Croissance urbaine : une aubaine pour l’industrialisation

Août - Novembre 2019

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Croissance urbaine : une aubaine pour l’industrialisation

Le Rapport économique 2017 sur l’Afrique appelle à une exploitation de la croissance urbaine
Franck Kuwonu
Afrique Renouveau: 
An administrative building at the new Diamniadio industrial park in Dakar, Senegal. Photo: Reuters/Nellie Peyton
Bâtiment administratif situé au nouveau parc industriel de Diamniadio, à Dakar, au Sénégal. Photo: Reuters/Nellie Peyton

On parle beaucoup des dividendes urbains de l’Afrique : la prospérité accrue et le développement socio-économique soutenu qui résulteraient de l’expansion et de l’industrialisation des villes. De tels bénéfices pourraient résulter d’une planification et d’une gestion active des villes par les gouvernements. Telle est l’essence du Rapport économique sur l’Afrique (REA) de 2017, rédigé par des experts de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations Unies.    

Ce rapport, intitulé Urbanisation et industrialisation au service de la transformation de l’Afrique, est le cinquième rapport qui souligne la nécessité d’une transformation structurelle via l’industrialisation. 

Migration rurale 

Il y a deux ans, la CEA appelait les gouvernements à utiliser des politiques commerciales adéquates afin de remplir les objectifs industriels. L’année dernière, le rapport avait plaidé pour une « industrialisation verte », pressant les pays d’introduire des initiatives écologiques dans les chaînes de production, notamment pour la transformation des matières premières en produits finis. 

Le rapport de 2017, présenté à Dakar au Sénégal, en mars 2017, lors de la « Semaine du Développement de l’Afrique » visait à « aider les gouvernements et les décideurs politiques à adopter des stratégies visant à exploiter la croissance urbaine et à favoriser l’industrialisation de l’Afrique », a déclaré Adam Elhiraika, directeur de la Division de la politique macroéconomique de la CEA.

Les experts réclament une attention accrue à la gestion et à la planification des villes. 

Selon à un rapport de l’ONU, 4 personnes sur 10 en Afrique vivent actuellement dans les villes. Avec un taux annuel de croissance urbaine de 3,4%, ce nombre passera à 5 sur 10 dans 18 ans, ce qui signifie que d’ici 2035, la moitié de la population du continent sera urbaine. 

Une telle croissance s’explique par la migration de la population vers les villes en quête de meilleures opportunités économiques. Mais ces mouvements de population sont rarement gérés correctement, et les villes sont souvent incapables de fournir des services d’utilité publique tels que le logement, l’eau, l’électricité, la santé, l’éducation, l’assainissement et l’emploi. Traditionnellement, la croissance urbaine dans les pays en développement est considérée comme un défi plutôt qu’une opportunité mais, fait observer Pierre Goudiaby Atepa, architecte sénégalais de renom. « Il faut que cela change. »

Certains gouvernements ont réagi à ces pressions démographiques en construisant des villes nouvelles, comme Diamniadio au Sénégal, ou en en réhabilitant d’anciennes, telles que Kigali au Rwanda.

Le REA 2017 ne préconise pas la création de nouveaux centres urbains pour résoudre les problèmes. Le rapport souligne plutôt la nécessité pour les gouvernements de planifier « le développement urbain et industriel par le biais de politiques et d’investissements ciblés comme priorité pour la durabilité des villes et des industries ». L’urbanisation et l’industrialisation devraient aller ensemble. « L’histoire et l’expérience démontrent que l’urbanisation est étroitement liée à la croissance économique et à l’émergence de secteurs productifs, à savoir l’industrie et les services ».

Au demeurant, l’idée que les villes et métropoles africaines pourraient être des moteurs de croissance et de développement n’est pas nouvelle. Il y a cinq ans, la Banque africaine de développement soulignait que 55 % du PIB du continent provenait des villes. En Afrique du Sud, plus des trois quarts du PIB proviennent des « métropoles et autres grandes municipalités urbaines », selon Lungisa Fuzile, ancien Directeur général du Trésor de l’Afrique du Sud.

En 2015, la Fondation Mo Ibrahim se référant à certains pays non africains confirmait qu’il existe une corrélation entre la croissance urbaine et l’augmentation du PIB par habitant. Le rapport de la fondation, « African Urban Dynamics 2015: Facts and Figures » démontre l’existence d’« un lien cohérent entre le niveau d’urbanisation d’un pays et son PIB par habitant ». Cependant, à l’exception du Maroc ou de l’Afrique du Sud, ce lien reste relativement et historiquement faible dans les pays africains.

Héritage colonial

Le fait que les villes africaines ne contribuent pas assez au PIB peut s’expliquer par des contextes historiques et géographiques. Les puissances coloniales avaient localisé les principales villes le long de la côte afin de faciliter l’exportation des matières premières par voie maritime, ou à l’intérieur des terres à proximité des sources de ces matériaux. 

L’héritage colonial persiste sur le continent dont l’économique est restée liée en grande partie aux industries extractives. Pendant des années, la CEA et divers experts ont exhorté les pays africains à créer de la valeur ajoutée aux matières premières afin qu’elles servent l’industrialisation.

L’expérience asiatique démontre que structurellement et historiquement, l’urbanisation sous-tend la productivité agricole ou industrielle. Paradoxalement, en Afrique, les pays à faible productivité semblent connaître une croissance urbaine sans transformation structurelle. 

« Dans certains pays africains, l’urbanisation a été motivée par l’effet des dotations en ressources naturelles plutôt que par l’industrialisation », a souligné la Fondation Mo Ibrahim dans son rapport de 2015.

Le rapport ECA de cette année corrobore ce point de vue. « L’expansion urbaine non contrôlée risque de perpétuer une croissance non inclusive et insoutenable du développement ». Pour cette raison, les gouvernements sont invités à « faire des choix difficiles sur le niveau et le type d’investissements, concernant le modèle spatial (la localisation et l’interaction des villes) ».

Le REA reconnaît l’effort fourni pour résoudre les problèmes, notamment la construction de villes nouvelles, mais estime que l’on peut mieux faire.

« Lorsque nous exhortons les gouvernements à donner la priorité à l’urbanisation et à l’industrialisation dans les plans de développement nationaux, nous ne prônons pas un retour aux plans centralisés et rigides du passé » précise M. Elhiraika.

La croissance de la population pourrait entraîner une hausse de la population de classe moyenne et par ricochet, déclencher de nouveaux modèles de consommation, ce qui conduirait à une hausse de la demande des biens transformés, qui offrirait une opportunité d’industrialisation. 

L’Afrique devrait ajouter de la valeur aux ressources minérales et agricoles locales, conclu-t-il.      

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