31 décembre 2020

Vers la fin du mois d’août de cette année (2020), j’ai participé à un projet de nettoyage des égouts à Port Harcourt, au Nigéria, où je réside, avec la plate-forme Rivers du réseau de l’Initiative des jeunes leaders africains (YALI). Pendant les travaux, un jeune homme s’est approché de moi et m’a demandé pourquoi nous faisions ce travail. Je lui ai expliqué que nous essayions de rendre l’environnement plus propre et plus sain. Il m’a demandé si nous étions payés, considérant que cette tâche incombait plutôt au gouvernement. Je lui ai répondu que nous faisions ce travail non pas pour l’argent, mais pour contribuer à améliorer le monde dans lequel nous vivons et que le gouvernement ne pouvait pas le faire seul. Il m’a regardé avec incrédulité et s’est éloigné.

Pour de nombreux jeunes engagés dans la lutte contre les changements climatiques, ma conversation avec l’homme de Port Harcourt peut sembler familière, une conversation qu’ils auraient pu avoir, eux aussi, à un moment donné. Pourquoi certains jeunes croient-ils que leur apport et leurs contributions ne comptent pas alors, qu’en réalité, ce sont eux qui sont censés chercher activement des moyens de contribuer à l’action climatique ?

Selon les estimations des Nations Unies, les jeunes dans le monde représentent environ 1,21 milliard de personnes. Si la définition de « jeune » varie d’un pays à l’autre, l’ONU définit les jeunes comme étant des personnes âgées entre 15 et 24 ans1. Malheureusement, une grande partie de la jeunesse subit les effets néfastes des changements climatiques, notamment la diminution de la sécurité alimentaire, la raréfaction de l’eau et les catastrophes naturelles qui se produisent de plus en plus fréquemment. Les jeunes qui, dans de nombreux pays, constituent la majorité de la population, deviennent des acteurs importants dans la construction d’un avenir à faible émission de carbone et résilient aux changements climatiques2.

PRÉOCCUPATIONS DES JEUNES PARTICIPANTS

  1. Sensibilisation

En tant que jeune engagé dans l’action climatique, l’un des principaux problèmes que j’ai rencontrés est le manque de sensibilisation des jeunes aux problèmes qui touchent leur communauté. Lorsqu’ils en sont conscients, ils ne savent pas qu’il existe des solutions possibles ou des feuilles de route.

Prenons, par exemple, l’enquête sur les changements climatiques menée par le Professeur Emeka Daniel Oruonye, de l’Université d’État de Taraba, au Nigéria. Conçue à l’aide d’un instrument de collecte de données, elle a été menée auprès de 225 étudiants sélectionnés majoritairement dans les établissements de l’enseignement supérieur de la métropole de Jalingo participant à la recherche. Sur 81,8 % des personnes interrogées qui avaient entendu parler de changements climatiques, 89 % ne savaient pas en quoi ils consistaient, ne connaissaient ni leurs causes, ni leurs effets, ni les solutions, ni les mesures d’adaptation possibles pour les atténuer. Environ 60,9 % ne pouvaient pas expliquer comment les problèmes qui leur étaient liés les touchaient. Lorsqu’on leur a demandé si cette question pouvait être résolue, 32,9 % ont répondu par l’affirmative, 60 % par la négative, tandis que 71 % n’ont pas répondu à la question3. Les résultats de cette enquête montrent clairement qu’il existe un faible niveau de sensibilisation aux changements climatiques parmi les étudiants des établissements de l’enseignement supérieur.

2. Accroître la participation des jeunes à la prise de décisions

...personne ne naît bon citoyen et aucun pays ne naît démocratique. Il s’agit de processus qui ne cessent d’évoluer sur une vie tout entière. Il faut faire participer les jeunes dès leur naissance. Une société qui se coupe de sa jeunesse est une société qui se coupe de sa source de vie. Elle est condamnée à mourir.

  • Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations4

Aussi inexpérimentés et mal préparés que les jeunes puissent paraître, la seule chose que nous ayons en abondance est l’intérêt pour le bien-être commun et celui de la planète dont nous hériterons. L’exclusion des jeunes des processus décisionnels liés à l’adaptation aux changements climatiques et à l’atténuation de leurs effets fait que les autorités prennent des mesures sans disposer de toutes les informations disponibles, sans avoir tous les éléments qui leur permettent de prendre les meilleures décisions. 

Comme l’a déclaré Marie-Claire Graf, point de contact des organisations non gouvernementales de la jeunesse (YOUNGO) des pays du Nord, « les jeunes doivent participer aux prises de décisions et être associés à l’élaboration des politiques liées au climat ainsi qu’à leur mise en œuvre »5.

