Violence à l'encontre des femmes: un problème mondial de santé publique d'ampleur épidémique, selon l'OMS

Des femmes à Juba, au Soudan du Sud. Photo: UNMISS

20 juin 2013 –

La violence physique ou sexuelle est un problème de santé publique qui touche plus d'un tiers des femmes dans le monde, selon un rapport publié jeudi par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui est la première étude systématique menée à partir de données mondiales sur la prévalence de la violence à l'encontre des femmes.

L'étude relève notamment que la violence du partenaire intime est la forme la plus courante. Elle touche 30% des femmes à l'échelle mondiale et les conséquences sur la santé physique et mentale des femmes et des jeunes filles sont considérables.

« Les résultats de cette étude envoient un message fort. La violence à l'encontre des femmes est un problème mondial de santé publique d'ampleur épidémique », déclare le Directeur général de l'OMS, Margaret Chan, dans un communiqué de presse. « Nous constatons également que les systèmes de santé du monde peuvent et doivent faire plus pour les femmes victimes de violences ».

L'étude montre qu'à l'échelle mondiale 38% des femmes assassinées l'ont été par leur partenaire intime, alors que 42% des femmes qui ont connu des violences physiques ou sexuelles d'un partenaire ont été blessées.

La violence contribue dans une large mesure aux problèmes de santé mentale des femmes puisque la probabilité de dépression est presque deux fois plus élevée chez celles qui ont subi des violences de leur partenaire intime, par rapport aux femmes qui n'ont connu aucune forme de violence.

La probabilité de contracter la syphilis, la chlamydiose ou la gonorrhée est 1,5 fois plus élevée chez les femmes qui subissent des violences physiques et/ou sexuelles de leur partenaire. Dans certaines régions, dont l'Afrique subsaharienne, elles ont 1,5 fois plus de risques de contracter le VIH.

La violence du partenaire et la violence sexuelle exercée par d'autres que le partenaire sont corrélées à une grossesse non désirée. Le rapport montre que la probabilité de se faire avorter est deux fois plus élevée chez les femmes qui connaissent des violences physiques et/ou des violences de leur partenaire sexuel.

« La crainte de la stigmatisation empêche nombre de femmes de signaler les actes de violence sexuelle commis par d'autres personnes que leur partenaire » souligne l'OMS en précisant que d'autres obstacles entravent également la collecte de données.

« Ainsi, les pays qui recueillent des informations sur ce type de violence sont moins nombreux que ceux qui le font pour la violence du partenaire intime. Les études menées utilisent aussi bien souvent des méthodes d'évaluation moins perfectionnées que celles employées pour suivre la violence du partenaire intime », ajoute l'agence onusienne.

En dépit de ces obstacles, l'étude révèle que 7,2% des femmes dans le monde ont signalé des violences sexuelles exercées par d'autres personnes que le partenaire. Du fait de ces actes, elles avaient une probabilité 2,3 fois plus élevée de souffrir de troubles liés à la consommation d'alcool et 2,6 fois plus élevée de connaître la dépression ou l'anxiété.

L'OMS appelle à un renforcement massif des efforts mondiaux en vue de prévenir toutes les formes de violence à l'encontre des femmes en agissant sur les facteurs sociaux et culturels sous-jacents. L'agence souligne aussi qu'il est urgent d'améliorer les soins prodigués aux femmes victimes de violences. Celles-ci consultent souvent, sans nécessairement dévoiler les causes de leurs blessures ou pathologies.

« Le rapport montre que la violence accroît fortement la vulnérabilité des femmes face à toute une série de problèmes de santé à court et à long terme. Il souligne que le secteur de la santé doit prendre plus sérieusement en considération la violence à l'encontre des femmes », a déclaré le docteur Claudia Garcia-Moreno de l'OMS. « Bien souvent, le problème vient du fait que les agents de santé ne savent tout simplement pas comment réagir ».


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