynamiques d’apprentissage suivantes :

  • l’utilisation de nouvelles technologies dans l’enseignement supérieur;
  • la nécessité d’assurer la continuité de l’enseignement et de l’apprentissage tout au long de la vie;
  • la participation active des étudiants et le processus d’auto-apprentissage.

Selon ce modèle, il serait possible de créer un environnement d’apprentissage personnel qui comprendrait un soutien institutionnel, une interface pédagogique/technologique et un soutien en ressources.

Le « modèle didactique du diplôme mondial » s’appuie sur les aspirations universitaires et professionnelles de l’étudiant. Ce nouveau contexte pourrait comprendre, entre autres éléments, l’écosystème d’apprentissage, le point de vue de l’étudiant sur le monde, la réflexion, l’environnement de travail, les interactions sociales, la technologie disponible ainsi que d’autres expériences.

La méthodologie pourrait être étendue à l’utilisation de certaines tendances et de certains instruments technologiques innovants actuels, comme l’apprentissage ouvert et interactif; l’apprentissage mobile; le partage du matériel d’enseignement et pédagogique; ainsi que les réseaux sociaux et les programmes d’apprentissage informels, comme Twitter, les environnements d’apprentissage personnels, les portefeuilles électroniques et les plates-formes éducatives d’apprentissage en ligne. Par exemple, un forum de discussion sur l’environnement d’apprentissage virtuel, un compte Twitter ou une session Skype constitueraient un atout idéal pour répondre aux questions ou encourager l’interaction en classe.

Comme il a été mentionné plus haut, le diplôme mondial, s’il voit le jour, créerait un nouveau modèle institutionnel pour l’enseignement supérieur. Il utiliserait les derniers développements technologiques innovants et les méthodologies éducatives modernes comme l’apprentissage ouvert, les médias sociaux, l'apprentissage mobile, l’apprentissage mixte, la réalité augmentée, etc. L’initiative apporterait un nouveau courant de pensée positive pour l’avenir de l’éducation.

Mis à part les avantages évidents, les diplômés détenteurs d’un diplôme mondial seraient à même :

  • de reconnaître et d’atteindre des objectifs et de concrétiser leurs ambitions, en particulier face aux défis mondiaux;
  • d’améliorer leurs connaissances dans une perspective mondiale;
  • de reconnaître qu’ils font partie d’une communauté internationale  et d’utiliser cette compréhension de manière efficace afin de comprendre le multiculturalisme;
  • de mettre en pratique leurs compétences et leur créativité au-delà de leurs environnements régionaux.

Comme l’a dit Platon : « Ne formez pas les enfants à l’apprentissage par la force ou la sévérité, mais dirigez-les sur ce qui amuse leur esprit afin que vous puissiez mieux découvrir avec précision le penchant particulier du génie de chacun2. »

En conclusion, le diplôme mondial permettrait d’améliorer la connaissance du monde qui nous entoure et de mieux nous y adapter. Comme le souligne Salman Khan : « Il s’agit de la révolution de l’information. Il est insensé que tous les autres domaines fassent l'objet d'une révolution sauf l’éducation3 ». 

 

Notes

1. T.S. Eliot, « On Teaching the Appreciation of Poetry », in The Complete Prose of T.S. Eliot. The Critical Edition: Still and Still Moving, 1954-1965, Jewel Brooker and Ronald Schuchard, dir. (Baltimore, Maryland, John Hopkins University Press, 2019), 410. Traduction par la Chronique de l’ONU.  

2. Platon, La République, trad. Benjamin Jowett (Minneapolis, Minnesota, First Avenue Editions, 2015), 186. Traduction par la Chronique de l’ONU.

3. David Gelles, « The man who knows everything: stories », entretien avec Salman Khan, Financial Times (Londres, Royaume-Uni), 29 octobre 2011, p. 26. Traduction par la Chronique de l’ONU.

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