TROUVER DES SOLUTIONS POUR FAIRE PARTICIPER LES JEUNES

Quand une multitude de petites gens, dans une multitude de petits lieux, font de multiples choses, ils peuvent changer la face du monde.

  • Proverbe africain

Pour que les jeunes jouent un rôle et participent davantage à la recherche de solutions aux changements climatiques, des mesures importantes doivent être prises.

1. Aide et orientation structurés

La principale leçon que j’ai tirée de l’époque où j’étais boursier du millénaire, un programme de développement du leadership d’un semestre créé par l’Impact universitaire des Nations Unies et le Millennium Campus Network, est qu’il est préférable d’aborder les problèmes communautaires en permettant aux personnes directement concernées de trouver des solutions. Les personnes sont plus susceptibles de s’investir dans une activité si elles sont émotionnellement impliquées. Dans cette logique, la participation des jeunes à l’action climatique peut être améliorée en apportant aux initiatives qu’ils lancent une aide structurée en matière d’éducation, de financement, de suivi et d’évaluation. Nous devons identifier leurs initiatives qui contribuent à l’éducation liée à l’action climatique et leur fournir des ressources pour mieux enseigner, suivre et évaluer leur portée. L’objectif de cette approche serait de recueillir des informations précieuses auprès des participants à ces initiatives, de les rassembler et d’y faire référence à l’avenir pour prendre des décisions éclairées en matière d’action climatique.

2. Donner la parole aux jeunes

Il y a un dicton dans ma langue locale, l’Esan, qui dit : « Une personne qui ressent une douleur sait où se trouve la blessure sur son corps. » Il en va de même pour les jeunes qui s’impliquent dans l’action climatique. Étant donné qu’un grand nombre de personnes touchées par les changements climatiques sont des jeunes, il est logique qu’ils puissent faire entendre leur voix, exprimer leurs points de vue uniques sur les questions abordées et proposer des feuilles de route ainsi que des solutions possibles. L’un des moyens d’y parvenir est de promouvoir un plan d’intégration structuré pour les jeunes, à l’instar de ce qui est fait avec la plate-forme des jeunes de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (YOUNGO).

CONCLUSION

Peut-on imaginer un monde où chaque jeune travaille activement à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) ? Les perspectives de progrès en matière d’action climatique deviennent alors très positives. Chez trop de jeunes, l’idée de contribuer à l’action climatique n’a jamais traversé leur esprit. Ils n’en n’ont jamais entendu parler ni n’ont jamais pensé qu’elle était possible. Nous devrons être plus présents là où il n’est pas courant de parler de changement climatique afin de sensibiliser davantage et mettre en place des réseaux ainsi que des institutions solides destinés à former des personnes qui agissent et contribuent à la réalisation des ODD. Dans ce cas, l’action climatique, en particulier, devrait recevoir un soutien fort et faire l’objet d’un suivi adéquat.

Je crois fermement qu’il est plus facile de convaincre les gens de changer leur façon de vivre s’ils savent que leurs comportements auront, à l’avenir, une incidence directe sur eux. Je pense également que la jeunesse mondiale fera confiance aux institutions qui prennent des mesures en faveur de l’action climatique si des jeunes, qui feront part de leurs pensées et de leurs sentiments aux autorités compétentes, sont à la barre.

Notes

1Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, « L’action mondiale en faveur du climat boostée par la jeunesse », 12 août 2020. Disponible sur le site https://unfccc.int/news/young-people-are-boosting-global-climate-action.

2Initiative des Nations Unies pour un cadre commun concernant les enfants, les jeunes et les changements climatiques, « Les jeunes et les changements climatiques », fiche d’information, décembre 2013, p. 1. Disponible sur le site https://www.un.org/esa/socdev/documents/youth/fact-sheets/youth-climatechange.pdf

3Emeka Daniel Oruonye, « An assessment of the level of awareness of the effects of climate change among students of tertiary institutions in Jalingo Metropolis, Taraba State Nigeria », Journal of Geography and Regional Planning, vol. 4, n° 9 (septembre 2011), p.p. 513-517 (515). Disponible sur le site  https://academicjournals.org/article/article1381846093_Oruonye.pdf.

4Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies, déclaration à l’occasion de l’ouverture de la Conférence mondiale des ministres responsables de la jeunesse, à Lisbonne, 8 août 1998. Disponible sur le site https://www.un.org/press/en/1998/19980810.sgsm6670.html.

5Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, « L’action mondiale en faveur du climat boostée par la jeunesse ».

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